" Il faut se réapproprier les nouvelles technologies en construisant une alternative à la société de l’information. S’il y a une vérité dans la notion de société de l’information, c’est que de plus en plus d’interstices de la vie quotidienne et institutionnelle sont pénétrés par les technologies de l’information et que donc de plus en plus de secteurs seront obligés d’y réfléchir, soit pour y adhérer, soit pour poser la question d’une autre option. "
Entièrement d’accord, mais concrètement il propose quoi ? Parce que si lui n’a rien à me proposer, il y en a qui agissent et créent, avec ou sans l’aide des réseaux, et ce sont eux qui m’intéressent
Autant le dire tout de suite, Mattelart ne propose rien. cela peut a priori paraître décevant mais il ne faut pas oublier que Mattelart ne s’exprime pas en tant qu’expert mais en tant qu’universitaire. Son rôle n’est pas de proposer des "solutions" ou des recettes mais d’analyser des phénomènes sociaux pour en comprendre les logiques de fonctionnement. Dans la mesure où les "options alternatives" qu’il évoque dans cet article sont avant tout d’ordre politique, ce n’est pas au sociologue ou à l’historien de les formuler mais aux différents acteurs de la vie politique. Le rôle initial du sociologue étant de fournir à ces acteurs des instruments de connaissance qui pourront les éclairer dans leurs choix, il n’a pas vocation à proposer des "solutions" - même si rien ne l’empêche évidemment de le faire à l’occasion. Il poursuit ainsi :
" Or, aujourd’hui, ceux qui osent parler d’alternative sont aussitôt taxés de technophobes. Il n’y a aucune réflexion sur la question essentielle. A savoir : face à un projet qui se réduit de plus en plus à une techno-utopie, à un déterminisme technomarchand, peut-on opposer des projets sociaux et d’autres formes d’appropriation de ces technologies qui pénètrent la société ? "
Je ne vois pas de quoi, ni de qui il parle. Je suis frustré de ne savoir de quoi il parle exactement : qui osent parler, et qui taxent ceux qui osent parler de technophobe. Je suis potentiellement d’accord avec lui, tout dépend de quoi il parle. Si il parle de Philippe Val et du Minirezo, là je ne suis pas d’accord du tout.
Non il ne fait pas allusion à la polémique que tu évoques et dont il ne connaît probablement pas l’existence. Je crois plutôt qu’il fait allusion à la réception de certains travaux sociologiques ou historiques sur l’internet qui font souvent l’objet d’un rejet a priori parce qu’on les soupçonne de ne pas prendre la mesure de la "révolution" en cours.
Pierre Lévy qualifie sans autre forme de procès par exemple tout universitaire critique de "grincheux" qui ne seraient pas capables de prendre la mesure de la nouvelle "étape civilisationnelle" que nous serions en train de vivre parce qu’ils raisonneraient à partir de shémas forcément obsolètes au regard de la radicale nouveauté à laquelle nous serions aujourd’hui confrontée.
Je refuse d’être enfermé dans un manichéisme "adepte libéraux mystique du culte de l’internet" contre "rationaliste socialiste pour une autre société de l’information". J’ai des amis politiques passionnés d’internet, d’autre qui s’en fichent, et c’est pareil pour mes ennemis. Je veux du concret, le débat tel que posé par Philippe Breton est abstrait. Il met le web indépendant dans le même camp que Bill Gates... je ne vois pas pourquoi on se laisserait mettre en boite avec des arguments aussi légers (Isaac
Asimov + Pierre Levy = minirezo caca boudin dangereux)
Je suis d’accord avec toi sur ce point. Et on touche ici à la grosse faiblesse des dicours critiques trop généraux qui sont forcément réducteurs et et même caricaturaux. Cette critique importante s’applique hélas aussi bien à Mattelart, Wolton et Breton.
Du coup, on peut comprendre le dépit des "activites du net" à qui on peut à l’inverse reprocher de manquer de recul - si cette défiance s’explique aisément, cela ne veut pas dire qu’elle soit pour antant totalement justifiée.
En fait, il faudrait idéalement réussir l’alliage entre les deux points de vue ou tout simplement faire en sorte que les uns et les autres arrivent enfin à reconnaître l’existence de l’autre afin d’entamer un véritable dialogue constructif.
