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	<title>uZine 3</title>
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		<title>Quand &#171; l'intelligence collective &#187; se met en branle</title>
		<link>http://www.uzine.net/article1018.html</link>
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		<dc:date>2001-08-23T21:28:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiresias</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;vy, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Hourtin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je n'y suis pour rien, jur&#233; promis, je suis juste tomb&#233; dessus en buvant un coup tranquille &#224; Hourtin avec les congressistes qui pr&#233;paraient un compte rendu... Le soir, vous savez ce que c'est... S'agissant de notes prises &#224; la main, le lecteur pardonnera certains d&#233;fauts de finition et l'absence de conclusion li&#233;s &#224; cette pratique en public... &lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de la table, Marcel, G&#233;g&#233;, B&#233;bert et Omar. Je prends la conversation en route alors qu'un convive quitte la table... &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel (un peu avin&#233;) : ...les putes (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique111.html" rel="directory"&gt;Internet et enjeux locaux : le choc des cultures&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.uzine.net/mot4.html" rel="tag"&gt;L&#233;vy, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot21.html" rel="tag"&gt;Hourtin&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L55xH150/arton1018-3eb3c.jpg?1708295308' width='55' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je n'y suis pour rien, jur&#233; promis, je suis juste tomb&#233; dessus en buvant un coup tranquille &#224; Hourtin avec les congressistes qui pr&#233;paraient un compte rendu... Le soir, vous savez ce que c'est... S'agissant de notes prises &#224; la main, le lecteur pardonnera certains d&#233;fauts de finition et l'absence de conclusion li&#233;s &#224; cette pratique en public...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autour de la table, Marcel, G&#233;g&#233;, B&#233;bert et Omar. Je prends la conversation en route alors qu'un convive quitte la table...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marcel&lt;/strong&gt; (un peu avin&#233;) : ...les putes sont de pauvres victimes et la prostitution c'est pas bien. Il &#233;tait temps que quelqu'un ait le courage de le dire. Autre liste de choses pas bien qu'il serait temps qu'on ait le courage de le dire : la m&#233;chancet&#233; envers les vieux et les animaux (et les vieux animaux), la jalousie, la concupiscence, la masturbation quand on ne s'aime pas soi-m&#234;me (parce qu'on pourrait dire que c'est un peu comme imposer un acte sexuel &#224; quelqu'un qui ne nous aime pas, quelque part), et la m&#233;chancet&#233; envers les vieux (je l'ai d&#233;j&#224; dit, non ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (content) : la masturbation quand on ne s'aime pas soi-m&#234;me ? Ah ! &#231;a c'est une vraie question, qu'on s'aime ou pas soi-m&#234;me. Peut-on se violer ? Y a-t-il une scission du sujet dans l'acte masturbatoire ? Nous voulons le savoir ! Quel est le stimulus de la libido ? A premi&#232;re vue, (c'est une fa&#231;on de parler), il y a bien alt&#233;rit&#233;. Prenons l'exemple de l'auto-&#233;rotisme &#224; l'aide de ses mimines, &#224; des fins didactiques (le recours &#224; l'accessoire, v&#233;g&#233;tal, mineral, animal est beaucoup plus complexe). Le sujet est &#224; la fois le &lt;i&gt;masturbant&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;masturb&#233;&lt;/i&gt;, mais d'o&#249; provient le plaisir ? Au moins deux types :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (1) le masturb&#233; ne se per&#231;oit pas masturbant, car c'est un frein direct, (principe de r&#233;alit&#233; qui s'oppose au fantasme). Le sujet ferme les yeux et imagine une sc&#232;ne &#233;rotique, dans laquelle sa main n'appara&#238;t pas. Il dissimule et nie son &#234;tre actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (2) le masturb&#233; se per&#231;oit comme masturbant, car c'est la condition de son exitation. Plaisir de l'exhibition, o&#249; le sujet se met lui-m&#234;me en sc&#232;ne. (Ex-hibition / In-hibition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque que dans (2) se retrouve l'alt&#233;rit&#233;, dans le sens o&#249; le sujet devient un autre qu'il observe (d'o&#249; les miroirs dans les bordels). Mais ce n'est pas vraiment lui, mais son image. Probl&#232;me de Narcisse qui tombe amoureux de son reflet et non de lui-m&#234;me. Il y a bien s&#251;r le c&#233;l&#232;bre On&#226;n (Gen.38) et des d&#233;veloppements dans le Talmud de Babylone...Pour conclure bri&#232;vement, le concept &#171; s'aimer soi-m&#234;me &#187; est tr&#232;s probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;bert&lt;/strong&gt; (les yeux mi clos) : Le sujet ferme les yeux et imagine une sc&#232;ne &#233;rotique, dans laquelle sa main n'appara&#238;t pas, tu dis ? Disons plus exactement qu'elle n'appara&#238;t pas au m&#234;me endroit. Ou plut&#244;t, ce n'est pas la m&#234;me main. Enfin, je laisse la parole aux sp&#233;cialistes... :)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (concentr&#233;) : Et oui ! C'est le probl&#232;me du cas (1) : dans ce cas la main n'est pas per&#231;ue en tant que sa main ; les sensations tactiles sont per&#231;ues et non imagin&#233;es, mais elles sont rapport&#233;es sur une modalit&#233; fictive &#224; une alt&#233;rit&#233;. D&#233;calage entre la perception et l'imagination. A moins d'envisager le cas o&#249; la sc&#232;ne imagin&#233;e consiste en l'exhibition de sa propre masturbation ; mais on retrouve alors le cas (2). Limite pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Omar&lt;/strong&gt; (assoiff&#233;) : remettez nous &#231;a, pour les sp&#233;cialistes de la branlette, non de la sexualit&#233; conjugale arf, h&#233;h&#233;... Continue G&#233;g&#233;, tu tiens le bon bout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (satisfait) : Eh ! Que veux-tu, un tel objet d'analyse demande une connaissance du terrain ! Mais l'authentique savoir vise naturellement au partage, car tout le monde a une antenne &#224; stimuler :)) Et le bonheur partag&#233; est plus beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-excitation peut faire partie de la sc&#232;ne sans en constituer l'essence. La boucle d'identification est alors r&#233;elle entre la sc&#232;ne r&#234;v&#233;e et la sc&#232;ne r&#233;elle, mais elle ne constitue pas toute la puissance de la liaison entre les deux. Cas interm&#233;diaire entre (1) et (meta-2) donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;bert&lt;/strong&gt; (illumin&#233;) : Je suis en train de me dire que toute cette discussion aurait sa place dans une bonne revue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marcel&lt;/strong&gt; (s&#233;rieux) : Faut p't&#234;t pas exag&#233;rer non plus . &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ta r&#233;action &#224; l'intervention de l'autre, je rajoute la mienne, juste pour &#233;quilibrer. (c ; Mon sentiment subjectif rep&#232;re plut&#244;t de l'Egocentrisme du c&#244;t&#233; de certains contraditeurs de Bebert, car lui vient simplement rectifier les propos en montrant ce qu'il voulait dire, chassant ainsi ce qui en a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;. Pour moi, il l'a fait en toute gentillesse et en montrant une lueur de compr&#233;hension de l'Humanit&#233; (l'intelligence collective ? (c : ) touchante. Ce qui donne envie de s'int&#233;resser &#224; la source de cette lumi&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;bert&lt;/strong&gt;(affam&#233;) : Oui, enfin, c'est pas tout &#231;a, mais j'ai command&#233; une truite. Et ma truite, elle est rose, bien grosse, et go&#251;teuse &#224; souhait. Alors avant qu'on me la choure, je vais me la taper dans une cr&#232;me biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Omar&lt;/strong&gt; (dubitatif) : Euh scusez, c'est bien de la branlette que vous causez ? je dis &#231;a because la bandaison n'appara&#238;t pas dans vos discours sur le truc, non plus qu'aucun stimulus pr&#233;alable...Il s'agit donc dans votre esprit de branlette en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, elle a bien des aspects relationnels, fussent ils projectifs (comme on line,quoi), et des impulseurs libidinaux, fussent ils autog&#233;n&#233;r&#233;s. La branlette est ainsi &#233;minemment sociale et physiologique dans ses d&#233;terminants initiaux comme dans ses effets successifs. On peut ajouter une dimension philosophique pour faire plaisir &#224; Pierre Les Vits qui aime les penseurs puissants, vu qu'Epict&#232;te, hein bon, vous m'avez compris... On peut aussi imaginer l'intelligence collective d'un cerveau commun produisant une gigantesque &#233;rection virtuelle. Pas pr&#232;s d'&#233;puiser le sujet, mes amis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (qui suit son id&#233;e) : La boucle d'identification est alors r&#233;elle entre la sc&#232;ne r&#234;v&#233;e et la sc&#232;ne r&#233;elle, mais elle ne constitue pas toute la puissance de la liaison entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser. Nous sommes dans le cas (1) d'auto-&#233;rotisme. Qu'il y ait alternance, c'est possible (la sc&#232;ne r&#234;v&#233;e n'est pas continue, cas de perturbations ext&#233;rieures par exemple), ou que le sujet passe de (1) &#224; (2). On a deux limites, il s'agit d'une typologie. L&#224; tu prends le cas (1) o&#249; dans la sc&#232;ne r&#234;v&#233;e le sujet exhibe sa masturbation, en tant qu'&#233;l&#233;ment de la sc&#232;ne. Il n'en reste pas moins que cette sc&#232;ne n'est pas r&#233;elle, puisque par d&#233;finition elle est imagin&#233;e, quand bien m&#234;me ce qui la sous-tend (la masturbation effective, l'acte m&#233;canique) est lui bien r&#233;el. Par exemple, je r&#234;ve que je suis On&#226;n devant la femme de Er, Tamar. Il est bien &#233;vident que dans l'endroit r&#233;el o&#249; je me trouve, l'identification avec On&#226;n est imaginaire. De m&#234;me si je m'imagine, non plus en tant qu'On&#226;n, devant Tamar ; la sc&#232;ne n'est pas r&#233;elle. On peut dire que l'identification est r&#233;elle au sens d'effective, actuelle, mais c'est une paraphrase de quelque chose de vrai : quand je r&#234;ve que je suis Peter Pan, l'identification entre moi et moi r&#234;vant que je suis Peter Pan est r&#233;elle. En gros, je r&#234;ve r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Omar&lt;/strong&gt; (gai) : arf Hourtin ..Tamar, t'en as d'autres comme &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (in&#233;branlable) Tss...Par contre, on ne peut rabattre les deux sc&#232;nes sous ce pr&#233;texte ; cela reviendrait &#224; dire qu'il n'y a plus de diff&#233;rence entre Peter Pan, et moi habill&#233; en Peter Pan r&#234;vant qu'il est Peter Pan. Bon, le probl&#232;me (nouveau) est celui de l'identification avec des entit&#233;s fictives. Et il faudrait pr&#233;ciser ce que tu entends par la &#171; toute puissance &#187; de la liaison. Veux-tu dire que lorsque je r&#234;ve que je suis Peter Pan, le plaisir &#233;prouv&#233; est li&#233; au r&#234;ve que je fais plus qu'&#224; la relation d'identification qui la sous-tend ? D'un certain c&#244;t&#233;, il est bien &#233;vident que pour un d&#233;crochage r&#233;el (je suis Peter Pan), il ne faut pas que je me per&#231;oive m'identifiant &#224; Peter Pan. Donc, au moins distinguer le plaisir de l'identification, du plaisir permis par l'identification non per&#231;ue. Ce qui permet de distinguer l'esth&#233;tique (je prends plaisit &#224; m'imaginer en Peter Pan) de la pathologie (je suis persuad&#233; d'&#234;tre Peter Pan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Omar&lt;/strong&gt; (qui suit une id&#233;e) : Si on ne prend pas ton postulat initial, que tu nous donnes comme &#233;vidence pour tous (auto &#233;rotisme), tout choit...Mais c'est juste histoire de causer. L'article sur la branlette, il faudrait que quelqu'un ose... J'en touche deux mots &#224; Pierre, &#224; l'occasion, il conna&#238;t des &#233;diteurs plus que sympas... Tu disais quoi d&#233;j&#224; au sujet des types au logis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;pause, un ange passe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bebert&lt;/strong&gt; (pensif) : si tu t'astiques le pingouin tout en faisant faire &#224; un ustensile appropri&#233; (gode, concombre, lego technic...) un savant va-et-vient dans ton anus, l'endroit o&#249; se produira le d&#233;cha&#238;nement orgasmique d&#233;terminera, non seulement ton habilet&#233; respective &#224; la stimulation phallique et anale, mais aussi, en posant que le diff&#233;rentiel d'habilet&#233; pr&#233;cit&#233; est n&#233;gligeable, la sensibilit&#233; respective de ces deux zones dans ta physiologie. Ce qui conduit bien &#224; la d&#233;finition de ton appartenance sexuelle &#224; l'instant &lt;i&gt;t&lt;/i&gt;, comme on dit.&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_48 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L320xH360/art1018-2-845d1.gif?1618728488' width='320' height='360' alt=&#034;image 320 x 360&#034; title=&#034;image 320 x 360&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (reflexif) : Ce qui conduit bien &#224; la d&#233;finition de ton appartenance sexuelle ? Non. Je ne vois pas en quoi la stimulation de zones &#233;rog&#232;nes conduirait &#224; la d&#233;finition d'une identit&#233; sexuelle, surtout dans le cas de l'auto-&#233;rotisme :)). Tu prends l'exemple de l'anus parce qu'il est automatiquement associ&#233; &#224; une homosexualit&#233; (masculine), mais les lesbiennes peuvent &#233;galement pratiquer la sodomie. Sont-elles alors des homosexuels hommes refoul&#233;s ? Je ne le crois pas. Tout comme diff&#233;rentes zones sont indiff&#233;renci&#233;es : la bouche, les fesses, les cuisses, etc. On trouve plut&#244;t une contrainte physiologique : zone o&#249; les terminaisons nerveuses sont nombreuses et donc procurent plus de sensations (type muqueuse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a des pratiques sexuelles, et des pr&#233;f&#233;rences sur le sexe du/des partenaire(s), mais elles ne sont pas r&#233;ductibles &#224; la physiologie. D'autre part l'habilit&#233; &#224; la stimulation suppose justement un apprentissage, et donc conditionne les sensations, et leur investissement &#233;motionnel. Enfin, le d&#233;cha&#238;nement orgasmique a lieu dans le cerveau, que la stimulation soit sur les organes g&#233;nitaux et/ou anale...le plaisir suppose une &#233;ducation, l'&#233;rotique. D'o&#249; l'importance de l'auto-&#233;rotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;bert&lt;/strong&gt; (qui d&#238;ne) : Je parlais de stimulation qui conduit &#224; l'orgasme ; et dans le cas des hommes, cela paraissait &#233;vident (puisque je te r&#233;pondais sur un forum d'hommes). Donc la bouche, tout &#231;a, tu en fais ce que tu veux, mais ma truite ce n'est pas dans la bouche qu'elle est susceptible de me donner un orgasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve plut&#244;t une contrainte : zone o&#249; les terminaisons nerveuses sont nombreuses et donc procurent plus de sensations. C'est pourquoi l'anus et la bite plut&#244;t que le torse et l'orteil. Enfin, le d&#233;cha&#238;nement orgasmique a lieu dans le cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Omar&lt;/strong&gt; (attentif) : Hors de pr&#233;cision de ce que tu veux dire par &#034;dans le cerveau&#034;, on ne peut pas dire grand'chose. Si tu veux dire &#034;les terminaisons nerveuses productrices et transmetteuses de l'orgasme sont reli&#233;es au cerveau&#034;, c'est une &#233;vidence et &#231;a n'apporte pas grand'chose (bien s&#251;r, c'est plus dur avec un cerveau commun). Et, plus g&#233;n&#233;ralement, il y a r&#233;troaction positive (condition n&#233;cessaire du d&#233;cha&#238;nement d'ailleurs) entre diff&#233;rents param&#232;tres biologiques/physiologiques, dont certains peuvent effectivement avoir leur origine dans le cerveau, cela semble entendu. Enfin bon &#231;a ne se r&#233;sume pas en huit mots sans perdre toute signifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (rigolard) : cher coll&#232;gue, j'esp&#232;re bien que je fais ce que je veux de ma bouche ! &lt;i&gt;(rires)&lt;/i&gt; Faudrait d&#233;finir le terme orgasme, une jouissance de type sexuel &#224; son point maximum, qui fait donc partie de la classe plus g&#233;n&#233;rale des plaisirs sensuels (comme manger une truite). Mais il y a des &#233;tats d'excitations non sexuelles qui se traduisent par une excitation et parfois une jouissance sexuelle. Cas des matadors par exemple. Sans parler des taureaux...Plus s&#233;rieusement, on peut &#233;prouver des plaisirs sexuels et m&#234;me une satisfaction sexuelle avec une bouche. Et m&#234;me en mangeant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;pause, Anauel passe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (m&#233;thodique) : Oui donc une organisation physiologique qui pr&#233;existe &#224; la d&#233;finition d'une identit&#233; sexuelle, puisque tu affirmais la d&#233;finir par la zone stimul&#233;e (g&#233;nitale ou anale). D'autre part, dans le f&#233;tichisme, fixation sur une partie comme condition de la jouissance, on trouve au contraire des zones pauvres en terminaisons nerveuses, voire des objets. Donc le d&#233;sir sexuel peut investir et d&#233;passer la limite naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Averro&#232;s disait, &#224; mon souvenir : &#171; est-ce mon zob qui jouit, ou ma main, &#187; &lt;i&gt;(non, ce n'est pas Averroes.NDLR)&lt;/i&gt;. Je crois que c'est le sujet qui &#233;prouve cette sensation de plaisir maximum (donc avec son cerveau pas collectif comme centralisateur qui traite l'information nerveuse et &#233;met les bonnes mol&#233;cules) et non la partie o&#249; se manifestent les cons&#233;quences de cette jouissance (&#233;jaculations, tremblements, frissons, sueurs, dilatations, etc.). La r&#233;troaction est plus complexe, car dans un certain sens, elle est m&#233;canique (non consciente, non d&#233;cid&#233;e, automatique). De telle sorte qu'on peut les dissocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, pour r&#233;cup&#233;rer le sperme des l&#233;opards, on les endort et on leur colle un vibro dans le cul (magnifique m&#233;tier que celui de gardien de zoo). Et si on quitte nos amis les b&#234;tes, on trouve des cas de frigidit&#233;, impuissance, etc. avec des organes sexuels en parfait &#233;tat d'un point de vue physiologique, et parfaitement stimulables le cas &#233;ch&#233;ant, sans que le sujet n'&#233;prouve cette sensation de jouissance, quand bien m&#234;me il en offrirait tous les signes physiologiques.