Tu écris : Tu sais qu’il y a quelques libéraux qui sont contre la marchandisation de l’information, c’est à dire pour une réforme du droit d’auteur, au nom de la libre circulation de l’information. Et donc ils proposent de détruire les monopoles de Vivendi et des autres firmes mondiales avec plus de radicalité que les trotskystes...
D’un point de vue historique, le principe de l’économie de marché est l’horizon indépassable des théories classiques du libéralisme politique et économique par-delà leur diversité. Cela dit, si tu connais des exemples de mouvements hostiles à l’économie de marché qui se revendique quand même du libéralisme, je serais curieux que tu me précise lesquels. mais dans ces cas là, j’ai bien peur que le mot de "libéralisme" déjà très ambigu en raison de la diversité des penseurs qui s’y réfèrent ne veuille plus dire grand chose.
Par ailleurs, le fait de lutter contre le droit d’auteur peut reposer amha sur deux motivations principales :
Imposer la gratuité des "produits culturels" : non seulement c’est illusoire mais est-ce vraiment souhaitable ? Il faut bien que les producteurs de culture puisse vivre de leur labeur. De ce point de vue, une distinction devrait être faite entre les notions "d’industrie culturelle"(production en série forcément uniformisante même si une certaine forme de créativité n’en est pas absente) et "marchandise culturelle" (l’art contemporain n’est pas une industrie mais il s’inscrit dans un "marché". Mais comment pourrait-il en être autrement si l’on veut que les artistes vivent de leur art ? Le danger serait ici que l’on réduise l’art au statut de marchandise en évacuant leur dimension culutrelle).
imposer la logique du copyright au détriment de celle du droit d’auteur : dans cette optique, la motivation de ceux qui militent dans ce sens n’est pas de lutter contre la "marchandisation de l’information" (il ne s’agit ici que d’un prétexte) mais de servir les intérêts des industries culturelles au détriment des auteur(e)s. Pourquoi devrions-nous relayer cette injonction des industriels de la culture au détriment des "créateurs" eux-mêmes ? par ailleurs, il ne faut pas oublier que dans la notion de droit d’auteur, il y a celle de droit patrimonial et de droit moral. Je ne suis pas sûr que la suppression du droit moral des auteur(e)s soit un progrès, loin de là.
A contrario il y a de nombreuses personnes de gauche qui sont pour la marchandisation de l’information, c’est à dire qui dénoncent l’échange gratuit de musique (qui tue la création), et qui considère les web-zines comme sans intérêt (pas de modèle économique) voir dangereux (horizontalité médiatique).
J’ai déjà répondu sur le premier point. Concernant les dangers potentiels de l’"horizontalité médiatique", je crois que le débat est plus compliqué que ce que l’on a pu lire ici et là sur uZine2.
Dans l’absolu, "l’horizontalité médiatique" n’est pas en soi condamnable. C’est même, d’un certain point de vue, un idéal démocratique ( utopie de l’agora grecque, de la république des lettres du XVIII ème siècle, etc.). C’est pourquoi je crois qu’aucune personne ne peut ouvertement s’opposer à ce principe aujourd’hui, tout du moiins tel que je le comprends. et je pense que c’est une erreur de croire que Wolton, par exemple, dénonce cela.
Une foi que l’on a dit cela, reste à savoir dans quelles conditions cette "horizontalité" est mise en place. Si c’est au prix d’une confusion des discours tous mis sur le même plan et sans indication de la source. Alors je crois que cela est potentiellement dangereux et ouvre la porte à toutes les manipulations. Que tout le monde puisse s’exprimer est une bonne chose mais il est important de savoir d’où les gens parlent pour mieux comprendre ce qu’ils ont à dire. Une information sourcée et dont on connaît le producteur suscitera inamnquablement plus de confiance qu’une information anonyme et non sourcée. C’est pourquoi je ne crois pas qu’il faille condamner a priori, comme on peut le lire dans certains articles d’uZine2, les "professionnels de l’info" qui ont précisément pour ambition de produire l’information la plus "fiable" possible selon des règles plus ou moins bien définies. Si la légitimité sociale et politique des journalistes me paraît évidente, je crois dans le même temps que leur monopole sur l’information représente un véritable danger en termes de diversité des contenus et de pluralisme. D’où l’intérêt de lutter pour un usage citoyen de l’internet et l’autopublication. Mais plutôt que de vouloir substituer à tout prix un modèle à l’autre (médiateurs professionnels versus désintermédiation culturelle), je crois que la meilleure solution est celle d’une cohabitation des deux modèles qui ne sont pas forcément exclusifs l’un de l’autre.
A titre perso, je ne souhaite pas particulièrement la disparition de l’internet marchand et des professionnels de la culture et de l’info (de toute façon, cela n’aurait pas grand sens en l’état actuel des choses). Par contre, je suis très favorable au développement le plus large possible de l’expression non marchande - et je suis convaincu que Wolton serait d’accord avec moi. C’est d’ailleurs pourquoi je suis avec beaucoup d’attention l’expérience uZine et y participe un peu également.
Personnellement je pense comme toi qu’il faut renouer le dialogue entre les deux camps... Continuer à pointer sur les textes les plus abrutis du camp d’en face, sans jamais voir ce qu’il peut y avoir de positif quelques pages plus loin chez le même auteur, est contre-productif. Ahma Pierre Levy et Phillipe Breton ont autant à apprendre l’un que l’autre mais ils en sont incapables.
Je pense surtout que Wolton, Breton, Mattelart auraient probablement des choses à apprendre concernant ce qui se passe au jourd’hui dans l’INMSC. Mais je crois que l’inverse est vrai aussi. C’est surtout à ce niveau que je crois qu’il peut y avoir une véritable "fécondation des esprits".