La discussion sur ce sujet est nécessaire. Je me demande souvent si en défendant le concept d’intelligence collective, je ne fais finalement pas le jeux de la main invisible du marché qui donne des claques... j’ai envie de discutter de l’idéologie que produit le réseau, de ses dangers... Mais je veux le faire sur des clairement, rationellement, sinon on tourne en rond sur des malentendus... C’est le cas de cet article... qui a tout de même le mérite d’entamer la question.
Tu es d’autant plus fondé à te poser des questions que Pierre Lévy, le propagateur de cette notion d’"intelligence collective", est comme par hasard un ardent défenseur l’économie libérale - je te renvoie à ce sujet à son dernier opus ( World philosophie)dont la lecture ne me paraît cependant pas indispensable. On peut d’ailleurs légitimement s’étonner que quelques rédacteurs du minirezo se réfèrent régulièrement à cet auteur en omettant systématiquement d’évoquer cet aspect de la "pensée" de ce nouveau prophète. C’est d’autant plus regrettable qu’on sait notamment grâce à Wienner que libéralisme et anarchisme sont en principe incompatible (L’information comme marchandise est dans la conception cybernéticienne une source importante d’entropie puisqu’elle constitue entrave à la circulation de l’information ).
Dans ton texte, tu explique également :
" Le grand mérite du petit livre de Mattelart est de fournir des armes pour démonter la mécanique idéologique qui sous-tend le mythe de la "société de l’information". Si cette prise de conscience est nécessaire elle ne peut en aucun cas être suffisante. C’est pourquoi Mattelart suggère à juste titre l’organisation d’états généraux sur la "société de l’information" pour lui opposer un "modèle alternatif". "
Mais alors, fait-nous donc partager ces armes, s’il te plait, sincèrement... Ou faut-il obligatoirement acheter son bouquin pour s’armer ?
Je suis désolé de te décevoir une nouvelle foi mais je crois en effet qu’il est préférable d’acheter son petit livre. Je pourrais me justifier en induiquant qu’il est en effet très riche et difficile à résumer. En fait, je dois aussi reconnaître que je suis un... gros flemmard :-)
En tout cas, merci pour ta réaction à la foi constructive et intéressante.
En fait, ce court texte ne présente pas en soi un grand intérêt. Mon "secret espoir" était de susciter un débat autour des questions qu’il esquisse. J’espère que d’autres y contribueront.
Bonjour,
tu écris :
Mattelart conclut son interview ainsi :
" Il faut se réapproprier les nouvelles technologies en construisant une alternative à la société de l’information. S’il y a une vérité dans la notion de société de l’information, c’est que de plus en plus d’interstices de la vie quotidienne et institutionnelle sont pénétrés par les technologies de l’information et que donc de plus en plus de secteurs seront obligés d’y réfléchir, soit pour y adhérer, soit pour poser la question d’une autre option. "
Entièrement d’accord, mais concrètement il propose quoi ? Parce que si lui n’a rien à me proposer, il y en a qui agissent et créent, avec ou sans l’aide des réseaux, et ce sont eux qui m’intéressent
Autant le dire tout de suite, Mattelart ne propose rien. cela peut a priori paraître décevant mais il ne faut pas oublier que Mattelart ne s’exprime pas en tant qu’expert mais en tant qu’universitaire. Son rôle n’est pas de proposer des "solutions" ou des recettes mais d’analyser des phénomènes sociaux pour en comprendre les logiques de fonctionnement. Dans la mesure où les "options alternatives" qu’il évoque dans cet article sont avant tout d’ordre politique, ce n’est pas au sociologue ou à l’historien de les formuler mais aux différents acteurs de la vie politique. Le rôle initial du sociologue étant de fournir à ces acteurs des instruments de connaissance qui pourront les éclairer dans leurs choix, il n’a pas vocation à proposer des "solutions" - même si rien ne l’empêche évidemment de le faire à l’occasion.
Il poursuit ainsi :
" Or, aujourd’hui, ceux qui osent parler d’alternative sont aussitôt taxés de technophobes. Il n’y a aucune réflexion sur la question essentielle. A savoir : face à un projet qui se réduit de plus en plus à une techno-utopie, à un déterminisme technomarchand, peut-on opposer des projets sociaux et d’autres formes d’appropriation de ces technologies qui pénètrent la société ? "
Je ne vois pas de quoi, ni de qui il parle. Je suis frustré de ne savoir de quoi il parle exactement : qui osent parler, et qui taxent ceux qui osent parler de technophobe. Je suis potentiellement d’accord avec lui, tout dépend de quoi il parle. Si il parle de Philippe Val et du Minirezo, là je ne suis pas d’accord du tout.