&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_47 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L320xH352/art1018-1-375f4.gif?1618728488' width='320' height='352' alt=&#034;image 320 x 352&#034; title=&#034;image 320 x 352&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;bert&lt;/strong&gt; (protestatif) : Oui donc une organisation physiologique qui pr&#233;existe&#8230;Pr&#233;existe &#224; quoi ? L'organisation g&#233;n&#233;rale du corps est fix&#233;e par l'espace, mais les d&#233;tails d'impl&#233;mentation (...) sont propres &#224; chaque individu. La pr&#233;disposition de chacun &#224; un orgasme anal cons&#233;quent (je parle des hommes) est un facteur non-n&#233;gligeable pour l'apparition ou la confirmation d'une homosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est le sujet qui &#233;prouve cette sensation de plaisir maximum (donc avec son cerveau comme centralisateur qui traite l'information nerveuse et &#233;met les bonnes mol&#233;cules) et non la partie o&#249; se manifestent les cons&#233;quences de cette jouissance (&#233;jaculation, tremblements, frissons, sueurs, dilatation, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, traditionnellement, le sujet du verbe &#233;prouver est un... sujet. C'est-&#224;-dire que ce n'est ni ton cerveau ni ton zob qui &#233;prouve l'orgasme, c'est toi. Apr&#232;s, quant &#224; dire que cette sensation &#233;prouv&#233;e est incarn&#233;e ici ou l&#224;, &#231;a d&#233;pend de la fa&#231;on dont on d&#233;finit l'incarnation d'une sensation, c'est tout : si tu consid&#232;res le lieu du stimulus, c'est le zob, si tu consid&#232;res le lieu du &#171; traitement de l'information &#187; (avec tout ce que ce terme peut comporter d'ind&#233;cis voire de trompeur dans le cas d'un syst&#232;me nerveux biologique), c'est le cerveau. Mais ce n'est pas li&#233; au cas pr&#233;cis de l'orgasme, donc peu signifiant ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (docte) : La r&#233;troaction est plus complexe, enfin ! Dans un certain sens, elle est m&#233;canique, comme pour le l&#233;opard, ou chimique, si tu prends le cas d'une stimulation type viagra qui va favoriser l'afflux de sang dans les corps spongieux...&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_49 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L320xH435/art1018-3-3e646.gif?1618728488' width='320' height='435' alt=&#034;image 320 x 435&#034; title=&#034;image 320 x 435&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;bert&lt;/strong&gt; (sceptique) : pour le l&#233;opard, rien ne dit que le r&#233;sultat soit transposable &#224; l'esp&#232;ce humaine. Ceci dit, on peut faire l'exp&#233;rience, c'est une bonne id&#233;e &#231;a. D'ailleurs &#224; la derni&#232;re s&#233;ance de commission, c'est toi qui t'&#233;tais endormi....&lt;i&gt;(rires)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;g&#233;&lt;/strong&gt; (mod&#233;rateur) : Reprenons . Tu essaies de relier quelque chose de non naturel (l'identit&#233; sexuelle qui ne vient qu'apr&#232;s la phylog&#233;n&#232;se) sur du naturel, et encore avec une pratique sexuelle (la sodomie). Au contraire, l'identit&#233; sexuelle est en grande partie socialement construite (th&#232;se que tu trouves par exemple chez les penseurs Gay&amp;Lesbien). Y-a-t-il une pr&#233;disposition &#224; la jouissance anale chez certains hommes ? Franchement, je n'en sais rien, sans doute, pourquoi pas ? Peut-&#234;tre un g&#232;ne qui d&#233;termine la sensibilit&#233; de telles cellules nerveuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre la pratique de la sodomie (active ou passive) n'est pas propre &#224; l'homosexualit&#233;, donc je ne crois pas qu'elle puisse servir de crit&#232;re, puisqu'elle est aussi bien pratiqu&#233;e par des homosexuels (homme, femme) que par des h&#233;t&#233;rosexuels. D'ailleurs il y a une contradiction dans l'homosexualit&#233; antique, o&#249; le viril est celui qui p&#233;n&#232;tre. C'est pourquoi dans certains cas les relations sexuelles entre hommes simulent la sodomie (cf. Foucault). Il faudrait plut&#244;t d&#233;finir l'identit&#233; sexuelle en fonction du sexe (biologique) du partenaire pour des jeux sexuels, et non &#224; partir d'une pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le serveur&lt;/strong&gt; (digne) : &#231;a fera 312 francs 50...Si je puis me permettre...Je suis frapp&#233; par le s&#233;rieux de votre d&#233;marche...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Des comptes rendus de commission comme &#231;a, il n'y a qu'ici que vous pouvez les lire sans censure. Vous verrez que sur le site officiel, &#231;a ne figurera m&#234;me pas. Bon je vais me coucher...Ca tombe, bien, j'ai un truc &#224; v&#233;rifier...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'intelligence collective de Pierre L&#233;vy</title>
		<link>http://www.uzine.net/article979.html</link>
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		<dc:date>2001-08-08T04:09:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lirresponsable</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;vy, Pierre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy, &#224; partir d'un mod&#232;le th&#233;ologique et au prix de r&#233;ductions conceptuelles, arrive &#224; th&#233;ologiser la technique, alors m&#234;me qu'il se proposait d'en tracer une anthropologie : Le monde virtuel est &#171; ang&#233;lique &#187; et l'analogue de la pens&#233;e divine.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique121.html" rel="directory"&gt;Cr&#233;ations et r&#233;manences&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot4.html" rel="tag"&gt;L&#233;vy, Pierre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L105xH91/arton979-3d0c2.jpg?1618727826' width='105' height='91' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Technologie et Th&#233;ologie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le projet incantatoire de Pierre L&#233;vy, expos&#233; au chapitre cinq (premi&#232;re partie de &lt;i&gt;L'Intelligence collective&lt;/i&gt;) est le suivant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Les citations sans notes sont extraites de : Pierre L&#233;vy, L'intelligence (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous dressons la perspective d'une th&#233;ologie retourn&#233;e en anthropologie. Il s'agit bien toujours de rapprocher l'humain de la divinit&#233; (et quel autre objectif assigner &#224; un art qui en vaille la peine ?), mais, cette fois-ci, en permettant &#224; des collectifs humains r&#233;els et tangibles de construire ensemble un ciel, des cieux, qui ne tiennent leur lumi&#232;re que des pens&#233;es et des cr&#233;ations d'ici-bas. Ce qui fut th&#233;ologique devient technologique. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous discuterons principalement la derni&#232;re proposition : le passage du th&#233;ologique au technologique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument principal de L&#233;vy est qu'une certaine th&#233;ologie permet de penser le cyberespace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tout d'abord une tension dans le propos de l'auteur, qui se comprend par une difficult&#233; qu'il construit lui-m&#234;me : pourquoi utiliser le vocabulaire de la th&#233;ologie si ce qu'on d&#233;crit n'est pas du divin, ou plus radicalement pourquoi tenir un discours sur dieu (th&#233;ologie) &#224; propos de la technique ? Pour instaurer un rapport dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Pierre L&#233;vy se d&#233;fend de toute assimilation puisqu'il parle de retournement, distinguant donc le discours sur dieu du discours sur l'homme (anthropologie). Mais dans le m&#234;me temps : &#171; il s'agit bien toujours de rapprocher l'humain de la divinit&#233; &#187;. Pourquoi ce &#171; toujours &#187; ambigu ? Et en quoi &#171; ce qui fut th&#233;ologique devient technologique &#187; autrement que dans un discours qui choisit ce cadre de r&#233;f&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy choisit d'ancrer son &lt;i&gt;Intelligence Collective&lt;/i&gt; dans l'intellectuel collectif, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;couter, l'interpr&#233;tation n&#233;o-platonicienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='On distingue plusieurs &#171; n&#233;oplatonismes &#187; dans les controverses entre le (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'Aristote, elle-m&#234;me interpr&#233;t&#233;e par les philosophes persans et juifs en milieu musulman, entre le X&#232; et XII&#232; si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surprise de taille, puisque le d&#233;tour g&#233;n&#233;alogique complique quelque peu la p&#233;dagogie de l'exposition. Mais il ne fait que renforcer la dimension th&#233;ologique de son ath&#233;ologie, non seulement parce qu'il donne du cr&#233;dit &#224; la filiation (l'historique du concept) mais aussi parce qu'&#224; aucun moment Pierre L&#233;vy ne montre v&#233;ritablement en quoi il la retourne, sinon verbalement. Bien plut&#244;t, il la transpose. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La tradition f&#226;r&#226;bienne &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Situons rapidement le contexte, &#224; l'aide de quelques citations ; les sp&#233;cialistes excuseront la rudesse du proc&#233;d&#233; et les simplifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; dans la r&#233;gion de F&#226;r&#226;d dans le Turkestan, Al-F&#226;r&#226;bi (Ab&#251; Nasr Muhallad ibn Muhammad ibn Tarh&#226;n ibn Azwalag al-F&#226;r&#226;b&#238;), le &#171; second ma&#238;tre &#187; dit aussi Alfarabius ou Abunazar, est une figure centrale de la philosophie m&#233;di&#233;vale, puisqu'il influencera l'Islam oriental (Ibn S&#238;n&#226; ou Avicenne), l'Islam occidental (Ibn B&#226;jja), les Juifs (Ma&#239;monide) et les Chr&#233;tiens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Nos sources principales sont ici : Alain de Libera, La philosophie (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il propose pour la doctrine de la connaissance une &#171; harmonisation &#187; de Platon et d'Aristote, et pour la cosmologie une adaptation d'Aristote &#224; Plotin et sa th&#233;orie de l'&#233;manation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est &#224; plus d'un titre que ce courant doit retenir notre attention. Premi&#232;rement, Al-F&#226;r&#226;b&#238; et Ibn Sina ont plac&#233; au coeur de leur anthropologie l'id&#233;e d'une intelligence unique et s&#233;par&#233;e, la m&#234;me pour l'ensemble du genre humain, que l'on peut donc consid&#233;rer, avant la lettre, comme un intellect commun ou collectif. Ce &#034;conscient collectif&#034; a &#233;t&#233; nomm&#233; l'&lt;i&gt;intellect agent&lt;/i&gt; par ces mystiques aristot&#233;liciens [...] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, F&#226;r&#226;b&#238; et Ibn S&#238;n&#226; ne sont pas des anthropologues, ni des mystiques, et n'&#233;crivent pas une anthropologie (concept moderne). Il s'agit de th&#233;ologie, ou de m&#233;taphysique, voire de Philosophie premi&#232;re au sens aristot&#233;licien, puisqu'ils commentent, outre Platon, des oeuvres d'Aristote comme : &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt;, etc. Et d'ailleurs &#224; la fin du X&#232; si&#232;cle, l'autre grand expos&#233; de &lt;strong&gt;th&#233;ologie philosophique&lt;/strong&gt; (n&#233;o-platonicienne), qui reprend les donn&#233;es centrales de la &lt;strong&gt;th&#233;ologie de la R&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;, le &lt;i&gt;Ras&#226;'il Ikhw&#226;n al-Saf&#226;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Epitres des Fr&#232;res sinc&#232;res&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Fr&#232;res de la puret&#233;&lt;/i&gt;) reprend &#233;galement leurs th&#232;ses dont celle-ci : le connaissant (l'intelligent) devient lui-m&#234;me ce qu'il conna&#238;t (l'intelligible) dans l'acte de conna&#238;tre (l'intelliger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit non pas d'une anthropologie de l'Intellect ou du cyberspace, mais de th&#233;ologie philosophique ; (de la m&#234;me mani&#232;re, qu'un n&#233;oplatonicien pa&#239;en comme Proclus &#233;crit une &lt;i&gt;Th&#233;ologie platonicienne&lt;/i&gt;). Citons en parall&#232;le et &#224; titre indicatif F&#226;r&#226;b&#238; et Plotin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='Alain de Libera, op. cit., p.109' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Premier est celui de qui proc&#232;de l'&#234;tre. D&#232;s lors le Premier a l'&#234;tre qui lui est propre, il s'ensuit n&#233;cessairement qu tous les autres &#234;tres connus de nous soit par les sens soit par la d&#233;monstration, proc&#232;dent de lui [...] Et l'&#234;tre de ce qui proc&#232;de le Premier vient de l'&#233;panchement de son &#234;tre m&#234;me, et tout ce qui s'&#233;panche de son &#234;tre &#224; lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#226;r&#226;b&#238;, &lt;i&gt;Trait&#233; des opinions auxquelles adh&#232;rent les habitants de la cit&#233; id&#233;ale&lt;/i&gt;, (&lt;i&gt;Mab&#226;di'&#226;r&#226;' ahl al-mad&#238;nat al-f&#226;dila&lt;/i&gt;), chapitre VII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si donc il y a un second terme apr&#232;s lui [L'Un], il faut qu'il existe sans que l'Un se meuve, sans qu'il s'y incline, sans qu'il le veuille, et en un mot sans aucun mouvement. De quelle mani&#232;re donc ? Un rayonnement qui vient de lui, de lui qui reste immobile, comme la lumi&#232;re resplendissante qui environne le soleil na&#238;t de lui, bien qu'il soit toujours immobile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plotin, &lt;i&gt;Enn&#233;ades&lt;/i&gt;, V, 1-6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellect agent n'a, &#224; l'origine chez Aristote, rien de mystique, c'est par contre un des passages les plus difficiles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et, en fait, on y distingue d'une part, l'intellect qui est analogue &#224; la mati&#232;re, par le fait qu'il devient tous les intelligibles, et, d'autre part, l'intellect [qui est analogue &#224; la cause efficiente], parce qu'il les produit tous, attendu qu'il est une sorte d'&#233;tat analogue &#224; la lumi&#232;re : car, en un certain sens, la lumi&#232;re, elle aussi, convertit les couleurs en puissance, en couleur en acte. Et c'est cet intellect qui est s&#233;par&#233;, impassible et sans m&#233;lange, &#233;tant par essence un acte ; car toujours l'agent est d'une dignit&#233; sup&#233;rieure au patient, et le principe, &#224; la mati&#232;re. [...] C'est une fois s&#233;par&#233; qu'il n'est plus que ce qu'il est essentiellement, et cela seul est immortel et &#233;ternel. (Nous ne nous souvenons pas cependant parce qu'il est impassible, tandis que l'intellect patient est corruptible) ; et, sans l'intellect agent, rien ne pense. