une argumentation
seulement fondée sur des procés d’intention depuis ton interprétation de
mes smileys jusqu’à ton assurance à savoir comment la boite que je
décris marche et comment elle se comportera si ça foire.
Pour ne pas trop compliquer, laissons tes smileys de côté. Ce qu’énonçait Arno
n’est pas une certitude concernant ta boîte mais une vraisemblance statistique :
la plupart des boîtes ne sont sympa avec leurs employés que quand leur
situation économique laisse un peu de place pour cette sympathie, qui est en général
en dernier dans les priorités des dirigeants. Que ça s’applique à ta boîte ou pas
est une autre question, mais il est probable que ce soit le cas.
Et puis après ? On se tire une balle dans la tête ?
Façon simple de réduire le débat à une opposition binaire : la naïveté niaiseuse
ou le nihilisme suicidaire. Et d’ailleurs quel est le débat ? On a du mal à comprendre
où veut en venir ton article. Tu parles de "changer la société". Il me semble
simplement que ce n’est pas en priant Dieu pour que des patrons plus humains
(et des entreprises plus citoyennes, ha ha) prennent la relève qu’on arrivera à
quoi que ce soit. Un peu de lucidité surtout te convaincra que la nature humaine
aidant (goût du pouvoir, etc.), une telle éventualité est du domaine du rêve pour
disneyland-addicts.
Alors que faire, dis-tu ? Je ne sais pas. En premier lieu, arrêter de se dire
qu’on vit dans un monde merveilleux (une entreprise merveilleuse).
Imaginer, comme le soulève très judicieusement Arno, ce qui se passera
si un jour ta boîte a des difficultés. Ou, sans aller jusque là, si elle (c’est-à-dire
ses dirigeants) décide
d’emprunter une voie plus « commerciale ». Un exemple récent et emblématique :
Charlie Hebdo, entreprise autrefois humaine qui, après de nombreuses résignations successives face à l’emprise
de son patron (supposé) humain Philippe Val, s’est mise à la pub. Que peuvent dire ses
employés ? Pas grand’chose, ils avalent ou ils se tirent. Dans les deux cas,
l’entreprise humaine était un leurre, elle garde tout ce qu’elle a accumulé
de fric, de prestige, de relations, d’influence grâce à eux, et ils se retrouvent baisés.
Concentration des gains, répartition des pertes.
Puis, se rendre compte que la forme hiérarchique de gestion d’une activité
humaine n’est pas idéale, humainement parlant justement (ni peut-être
en termes d’efficacité globale et à long terme, mais c’est un autre sujet).
Seul problème, c’est la plus simple à mettre en place. Il suffit, si on a une
grande gueule ou des ambitions, de se proclamer chef, sinon, d’attendre qu’un
autre le fasse et de se ranger sous lui.
Et, bien sûr, s’interroger sur la nature réelle de la gentillesse de sa boîte
avec ses employés. Economiquement : est-ce que n’est pas seulement les miettes du gâteau ?
Humainement, socialement : est-ce que ce n’est pas facilité par une propension des gens
à ne pas remettre en cause la nature de leur activité professionnelle ? Où
est l’utilité de mon travail, si peu fatigant et déplaisant soit-il ? A quoi (quelle
visée sociale) et à qui (quels bénéficiaires, directs ou indirects) ça va servir ?
Quand on voit des reportages sur de vieilles entreprises en instance de fermeture
(penser en particulier aux mines de charbon dans le Nord), on est toujours frappé par l’attachement
à la fois énorme et incompréhensible des ouvriers à une entreprise et une activité
qui ont brisé leur vie en la rendant si pénible, douloureuse physiquement et
en accaparant toute l’énergie de leurs années qui auraient dû être les plus
pleines.
Sans présenter le même degré d’horreur, cette ambiance gentillette que tu décris,
n’est-elle pas précisément produite par un renoncement
(que tu crois voir chez ceux qui critiquent, ce qui est une vision assez curieuse
du doute et de la mise en question)
face à ses aspirations, un manque de lucidité ? On a tous besoin de valorisation
(consolation, gratification)
sociale, et, l’activité professionnelle étant la partie la plus envahissante de
notre activité sociale, nous avons tendance
à chercher la valorisation (consolation, gratification) dans notre activité professionnelle. D’où
l’intervention de l’auto-justification qu’évoque Arno : je travaille dans une
bonne boîte, je m’y plais bien, j’ai réussi ma vie. Et d’où la difficulté de
remettre en cause ce qui a annihilé et annihilera tant de temps de notre vie
(sans compter que ça n’annihile pas que du temps)..
Une précision d’ordre personnel : je bosse dans une boîte qui, si elle n’est pas
forcément aussi intéressante que la tienne, est tout à fait gentille, tolérante,
et où règne une ambiance à peu près détendue et camarade. J’ai démissionné,
car je précisément n’en pouvais plus de cette non-vie perpétuellement masquée
derrière le sourire et la camaraderie.
une argumentation
seulement fondée sur des procés d’intention depuis ton interprétation de
mes smileys jusqu’à ton assurance à savoir comment la boite que je
décris marche et comment elle se comportera si ça foire.