Par contre les textes sur uZine2 se contredisent et abordent souvent cet antagonisme
entre fana et sceptique du net (pas de front, ce serait trop violent)... Si le
dialogue entre ces deux camps a lieu quelque part en français, c’est bien ici.C’est pour ça que j’aime trainer sur ces pages...
Je ne vois pas d’opposition au sein de minirezo entre "enthousiastes" et "sceptiques" de l’internet (si tu as des exemples précis d’articles sceptiques sur uZine2, n’hésite-pas à les donner). J’y vois plutôt une certaine unanimité à défendre une certaine conception que l’on qualifiera pour dire vite de "citoyenne" du réseau même si, à l’intérieur de ce cadre, des divergences peuvent voir le jour.
Par ailleurs, je ne pense pas qu’il faille situer le débat entre "enthousiaste" et "sceptique". S’il faut éviter de rejeter unilatéralement le réseau sans réfléchir au parti que l’on peut en tirer, on doit également le soumettre à l’exercice systématique de la raison critiqe.
je suis en désaccord avec 75% de ce que je lis, mais j’ai l’impression que le débat avance, certe lentement, et même peut-être dans le mauvais sens :-). Tandis que les oppositions dogmatiques se cristalisent chez les universitaires, toujours plus improductives... ah ah ah.
Vouloir à tout prix soumettre l’université à la logique productive, c’est chercher à imposer la raison utilitaire au détriment de la raison positive. Atttention à la tentation du totalitarisme ;-).
Salut Severino,
Tu écris :
Tu sais qu’il y a quelques libéraux qui sont contre la marchandisation de l’information, c’est à dire pour une réforme du droit d’auteur, au nom de la libre circulation de l’information. Et donc ils proposent de détruire les monopoles de Vivendi et des autres firmes mondiales avec plus de radicalité que les trotskystes...
D’un point de vue historique, le principe de l’économie de marché est l’horizon indépassable des théories classiques du libéralisme politique et économique par-delà leur diversité. Cela dit, si tu connais des exemples de mouvements hostiles à l’économie de marché qui se revendique quand même du libéralisme, je serais curieux que tu me précise lesquels. mais dans ces cas là, j’ai bien peur que le mot de "libéralisme" déjà très ambigu en raison de la diversité des penseurs qui s’y réfèrent ne veuille plus dire grand chose.
Par ailleurs, le fait de lutter contre le droit d’auteur peut reposer amha sur deux motivations principales :
A contrario il y a de nombreuses personnes de gauche qui sont pour la marchandisation de l’information, c’est à dire qui dénoncent l’échange gratuit de musique (qui tue la création), et qui considère les web-zines comme sans intérêt (pas de modèle économique) voir dangereux (horizontalité médiatique).
J’ai déjà répondu sur le premier point. Concernant les dangers potentiels de l’"horizontalité médiatique", je crois que le débat est plus compliqué que ce que l’on a pu lire ici et là sur uZine2.
A titre perso, je ne souhaite pas particulièrement la disparition de l’internet marchand et des professionnels de la culture et de l’info (de toute façon, cela n’aurait pas grand sens en l’état actuel des choses). Par contre, je suis très favorable au développement le plus large possible de l’expression non marchande - et je suis convaincu que Wolton serait d’accord avec moi. C’est d’ailleurs pourquoi je suis avec beaucoup d’attention l’expérience uZine et y participe un peu également.
Personnellement je pense comme toi qu’il faut renouer le dialogue entre les deux camps... Continuer à pointer sur les textes les plus abrutis du camp d’en face, sans jamais voir ce qu’il peut y avoir de positif quelques pages plus loin chez le même auteur, est contre-productif. Ahma Pierre Levy et Phillipe Breton ont autant à apprendre l’un que l’autre mais ils en sont incapables.
Je pense surtout que Wolton, Breton, Mattelart auraient probablement des choses à apprendre concernant ce qui se passe au jourd’hui dans l’INMSC. Mais je crois que l’inverse est vrai aussi. C’est surtout à ce niveau que je crois qu’il peut y avoir une véritable "fécondation des esprits".
Par contre les textes sur uZine2 se contredisent et abordent souvent cet antagonisme
entre fana et sceptique du net (pas de front, ce serait trop violent)... Si le
dialogue entre ces deux camps a lieu quelque part en français, c’est bien ici.C’est pour ça que j’aime trainer sur ces pages...
Je ne vois pas d’opposition au sein de minirezo entre "enthousiastes" et "sceptiques" de l’internet (si tu as des exemples précis d’articles sceptiques sur uZine2, n’hésite-pas à les donner). J’y vois plutôt une certaine unanimité à défendre une certaine conception que l’on qualifiera pour dire vite de "citoyenne" du réseau même si, à l’intérieur de ce cadre, des divergences peuvent voir le jour.
Par ailleurs, je ne pense pas qu’il faille situer le débat entre "enthousiaste" et "sceptique". S’il faut éviter de rejeter unilatéralement le réseau sans réfléchir au parti que l’on peut en tirer, on doit également le soumettre à l’exercice systématique de la raison critiqe.
je suis en désaccord avec 75% de ce que je lis, mais j’ai l’impression que le débat avance, certe lentement, et même peut-être dans le mauvais sens :-). Tandis que les oppositions dogmatiques se cristalisent chez les universitaires, toujours plus improductives... ah ah ah.
Vouloir à tout prix soumettre l’université à la logique productive, c’est chercher à imposer la raison utilitaire au détriment de la raison positive. Atttention à la tentation du totalitarisme ;-).
Cordialement, PF.