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> "Incitation à la haine", début du totalitarisme ?

29 septembre 2001, 03:50, par Emmanuel

Bonjour.

Suite à votre article "Le bal des casse-pieds", et aux affaires récentes je crois qu’on assiste à l’émergence d’un nouveau totalitarisme, au nom de principes philosophiquement flous et susceptibles d’être de plus en plus étendus, tels que "l’incitation à la haine raciale, religieuse".
Car qu’est-ce que ce délit "d’incitation à la haine" ? S’agit-il d’un concept clair, et suffisamment restreint pour ne pas servir de prétexte à des censures de plus en plus nombreuses ?
Rien n’est moins sûr !

Prenons l’un des cas les plus récents : quand Houellebecq attaque avec grossiéreté l’islam ("l’islam est une religion con"), il formule une hostilité vis-à-vis de cette religion. Si un autre dit "dans l’islam, il y a tel ou tel éléments dangereux, sexistes, anti-démocratiques, il faut donc combattre l’islam", ses propos aussi constituent un aveu d’hostilité envers l’islam. Dans les deux cas, que l’hostilité soit plus ou moins bien argumentée ne change rien : ne s’agit-il pas d’ "incitation à la haine" ?
Toute critique vis-à-vis d’une religion n’est-elle pas, peu ou prou, une "incitation à la haine" contre cette religion ?
De même, quand les communistes dénoncent la bourgeoisie, n’est-ce pas une "incitation à la haine" de classe ? Et quand Voltaire attaquait l’Eglise, n’incitait-il pas aussi à la haine religieuse ?
Où se situe la frontière entre des critiques sans concessions ET l’incitation à la haine ?
Si cette frontière n’est pas claire, n’est-ce pas alors grave, car sous prétexte "d’incitation à la haine religieuse, politique, sociale, ethnique, internationale etc." on pourrait tenter de faire interdire tout propos critique sur une religion, une culture, un pays, un groupe, une secte etc. !

Il ne s’agit pas ici pour moi de dire que Houellebecq a raison d’attaquer l’islam ; je crois qu’il caricature cette religion et n’en comprend pas la richesse et surtout la diversité (un sage soufi n’est pas un intégriste etc.). Mais il s’agit ici de faire part de mes questions sur la dérive totalitaire qui commence à se mettre en place au nom des meilleurs principes. Toute censure réactionnaire existe pour protéger les citoyens de "mauvaises pensées" trop négatives, critiques, haineuses etc. J’ai peur que l’on s’achemine doucement mais surement vers un régime de censure de plus en plus appuyé, au nom du bien des citoyens et du respect des plus belles valeurs. L’Inquisition aussi supprimait des textes considérés comme susceptibles d’égarer les gens.
On en revient au même processus, que vous avez décrit dans votre article : ceux qui savent doivent protéger "le peuple", assimilé à un enfant, contre différentes pensées dangereuses.
Autant être franc, et affirmer alors que le principe de la liberté d’expression est erroné, et qu’il faut que le peuple soit "éclairé" par des Sages (juges, scientifiques, prêtres, au choix selon les époques). Ce qui est curieux, c’est de voir des personnes se réclamant de l’idéologie des droits de l’Homme qui considèrent que la censure peut être juste, alors qu’elle contredit les fondamentaux de toute liberté intellectuelle.