Pour ne pas trop compliquer, laissons tes smileys de côté. Ce qu’énonçait Arno
n’est pas une certitude concernant ta boîte mais une vraisemblance statistique :
la plupart des boîtes ne sont sympa avec leurs employés que quand leur
situation économique laisse un peu de place pour cette sympathie, qui est en général
en dernier dans les priorités des dirigeants. Que ça s’applique à ta boîte ou pas
est une autre question, mais il est probable que ce soit le cas.
Et puis après ? On se tire une balle dans la tête ?
Façon simple de réduire le débat à une opposition binaire : la naïveté niaiseuse
ou le nihilisme suicidaire. Et d’ailleurs quel est le débat ? On a du mal à comprendre
où veut en venir ton article. Tu parles de "changer la société". Il me semble
simplement que ce n’est pas en priant Dieu pour que des patrons plus humains
(et des entreprises plus citoyennes, ha ha) prennent la relève qu’on arrivera à
quoi que ce soit. Un peu de lucidité surtout te convaincra que la nature humaine
aidant (goût du pouvoir, etc.), une telle éventualité est du domaine du rêve pour
disneyland-addicts.
Alors que faire, dis-tu ? Je ne sais pas. En premier lieu, arrêter de se dire
qu’on vit dans un monde merveilleux (une entreprise merveilleuse).
Imaginer, comme le soulève très judicieusement Arno, ce qui se passera
si un jour ta boîte a des difficultés. Ou, sans aller jusque là, si elle (c’est-à-dire
ses dirigeants) décide
d’emprunter une voie plus « commerciale ». Un exemple récent et emblématique :
Charlie Hebdo, entreprise autrefois humaine qui, après de nombreuses résignations successives face à l’emprise
de son patron (supposé) humain Philippe Val, s’est mise à la pub. Que peuvent dire ses
employés ? Pas grand’chose, ils avalent ou ils se tirent. Dans les deux cas,
l’entreprise humaine était un leurre, elle garde tout ce qu’elle a accumulé
de fric, de prestige, de relations, d’influence grâce à eux, et ils se retrouvent baisés.
Concentration des gains, répartition des pertes.
Puis, se rendre compte que la forme hiérarchique de gestion d’une activité
humaine n’est pas idéale, humainement parlant justement (ni peut-être
en termes d’efficacité globale et à long terme, mais c’est un autre sujet).
Seul problème, c’est la plus simple à mettre en place. Il suffit, si on a une
grande gueule ou des ambitions, de se proclamer chef, sinon, d’attendre qu’un
autre le fasse et de se ranger sous lui.
Et, bien sûr, s’interroger sur la nature réelle de la gentillesse de sa boîte
avec ses employés. Economiquement : est-ce que n’est pas seulement les miettes du gâteau ?
Humainement, socialement : est-ce que ce n’est pas facilité par une propension des gens
à ne pas remettre en cause la nature de leur activité professionnelle ? Où
est l’utilité de mon travail, si peu fatigant et déplaisant soit-il ? A quoi (quelle
visée sociale) et à qui (quels bénéficiaires, directs ou indirects) ça va servir ?
Quand on voit des reportages sur de vieilles entreprises en instance de fermeture
(penser en particulier aux mines de charbon dans le Nord), on est toujours frappé par l’attachement
à la fois énorme et incompréhensible des ouvriers à une entreprise et une activité
qui ont brisé leur vie en la rendant si pénible, douloureuse physiquement et
en accaparant toute l’énergie de leurs années qui auraient dû être les plus
pleines.
Sans présenter le même degré d’horreur, cette ambiance gentillette que tu décris,
n’est-elle pas précisément produite par un renoncement
(que tu crois voir chez ceux qui critiquent, ce qui est une vision assez curieuse
du doute et de la mise en question)
face à ses aspirations, un manque de lucidité ? On a tous besoin de valorisation
(consolation, gratification)
sociale, et, l’activité professionnelle étant la partie la plus envahissante de
notre activité sociale, nous avons tendance
à chercher la valorisation (consolation, gratification) dans notre activité professionnelle. D’où
l’intervention de l’auto-justification qu’évoque Arno : je travaille dans une
bonne boîte, je m’y plais bien, j’ai réussi ma vie. Et d’où la difficulté de
remettre en cause ce qui a annihilé et annihilera tant de temps de notre vie
(sans compter que ça n’annihile pas que du temps)..
Une précision d’ordre personnel : je bosse dans une boîte qui, si elle n’est pas
forcément aussi intéressante que la tienne, est tout à fait gentille, tolérante,
et où règne une ambiance à peu près détendue et camarade. J’ai démissionné,
car je précisément n’en pouvais plus de cette non-vie perpétuellement masquée
derrière le sourire et la camaraderie.