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='De l'&#226;me, III, 5 ; trad. Jean Tricot, Paris, Vrin, 1938. Pour essayer de (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir si cet intellect agent est s&#233;par&#233;, unique, universel, ou au contraire multiple, individuel, est la question que vont travailler tous les commentateurs d'Aristote, pour aboutir &#224; la fameuse querelle de l'Averro&#239;sme (&#224; la fin du XIII&#232; si&#232;cle). Nous n'allons pas, bien s&#251;r, restituer ici tous les commentaires antiques et m&#233;di&#233;vaux, ni m&#234;me contemporains, juste quelques bribes minimales, car tel pas n'est pas notre propos principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plotin utilisera les analyses du &lt;i&gt;De Anima&lt;/i&gt;, non plus commme Aristote pour d&#233;crire le fonctionnement de l'intellect humain et de la connaissance (comment on pense avec des concepts), mais pour d&#233;finir le mode d'existence de l'Intellect divin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Pierre Hadot, &#171; La conception plotinienne de l'identit&#233; entre l'intellect (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; suivant l'analyse aristot&#233;licienne : &#171; L'intelligence supr&#234;me se pense donc elle-m&#234;me, puisqu'elle est ce qu'il y a de plus excellent, et sa Pens&#233;e est pens&#233;e de sa pens&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='Aristote, M&#233;taphysique, Lambda, 9, 1074 b ; trad. Jean Tricot, Paris, Vrin, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#226;r&#226;bi dans son trait&#233; sur l'intellect (&lt;i&gt;Ris&#226;la f&#238; ma'&#226;n&#238; al-'aql&lt;/i&gt;), distingue un intellect acquis (mustaf&#226;d, &lt;i&gt;adeptus&lt;/i&gt;) qui d&#233;signe l'&#233;tat de l'&#226;me humaine unie &#224; l'Intellect agent s&#233;par&#233;. A la suite de Plotin, F&#226;r&#226;b&#238; reconna&#238;t l'Un absolument transcendant, cr&#233;ateur de la premi&#232;re Intelligence, &#224; partir de laquelle s'amorce l'&#233;manation, qui d&#233;signe un processus d'engendrement qui s'oppose &#224; celui de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re tr&#232;s simplifi&#233;e pour notre expos&#233;, nous dirons simplement qu'il y a dans l'&#233;manation, une continuit&#233; dans l'engendrement et une causalit&#233; de la pens&#233;e : l'intelligence n&#176;1 pense son principe (l'Un), ce qui produit l'intelligence n&#176;2, puis l'intelligence n&#176;2 pense son principe (l'intelligence n&#176;1), et ainsi de suite jusqu'&#224; la n&#176;10. La dixi&#232;me intelligence devient alors l'Intellect agent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='On retrouvera cette probl&#233;matique chez les cabalistes juifs dans le monde de (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on examine la fa&#231;on dont L&#233;vy se r&#233;f&#232;re &#224; la tradition f&#226;r&#226;bienne, on ne peut que constater une absence d'argumentation. Relisons le passage o&#249; il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Premi&#232;rement, Al-F&#226;r&#226;b&#238; et Ibn Sina ont plac&#233; au coeur de leur anthropologie l'id&#233;e d'une intelligence unique et s&#233;par&#233;e, la m&#234;me pour l'ensemble du genre humain, que l'on peut donc consid&#233;rer, avant la lettre, comme un intellect commun ou collectif. Ce &#034;conscient collectif&#034; a &#233;t&#233; nomm&#233; l'&lt;i&gt;intellect agent&lt;/i&gt; par ces mystiques aristot&#233;liciens [...] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une formulation tr&#232;s souple : &#171; on peut donc consid&#233;rer &#187; qui met en place une sorte d'homonymie entre les termes, ce qui n'est que glissement de sens, et non inf&#233;rence comme le &#171; donc &#187; semble vouloir nous le faire accroire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy joue sur les proximit&#233;s phon&#233;tiques et s&#233;mantiques entre l'Intelligence collective, Intellect collectif, et Intellect agent. &#171; L'id&#233;e d'une intelligence unique et s&#233;par&#233;e &#187; exprime la conception f&#226;r&#226;bienne de l'Intellect agent (en r&#233;f&#233;rence &#224; la conception aristot&#233;licienne). Par contre, &#171; un intellect commun ou collectif &#187; exprime tout simplement la conception de Pierre L&#233;vy, qui n'est pas du tout celle de F&#226;r&#226;b&#238; et ne recouvre absolument pas le m&#234;me concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut certes consid&#233;rer bien des choses, mais la substitution des termes pr&#233;suppose une &#233;quivalence, qu'on a beau jeu de d&#233;couvrir l'ayant &#233;tablie sans la justifier. Si je dis : &#171; admettons que x=y, donc vous voyez bien que x=y ! &#187;, je n'ai rien d&#233;montr&#233;. Par contre, si je dis &#171; 2+2=4 &#187;, je peux le d&#233;montrer &#224; partir de d&#233;finitions (2=1+1 ; 3=2+1 ; 4=3+1) et d'un axiome : mettant deux choses &#233;gales &#224; la place, l'&#233;galit&#233; demeure.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='Ce que fait Leibniz pour illustrer le fait qu'une op&#233;ration simple n'est pas (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;formation n'est &#233;videmment pas tr&#232;s op&#233;ratoire, il faut donc l'am&#233;nager, c'est-&#224;-dire reconna&#238;tre plus loin, qu'en fait la tradition f&#226;r&#226;b&#238;enne parle d'autre chose, dans un esprit radicalement autre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cet intellect commun relie les hommes &#224; Dieu, un Dieu essentiellement con&#231;u comme pens&#233;e se pensant elle-m&#234;me, une divinit&#233; connaissante et connaissance plut&#244;t que toute-puissance, une pure intelligence qui n'est cr&#233;atrice que par surcro&#238;t. A la suite d'Aristote, la th&#233;ologie d'inspiration f&#226;r&#226;bienne s'int&#233;resse moins aux pouvoirs ou &#224; la puissance de Dieu qu'&#224; son &#233;nigmatique mani&#232;re de penser, &#224; sa contemplation &#233;ternelle de soi. Par analogie, cette th&#233;ologie aura donc peut-&#234;tre quelque chose &#224; nous apprendre sur l'intellectuel collectif et la fa&#231;on dont il se pense en pensant son monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revoil&#224; bien la &#171; th&#233;ologie &#187; et non &#171; l'anthropologie &#187;, ainsi que l'analogie. Mais en m&#234;me temps qu'est r&#233;tablie l'exposition, s'op&#232;re un glissement de type prom&#233;th&#233;en, amenant classiquement &#224; se prendre pour Dieu et donc &#224; prendre la place de Dieu. Mais qu'est-ce donc que l'Intellectuel collectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ainsi interpr&#233;ter, de mani&#232;re charitable, le proc&#233;d&#233; stylistique de L&#233;vy, car il est caract&#233;ristique de l'&#233;criture des cabalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Charles Mopsik, Cabale et cabalistes, Paris, Bayard, 1997.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (et se retrouve &#233;galement dans l'ex&#233;g&#232;se talmudique) : donner le poids de la tradition en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; un texte, tout en infl&#233;chissant dans le commentaire une lecture qui est exposition d'une doctrine autre, par un r&#233;seau d'analogies, de type &#233;sot&#233;rique (signification cach&#233;e). A la diff&#233;rence des &#233;crits exot&#233;riques (qui le sont par d&#233;finition pour les Anciens) d'un penseur comme Aristote qui reprend ses pr&#233;d&#233;cesseurs de mani&#232;re critique en vue de sortir des apories&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='Par exemple : &#171; Anaxagore est le seul &#224; soutenir que l'intelligence est (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre L&#233;vy conclut ce passage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons donc, en cette fin du XX&#232; si&#232;cle, nous approprier cette philosophie puisque, s'inspirant de l'aristot&#233;lisme et du n&#233;o-platonisme, elle h&#233;rite de la haine des Grecs pour l'infini. Dieu, les anges, la pens&#233;e et le monde y sont appr&#233;hend&#233;s en termes qualitatifs. Dieu n'est pas infiniment plus que nous (plus puissant, plus sage, plus juste...), mais radicalement autre : unit&#233; absolue de la pens&#233;e se pensant elle-m&#234;me. Or cette divinit&#233; &#171; autre &#187; &#233;tant quantitativement finie, nous pouvons songer &#224; la r&#233;int&#233;grer dans la finitude d'une humanit&#233; qui ne ce cesse elle-m&#234;me de devenir autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification de l'appropriation para&#238;t vraiment un peu faible : de la haine de l'infini (topos de l'&lt;i&gt;apeiron&lt;/i&gt;) &#224; la finitude...On retrouve de mani&#232;re classique l'identit&#233; du Principe (&#234;tre), et le mouvement (devenir). &#171; Songer &#224; la r&#233;int&#233;grer dans &#187; est-ce consid&#233;rer que &#171; &#234;tre fini quantitativement &#187; permet de tenir pour &#233;quivalent la divinit&#233; et l'humanit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est oublier un peu vite que le Cosmos des anciens est lui aussi limit&#233; (fini, ordonn&#233;) et que la finitude humaine (g&#233;n&#233;ration et corruption) n'est pas la preuve de sa perfection. Enfin que l'humanit&#233; devienne &#171; autre &#187;, est ici ambigu, puisqu'il s'agit d'alt&#233;rit&#233; (type de mouvement aristot&#233;licien) et d'historicit&#233; (les anciens grecs ne sont pas les grecs d'aujourd'hui). Implicitement par le jeu de r&#233;ponse des deux &#171; autre &#187;, ici dans le sens d'un d&#233;passement vers le divin, devenir cet &#171; autre &#187;. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'intellect agent &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy apr&#232;s avoir expos&#233; bri&#232;vement la doctrine de l'&#233;manation &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les humains sont toujours intelligents en puissance mais ils ne passent &#224; l'acte (c'est &#224; dire selon la terminologie aristot&#233;licienne, ne deviennent effectivement intelligents et connaissants) que lorsqu'ils sont illumin&#233;s par l'Ange. Les formes intelligibles ruissellent de l'intellect agent et quand elles atteignent les &#226;mes convenablement dispos&#233;es, elles les font passer de la connaissance en puissance (possible) &#224; la connaissance en acte (r&#233;elle). Nous ne sommes donc intelligents en acte que gr&#226;ce &#224; l'intellect agent, commun &#224; l'ensemble de l'humanit&#233;, qui est une sorte de &#171; conscient collectif &#187;. Pour l'homme, le degr&#233; supr&#234;me de f&#233;licit&#233; est &#233;videmment de s'unir &#224; l'intellect agent, de capter le plus pleinement, le mieux possible, l'&#233;mission ang&#233;lique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Intellect agent n'est pas une sorte de &#171; conscient collectif &#187; au sens o&#249; des individus prendraient conscience de former une collectivit&#233; (&#234;tre g&#233;n&#233;rique dirait Marx). Il est une forme &#233;man&#233;e de la divinit&#233;, qui permet la connaissance par son action (il est agent) sur les &#226;mes humaines. C&amp;#8217est ; dire que l'Intellect agent n'est plus celui d'Aristote : ce qui dans l'&#226;me, en tant que partie de l'&#226;me (avec l'intellect patient qui re&#231;oit les intelligibles) permet la pens&#233;e. M&#234;me si, in fine, c'est bien l'Intellect Divin qui meut l'ensemble, pour Aristote&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='Aristote, Physique, VIII, 5.' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif n'est pas &#224; comprendre comme somme des intellects agents particuliers (les &#226;mes humaines), ce que L&#233;vy r&#233;fuse aussi (cf. infra), mais comme une sorte de bains publics o&#249; l'intelligence ruissellerait sur des &#226;mes - comme dans un hammam, pourrait-on dire en gardant l'image orientale, sous forme de vapeur. Enfin &#171; conscient &#187; n'a rien ici de commensurable avec l'activit&#233; de l'&#226;me humaine habituelle (au sens d'&#234;tre conscient de telle perception), puisqu'&#234;tre conscient revient ici &#224; subir l'activit&#233; bienfaitrice en se tournant vers ce de quoi on proc&#232;de, dont nous sommes le produit sublunaire (la contemplation de la neuvi&#232;me intelligence par la dixi&#232;me).&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_40 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L350xH404/art979-1-8384c.jpg?1618997481' width='350' height='404' alt=&#034;image 350 x 404&#034; title=&#034;image 350 x 404&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;Non seulement l'acte d'avoir une pens&#233;e, ce n'est plus penser telle chose avec son &#226;me, mais subir l'activit&#233; d'un Intellect agent s&#233;par&#233;, autre que nous, qui est cause de notre intellection (le fait d'avoir cette pens&#233;e en acte) de telle sorte que &lt;strong&gt;nous&lt;/strong&gt; ne pensons pas vraiment.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour une discussion lumineuse sur ce probl&#232;me, cf. Leibniz, Consid&#233;rations (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Par ailleurs, dans cette perspective th&#233;ologique, la contemplation doit conduire &#224; une identification : je deviens - par assimilation - de la m&#234;me nature que le Principe dans l'intellection.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Des mondes ang&#233;liques aux mondes virtuels &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans cette troisi&#232;me partie, Pierre L&#233;vy va enfin r&#233;pondre &#224; la question que nous nous posons tous &#224; pr&#233;sent : &#171; En quoi ces sp&#233;culations philosophico-th&#233;ologiques m&#233;di&#233;vales peuvent-elles nous aider &#224; penser l'intellectuel collectif &#224; venir ? &#187;. Voici la r&#233;ponse : &#171; &#224; titre exp&#233;rimental nous allons conserver le sch&#233;ma f&#226;r&#226;bien, mais en inversant ses principaux termes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ainsi le monde ang&#233;lique devient : &#171; la r&#233;gion des mondes virtuels par lesquels des &#234;tres humains se constituent en intellectuels collectifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons toujours pas de d&#233;finition de cet Intellectuel collectif. Si l'on veut respecter l'analogie et la th&#233;ologie, il faudrait avoir recours &#224; de vieilles variations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour un expos&#233; de ce qu'un th&#233;ologien chr&#233;tien qualifie d'h&#233;r&#233;sie, cf. Ir&#233;n&#233;e (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ce qu'on appelle parfois la cybergnose), o&#249; par exemple le Tout (divin) se comprend comme somme de ses parties (parcelle de divin pr&#233;sente en chacun, son &#226;me). Ou plus radicalement, verser dans une forme de panth&#233;&#239;sme non classique, o&#249; non plus la Nature, mais l'Ensemble des artefacts forme le divin. Ce qui donne une liaison avec la critique de la conception instrumentale de la technique, dont l'essence n'aurait rien de technique, mais serait bien m&#233;taphysique (l'arraisonnement de la Nature).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'Intellect agent devient quant &#224; lui : &#171; l'expression, l'espace de communication, de navigation et de n&#233;gociation des membres d'un intellectuel collectif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien dans la th&#233;ologie f&#226;r&#226;bienne que gr&#226;ce &#224; l'Intellect agent, l'homme peut acc&#233;der aux intelligibles, du moins est-ce sa construction conceptuelle. Mais Pierre L&#233;vy va plus loin, puisqu'il transpose cette construction dans un champ d'application dont ne parle pas du tout F&#226;r&#226;b&#238;. Un espace de communication permet certes d'&#233;changer des communications, et plus prosa&#239;quement le r&#233;seau t&#233;l&#233;phonique par exemple permet d'avoir des conversations t&#233;l&#233;phoniques. Je peux n&#233;gocier la venue d'une pizza par exemple, mais en quoi cette activit&#233; est-elle analogue &#224; celle de l'Intellect agent chez F&#226;r&#226;b&#238; ? Et puis finalement, en quoi aurais-je besoin de la th&#233;ologie de F&#226;r&#226;b&#238; pour comprendre ce que je fais en commandant une pizza par t&#233;l&#233;phone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions font fausse route, puisque Pierre L&#233;vy pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s lors nous n'avons plus affaire &#224; un discours th&#233;ologique mais &#224; un dispositif indissolublement technologique, s&#233;miotique et socio-organisationnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous souscrivons pleinement, et nous continuons donc &#224; interroger la pertinence du mod&#232;le th&#233;ologique de Pierre L&#233;vy. On peut certes utiliser un mod&#232;le transcendant (l'intellect agent chez F&#226;r&#226;bi) pour d&#233;fendre par contraste un mod&#232;le immanent (le projet humaniste de l'Intelligence collective). Le probl&#232;me demeure : en substituant sur un mode analogique ces deux mod&#232;les, un tel discours pr&#233;suppose la validit&#233; des d&#233;ductions du premier mod&#232;le en les appliquant sans d&#233;monstration au second mod&#232;le, de telle sorte qu'il th&#233;ologise un dispositif technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fournit d'une part les bases d'un pr&#233;tendu culte d'Internet (et donc de sa &lt;a href=&#034;http://www.uzine.net/article224.html&#034;&gt;d&#233;nonciation&lt;/a&gt;), et d'autre part autorise en liaison avec son fondement th&#233;ologique, une eschatologie, qui loin d'&#234;tre la fin du Pouvoir (temporel) est l'instrument id&#233;al pour justifier sa continuit&#233; - en ceci que ce discours sur les fins derni&#232;res fait l'impasse sur les conditions pratiques de sa r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mondes virtuels se proposent comme des instruments de connaissance de soi et d'autod&#233;finition de groupes humains, qui peuvent alors se constituer en intellectuels collectifs autonomes et autopo&#239;&#233;tiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quittons les anges et demandons : qui construit ces instruments et nous vend ce nouveau mode de salut ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'&#233;nigme