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> Le pire est devant nous

14 décembre 2000, 09:16, par Georges Tafelmacher

"L’économie se trouve-t-elle à un tournant ?"

Les diatribes aussi moralisatrices qu’apocalyptiques des tenants de la philosophie économiste néo-libérale postulent que notre monde serait condamné à la déchéance si l’humanité entière ne se rallierait pas d’urgence à ses préceptes, tantôt fondamentalistes, tantôt pragmatiques. Mais comme ses principes de base sont restés désespérément les mêmes et comme l’économie continue de régenter le monde en exerçant un grand pouvoir sur la société, la crise actuelle ne peut que s’aggraver. C’est plutôt cette philosophie qui est responsable de la grave déchéance qui frappe notre monde. Car devenue pensée-unique, en permettant la création de richesses par l’industrialisation, elle multiplie ses instruments de domination sur les individus et en justifiant le pouvoir des marchés financiers globalisé, elle consolide l’emprise des mécanismes du capitalisme sur la société civile.

Certains économistes semblent toutefois se rendre compte de l’impasse dans laquelle se précipite une pensée obnubilée par la concurrence, le rendement et le profit. Ainsi proposent-ils de réorienter le discours économiste vers une approche plus humaine et spirituelle du matérialisme. C’est par ce biais que des entreprises malgré tout nostalgiques de l’économie pure et dure, cherchent à offrir à ses clients un supplément d’âme en donnant à ses marchandises une dimension éthique les permettant de consommer la conscience sereine et l’âme en paix.

Une grave question demeure toutefois : cet économisme revisité annonce-t-il un authentique aggiornamento, rompant avec les dogmes passéistes et planificateurs en vogue jusqu’ici, ou ne représente-t-il qu’un avatar, uniquement destinée à dépoussiérer et à rendre acceptable une philosophie profondément injuste et contraignante qui finissait par tourner en rond ? C’est encore trop tôt pour le dire, l’économie néo-libérale semble avoir encore de beaux jours devant elle : la consommation, le développement industriel et la croissance économique sont de nouveau à l’ordre du jour....

Et comble d’ironie, on veut nous faire croire que le monde pourrait redécouvrir les valeurs immatérielles par la revalorisation du matérialisme par l’irruption d’un extraordinaire supplément de sens d’un bout à l’autre de la chaîne de production des biens de consommation !!