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> La Start-up « Canada dry » ?

13 janvier 2001, 07:12, par ARNO*

Bien d’accord avec Pierre (Sisyphe). Le ton volontairement naïf de Laurent n’enlève rien au fait que son propos est d’un ordre bien plus idéologique qu’il ne le prétend (et des smileys signifiant : « je l’ai dit mais je l’ai pas dit » n’y changeraient rien de plus). Parce qu’il ne faut pas oublier le soustitre : « revoir la société en mieux ».

Tout ce que Laurent décrit est un entreprise qui marche bien. Que les gens soient contents dans une boîte qui tourne bien, qu’il y ait de l’intéressement, que le patron soit content (et donc cordial), qu’on ne vire pas les gens comme des malpropres, qu’on installe des aménagements sympas, ça n’a rien de nouveau. Des boîtes qui fonctionnent bien, y’en a des tripotées, et les gens y sont plutôt heureux, bien payés, et y’a plein d’avantages et tout et tout. Rien à voir avec les start-up.

D’ailleurs, les employés des gens qui travaillent dans ces boîtes qui marchent bien tiennent exactement ce genre de discours (l’auto-justification étant l’un des fondements de l’âme humaine) : « ma boîte, c’est pas comme ailleurs, c’est vachement top-moumoutte comme ambiance ».

Ca permet de ne pas se demander s’il est normal que l’investisseur, lui, décuplera sa mise pendant ce temps-là - le fruit du travail sera peut-être plus « rentable » qu’à l’usine du coin, mais ça reste le capital qui est le plus fructifié. Que l’employé prend tous les risques à sa charge (si la start-up foire, il perd son seul boulot et ses BCE valent que dalle), alors que l’investisseur a réparti le risque sur des dizaines de boîtes et rentrera toujours dans ses frais. Ca permet de ne pas se demander ce qu’il adviendra si la boîte coule (le patron, si sympa, lui, il montera une autre de ses 10 jeunes-pousses comme il aime faire).

J’en ai connu beaucoup des boîtes sympa : quand ça marche, tout le monde est content. Quand il faut commencer à serrer les vis, que les parts de marché s’érodent, qu’il faut augmenter la rentabilité... l’ambiance devient aussi pourrie qu’elle a été printannière. Les « copains » du boulot ne se serrent pas les coudes, ils se tirent dans les pattes pour ne pas être de la prochaine charrette, le DRH si humain devient aussi inhumain que son boulot l’exige, le CE n’est plus que l’écho d’un boîte à la dérive.

Bref, rien de nouveau sous le soleil : quand le bâtiment va, tout va. Etre content de bosser dans une boîte qui n’a pas de problèmes, c’est normal. Ca n’a rien de nouveau, et ça n’est pas « changer la société en mieux ». Le seul enseignement à retenir de cet article : « ça serait génial si toutes les boîtes n’avaient jamais de difficultés, on serait tous contents à notre boulot ».