du d&#233;sir &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans cette quatri&#232;me partie, Pierre L&#233;vy essaie de travailler l'opposition entre la th&#233;ologie et son anthropologie, &#224; partir de distinctions conceptuelles que nous allons examiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le discours th&#233;ologique, celui qui refuse de se tourner vers les formes irradi&#233;es par l'Ange de la connaissance n'est intelligent qu'en puissance. L'&#226;me de l'ignorant reste sombre, opaque, aucune id&#233;e ne vient l'&#233;clairer. Or dans la perspective humaniste qui est la n&#244;tre, personne n'est ignorant, puisque toute vie implique et construit n&#233;cessairement la connaissance d'un monde. Le jugement d'ignorance vient de ce que l'on d&#233;finit la connaissance de mani&#232;re transcendante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, mais la connaissance se d&#233;finit relativement &#224; la cause et donc &#224; son objet. Dans une perspective th&#233;ologique, ce qui a le plus de r&#233;alit&#233; est le divin. Conna&#238;tre v&#233;ritablement, c'est conna&#238;tre par les causes, et donc conna&#238;tre la v&#233;ritable cause : Dieu. Et la science supr&#234;me est alors la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas en moi une foule d'id&#233;es au sens de repr&#233;sentations, provenant du monde sensible (la remont&#233;e vers le Principe demande d'ailleurs une asc&#232;se). Pour quitter la th&#233;ologie, j'ai beaucoup d'opinions du fait que je suis vivant dans un monde humain, et je peux tr&#232;s bien n'avoir aucune connaissance th&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'utilise les moyens m&#233;diatiques, par exemple, j'ai une multitude d'informations, sans pour autant que cette multitude fasse de moi un savant. La question est donc de savoir en quoi un bombardement de stimuli ou de repr&#233;sentations permet d'avoir une connaissance au sens fort. On pourrait d'ailleurs interpr&#233;ter &#171; &#234;tre inform&#233; &#187; au sens d'une activit&#233; de l'Intellect agent, lorsque les faits sont mis en forme, non pas par le sujet dans son rapport au monde, mais par un m&#233;dia. Il est bien &#233;vident qu'un autisme (au sens psychologique) para&#238;t peu fructeux (contrairement &#224; une journ&#233;e sans t&#233;l&#233;) car non stimulant, mais on a ici une confusion intentionnelle entre l'ignorance totale (impossible) et l'opinion ; sophisme que l'on trouve dans l'&lt;i&gt;Euthyd&#232;me&lt;/i&gt; de Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='appendix' title='Platon, Euthyd&#232;me, 293b-294a.' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je regarde les r&#233;sultats du tierc&#233; sur biltomag.com, je ne suis pas ignorant des r&#233;sultats du tierc&#233;, en partie parce que je m'int&#233;resse au monde merveilleux des courses hippiques et du PMU. Notons que cette fabuleuse connaissance est tout &#224; fait conciliable avec une ignorance de tout un champ d'autres connaissances (r&#233;sultats de la D2, etc.) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc soutenir que la connaissance (au sens stricte) est en acte, de la m&#234;me mani&#232;re que la pens&#233;e divine (au sens th&#233;ologique), gr&#226;ce au R&#233;seau, est un abus caract&#233;ris&#233;. Pour donner un sens &#224; une telle position, proposons une paraphrase : les pens&#233;es de l'humanit&#233; sont pr&#233;sentes dans l'humanit&#233; consid&#233;r&#233;e comme un tout. R&#233;seau ou pas R&#233;seau. (On verra plus loin les probl&#232;mes de cette actualit&#233; des pens&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy est alors oblig&#233; d'affirmer pour suivre le mod&#232;le f&#226;r&#226;bien (ou pour accr&#233;diter la pertinence de la filiation qu'il a choisie) que le R&#233;seau changerait la nature de la distribution des connaissances (ce qui est vrai) mais surtout le mode d'&#234;tre de ces connaissances, ce qui est, par contre, critiquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En plongeant mon ou mes corps diaphanes dans le monde virtuel, je per&#231;ois d'un m&#234;me mouvement non seulement ce que je sais d&#233;j&#224;, mais aussi l'&#233;tendue des savoirs possibles qui me sont encore &#233;trangers et le resteront peut-&#234;tre toujours : les savoirs, les id&#233;es et les oeuvres des autres. Mon corps ang&#233;lique dans le monde virtuel exprime ma contribution &#224; l'intelligence collective ou ma posture singuli&#232;re par rapport au savoir commun. Or ce corps ang&#233;lique n'atteint jamais l'extension compl&#232;te du monde virtuel qui le contient et qui est comme l'Ange du collectif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour percevoir ce que je ne sais pas, il suffit par exemple d'entrer dans une biblioth&#232;que et de voir tous les rayonnages d'ouvrages que je n'ai pas lus. Mais il est vrai qu'il ne s'agit pas de corps ang&#233;liques. D'autre part la simple posture singuli&#232;re identifi&#233;e &#224; une contribution est un abus de langage. Prenons un exemple qui va convaincre tous les lecteurs &#233;ventuels de cet article : ce n'est pas parce que je m'exprime que je contribue &#224; l'Intelligence de l'Humanit&#233;. On peut &#233;galement visiter un Chat ou Usenet, pour confirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Pierre L&#233;vy passe all&#232;grement des parties (corps ang&#233;lique) au Tout (l'Ange du collectif), et les propri&#233;t&#233;s d'un ensemble ne sont pas n&#233;cessairement les propri&#233;t&#233;s de ses &#233;l&#233;ments. Par exemple, l'ensemble N des entiers naturels est infini, or &#171; 2 &#187; n'est pas un nombre infini. De la m&#234;me mani&#232;re, on peut observer des fonctionnements d'ensemble &#171; intelligents &#187; sans pour autant attribuer de l'intelligence et de la conscience &#224; des &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus radicalement, les humains peuvent avoir des comportements d'ensemble qui n'ont rien d'intelligent. Par exemple les mouvements d'une foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy psychologise doublement l'ensemble :&lt;/p&gt;
&lt;p SPIP&gt;
&#171; Au sujet des individus ou des groupes qui cessent d'apprendre, on ne parlera pas d'ignorance, mais plut&#244;t de cl&#244;ture, dune vie ralentie, d'une rigidit&#233; imperm&#233;able &#224; la prolif&#233;ration des puissances, d'un refus de la rencontre avec l'autre comme ange, d'une crainte de l'&#233;nigme et du d&#233;sir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut certes plus parler d'ignorants, puisque dans les mondes virtuels, tout le monde est intelligent en acte (application de sa th&#232;se), reste donc la m&#233;taphore biologique et la psychologie moraliste de pacotille : peur de l'autre. D'autre part, si l'on d&#233;finit la vie comme apprentissage continu, il est bien &#233;vident que cesser d'apprendre, c'est cesser de vivre. On retrouve les sophismes de l'&lt;i&gt;Euthyd&#232;me&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='appendix' title='Platon, op. cit., 283b-d' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le probl&#232;me du mal &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans cette partie, Pierre L&#233;vy anticipe une d&#233;rive possible, qui n'est paradoxalement que celle que sa propre analyse vient de d&#233;velopper &#224; partir de son mod&#232;le th&#233;ologique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelle est la cause du mal dans notre perspective humaniste ? Les intellectuels collectifs peuvent &#234;tre tent&#233;s de consid&#233;rer les mondes virtuels comme des r&#233;alit&#233;s en soi, en oubliant les &#234;tres humains vivants dont ils proc&#232;dent et dont ils ne sont que l'expression : voil&#224; leur part d'ombre. Toute autonomisation illusoire de la figure du collectif, toute idol&#226;tre fixation de son visage, tout devenir transcendant de l'Espace du savoir sera cause du mal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la racine de la critique selon laquelle les mondes virtuels contribueraient &#224; nous priver de nos corps, et m&#234;me &#224; supprimer le fameux lien social (le monde social r&#233;el non virtuel) en fragmentant justement l'espace social. Outre le vocabulaire th&#233;ologique (l'ombre, l'idol&#226;tre, cause du mal), on peut noter les limites de l'ath&#233;ologie ang&#233;lique. Voil&#224; que Pierre L&#233;vy affirme que nos corps ang&#233;liques ne sont pas des r&#233;alit&#233;s en soi. Autrement dit que nous ne sommes pas des anges, mais des humains incarn&#233;s. Stup&#233;fiante d&#233;couverte, qui pose tout de m&#234;me dans l'&#233;conomie de son discours un probl&#232;me : comment des corps ang&#233;liques mais humains pourraient-ils former un Ange collectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on r&#233;pondra que tout ceci n'est que m&#233;taphorique et qu'il n'y a qu'une analogie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='appendix' title='cf. Jacques Bouveresse, Prodiges et vertiges de l'analogie, Paris, Liber, (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avec les sp&#233;culations th&#233;ologiques et l'ang&#233;ologie. Dans ces conditions, pourquoi parler de &#171; corps ang&#233;lique &#187; puisque d'un point de vue th&#233;ologique les corps humains ne sont pas et ne peuvent pas en &#234;tre un, et que d'un point de vue anthropologique, la cause du mal r&#233;side, selon Pierre L&#233;vy, dans les conceptions th&#233;ologiques (transcendance, caract&#232;re ignorant et mis&#233;rable des humains dans leur majorit&#233;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si on prend &lt;i&gt;&#224; la lettre&lt;/i&gt; la phrase suivante : &#171; Les intellectuels collectifs peuvent &#234;tre tent&#233;s de consid&#233;rer les mondes virtuels comme des r&#233;alit&#233;s en soi &#187;, il s'agit, d'un point de vue th&#233;ologique, du cheminement propre d'une intelligence s&#233;par&#233;e qui se consid&#232;re en soi. Donc, &#224; suivre la tradition f&#226;r&#226;bienne, les intellectuels collectifs contemplent peut-&#234;tre leur principe m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, si l'intellectuel collectif prend son principe dans l'Intellect agent tel que th&#233;oris&#233; par la tradition f&#226;r&#226;b&#238;enne, c'est-&#224;-dire si la r&#233;flexion anthropologique choisit de &lt;i&gt;se penser&lt;/i&gt; &#224; partir d'une conception dont elle est en quelque sorte l'&#233;manation, on peut s'interroger sur l'opportunit&#233; et l'efficience d'op&#233;rer par la suite un d&#233;ni du Principe. On trouve l&#224;, un probl&#232;me th&#233;ologique classique, en rapport avec le probl&#232;me du mal &#224; savoir l'existence d'un ange d&#233;ch&#251; qui s'oppose au Cr&#233;ateur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pierre L&#233;vy proph&#233;tise un autre danger :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute prise de contr&#244;le par un petit groupe de ce qui proc&#232;de de tous, toute fixation d'une vivante expression collective, toute &#233;volution vers la transcendance annihile imm&#233;diatement le caract&#232;re ang&#233;lique du monde virtuel, qui choit alors imm&#233;diatemment dans les r&#233;gions obscures de la domination, du pouvoir, de l'appartenance et de l'exclusion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit mal, &#224; vrai dire, ce que peut &#234;tre un &#171; caract&#232;re ang&#233;lique &#187; non transcendant, m&#234;me si le monde virtuel est immanent, puisque par d&#233;finition l'utilisation du terme &#171; ange &#187; pr&#233;suppose une hi&#233;rarchie des &#234;tres, o&#249; l'&#171; ange &#187; de mani&#232;re simplifi&#233;e est une cr&#233;ature cr&#233;&#233;e sup&#233;rieure aux autres cr&#233;atures cr&#233;&#233;es (terrestres), et se trouve &#233;galement envisag&#233;e comme un interm&#233;diaire, un messager (&lt;i&gt;aggelos&lt;/i&gt;), entre ce qui est non cr&#233;&#233;, le Cr&#233;ateur, et ses cr&#233;atures.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour une analyse plus fine cf. Pseudo-Denys l'ar&#233;opagite, La hi&#233;rarchie (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait probablement entendre le mot &#171; ange &#187; au sens de ce qui n'a pas de corps mat&#233;riel. Serait-l&#224; l'Immat&#233;riel, ou le Virtuel selon Pierre L&#233;vy ? A ce titre, en distinguant le support (ou substrat mat&#233;riel) et l'information, ou m&#234;me l'image&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='appendix' title='Platon, Sophiste, 239d-240d' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est bien le corps ang&#233;lique de PPDA que je vois le soir vers 20 heures. En v&#233;rit&#233;, je vous le dis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus s&#233;rieusement, Pierre L&#233;vy semble ici suivre Ma&#239;monide - litt&#233;ralement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons d&#233;j&#224; donn&#233; pr&#233;c&#233;demment, dans ce trait&#233;, un chapitre o&#249; l'on expose que les anges ne sont pas des corps. C'est aussi ce que a dit Aristote ; seulement il y a ici une diff&#233;rence de d&#233;nomination : lui, il dit &#034;Intelligence s&#233;par&#233;es&#034;, tandis que nous, nous disons &#034;ang&#233;s&#034;. Quand &#224; ce qu'il dit, que ces Intelligences s&#233;par&#233;es sont aussi des interm&#233;diaires entre Dieu et les autres &#234;tres et que c'est par leur interm&#233;diaire que sont mues les sph&#232;res, ce qui est la cause de la naissance de tout ce qui na&#238;t, c'est l&#224; aussi ce que proclament tous les livres (sacr&#233;s) ; car tu n'y trouveras jamais que Dieu fasse quelque chose autrement que par l'interm&#233;diaire d'un ange. Tu sais que le mot &lt;i&gt;malakh&lt;/i&gt; (ange) signifie &#034;messager&#034; ; quiconque donc ex&#233;cute un ordre est un &lt;i&gt;malakh&lt;/i&gt;, de sorte que les mouvements de l'animal m&#234;me irraisonnable s'accomplissent selon le texte de l'Ecriture, par l'interm&#233;diaire d'un &lt;i&gt;malakh&lt;/i&gt; quand ce mouvement est conforme au but qu'avait Dieu, qui a mis dans l'animal une force par laquelle il accomplit ce mouvement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='appendix' title='Ma&#239;monide, Guide des &#233;gar&#233;s, trad. Salomon Munk, Verdier, 1979, deuxi&#232;me (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma&#239;monide distingue ensuite &#224; partir de citations de l'Ecriture quatre acceptions du mot &#171; ange &#187; : &lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; le messager &lt;strong&gt; ;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt;un proph&#232;te &lt;strong&gt; ; 3.&lt;/strong&gt; les intelligences s&#233;par&#233;s (les anges)&lt;strong&gt; ; 4.&lt;/strong&gt; les facult&#233;s animales (ou &#233;l&#233;ments). Cependant, Ma&#239;monide nous met en garde devant l'homonymie des termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il ne faut pas croire que les sph&#232;res ou Intelligences soient au rang des forces (purement) corporelles, qui sont une nature et qui n'ont pas la conscience de leurs actions ; au contraire, les sph&#232;res ou Intelligences ont la conscience de leurs actions, et usent de libert&#233; pour gouverner. Seulement, ce n'est pas l&#224; une libert&#233; comme la n&#244;tre, [...] