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7 mars 2001, 00:32, par Calim

Petit point de grammaire
trouvé à http://www.multimania.com/papidoc/543onjenouseux.html

« On »

L’emploi de ce pronom est en effet très significatif. Essayons de dégager les nuances socio-affectives qu’enveloppe son anonymat.
L’enfant qui déclare « on va jouer » ou « on a bien joué » désigne le groupe des joueurs : tous ceux qui étaient la, sans exclusive préalable. Les « nous » pourrait ici traduire l’exclusion d’une bande rivale ; en même temps transparaît le caractère foncièrement collectif du jeu : je n’aurais pu jouer seul, on s’est amusé parce qu’on était en nombre.
Le « on » populaire exprime d’autres nuances : souvent un sentiment d’impuissance, de dépassement : « on travaille dur », « on a souffert », « on nous obligé à... ». Il entre là moins de protestation que d’humilité devant une fatalité ou une autorité transcendante ; faute d’une conscience de ses droits, l’homme démuni n’exprime qu’un v¦u anonyme : « on souhaiterait des améliorations... ».
Chez l’homme plus lucide, « on » peut envelopper la prudence : « on raconte que », « on a décidé de ». Ce refus de s’engager est révélateur : le pronom impersonnel permet de se faire l’écho d’un bruit, ou d’un mouvement, sans s’en faire expressément le partisan.
Nous atteignons ici l’essence même du « on » : l’irresponsabilité, la neutralité, prête à suivre le courant le plus fort. Subir, ou suivre ensemble, telle est peut-être la meilleure définition de cet indéfini collectif.
On conçoit que cette attitude psychosociale soit normale lorsqu’elle se rattache au syncrétisme enfantin ou primitif, mais apparaisse comme une fixation ou une démission lorsqu’elle subsiste chez des êtres plus évolués, capables de parvenir à la fois à la conscience de soi et à celle d’une communauté bien définie.

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un "on" pouvant certes être compris comme lache, mais pouvant aussi exprimer le fait de s’exprimer au nom d’un collectif - des lecteurs rêvant devenir rédacteurs car passionnés par les idéaux vendus par Uzine -
Un on aussi d’anonymat peut etre, qui craint l’ire des foules et souhaite viver un rêve - participer - en dépit de signes bien concrets (et que dit d’autre cette article) de risque de dérive à la Multimania version 2003/2004. L’exploitation consciente et volontaire, en réalité. C’est un peu ce que vivent des millions de salariés, après tout, et au quotidien, ne pensez vous pas ? Il me semble que de Marx à Bourdieu en passant par Goffman, de nombreux sociologues se sont attachés à décrire comment peut exister cette étrange réalité sociale : des personnes conscientes, participant à un contrat social dans lequel elles sont aliénées/dominées/exploitées.

Un peu de culture,
"Il est peut être commode de croire que les individus (et les catégories sociales d’individus) obtiennent toujours beaucoup plus du fonctionnement des divers aspects de l’ordre de l’interaction que ne leurs coûtent les contraintes concomitantes. Mais ceci reste sujet à caution. Ce qui est un ordre désirable d’un certain point de vue peut être ressenti comme exclusion et répression d’un autre point de vue (...) des questions surgissent effectivement quand nous considérons le fait qu’il y a des catégories de personnes (et dans notre société, ce sont des catégories très étendues) dont les membres paient constamment un très haut prix pour leur existence interactionnelle. (...) il n’y a aucun doute qu’il s’est toujours trouvé, en tout temps et en tout lieu, des catégories d’individus qui ont montré une capacité décourageante à accepter manifestement les plus misérables des arrangements interractionnnels."
in : E. GOFFMAN, les moments et leurs hommes, textes recueillis par Y Winkin, seuil, 1988.