Non il ne fait pas allusion à la polémique que tu évoques et dont il ne connaît probablement pas l’existence. Je crois plutôt qu’il fait allusion à la réception de certains travaux sociologiques ou historiques sur l’internet qui font souvent l’objet d’un rejet a priori parce qu’on les soupçonne de ne pas prendre la mesure de la "révolution" en cours.
Pierre Lévy qualifie sans autre forme de procès par exemple tout universitaire critique de "grincheux" qui ne seraient pas capables de prendre la mesure de la nouvelle "étape civilisationnelle" que nous serions en train de vivre parce qu’ils raisonneraient à partir de shémas forcément obsolètes au regard de la radicale nouveauté à laquelle nous serions aujourd’hui confrontée.
Je refuse d’être enfermé dans un manichéisme "adepte libéraux mystique du culte de l’internet" contre "rationaliste socialiste pour une autre société de l’information". J’ai des amis politiques passionnés d’internet, d’autre qui s’en fichent, et c’est pareil pour mes ennemis. Je veux du concret, le débat tel que posé par Philippe Breton est abstrait. Il met le web indépendant dans le même camp que Bill Gates... je ne vois pas pourquoi on se laisserait mettre en boite avec des arguments aussi légers (Isaac
Asimov + Pierre Levy = minirezo caca boudin dangereux)
Je suis d’accord avec toi sur ce point. Et on touche ici à la grosse faiblesse des dicours critiques trop généraux qui sont forcément réducteurs et et même caricaturaux. Cette critique importante s’applique hélas aussi bien à Mattelart, Wolton et Breton.
Du coup, on peut comprendre le dépit des "activites du net" à qui on peut à l’inverse reprocher de manquer de recul - si cette défiance s’explique aisément, cela ne veut pas dire qu’elle soit pour antant totalement justifiée.
En fait, il faudrait idéalement réussir l’alliage entre les deux points de vue ou tout simplement faire en sorte que les uns et les autres arrivent enfin à reconnaître l’existence de l’autre afin d’entamer un véritable dialogue constructif.
La discussion sur ce sujet est nécessaire. Je me demande souvent si en défendant le concept d’intelligence collective, je ne fais finalement pas le jeux de la main invisible du marché qui donne des claques... j’ai envie de discutter de l’idéologie que produit le réseau, de ses dangers... Mais je veux le faire sur des clairement, rationellement, sinon on tourne en rond sur des malentendus... C’est le cas de cet article... qui a tout de même le mérite d’entamer la question.
Tu es d’autant plus fondé à te poser des questions que Pierre Lévy, le propagateur de cette notion d’"intelligence collective", est comme par hasard un ardent défenseur l’économie libérale - je te renvoie à ce sujet à son dernier opus ( World philosophie)dont la lecture ne me paraît cependant pas indispensable. On peut d’ailleurs légitimement s’étonner que quelques rédacteurs du minirezo se réfèrent régulièrement à cet auteur en omettant systématiquement d’évoquer cet aspect de la "pensée" de ce nouveau prophète. C’est d’autant plus regrettable qu’on sait notamment grâce à Wienner que libéralisme et anarchisme sont en principe incompatible (L’information comme marchandise est dans la conception cybernéticienne une source importante d’entropie puisqu’elle constitue entrave à la circulation de l’information ).
Dans ton texte, tu explique également :
" Le grand mérite du petit livre de Mattelart est de fournir des armes pour démonter la mécanique idéologique qui sous-tend le mythe de la "société de l’information". Si cette prise de conscience est nécessaire elle ne peut en aucun cas être suffisante. C’est pourquoi Mattelart suggère à juste titre l’organisation d’états généraux sur la "société de l’information" pour lui opposer un "modèle alternatif". "
Mais alors, fait-nous donc partager ces armes, s’il te plait, sincèrement... Ou faut-il obligatoirement acheter son bouquin pour s’armer ?
Je suis désolé de te décevoir une nouvelle foi mais je crois en effet qu’il est préférable d’acheter son petit livre. Je pourrais me justifier en induiquant qu’il est en effet très riche et difficile à résumer. En fait, je dois aussi reconnaître que je suis un... gros flemmard :-)
En tout cas, merci pour ta réaction à la foi constructive et intéressante.
En fait, ce court texte ne présente pas en soi un grand intérêt. Mon "secret espoir" était de susciter un débat autour des questions qu’il esquisse. J’espère que d’autres y contribueront.
A+, PF.