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='appendix' title='Ma&#239;monide, op. cit., deuxi&#232;me partie, 7' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on tient, comme Pierre L&#233;vy, &#224; parler d'&#171; anges &#187;, on voit que l'on ne peut le faire sans accepter une diff&#233;rence de nature entre les humains, les anges (intelligences non corporelles), et le Cr&#233;ateur. Et donc une transcendance. Parler de &#171; corps ang&#233;lique du monde virtuel &#187; tel que le fait Pierre L&#233;vy pour d&#233;signer le fait qu'il s'agit d'humains qui communiquent (envoient des messages plus ou moins intelligents sous forme de signaux num&#233;riques), ne peut finalement servir qu'&#224; justifier la critique de l'interpr&#233;tation th&#233;ologique d'un sens non th&#233;ologique mais m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions le retournement de la th&#233;ologie en anthropologie est bien assur&#233; : on part d'un mod&#232;le th&#233;ologique entendu au sens m&#233;taphorique, pour dire qu'il s'agit d'une m&#233;taphore. Mais - c'est tout le probl&#232;me - dans le m&#234;me temps, on importe tout une s&#233;rie de relations qui n'ont elles-m&#234;mse, dans le mod&#232;le d'origine, rien ne m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me ne r&#233;side pas dans la libert&#233; du choix de l'image ou de la m&#233;taphore. On peut ainsi dire : &#171; pianoter sur son clavier d'ordinateur &#187;. La comparaison s'op&#232;re ici entre l'utilisateur du clavier et la position d'un musicien qui joue d'un instrument, le piano. Mais il est bien entendu que mon ordinateur n'est pas compos&#233; de cordes tendues et de petits marteaux actionn&#233;s par les touches de mon clavier et que je ne suis pas pour autant pianiste, au sens litt&#233;ral. Je peux d&#233;cider d'appeler &#171; accordeur &#187; le r&#233;parateur lorsque mon ordinateur ne fonctionne pas. Mais l'activit&#233; de changer ou d'installer par exemple une carte son n'a pas grand chose &#224; voir avec l'activit&#233; de l'accordeur de piano. Il s'agit de comp&#233;tences diff&#233;rentes qui correspondent &#224; un type d'objet d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, pourquoi utiliser le vocabulaire th&#233;ologique dans un sens m&#233;taphorique surtout si ce vocabulaire est source de confusion, de terribles m&#233;sinterpr&#233;tations, et ne sert finalement qu'&#224; obscurcir l'objet &#224; penser au lieu de le rendre finalement intelligible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je dis : (1) &#171; Pierre envoie un courrier &#233;lectronique &#224; Paul &#187;, cela para&#238;t plus simple que (2) &#171; Paul re&#231;oit l'illumination virtuelle du corps ang&#233;lique de Pierre transmut&#233; dans l'Ange collectif des Intelligences s&#233;par&#233;es immanentes. &#187;. On ne voit v&#233;ritablement en quoi (2) rend la description et plus intelligible et plus exacte que (1) surtout dans une perspective qui se veut rappelons-le anthropologique, et non pas th&#233;ologique. En quoi l'ang&#233;ologie nous permet-elle de comprendre les myst&#232;res des protocoles POP et SMTP ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='appendix' title='Au lieu des anges, Pierre L&#233;vy aurait pu dans le contexte grec d'origine (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_41 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L250xH379/art979-2-178a6.jpg?1618997481' width='250' height='379' alt=&#034;image 250 x 379&#034; title=&#034;image 250 x 379&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons plus directement &#224; la citation de Pierre L&#233;vy :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute prise de contr&#244;le par un petit groupe de ce qui proc&#232;de de tous, toute fixation d'une vivante expression collective, toute &#233;volution vers la transcendance annihile imm&#233;diatement le caract&#232;re ang&#233;lique du monde virtuel, qui choit alors imm&#233;diatemment dans les r&#233;gions obscures de la domination, du pouvoir, de l'appartenance et de l'exclusion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi tenter une reformulation dans une tonalit&#233; religieusement proche : refuser l'amour du Cr&#233;ateur c'est tomber (choir) dans les T&#233;n&#232;bres et servir l'Adversaire, dont l'empire est uniquement terrestre et qui permet le Pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Le diable le conduisit plus haut, lui fit voir en un instant tous les (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre interpr&#233;tation pourrait en &#234;tre : l'horizontalit&#233; et l'id&#233;al de connaissance ont pour principaux adversaires les monopoles (&#233;tatiques ou commerciaux) qui visent la passivit&#233; des clients (en leur fournissant le contenu, ou en &#233;tant donc l'Intellect agent), le contr&#244;le (ou la transcendance), la consommation payante gr&#226;ce aux lois. Ce qui nous reconduit &#224; une autre forme de th&#233;ologie...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'intellect, l'intelligible, l'intelligent &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans cette partie du chapitre 5, Pierre L&#233;vy pr&#233;cise de quoi il parle, en quittant un instant la th&#233;ologie, du moins en apparence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous soutenons l'hypoth&#232;se qu'il est &#224; la fois possible et souhaitable de construire des dispositifs techniques, sociaux et s&#233;miotiques qui incarnent ou mat&#233;rialisent effectivement l'intelligence collective. On peut certes se contenter de l'analogie suggestive, de la m&#233;taphore &#233;clairante, mais quand nous parlons de mondes virtuels, nous avons bel et bien en t&#234;te de vastes r&#233;seaux num&#233;riques, des m&#233;moires informatiques, des interfaces multimodales interactives, l&#233;g&#232;res et nomades que les individus pourront s'approprier ais&#233;ment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui signifie que l'intelligence collective devient effective, en acte, par son &lt;i&gt;incarnation&lt;/i&gt; dans un dispositif technologique, le R&#233;seau. Elle devient actuelle par la r&#233;alisation d'une virtualit&#233; (ce que L&#233;vy d&#233;signe par monde virtuel). Pris en un sens neutre, un tel propos semble signifier simplement que l'humanit&#233; construit ses outils ; ce qui n'est certes gu&#232;re transcendant dans sa formulation m&#234;me si l'outil d&#233;passe d&#233;j&#224; la stricte nature en tant que produit spirituel. Mais dans ce cas pourquoi L&#233;vy fait-il une distinction entre ces &#171; dispositifs &#187; et les &#171; individus &#187; qui pourront se les approprier ? Autrement dit, qui construit le R&#233;seau en dehors des individus et pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; l'expos&#233; th&#233;ologique pr&#233;c&#233;dent, et &#224; partir de la formulation impersonnelle du souhait de construire ce monde virtuel, dont Pierre L&#233;vy soutient l'hypoth&#232;se, on retrouve une formulation &#224; la fois th&#233;ologique (myst&#232;re de l'Incarnation) et instrumentale du cyberespace envisag&#233; comme dispositif (&lt;i&gt;instrumentum&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il n'est plus question de Dieu &#224; pr&#233;sent (du moins directement) mais de dispositifs techniques et sociaux, Pierre L&#233;vy nous reconduit au monde des oeuvres terrestres. Quelles oeuvres agitent les dispositifs sociaux qui vont produire le R&#233;seau et permettent de le penser ? Le mod&#232;le des relations commerciales entre les hommes, et plus pr&#233;cis&#233;ment celui de l'actionnariat d'entreprise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'intellectuel collectif est une sorte de soci&#233;t&#233; anonyme &#224; laquelle chaque actionnaire apporte en capital ses connaissances, ses navigations, sa capacit&#233; d'apprendre et d'enseigner. Le collectif intelligent ne soumet ni ne limite les intelligences individuelles. Il fait cro&#238;tre une forme d'intelligence qualitativement diff&#233;rente, qui vient s'ajouter aux intelligences personnelles, une sorte de cerveau collectif ou d'hypercortex. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel collectif est r&#233;duit dans la vis&#233;e d'une conception instrumentale des rapports sociaux , o&#249; les individus sont avant tout des &lt;i&gt;Ressources humaines&lt;/i&gt;, et pour compl&#233;ter l'image le DRH une sorte d'intellect agent ? Elle exprime en tout cas ici la rationalit&#233; du Capital. A moins de supposer une communaut&#233; des moyens de production, qui passe probablement par la collectivisation de l'hypercortex ! Ce qui est h&#233;r&#233;tique puisque personne ne doit confisquer l'hypercortex, mais seulement apporter son capital. Qui construit l'hypercortex ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image prend donc un sens avec une configuration spatiale organis&#233;e, o&#249; par exemple le service comptabilit&#233; aurait une zone sp&#233;cifique, de la m&#234;me mani&#232;re que des zones neuronales sont d&#233;di&#233;es &#224; tel type de donn&#233;es. Pourquoi pas, on peut m&#234;me parler d'Arbre de la connaissance, qui distribue les pommes dans l'espace, et dont les racines m&#233;taphysiques puisent les &#233;l&#233;ments, redistribu&#233;s en s&#232;ve dans les branches physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;crire &#233;galement le fonctionnement d'un ensemble o&#249; des humains coop&#232;rent pour obtenir un r&#233;sultat commun, en prenant l'exemple d'un groupe de musiciens.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='appendix' title='Une m&#233;taphore musicale est utilis&#233;e &#224; propos de la cybern&#233;tique par Gilbert (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Imaginons qu'ils jouent le m&#234;me morceau si possible, chacun d'entre eux disposant d'une partition propre et sp&#233;cifique, lui permettant d'apporter sa contribution harmonieuse au r&#233;sultat d'ensemble, le morceau jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces musiciens mettent en commun tout en les employant de mani&#232;re singuli&#232;re, leurs capacit&#233;s propres &#224; jouer ensemble un morceau, gr&#226;ce &#224; ces merveilleux outils que sont leurs instruments respectifs. Dira-t-on pour autant que la guitare basse, la batterie, ou autres synth&#233;tiseurs par exemple, forment un hypercortex...? Cela semble semble exag&#233;r&#233; m&#234;me si l'on trouverait l&#224; un splendide nom de groupe pour jouer du death-metal...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour restituer plus s&#233;rieusement l'analogie on remarquera que si chaque musicien exprime sa sensibilit&#233;, en interaction avec les autres, l'activit&#233; globale du groupe (compos&#233;e des activit&#233;s individuelles) ne donnera un r&#233;sultat qualitatif, qu'en vertu de l'existence d'une harmonie pr&#233;&#233;tablie au sein du groupe lui-m&#234;me - en raison de la partition choisie ou bien de l'harmonique dans les cas d'improvisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour Pierre L&#233;vy, les choses doivent &#234;tre plus complexes, car pour lui l'activit&#233; totale du collectif est d'une nature radicalement &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, entendez divine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Or cette intelligence diff&#233;rente de celle des individus, tout autre, qui pourtant nous &#233;claire et nous exalte, n'a-t-elle pas d'abord &#233;t&#233; pens&#233;e comme intelligence divine ? Construire une intelligence collective, n'est-ce pas, pour les communaut&#233;s humaines, une mani&#232;re la&#239;que, philanthropique et raisonnable d'atteindre la divinit&#233; ?...A condition, bien entendu, que Dieu ait &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233; de son caract&#232;re n&#233;cessaire et transcendant pour &#234;tre red&#233;fini en immanence et en virtualit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; intelligence diff&#233;rente de celle des individus &#187;, qu'&#233;voque L&#233;vy, recouvre le concept de l'Intellect agent qui a bien &#233;t&#233; pens&#233;e dans la tradition f&#226;r&#226;bienne comme une partie divine. Et construire une &#171; intelligence collective &#187; qui se r&#233;f&#232;re explicitement &#224; une telle tradition, est bien une fa&#231;on de r&#233;investir la divinit&#233;, et de r&#233;introduite la probl&#233;matique complexe de l'Intellect agent, dont un des corr&#233;lats possibles est que les sujets ne pensent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy imagine une mani&#232;re la&#239;que d'atteindre la divinit&#233; qui peut para&#238;tre quelque peu floue, et qu'on dira donc po&#233;tique voire oxymorique. On pourrait m&#234;me parler &#224; ce propos de religion sans Dieu, accueillant des fid&#232;les sans Eglise ni clerg&#233;, et il n'est, d&#232;s lors, pas ill&#233;gitime de se demander plus radicalement quel est ce besoin de r&#233;d&#233;finir le concept de Dieu dans une communaut&#233; qui se situe en dehors d'une r&#233;f&#233;rence &#224; une foi quelconque ? Et que serait-ce qu'un Dieu immanent, non n&#233;cessaire et virtuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception d'un Dieu immanent est ancienne, on la trouve dans le panth&#233;&#239;sme o&#249; Dieu n'est pas ext&#233;rieur mais r&#233;side dans le monde, est immanent au monde (du latin &lt;i&gt;immanere&lt;/i&gt; : r&#233;sider dans). Il est d'ailleurs L'Un et le Tout (&lt;i&gt;heis kai pan&lt;/i&gt;). D&#233;pouiller Dieu de sa transcendance c'est nier la R&#233;v&#233;lation et la Cr&#233;ation. Voil&#224; pourquoi Pierre L&#233;vy semble vouloir red&#233;finir le concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de concept, on fera remarquer que celui de n&#233;cesit&#233; s'oppose &#224; celui de contingence et non &#224; celui de virtualit&#233;. Un monde contingent n'a de sens qu'en fonction d'un monde cr&#233;&#233;, qui aurait pu ne pas &#234;tre. Pour les Anciens, le monde est &#233;ternel et incr&#233;&#233;. Cependant dans la pens&#233;e de Pierre L&#233;vy, il n'est semble-t-il plus question du monde r&#233;el, mais de l'Intelligence collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, et telle para&#238;t bien &#234;tre l'alternative de L&#233;vy, entendre &#171; immanent &#187; &#224; la mani&#232;re antique, o&#249; l'action immanente est l'action de l'agent sur lui-m&#234;me (par exemple la vision produit la vue) par opposition &#224; l'action transitive de fabrication qui aboutit &#224; la production d'une chose s&#233;par&#233;e (par exemple b&#226;tir une maison produit une maison).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Aristote, M&#233;taphysique, th&#234;ta, 8, 1050a.' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'Intelligence collective est-elle immanente au sens o&#249; elle r&#233;side dans l'activit&#233; des sujets humains. Elle n'est pas ext&#233;rieure, transcendante. Autrement dit des individus qui pensent ensemble, pensent ensemble (tautologie) ; parfois de mani&#232;re exalt&#233;e. Ce qui revient &#224; dire que l'Intelligence collective est le produit de l'activit&#233; des sujets. Notons aussi que le &lt;i&gt;virtuel&lt;/i&gt; se comprend en fonction de l'actuel (en acte) et que par d&#233;finition si l'Intelligence collective est &#224; construire, elle n'existe qu'en puissance, virtuellement, de la m&#234;me mani&#232;re que la statue d'Herm&#232;s est en puissance dans le bois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='appendix' title='Aristote, M&#233;taphysique, th&#234;ta, 6' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi est-il correct de dire que l'Intelligence collective reste &#224; titre de possible, aussi longtemps que son substrat, le R&#233;seau ou &#171; Hypercortex &#187;, n'est pas r&#233;alis&#233;. C'est-&#224;-dire beaucoup plus simplement que pour communiquer gr&#226;ce au R&#233;seau, il faut construire le R&#233;seau (passer des plans &#224; la r&#233;alisation). Mais encore une fois Pierre L&#233;vy fait l'impasse sur cette construction, pour s'int&#233;resser aux propri&#233;t&#233;s de l'Intelligence collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'ambigu&#239;t&#233; subsiste dans sa conception, puiqu'il affirme que l'Intelligence collective est &#171; diff&#233;rente de celle des individus, tout autre &#187;. Est-ce &#224; dire qu'elle n'est pas compos&#233;e de l'activit&#233; des sujets pensants ? Alors qu'est-ce qui la produit ? Quel est cet &#171; autre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut v&#233;ritablement retourner la th&#233;ologie, on se d&#233;barasse d'un intellect agent s&#233;par&#233;. Dans le cas contraire, on la suit simplement en affirmant que les hommes ne pensent pas, puisque seule l'Intelligence collective pense r&#233;ellement en acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, une intelligence individuelle n'est pas l'Intelligence collective, au sens o&#249; un individu pourrait penser en acte, simultan&#233;ment toutes les pens&#233;es de l'humanit&#233; de mani&#232;re continue. Mais l'Intelligence collective d&#233;signe pour nous l'interaction d'individus pensants, et non un Intellect agent s&#233;par&#233; au sens de la tradition f&#226;r&#226;b&#238;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous revenons aux trois propri&#233;t&#233;s du concept de Dieu (immanence, virtualit&#233;, contingence) auquel il faut substituer celui d'Intelligence collective d'apr&#232;s Pierre L&#233;vy, nous obtenons le r&#233;sultat suivant : les sujets humains qui pensent, pensent eux-m&#234;me, pensent ensemble, mais pas tout le temps. Ces sujets humains ne sont pas - m&#234;me pris ensemble- assimilables &#224; Dieu qui lui pense toujours sa propre pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi le R&#233;seau substrat de l'incarnation (ou deuxi&#232;me &#233;manation ?) justifierait-il une red&#233;finition du concept de Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy nous livre enfin la cl&#233; de ce d&#233;passement de l'humanit&#233; lacunaire dans l'Intelligence collective des mondes virtuels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, lorsque je dors, mon ange continue d'agir dans le monde virtuel. Mon ange : c'est-&#224;-dire l'expression que j'ai voulu donner &#224; ma m&#233;moire, &#224; mon savoir, &#224; mes navigations, &#224; mon d&#233;sir d'apprendre, &#224; mes hi&#233;rarchies d'int&#233;r&#234;ts, aux rapports que j'entretiens avec les autres membres de la communaut&#233; pensante. Cet ange, mon messager num&#233;rique, contribue &#224; l'informer, orienter, &#233;valuer en permanence ce monde virtuel, qui lui-m&#234;me est l'expression de tous les messagers. Et donc, lorsqu'un membre de la communaut&#233; pensante rev&#234;t son corps ang&#233;lique, il ne se contente pas de faire briller une lueur dans le noir : il est imm&#233;diatement situ&#233; dans le paysage intellectuel vari&#233;, divers, travers&#233; de tensions, que forme l'union virtuelle des intelligences individuelles. Il se plonge dans un espace de communication, d'appels et de r&#233;ponse. Il &#233;volue au sein d'un univers de significations partag&#233;es, de probl&#232;mes communs et de situations &#224; affronter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pratique d'avoir un ange, on peut dormir pendant qu'il r&#233;pond aux emails. Plus s&#233;rieusement, mais c'est difficile avec pareille d&#233;claration, Pierre L&#233;vy ne semble pas se livrer &#224; une ang&#233;ologie des r&#233;pondeurs t&#233;l&#233;phoniques. Par contre, il cr&#233;e une assimilation quelque peu fallacieuse entre le statut de mon message et celui de mon messager, seul moyen de maintenir une Intelligence collective s&#233;par&#233;e. Or si &#171; mon ange &#187; &#233;gale &#171; mon expression &#187;, elle est immanente, c'est-&#224;-dire qu'il n'y pas d'Intellect agent au sens de la tradition f&#226;r&#226;bienne. On peut en d&#233;duire que lorsque je m'exprime c'est moi qui m'exprime. L&#224; encore on aboutit &#224; une tautologie ; ou une &lt;i&gt;premi&#232;re &#233;vidence&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui attribuer une ind&#233;pendance ang&#233;lique, en faire un messager en soi, comme le fait Pierre L&#233;vy, est une figure de style dont l'opportunit&#233; sera exclusivement de maintenir la r&#233;f&#233;rence &#224; un &#171; autre &#187; immanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons au contraire, mais sans doute l'inspiration de l'Ange nous fait ici d&#233;faut, qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; post&#233; sur un forum, un message reste accessible (quand bien m&#234;me son auteur dormirait) &#224; ceux qui voudraient le lire (et donc le constituer comme contenu de sens au moyen d'une pens&#233;e, en g&#233;n&#233;ral la leur), voire y r&#233;pondre. Mais tout ceci est contingent, sans parler de l'&#233;tat des serveurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le fameux auteur du message retourne voir les &#233;ventuelles r&#233;ponses, il pourra &#224; son tour poursuivre la discussion et interagir dans le cadre d'une communication r&#233;ciproque telle qu'on peut aussi en conna&#238;tre, au fond, dans une conversation &lt;i&gt;in real life&lt;/i&gt;. Il y a certes interaction de l'&#233;metteur et de ses &#233;ventuels r&#233;cepteurs par le biais d'un premier message puis d'un second, etc.. mais dire que ce message initial ou les suivants puissent eux-m&#234;mes penser en tant que Messagers, rel&#232;vent de la fiction, de la personnification romantique du message, voire de l'&#233;lucubration...