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Patibulaire honnête ? Hum, c’est sûrement un piège !

22 juillet 2003, 05:45, par Lirresponsable

on demande pas au Bigdil de faire réfléchir, y a pas tromperie sur la marchandise, au contraire du journal télé

je parlais du Bigdil, car dans le jargon des professionnels-de-la-profession-reconnus (par la profession), on appelle cela, si ma mémoire est bonne : « acces prime-time » (tm), c-a-d le truc avant la messe du 20 H pour que l’un des spectateurs clame chez lui : "laisse la télé allumée, ça va être les infos" ; journal qui envoie à son tour vers le prime-time avec tunnels de pubs.

La tromperie sur la marchandise, si tromperie il y a, est alors de faire croire par le découpage manifeste en séquences horaires distinctes qu’il existe une différence de nature entre l’information et le divertissement qui précède et la suit ; également par le changement des codes de présentation alors que le contenu réel (un animateur et des gens qui parlent) et les recettes de fidélisation afin de maintenir l’audience ne changent pas vraiment.

La seconde illusion : qu’il ne s’agit pas de marchandise, et plus radicalement que le support tel qu’il est économiquement organisé permet autre chose que de la marchandise, par exemple il y aurait une distinction divertissement/information, l’information étant pure, non soumise aux intérêts économiques et politiques, préservée par la déesse Déontologie et ses vestales, (cette dernière illusion est moins partagée par le public).

Pour que cela fonctionne, il faut que le spectateur soit justement convaincu d’un certain nombre de présupposés, dont celui de l’importance des infos, qui peut d’ailleurs coexister avec une confiance toute relative (il n’y croit pas trop mais cela le divertit et lui permet de discuter avec les collègues à la machine à café).

Sous une forme tautologique : "les infos du JT m’informent (bien, mal, pas très bien, peu importe)", de la même manière que "le divertissement de l’acces prime-time me divertit".

La validité de ces propositions (est-ce du bon divertissement, de la vraie information ?) n’entre pas en ligne de compte, puisque l’on a affaire à un présupposé, la validité n’est généralement pas examinée. Cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas être examinée a posteriori, mais la réception aussi "critique" soit-elle joue sur une modalité qui est anti-critique. De la même manière, si tu regardes un film en te disant : "c’est du cinéma", ou "cet acteur joue mal", ou "on voit le micro du perchman, le cadreur était bourré", tu ne suis plus la narration en tant que spectateur (le déroulement de l’histoire qui est racontée) mais en tant que critique qui examine un objet auquel il n’adhère plus et qu’il va bientôt cesser de regarder. (je laisse de côté la question du plaisir esthétique qui accompagne la vision critique du film).

Et le travail de démontage ou de seconde lecture ne peut naturellement pas coïncider avec la réception du JT (pour un film c’est différent) et suivre sa temporalité puisque le flux narratif continue ; ainsi par exemple examiner la construction d’un reportage d’une minute prend plus d’une minute, (sauf chez celui qui l’a réalisé ou dont c’est le métier). D’où la mode des émissions de décryptage (tm), où l’on apprend que les images utilisées lors du JT du 12/11/99 ont été réutilisées dans celui du 5/10/02 ; ce qui méritait d’être signalé. :))

Le reproche de mauvaise information amha, tombe non seulement à côté du fonctionnement, mais aussi fait l’impasse sur l’organisation industrielle et la déclinaison du produit suivant le type de public. Allons un petit peu du côté diffentiel produit.

Celui qui regarde par exemple Les guignols sera très fier d’affirmer que le Bigdil est un divertissement pour mongoliens (et TF1 une chaîne de beaufs), que le Vrai Journal nous apprend des trucs (scoop : Lepen est un méchant !) contrairement au 13 H poujado de Pernaud (tm). Tout ceci ne gêne pas vraiment Vivendi Universal et Bouygues, y compris pour peut-être à terme fusionner l’offre satellite TPS et Canalsat.

Donc, le reproche fait à l’industrie de la communication (vos JT du 20 H sont de la mauvaise information), c’est un peu comme reprocher à Lidl de ne pas faire épicerie de luxe : i.e. faire l’impasse sur les conditions de production, le coût des produits, le public visé (son pouvoir d’achat corrélé à ses goûts et habitudes de consommation), la finalité économique, la logique industrielle, etc.

Cela ne veut pas dire bien sûr que les pauvres aiment de toute éternité le poulet aux hormones, ou préfèrent les oeufs de lompes au caviar Beluga, mais que la grande distribution (y compris celle de l’info-marchandise) a besoin de produits à faible coût et de masse, 1) pour empêcher ses clients de se précipiter chez Fauchon :), 2) pour augmenter ses marges de profits ; y compris en faisant pression sur le producteur de la marchandise pour qu’il baisse son prix de vente, qu’il accepte de payer pour figurer en tête de gondole, etc.

Dans la presse pour suivre l’analogie, tu as par exemple des vendeurs, promotion sur la choucroute /livre d’Alain Minc payés à la com + un fixe, des soutiers payés au lance-pierre, bien contents de porter des cageots et de les mettre en rayon (en partie parce que le terme "collaborateur" est jugé plus prestigieux que "magasinier").

C’est pourquoi PLPL dont on parlait, propose des mesures économiques (application des ordonnances de 1944 sur la presse) pour lutter contre l’organisation capitaliste des médias, et non d’aller dans les médias tels qu’ils sont pour y porter la bonne parole.

Dans les grandes surfaces, il y a parfois des petits stands promotionnels avec des produits « exotiques » en dégustation, ça met de l’animation, ok, mais est-ce que (nos amis) les gens consomment mieux ou arrêtent de consommer ? Je ne le crois pas.

pourquoi pas en tentant d’envahir ces médias

Moi, je ne veux envahir personne ! Comme disait Jello à sa quinzième mousse : Don’t hate the media, become the media !