uZine 3

Accueil > ... > Forum 440

> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang

9 décembre 2000, 17:37, par Pascal Fortin

(re)bonjour,

Bigre, je ne m’attendais pas à avoir des réponses aussi rapides à des remarques adressées en fin de
matinée !
Comme quoi la notion d’ "interactivité" sur uZine2 ne relève pas, comme souvent ailleurs, du slogan
publicitaire.
Je passe sur le message un peu fougueux de Philippe Moreau pour remercier Arno pour sa réponse à
la fois précise et convaincante au sujet de l’ordre des contributions.

La réponse de Mona Chollet m’a également beaucoup intéressée. Comme elle, je déplore que les
débats autour d’Internet se résume à une opposition entre le prophètes d’un (cyber)monde meilleur et
ceux de l’apocalypse. Je crois également qu’il existe une place entre la béatitude et le dénigrement
pour une vision constructive du Net fondée sur une utilisation citoyenne du réseau. Toutefois, je ne
pense pas qu’il soit souhaitable de vouloir choisir entre Lévy et Breton. Vous affirmez que l’on peut
trouver des passages intéressants chez le premier cité. Soit, mais on peut en dire autant du second.
A mes yeux, Lévy et Breton se caractérisent tous les deux par une vision caricaturale du Net, de ses
usages et des espoirs ou dangers qu’on peut lui attribuer. C’est pourquoi je pense que, plutôt que de
choisir pour l’un ou l’autre, il serait sans doute préférable de les rejeter tous les deux.

Quant à une éventuelle opposition de "l’élite intellectuelle" au Net motivée par leur souci, conscient ou
non, de préserver leur monopole de la parole publique, je pense en effet que c’est une idée forte,
mais qui reste à vérifier.

Il faudrait en premier lieu s’entendre sur le sens des mots que l’on utilise. Est-ce que Françoise
Giroud, Laurant Joffrin ou Jean Daniel font oui ou non partie de cette "élite intellectuelle" dont vous
parlez ? Doit-on mettre indistinctement tous les "intellectuels" dans le même panier ? Un seul
exemple, si vous prenez un tant soit peu la peine de lire des ouvrages ou des articles académiques sur
Internet et les nouvelles technos, je ne pense pas que vous trouverez beaucoup de traces de ce
dénigrement du Net que vous semblez percevoir chez les intellectuels, de la même manière que vous
aurez du mal à trouver la trace de discours euphoriques comparables à ceux d’un Pierre Lévy. Faut-il
rappeler au passage que les universitaires ne sont pas là pour dire si telle ou telle chose est "bien" ou
"mal" mais pour essayer d’en comprendre les logiques de fonctionnement ?

Au delà de cette première remarque, si je pense que votre hypothèse mérite encore d’être étayée,
c’est parce que je ne crois pas que la collection de citations que j’ai pu trouver ici et là constitue
encore une preuve suffisante de sa validité. Cela dit, je pense sincèrement que cette hypothèse est
pertinente et je suis même convaincu qu’une argumentation solide devrait permettre assez rapidement
de lui donner beaucoup plus de force.

Quant à l’affirmation gratuite dont je vous gratifie, elle ne portait pas directement sur ce point mais sur
le fait que vous appliquez votre hypothèse sur le cas précis de Dominique Wolton. Entendons-nous
bien, je n’ai pas particulièrement envie de défendre cet universitaire dont je n’apprécie pas vraiment
les "travaux". Mais si on peut lui adresser de nombreux reproches, notamment celui de ne pas
connaître Internet, je pense que ce serait excessif de voir en lui le défenseur des élites et de leur
monopole sur le débat public. En effet, je n’ai personnellement rien vu dans ces propos qui
permettrait de corroborer une telle hypothèse, de près ou de loin.
Je pense que le fait de prendre Wolton pour cible dans le cadre d’un tel raisonnement correspond à
une impasse. Il y a probablement de multiples exemples beaucoup plus probants à relever.

Cordialement, Pascal Fortin.