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins de consid&#233;rer aussi, &#224; la mani&#232;re des h&#233;ros de contes merveilleux ou fantastiques que les livres pensent eux-m&#234;mes, et que l'intelligence collective humaine est en acte dans une biblioth&#232;que. Nous avons prosa&#239;quement tendance &#224; croire que le mode d'existence des pens&#233;es est, dans les livres, d' y &#234;tre imprim&#233;es et non pensantes. Tout pens&#233;e &#233;crite est en puissance dans un livre referm&#233;. Si elle correspond bien &#224; l'actualisation d'une pens&#233;e initiale de l'auteur, au moment de la r&#233;daction du texte, elle n'en est pas moins en suspens, non actualis&#233;e, dans le livre imprim&#233;, en dehors ou dans l'attente de l'acte lecture, acte cognitif qui actualise le langage &#233;crit et lui donne sens par la m&#233;diation d'une seconde instance de pens&#233;e : le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette conception moins &#233;ther&#233;e des signes &#233;crits du langage, L&#233;vy objecte une s&#233;rie de questions (cf. la partie suivante Le sensible et l'intelligible). Il se demande :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais si les signes vivent ? [...] Mais si les caract&#232;res de plomb font place &#224; la substance m&#234;me des anges ? Mais si la stratification opaque et gignatesque des textes s'efface devant un milieu fluide et continu dont l'explorateur occupe toujours le centre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; substance m&#234;me des anges &#187;, il faut sans doute entendre l'ensemble de donn&#233;es num&#233;ris&#233;es ? Les formats de compression des donn&#233;es changent-ils le statut ontologique de ces &#171; anges &#187; ? Le JPEG est-il vraiment plus s&#233;raphin que ch&#233;rubin ? Ou nettement moins archange que le MP3 ou le ZIP ? A moins qu'il ne faille envisager l'import de l'image d'un texte dans un fichier texte, lui m&#234;me zipp&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette expression imag&#233;e de &#171; milieu fluide et continu &#187;, Pierre L&#233;vy fait sans doute r&#233;f&#233;rence &#224; l'hypertexte. Mais &#171; l'explorateur occupe toujours le centre &#187;, c'est-&#224;-dire qu'il est celui qui interpr&#232;te et donc constitue les signes comme support de &lt;strong&gt;sa&lt;/strong&gt; pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit donc pas en quoi les signes seraient pensants. Vivants au sens d'&#233;volutifs, modifiables, transformables, pouvant rev&#234;tir de multiples significations, oui &#224; l'&#233;vidence les signes peuvent l'&#234;tre, mais pas pensant. Et quand bien m&#234;me on quitterait les signes, pour des instructions programm&#233;es efficientes, cela n'aurait rien de divin. Cela dit sans vouloir vexer quiconque chez nos amis les explorateurs ang&#233;liques. Un &lt;i&gt;dieu vivant du php&lt;/i&gt; ne cadre pas avec le concept th&#233;ologique de Dieu, il s'agit d'une expression m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il y a un paralogisme &#224; voir l'interaction des sujets humains dans un monde virtuel (ici le R&#233;seau) comme l'analogue de la pens&#233;e divine sous le pr&#233;texte de la continuit&#233;. Imaginons qu'il y ait bien toujours au moins quelqu'un de connect&#233;, ce n'est pas pour autant qu'il maintient dans l'&#234;tre l'Intelligence collective, et donc que celle-ci &lt;i&gt;pense toujours&lt;/i&gt; actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que A pense a l'instant t, et B pense &#224; l'instant t+1, ne suffit pas &#224; dire que A pense &#224; l'instant t+1, ni m&#234;me que A+B pense tout le temps. C'est comme si on en venait affirmer que : A est assis, B marche donc A+B marche. Non, A et B peuvent marcher ensemble, mais quand A ne marche pas, il ne marche tout simplement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Pierre L&#233;vy suppose une entit&#233; : Intellectuel Collectif (IC) qui repose pour simplifier sur la somme A+B mais qui d'apr&#232;s lui, a des propri&#233;t&#233;s sp&#233;cifiques, notamment celle de penser tout le temps, quelque soit l'instant t. Il s'agit ici d'une &#171; reprise &#187; de la th&#232;se cart&#233;sienne suivant laquelle l'&#226;me pense toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au contraire de Descartes pour qui c'est Dieu qui maintient dans l'&#234;tre le monde (la fameuse th&#232;se de la cr&#233;ation continu&#233;e)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Descartes, Discours de la m&#233;thode, V, &#167;3 et M&#233;ditations m&#233;taphysiques, (...)' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour Pierre L&#233;vy c'est l'Intellectuel Collectif qui maintient la pens&#233;e en acte. Il faut alors se poser deux questions : de qui et comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p SPIP&gt;
Pour reprendre les objections classiques et l'exemple non moins classique de la marche, la Promenade ne se prom&#232;ne pas. A se prom&#232;ne parfois, B se prom&#232;ne parfois, mais supposer une Promenade collective, qui serait continue et actuelle est une absurdit&#233;. Et nous regaderions avec &#233;tonnement quelqu'un qui nous dirait : &#171; Ecoutez mes fr&#232;res, l'humanit&#233; marche tout le temps, toujours et partout, gr&#226;ce au tapis roulant qui meut les sujets tel l'Intellect divin. Recouvrons la surface de la terre de tapis roulants ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le R&#233;seau encore une fois n'ajoute rien &#224; une telle affirmation, si ce n'est des allures de modernit&#233; proph&#233;tique, car m&#234;me si quelqu'un est actuellement en train de penser, quelque part &#224; la surface du globe, cela ne fait pas de l'humanit&#233; un Dieu, sauf bien entendu si l'on r&#233;duit les propri&#233;t&#233;s du concept afin que l'assimilation fonctionne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour r&#233;sumer la port&#233;e argumentative, si l'humanit&#233; est Dieu, alors l'humanit&#233; est Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant ce que semble affimer Pierre L&#233;vy, op&#233;rant &#224; nouveau un t&#233;l&#233;scopage de conceptions incompatibles (&#224; moins de changer les d&#233;finitions pour les rendre substituables), dans la partie suivante.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le sensible et l'intelligible &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le discours th&#233;ologique, l'individu n'&#233;tait pas toujours intelligent en acte parce qu'il &#233;tait le plus souvent occup&#233; du sensible plut&#244;t que des formes intelligibles. Or la s&#233;paration du sensible et de l'intelligible n'est sans doute pas aussi nette que le supposaient nos philosophes m&#233;di&#233;vaux n&#233;oplatoniciens. Nous l'avons vu, toute pens&#233;e, m&#234;me la plus abstraite, suppose peut-&#234;tre le support d'une image. [...] L'intellectuel collectif pense partout, tout le temps et relance perp&#233;tuellement la pens&#233;e de ses membres. Pour la communaut&#233; pensante que nous appelons de nos voeux, comme pour le Dieu d'Avicenne ou de Ma&#239;monide, l'intellect et l'intelligible ne font qu'un. Cette union de l'intellect et l'intelligible d'un &#234;tre collectif, nous l'avons appel&#233;e son monde virtuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en d&#233;plaise &#224; Pierre L&#233;vy, nos philosophes m&#233;di&#233;vaux n&#233;oplatoniciens faisaient la diff&#233;rence entre le signe support d'une pens&#233;e et la pens&#233;e. Un pictogramme, un icone cliquable, une image anim&#233;e auraient sans doute pour eux peu de chose &#224; voir avec l'intellection produite par l'Intellect agent, &#233;manation du Principe qui est pure intelligence, immaterielle et non sensible (la repr&#233;sentation sous forme d'image de la divinit&#233; est d'ailleurs interdite dans le Juda&#239;sme et l'Islam). Sur les distinctions, par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par les mots : &#034;Faisons un homme &#224; notre image&#034;, on aurait donc voulu parler de la forme sp&#233;cifique, c'est-&#224;-dire de la compr&#233;hension intellectuelle, et non de la figure et des lin&#233;aments. Ainsi nous t'avons expliqu&#233; la diff&#233;rence qu'il y a entre &lt;i&gt;tc&#233;lem&lt;/i&gt; (image) et &lt;i&gt;toar&lt;/i&gt; (figure), et nous avons aussi expliqu&#233; le sens de &lt;i&gt;tc&#233;lem&lt;/i&gt;. Quant &#224; &lt;i&gt;demouth&lt;/i&gt;, c'est un nom d&#233;riv&#233; de &lt;i&gt;damath&lt;/i&gt; (ressembler), et qui indique &#233;galement une ressemblance par rapport &#224; quelque id&#233;e ; car les paroles (du psalmiste) : &#034;Je ressemble (&lt;i&gt;damiti&lt;/i&gt;) au p&#233;lican du d&#233;sert&#034; (Ps. 102 :7), ne signifie pas qu'il lui ressemblait par rapport aux ailes et au plumage, mais que la tristesse de l'un ressemblait &#224; la tristesse de l'autre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='appendix' title='Ma&#239;monide, op. cit., premi&#232;re partie, 1' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'intelligible se contemple. C'est-&#224;-dire que je pense le concept &#171; pomme &#187; avec ma pens&#233;e (dont le substrat est mon cerveau), et j'appr&#233;cie la saveur d'une pomme particuli&#232;re avec mon go&#251;t. Le concept de &#171; pomme &#187; n'est ni sucr&#233;, ni acide. Autrement dit, les propri&#233;t&#233;s du concept ne sont pas les propri&#233;t&#233;s de ce qui tombe sous le concept. Et pour voir autre chose qu'une tache color&#233;e dans le logo d'un Mac, cela suppose que je dispose du concept de &#171; pomme &#187;. Autrement dit la perception au sens de reconnaissance de ce dont l'image est l'image suppose la connaissance du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une conception logiciste, que l'on peut tout &#224; fait critiquer, le concept n'est pas r&#233;ductible &#224; l'image mentale, et poss&#232;de des propri&#233;t&#233;s ind&#233;pendantes dans une certaine mesure du mode d'existence psychologique de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy, au prix de nombreuses contorsions et de r&#233;ductions conceptuelles, d&#233;cide donc de transposer une conception m&#233;taphysique &#224; la description d'un artefact. Il ne fait que th&#233;ologiser la technique : le monde virtuel est &#171; ang&#233;lique &#187; et analogue &#224; la pens&#233;e divine car son Intelligence collective est &#233;galement union de l'intellect (ce qui pense) avec l'intelligible (ce qui est pens&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons qu'avec une telle conception de l'immanence, de la totalit&#233; et de la divinit&#233;, on peut dire la m&#234;me chose du t&#233;l&#233;phone, qui &#171; pense toujours et tout le temps &#187; et nous met tous en relation, en abolissant lui-aussi les distances du Territoire. Ce qui devrait beaucoup plaire aux marchands de t&#233;l&#233;phone. Et m&#234;me, le t&#233;l&#233;phone portable nous lib&#232;re, &#224; en croire ces m&#234;mes marchands. En effet, que seraient la th&#233;ologie et le commerce sans une promesse de lib&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les trois Libert&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vit clot ce chapitre par une application de la th&#233;orie de la causalit&#233; d'Aristote&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb29' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. M&#233;taphysique, delta, 2, 1013a et Physique, II, 3, 194b' id='nh29'&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; son Intelligence collective, histoire probablement de suivre une derni&#232;re fois la tradition f&#226;r&#226;bienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Afin de pr&#233;server les collectifs intelligents de toute ali&#233;nation, nous ferons appel &#224; la th&#233;ologie une derni&#232;re fois. Dieu, on le sait, est cause de soi. Mais qu'est-ce qu'une cause ? Selon la philosophie aristot&#233;licienne, il existe quatre types de causes : si l'on prend l'exemple d'un vase confectionn&#233; par un potier, l'argile est sa &lt;i&gt;cause mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, le potier sa &lt;i&gt;cause efficiente&lt;/i&gt;, le contour d'abord con&#231;u par le potier est sa &lt;i&gt;cause formelle&lt;/i&gt; et contenir un liquide est sa &lt;i&gt;cause finale&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ici un m&#233;lange de concepts tr&#232;s compliqu&#233;s (Ali&#233;nation, cause de soi, Dieu, cause), provenant de traditions et de relectures diverses, qu'il va nous falloir bri&#232;vement restituer de mani&#232;re simplifi&#233;e afin d'essayer de voir o&#249; Pierre L&#233;vy veut en venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause (&lt;i&gt;aition&lt;/i&gt;) chez Aristote se prend en de multiple sens. Nous n'avons retenu dans notre conception moderne de la causalit&#233; que la troisi&#232;me cause (la cause efficiente ou motrice), que nous mettons en relation avec des effets qu'elle &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt;. De plus, nous ne comprenons plus l'activit&#233; technique, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'activit&#233; naturelle, mais nous avons bien plus tendance &#224; voir dans l'art au sens antique (la &lt;i&gt;techn&#232;&lt;/i&gt;) quelque chose de sup&#233;rieur &#224; l'activit&#233; de la Nature, contrairement &#224; Aristote&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb30' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour un commentaire de la th&#233;orie aristot&#233;licienne voir par exemple (...)' id='nh30'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi pour nous, y a-t-il un vase parce que le potier l'a fabriqu&#233;. Certes avec de l'argile, pour transporter ou stoker des liquides, et avec telle figure. Mais nous pensons fondamentalement que le potier est ce par quoi le vase arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le sens originaire de &#171; cause &#187; n'est pas &#171; ce par quoi quelque chose arrive ou se fait &#187;, mais &#171; ce qui est responsable de telle ou telle action, ce qui r&#233;pond de quelque chose &#187;. Et &#224; ce titre, Aristote distingue quatre niveaux, dans lesquels le potier n'est qu'une cause, et d'ailleurs tout &#224; fait secondaire. La cause la plus importante reste la cause finale, le &#171; ce en vue de quoi &#187; est fait le vase. Par ailleurs, l'activit&#233; artisanale est comprise chez lui comme une actualisation de la forme (&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt;) dans la mati&#232;re (&lt;i&gt;hyl&#232;&lt;/i&gt;), ici la forme au sens de concept &#171; vase &#187; dans de l'argile. Et encore plus suprenant, ce n'est pas vraiment notre artisan potier qui est &#171; actif &#187; dans la fabrication mais la forme (les propri&#233;t&#233;s qui d&#233;finissent l'objet et non l'aspect sensible de l'objet produit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que le potier doit penser les propri&#233;t&#233;s qui d&#233;finissent l'objet afin de produire ce type d'objet, de telle sorte que toute son activit&#233; manuelle est guid&#233;e, orient&#233;e par la pens&#233;e de