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> La société de l’information est un mythe

31 mars 2001, 11:30, par severino

"C’est d’autant plus regrettable qu’on sait notamment grâce à Wienner que libéralisme et anarchisme sont en principe incompatible (L’information comme marchandise est dans la conception cybernéticienne une source importante d’entropie puisqu’elle constitue entrave à la circulation de l’information )."

Tu sais qu’il y a quelques libéraux qui sont contre la marchandisation de l’information, c’est à dire pour une réforme du droit d’auteur, au nom de la libre circulation de l’information. Et donc ils proposent de détruire les monopoles de Vivendi et des autres firmes mondiales avec plus de radicalité que les trotskystes...

A contrario il y a de nombreuses personnes de gauche qui sont pour la marchandisation de l’information, c’est à dire qui dénoncent l’échange gratuit de musique (qui tue la création), et qui considère les web-zines comme sans intérêt (pas de modèle économique) voir dangereux (horizontalité médiatique). D’un côté ils dénoncent le hold-up des services municipaux de l’eau par Vivendi, de l’autre ils protègent son quasi-monopole sur la culture en boite, qu’ils considèrent comme un moindre mal pour les musiciens... Et dénonce la culture de la gratuité sur le net, comme étant un nouveau cheval de troie du capitalisme. (alors que c’est peut-être au contraire le début de la démarchandisation du monde)

Et c’est vrai que l’information comme marchandise contribue à maintenir l’ordre ancien, avec ses défauts et ses qualités. Doit-on prendre le risque de provoquer l’avénement du société sans marchandisation de l’information, ou personne n’a plus l’exclusivité de rien, puisque tout le monde l’a. Je suis favorable à cette prise de risque : le système économique actuel est-il vraiment si protecteur à l’échelle mondiale, que l’on veuille le conserver ?

Il y a quelques années, j’entendais ce discours qui venait de la contre culture hacker des années 70 américaines comme une sympatique utopie de la jeunesse nantie de la planête en quête d’amusement. Pourtant la stratégie se révèle beaucoup plus subtil et efficace que prévu. Alors que ces idées progressent, je ne trouve aucun interlocuteur sérieux en face. Ces idées sont-elles si méprisables qu’elles ne vaillent même pas la peine d’y perdre un peu de temps pour les contredire.

Par contre on a le droit à des grands discours (de gauche ?) sur le lien social qui disparait, sur les dangers de l’horizontalité médiatique, sur l’idéologie pro économie de marché véhiculé par le réseau, sur la religiosité des internautes passionnés (et accro ?) qui font involontairement le jeux du cyber-capitalisme... et qu’il convient d’éduquer un petit peu (un ami non internaute et trotskyste m’a raconté qu’il avait apprécié énormément une conférence que Philippe Breton était venu faire à sa fac... enfin quelqu’un qui propose un discours informé -rassurant ?- et militant sur le sujet m’a-t-il dit)

Personnellement je pense comme toi qu’il faut renouer le dialogue entre les deux camps... Continuer à pointer sur les textes les plus abrutis du camp d’en face, sans jamais voir ce qu’il peut y avoir de positif quelques pages plus loin chez le même auteur, est contre-productif. Ahma Pierre Levy et Phillipe Breton ont autant à apprendre l’un que l’autre mais ils en sont incapables. Par contre les textes sur uZine2 se contredisent et abordent souvent cet antagonisme entre fana et sceptique du net (pas de front, ce serait trop violent)... Si le dialogue entre ces deux camps a lieu quelque part en français, c’est bien ici. C’est pour ça que j’aime trainer sur ces pages... je suis en désaccord avec 75% de ce que je lis, mais j’ai l’impression que le débat avance, certe lentement, et même peut-être dans le mauvais sens :-). Tandis que les oppositions dogmatiques se cristalisent chez les universitaires, toujours plus improductives... ah ah ah