la forme. On retrouve ici le probl&#232;me de l'intellect agent, et de la pens&#233;e en acte, puisque pour Aristote la pens&#233;e de la forme doit &#234;tre actuelle. Et l'actualisation de cette forme, dans l'activit&#233; technique, produit un vase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la diff&#233;rence de statut entre les &#234;tres naturels et les objets fabriqu&#233;s : les lapins produisent naturellement des lapins (et sans r&#233;flechir particuli&#232;rement au concept de lapin), par contre les tables ne produisent pas des tables, m&#234;me si on les empile et qu'on les laisse dans une pi&#232;ce s&#233;par&#233;e. Aristote voit &#233;galement dans la g&#233;n&#233;ration naturelle (les lapins qui produisent des lapinots) une actualisation de la forme (la maturation des propri&#233;t&#233;s) mais dans ce cas il y a une identit&#233; de nature entre ce qui produit et ce qui est produit. Imperfection de l'art qui a besoin d'une cause ext&#233;rieure pour produire (le potier n'est pas un vase, pas la m&#234;me forme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy, lui, fait r&#233;f&#233;rence &#224; une conception th&#233;ologique o&#249; Dieu est compris comme cause de soi. Etre sa propre cause est un concept que des th&#233;ologiens ont appliqu&#233; au Dieu de la R&#233;v&#233;lation, reprenant des d&#233;ductions de philosophes pa&#239;ens. Car pour faire vraiment tr&#232;s bref, l'Eternel ou le Cr&#233;ateur ne saurait &#233;videmment proc&#233;der d'autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etre le Cr&#233;ateur suppose donc que l'on soit sa propre cause, sinon il faut poser une autre cause qui rend compte de l'existence du Cr&#233;ateur, de telle sorte que le Cr&#233;ateur est cr&#233;&#233; par cette cause. Il n'est donc pas le Cr&#233;ateur mais une cr&#233;ature. S'il existe un Cr&#233;ateur (pris au sens absolu), il n'est pas lui-m&#234;me cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plaquer le mod&#232;le de l'activit&#233; po&#239;&#233;tique (de production naturelle et artificielle) sur ce concept de Dieu n'a pas v&#233;ritablement de sens, ce que fait pourtant Pierre L&#233;vy, et sans aucune h&#233;sitation, afin de pouvoir par la suite lui subsituer son concept d'intellectuel collectif - qui, &#244; miracle, poss&#233;dant les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s - peut &#234;tre alors consid&#233;rer comme l'analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, &#171; l'ali&#233;nation &#187; dont nous parle Pierre L&#233;vy fait ici r&#233;f&#233;rence au danger qu'il proph&#233;tisait : le retour de la transcendance, qui consisterait &#224; consid&#233;rer l'Intelligence collective en soi (cf. supra), alors m&#234;me que c'est &#224; proprement parler ce que lui-m&#234;me est en train de faire ! Il y a de plus, histoire de compliquer la chose, une reprise d'une interpr&#233;tation que l'on trouve chez Feuerbach :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La religion est la scission de l'homme d'&lt;i&gt;avec lui-m&#234;me&lt;/i&gt; : il pose en face de lui Dieu comme &#234;tre &lt;i&gt;oppos&#233;&lt;/i&gt; &#224; lui : Dieu n'&lt;i&gt;est pas&lt;/i&gt; ce qu'est l'homme, l'homme n'&lt;i&gt;est pas&lt;/i&gt; ce qu'est &lt;i&gt;Dieu&lt;/i&gt;. [...] Mais dans la religion, l'homme objective sa propre essence secr&#232;te. Il faut donc d&#233;montrer que cette opposition, cette division de l'homme et de Dieu, sur laquelle s'&#233;l&#232;ve la religion, est une &lt;i&gt;scission de l'homme et de sa propre essence&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb31' class='spip_note' rel='appendix' title='Ludwig Feuerbach, l'Essence du christianisme, I : &#171; L'essence authentique, (...)' id='nh31'&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut parler d'ali&#233;nation, au sens o&#249; l'homme devient autre qu'il n'est, et m&#234;me &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me. Il pose et objective gr&#226;ce &#224; ses facult&#233;s sa propre essence dans un autre, ici Dieu. Il se d&#233;pouille dans la religion. L'autre post&#233;rit&#233; philosophique du concept d'ali&#233;nation sera bien s&#251;r apport&#233;e par Marx, dans sa critique de Feuerbach&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb32' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. Th&#232;ses sur Feuerbach et l'id&#233;ologie allemande. Pour l'ali&#233;nation, cf. (...)' id='nh32'&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant l'application de la causalit&#233; aristot&#233;licienne &#224; l'Intellectuel collectif de Pierre L&#233;vy :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; cause finale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'intellectuel collectif est &#224; lui-m&#234;me sa &lt;i&gt;cause finale&lt;/i&gt;. Il n'a pas d'autre objectif que de cro&#238;tre, de se d&#233;velopper, de se diff&#233;rencier, de faire prolif&#233;rer les vari&#233;t&#233;s de signes qui le peuplent, la diversit&#233; cosmique qui l'enveloppe, la pluralit&#233; ontologique de sa vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que chez Aristote la cause finale correspond &#224; la question &#171; en vue de quoi ? &#187;. La finalit&#233; du vase est de contenir quelque chose (un bouquet, de l'eau, etc.). Pierre L&#233;vy nous parle ici du vivant, et &#224; ce titre, les lapins dont nous parlions plus haut, n'ont pas d'autre finalit&#233; que de cro&#238;tre eux-aussi. Les b&#233;gonias &#233;galement que l'on peut mettre dans le vase du potier. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le vivant na&#238;t, cro&#238;t, se d&#233;veloppe, se reproduit et meurt. Donc, d'apr&#232;s Pierre L&#233;vy, l'intellectuel collectif n'a pas d'autre finalit&#233; que la finalit&#233; naturelle. On voit qu'il fallait au moins en revenir &#224; Aristote pour affirmer une telle chose, surtout que dans la conception aristot&#233;licienne, il existe des fins naturelles, c'est-&#224;-dire une finalit&#233; dans la Nature qui ne fait rien en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; cause efficiente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'intellectuel collectif est autant que possible sa propre &lt;i&gt;cause efficiente&lt;/i&gt;. Il na&#238;t de la volont&#233; de ses membres, et non d'une impulsion ext&#233;rieure. Il doit donc, en ce sens, d&#233;j&#224; exister pour pouvoir na&#238;tre (puisque ce sont &#034;ses membres&#034; qui le constituent). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause efficiente dans le cas de l'activit&#233; technique, chez Aristote, c'est le potier qui fabrique le vase. Que veulent dire le &#171; autant que possible &#187; et les guillemets sur &#171; ses membres &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutons Aristote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La cause est encore le principe premier du changement ou du repos : l'auteur d'une d&#233;cision est cause de l'action, et le p&#232;re est cause de l'enfant, et en g&#233;n&#233;ral l'agent est cause de ce qui est fait, et ce qui fait changer est cause de ce qui subit ce changement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb33' class='spip_note' rel='appendix' title='M&#233;taphysique, delta, 2, 1013a ; trad. J.Tricot, Paris, Vrin, (...)' id='nh33'&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy voudrait donc nous dire que l'Intellectuel collectif est sa propre cause efficiente, c'est-&#224;-dire l'auteur de son propre projet, sans les membres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien plut&#244;t aux sujets qui d&#233;cident ensemble de r&#233;aliser telle action. Ils prennent une d&#233;cision commune sans pour autant poser un Projet qui serait la cause ext&#233;rieure et d&#233;terminante de leur action. D'ailleurs Pierre L&#233;vy ne le dit pas puisque pour lui, l'intellectuel collectif est immanent. Bien &#233;videmment, un projet existe virtuellement, c'est un projet possible auquel des individus peuvent ou non choisir de participer. Parler de Projet libre, c'est alors d&#233;signer un projet non contraignant reposant sur une d&#233;lib&#233;ration de sujets libres. Mais le Projet n'est pas en lui-m&#234;me &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt; comme le sont les sujets, ni &lt;i&gt;efficient&lt;/i&gt; comme ils le sont aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un mode m&#233;taphorique, on peut parler de &#171; projet s&#233;duisant &#187;, en voulant noter par l&#224; l'enthousiasme et l'envie que des sujets peuvent &#233;prouver en se fixant eux-m&#234;mes, par une d&#233;cision libre, tel objectif &#224; r&#233;aliser. C'est un &#171; beau projet &#187;, dit-on parfois. Pierre L&#233;vy essaie ici de r&#233;introduire une causalit&#233; de type formelle, o&#249; l'Intellectuel collectif s'actualiserait et serait donc cause de l'action pratique des sujets. Mais &#224; ce moment l&#224;, il ne s'agit plus de la cause efficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; cause formelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enfin, l'intellectuel collectif est &#224; lui-m&#234;me sa &lt;i&gt;cause formelle&lt;/i&gt;. Sa figure ne lui est pas conf&#233;r&#233;e par une instance ext&#233;rieure, elle &#233;merge continuellement de la multitude des libres relations qui se nouent en son sein. Loin d'&#234;tre &lt;i&gt;repr&#233;sent&#233;&lt;/i&gt; par un organe s&#233;par&#233; qui le surplombe et le structure, il &lt;i&gt;s'exprime&lt;/i&gt; dans un espace immanent. Sans unit&#233; transcendante, il ne cesse de produire et de reproduire les plis de son enveloppe, de red&#233;cider de ce qui peuple son monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; maintenant en plus d'Aristote, une autre th&#233;matique, celle des &lt;i&gt;plis&lt;/i&gt; que nous ne d&#233;velopperons pas ici, puisqu'elle n'est &#233;voqu&#233;e que de mani&#232;re allusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre sa propre cause formelle semble signifier pour Pierre L&#233;vy que l'intellectuel collectif s'auto-d&#233;finit et donc est libre, encore une fois, gr&#226;ce &#224; la cheville de l'immanence et la d&#233;nonciation de la transcendance source du mal ; un tel propos est non seulement flou mais il ne correspond en rien &#224; la r&#233;alit&#233; du cyberespace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins de supposer quelque chose de vrai, &#224; savoir que des dimensions impens&#233;es d'un projet peuvent appara&#238;tre par la suite et donc red&#233;finir les relations et les propri&#233;t&#233;s d'un ensemble, ce sont les individus qui d&#233;cident des propri&#233;t&#233;s que doit avoir &lt;strong&gt;leur&lt;/strong&gt; collectif. Ils d&#233;finissent leurs projets (cr&#233;ent leurs concepts), ainsi que leurs relations. Pierre L&#233;vy n'utilise, encore une fois, qu'une argumentation de circonstance, qui ne demeure qu'en tr&#232;s lointain rapport avec Aristote, pour ne pas dire inexistante. L'actualit&#233; du R&#233;seau est plut&#244;t qu'une minorit&#233; d'individus d&#233;cident de son architecture, de ses standarts et de sa forme, en lieu et place d'un hypoth&#233;tique Intellectuel collectif qui ne serait qu'une variation de l'Intellect agent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera l'oubli de la cause mat&#233;rielle dans cette promesse de libert&#233;, oubli qui peut sembler tout &#224; fait significatif de l'impasse que fait L&#233;vy sur les moyens pratiques et autres relations r&#233;elles qui peuvent &#234;tre produites. Le discours qui se pr&#233;tend anthropologique &#233;lude compl&#232;tement la v&#233;ritable causalit&#233; humaine pour investir une entit&#233; en soi, ayant des propri&#233;t&#233;s propres, l'Intellectuel collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En substantivant ce collectif, on retrouve le mouvement d&#233;crit par Feuerbach : cette scission de l'homme avec lui-m&#234;me, qui projette dans un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; sa propre essence, et donc s'en prive. D'o&#249; le caract&#232;re th&#233;ologique ou religieux du discours de Pierre L&#233;vy, alors m&#234;me que c'&#233;tait bien cela que ce dernier pr&#233;tendait au d&#233;but renverser.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous avons essay&#233; de montrer en quoi Pierre L&#233;vy, &#224; partir de m&#233;taphores et d'analogies non pertinentes, th&#233;ologise un dispositif technique. La principale difficult&#233; d'une telle entreprise a &#233;t&#233; de restituer aussi simplement que possible certains textes de la tradition que Pierre L&#233;vy malm&#232;ne, du moins de les indiquer afin que le lecteur puisse juger gr&#226;ce &#224; la mention de sources, d'o&#249; partent les racines de l'&lt;i&gt;arbre de la connaissance&lt;/i&gt;, dont Pierre L&#233;vy se fait le chantre, n'oubliant pas de d&#233;poser la propri&#233;t&#233; industrielle d'une telle expression.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les citations sans notes sont extraites de : Pierre L&#233;vy, &lt;i&gt;L'intelligence collective Pour une anthropologie du cyberspace&lt;/i&gt;, (1994), Paris, La D&#233;couverte, 1997, I, 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On distingue plusieurs &#171; n&#233;oplatonismes &#187; dans les controverses entre le christianisme et l'Hell&#233;nisme. Pour r&#233;sumer grossi&#232;rement : celui de la premi&#232;re p&#233;riode correspond &#224; Plotin (205-270), suit l'apr&#232;s Plotin (Porphyre, Jamblique), puis un n&#233;oplatonisme chr&#233;tien, et enfin les derniers pa&#239;ens Proclus (412-485), Damascius (460-532).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nos sources principales sont ici : Alain de Libera, &lt;i&gt;La philosophie m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1993, pp.107-110 et Lambros Couloubaristis, &lt;i&gt;Histoire de la philosophie ancienne et m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1998, pp. 944-949.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain de Libera, op. cit., p.109&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt;, III, 5 ; trad. Jean Tricot, Paris, Vrin, 1938. Pour essayer de comprendre, en guise d'introduction : Michael Frede, &#171; La th&#233;orie aristot&#233;licienne de l'intellect agent &#187;, in &lt;i&gt;Corps et &#226;me sur le De Anima d'Aristote&lt;/i&gt;, dir. Gilbert Romeyer Dherbey, Paris, Vrin, 1996. Egalement dans le contexte : Averro&#232;s (Ibn Rushd) dans son Grand Commentaire : Averro&#232;s, &lt;i&gt;L'intelligende et la pens&#233;e&lt;/i&gt; Grand commentaire sur le De Anima Livre III (429 a 10-435 b 25), trad. Alain de Libera, Paris, Flammarion, 1998. Et &#233;galement la critique de cette interpr&#233;tation chez Thomas d'Aquin, &lt;i&gt;De l'unit&#233; de l'intellect contre les averro&#239;stes&lt;/i&gt;, trad. Alain de Libera, Paris, Flammarion, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Pierre Hadot, &#171; La conception plotinienne de l'identit&#233; entre l'intellect et son objet. Plotin et le &lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt; d'Aristote &#187;, in &lt;i&gt;Corps et &#226;me sur le De Anima d'Aristote&lt;/i&gt;, dir. Gilbert Romeyer Dherbey, Paris, Vrin, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, Lambda, 9, 1074 b ; trad. Jean Tricot, Paris, Vrin, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouvera cette probl&#233;matique chez les cabalistes juifs dans le monde de l'&#233;manation des dix sefirot ; par exemple Mo&#239;se de L&#233;on, &lt;i&gt;Le sicle du sanctuaire&lt;/i&gt; (Ch&#233;quel ha-Qodech), trad. Charles Mopsik, Lagrasse, Verdier, 1996, pp.113-114. Pierre L&#233;vy se reconna&#238;t une autre source : Ma&#239;monide et son &lt;i&gt;Guide des Egar&#233;s&lt;/i&gt; qui, au-del&#224; des reprises qu'il a suscit&#233;es, exprime une confrontation entre le mosa&#239;sme et la philosophie arabe et grecque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que fait Leibniz pour illustrer le fait qu'une op&#233;ration simple n'est pas une v&#233;rit&#233; &lt;i&gt;tout &#224; fait&lt;/i&gt; imm&#233;diate mais qu'elle est d&#233;montrable. Et que la v&#233;rit&#233; d&#233;pend des d&#233;finitions et des axiomes ; cf. &lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, IV, 7, &#167; 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Charles Mopsik, &lt;i&gt;Cabale et cabalistes&lt;/i&gt;, Paris, Bayard, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple : &#171; Anaxagore est le seul &#224; soutenir que l'intelligence est impassible et qu'elle n'a rien de commun avec autre chose. Mais si telle est sa nature, comment conna&#238;tra-t-elle et par quelle cause ? Anaxagore ne l'a pas expliqu&#233;, et on ne peut pas non plus l'inf&#233;rer clairement de ses paroles. &#187;, &lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt;, I, 2, 405b&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, VIII, 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une discussion lumineuse sur ce probl&#232;me, cf. Leibniz, &lt;i&gt;Consid&#233;rations sur la doctrine d'un esprit universel unique, 1702&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in.&lt;/i&gt; Syst&#232;me nouveau de la nature et de la communication des substances et autres textes 1690-1703, Paris, Flammarion, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un expos&#233; de ce qu'un th&#233;ologien chr&#233;tien qualifie d'h&#233;r&#233;sie, cf. Ir&#233;n&#233;e de Lyon critiquant les Valentiniens : &#171; Il existe un certain Proto-Principe royal, pro-d&#233;nu&#233;-d'intelligibilit&#233;, pro-d&#233;nu&#233;-de-substance et pro-dot&#233;-de-rotondit&#233;, que j'appelle Citrouille. Avec cette Citrouille coexiste une Puissance que j'appelle encore Supervacuit&#233;. Cette Citrouille et cette Supervacuit&#233;, &#233;tant un, ont &#233;mis, sans &#233;mettre, un Fruit visible de toutes parts, comestible et savoureux, Fruit que le langage appelle Concombre. Avec ce Concombre coexiste une Puissance de m&#234;me substance qu'elle, que j'appelle encore Melon. &#187; &lt;i&gt;Contre les h&#233;r&#233;sies&lt;/i&gt;, I, 11, 4 ; trad. Adelin Rousseau, (1979) Paris, Cerf, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Euthyd&#232;me&lt;/i&gt;, 293b-294a.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='appendix'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, op. cit., 283b-d&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='appendix'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Jacques Bouveresse, &lt;i&gt;Prodiges et vertiges de l'analogie&lt;/i&gt;, Paris, Liber, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='appendix'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse plus fine cf. Pseudo-Denys l'ar&#233;opagite, &lt;i&gt;La hi&#233;rarchie c&#233;leste&lt;/i&gt;, IV, dans les Oeuvres compl&#232;tes, trad. Maurice de Gandillac, Pairs, Aubier, 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='appendix'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Sophiste&lt;/i&gt;, 239d-240d&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='appendix'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma&#239;monide, &lt;i&gt;Guide des &#233;gar&#233;s&lt;/i&gt;, trad. Salomon Munk, Verdier, 1979, deuxi&#232;me partie, 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='appendix'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma&#239;monide, op. cit., deuxi&#232;me partie, 7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='appendix'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au lieu des anges, Pierre L&#233;vy aurait pu dans le contexte grec d'origine choisir Herm&#232;s le Messager des Olympiens, qui de mani&#232;re imag&#233;e, a des ailes non pas dans le dos mais aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='appendix'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le diable le conduisit plus haut, lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : &#034;Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c'est &#224; moi qu'il a &#233;t&#233; remis et que je le donne &#224; qui je veux. Toi donc, si tu m'adores, tu l'auras tout en entier.&#034; &#187;, Lc. 4.5-7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='appendix'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une m&#233;taphore musicale est utilis&#233;e &#224; propos de la cybern&#233;tique par Gilbert Simondon, &lt;i&gt;Du mode d''existence des objets techniques&lt;/i&gt;, Paris, Aubier, 1958., o&#249; il illustre la relation homme-machine, par la relation chef d'orchestre-orchestre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='appendix'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Aristote, &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, th&#234;ta, 8, 1050a.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb26'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='appendix'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, th&#234;ta, 6&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb27'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='appendix'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Descartes, &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt;, V, &#167;3 et &lt;i&gt;M&#233;ditations m&#233;taphysiques&lt;/i&gt;, particuli&#232;rement II et III pour la saisie de mon essence de chose qui pense et l'id&#233;e de Dieu&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb28'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='appendix'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma&#239;monide, op. cit., premi&#232;re partie, 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb29'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh29' class='spip_note' title='Notes 29' rev='appendix'&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, delta, 2, 1013a et &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, II, 3, 194b&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb30'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh30' class='spip_note' title='Notes 30' rev='appendix'&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un commentaire de la th&#233;orie aristot&#233;licienne voir par exemple L.Couloubaristis, &lt;i&gt;La physique d'Aristote&lt;/i&gt;, Bruxelles, Ousia, 1997 (r&#233;ed.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb31'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh31' class='spip_note' title='Notes 31' rev='appendix'&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludwig Feuerbach, &lt;i&gt;l'Essence du christianisme&lt;/i&gt;, I : &#171; L'essence authentique, c'est-&#224;-dire anthropologique de la religion &#187;, 1, trad. Jean-Pierre Osier, Paris, Maspero, 1982 (1968), p.153&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb32'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh32' class='spip_note' title='Notes 32' rev='appendix'&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;. Pour l'ali&#233;nation, cf. &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb33'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh33' class='spip_note' title='Notes 33' rev='appendix'&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, delta, 2, 1013a ; trad. J.Tricot, Paris, Vrin, 1966&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nos plus vifs remerciements &#224; Pascale L. pour son indispensable travail de relecture, ainsi que ses judicieux conseils.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; culte d'Internet &#187;, un mythe boomerang</title>
		<link>http://www.uzine.net/article319.html</link>
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		<dc:date>2000-12-02T01:12:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;vy, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Wolton, Dominique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#171; euphorie &#187; qui entoure les nouvelles technologies, et que fustigent les sociologues, est en r&#233;alit&#233; le fait exclusif des marchands et des hommes politiques. Les citoyens n'y sont pour rien, mais ce sont eux qui en subissent les cons&#233;quences : sous pr&#233;texte de r&#233;futer les d&#233;lires des &#171; techno-b&#233;ats &#187;, les discours alarmistes d'un Dominique Wolton ou d'un Philippe Breton instillent ou confortent des id&#233;es r&#233;actionnaires, et pr&#233;parent le terrain &#224; la censure. Derri&#232;re eux, toute une g&#233;n&#233;ration, celle des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique121.html" rel="directory"&gt;Cr&#233;ations et r&#233;manences&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot4.html" rel="tag"&gt;L&#233;vy, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot10.html" rel="tag"&gt;Wolton, Dominique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; qui entoure les nouvelles technologies, et que fustigent les sociologues, est en r&#233;alit&#233; le fait exclusif des marchands et des hommes politiques. Les citoyens n'y sont pour rien, mais ce sont eux qui en subissent les cons&#233;quences : sous pr&#233;texte de r&#233;futer les d&#233;lires des &#171; &lt;i&gt;techno-b&#233;ats&lt;/i&gt; &#187;, les discours alarmistes d'un Dominique Wolton ou d'un Philippe Breton instillent ou confortent des id&#233;es r&#233;actionnaires, et pr&#233;parent le terrain &#224; la censure. Derri&#232;re eux, toute une g&#233;n&#233;ration, celle des &#171; &lt;i&gt;baby-boomers&lt;/i&gt; &#187;, confortablement install&#233;e dans une existence facile, dans ses positions sociales prestigieuses, s'acharne &#224; &#233;radiquer toute r&#233;flexion constructive autour de l'essor des nouvelles technologies. Elle peut s'offrir le luxe du pessimisme : elle n'a pas besoin d'Internet. Et elle ne voit pas qu'il peut s'agir, pour ses enfants, d'un outil essentiel, susceptible de les aider &#224; contourner les blocages actuels de la soci&#233;t&#233;, en tissant des r&#233;seaux de relations d'un genre nouveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui frappe, dans les discours publics qui entourent l'essor d'Internet, c'est que ce sont toujours des discours qui r&#233;pondent &#224; d'autres discours : ce n'est que rarement qu'ils se r&#233;f&#232;rent &#224; des pratiques, &#224; une r&#233;alit&#233; qu'ils s'attacheraient &#224; comprendre et &#224; d&#233;crire. Le m&#233;canisme est simple : les propos tenus par &lt;a href=&#034;http://www.minirezo.net/article224.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Philippe Breton&lt;/a&gt; et surtout par Dominique Wolton partent du pr&#233;suppos&#233; qu'il existe, au sein de la soci&#233;t&#233;, une &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; technologique. (Dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, Serge Halimi nous a h&#233;las fait le m&#234;me coup en &#233;voquant &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/HALIMI/14154.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;des cyber-militants trop euphoriques&lt;/a&gt; &#187; cens&#233;s &#171; &lt;i&gt;scander &#171; r&#233;seaux ! &#187;, &#171; r&#233;seaux ! &#187;, &#171; r&#233;seaux ! &#187; en sautant sur [leur] chaise&lt;/i&gt; &#187;.) Bien. Regardons-y de plus pr&#232;s : dans leur esprit, d'o&#249;, exactement, vient cette euphorie ? Les r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises sont rares : on comprend n&#233;anmoins que les discours auxquels Dominique Wolton se soucie de r&#233;pondre sont ceux des publicitaires et des hommes politiques. Or, qui ignore encore que les publicitaires sont pass&#233;s ma&#238;tres dans l'art du mensonge, de l'imposture et de la r&#233;cup&#233;ration ? Depuis quand &#233;crit-on des ouvrages entiers pour r&#233;futer les arguments des publicitaires ? Quand Dominique Wolton, fulminant, viendra-t-il nous expliquer en long et en large sur tous les plateaux de t&#233;l&#233;vision que non, toutes les femmes ne sont pas des putes, que non, les voitures puissantes ne font pas jouir ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux hommes politiques, on conna&#238;t l'ignorance crasse qui domine, chez eux, en mati&#232;re d'Internet &#8211; quand le m&#233;dia ne leur inspire pas carr&#233;ment une terreur et un d&#233;sir de censure instinctifs. Il s'agit l&#224; d'un sujet sur lequel la classe politique est nettement en retard sur la soci&#233;t&#233; civile, et qu'elle ne brandit le plus souvent que pour se donner une image &#171; &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; &#187;. Que l'on se souvienne seulement du d&#233;sastreux &#233;pisode de la visite de Bill Gates en France en 1998, de la &#171; &lt;i&gt;coop&#233;ration &#233;troite&lt;/i&gt; &#187; entre le gouvernement et Microsoft annonc&#233;e fi&#232;rement &#224; cette occasion par Dominique Strauss-Kahn&#8230; Le &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/microsoft/actu/980206mul.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;toll&#233;&lt;/a&gt; parmi les internautes avait &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ral. Dans les fantasmes dangereux des hommes politiques, Internet sugg&#232;re la possibilit&#233; illusoire et criminelle de se d&#233;barrasser de toutes les responsabilit&#233;s qui sont les leurs, en faisant passer la soci&#233;t&#233; en pilotage automatique : laisser les ordinateurs r&#233;gler la question de l'&#233;ducation des enfants, laisser la nouvelle &#233;conomie r&#233;gler la question du ch&#244;mage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; qui agiterait toute la soci&#233;t&#233; est donc une invention : c'est parmi ceux qui utilisent le plus activement Internet qu'elle est le moins r&#233;pandue. Elle n'existe qu'au sein de quelques cat&#233;gories socio-professionnelles, qui b&#233;n&#233;ficient certes d'une large audience - ce qui peut faire illusion -, mais qui restent cependant extr&#234;mement minoritaires, et dont la connaissance pratique d'Internet est soit tr&#232;s partielle, soit tr&#232;s lointaine. Mais peu importe : prendre pour cible une &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; suppos&#233;e, pr&#233;tendre en prendre le contre-pied, permet ensuite de lancer les pires platitudes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Voire des consid&#233;rations indignes du caf&#233; du commerce, comme cette perle de (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en les faisant passer pour des r&#233;v&#233;lations fracassantes (&#171; &lt;i&gt;Le Net est un r&#233;seau non pensant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Dominique Wolton, Le Monde,7 juin 1999.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;Il ne faut pas confondre performance des tuyaux et d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Idem, Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;Au bout d'un moment il faut &#233;teindre l'ordinateur et sortir&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Idem, Le Monde, 7 septembre 2000.' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;) et de tenir les discours les plus r&#233;pressifs et r&#233;actionnaires en les faisant appara&#238;tre comme iconoclastes et courageux. Dominique Wolton soigne lui-m&#234;me complaisamment cette image : &#171; &lt;i&gt;Etre chercheur&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, lyrique, &lt;i&gt;c'est cultiver sa libert&#233; et sa r&#233;volte. Et donc la soci&#233;t&#233; qui n'aime ni l'une ni l'autre vous per&#231;oit comme un provocateur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Portrait de Dominique Wolton, Le Monde, 7 juin 1999.' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Toutes les recensions de ses livres abondent dans son sens : &#171; &lt;i&gt;Grin&#231;ant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;A contre-courant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Lib&#233;ration, 20-21 mars 2000.' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;Sans complaisance&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce concert de louanges, on se dit que l'&#233;minent sociologue se montre bien ingrat. &#171; &lt;i&gt;Depuis dix ans aux Etats-Unis, depuis cinq ans en France&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='appendix' title='Dans son livre d'entretiens : Internet, petit manuel de survie (Ah ! ce (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;on entend le m&#234;me message matraqu&#233; &#224; longueur de colonnes : &#171; Internet va tout bouleverser &#187;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Ah, bon ! Vraiment ? O&#249; donc a-t-il lu cela ? Prenez n'importe quel d&#233;bat sur Internet aujourd'hui, dans la presse, mais aussi &#224; la radio, &#224; la t&#233;l&#233;vision : qui est invit&#233;, qui temp&#234;te et vitup&#232;re contre les &#171; &lt;i&gt;thurif&#233;raires de l'Internet&lt;/i&gt; &#187; ? Dominique Wolton soi-m&#234;me ! Mais est-ce vraiment &#233;tonnant ? Comment les journalistes, au moment o&#249; ils voient leur monopole sur l'expression publique menac&#233; par l'essor d'Internet, ne sentiraient-ils pas leur oreille d&#233;licieusement chatouill&#233;e par cet invit&#233; qui mart&#232;le : &#171; &lt;i&gt;Il faut revaloriser le m&#233;tier de tous ceux qui ont pour t&#226;che de valider et de critiquer l'information&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Lors d'un colloque au Centre de formation des journalistes. Le Monde, 26 (...)' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment r&#233;unir les gens pour qu'ils m'&#233;coutent ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ici appara&#238;t clairement le but atteint, sinon recherch&#233;, par ce genre de discours : le verrouillage. Dominique Wolton cultive peut-&#234;tre &#171; &lt;i&gt;sa libert&#233; et sa r&#233;volte&lt;/i&gt; &#187; : quant &#224; celles des autres, il se charge d'y mettre bon ordre. Plut&#244;t cocasse, de la part d'un homme qui d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;C'est l'alt&#233;rit&#233; qui me fascine&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='appendix' title='In Le Monde, 7 juin 1999.' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Dans sa recension des entretiens qui composent &lt;i&gt;Internet, petit manuel de survie&lt;/i&gt;, le journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; commente d'ailleurs : &#171; &lt;i&gt;Devant ce d&#233;ferlement, Olivier Jay exprime parfois ouvertement son d&#233;saccord avec le sociologue, qui s'en &#233;meut fort peu. Le cadre de ce type d'entretien journalistique ne permet pas de d&#233;velopper de v&#233;ritable contradiction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='appendix' title='&#034;Fausse id&#233;ologie du Net&#034;, Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quant &#224; Jean-Pierre Cloutier, des &lt;i&gt;Chroniques de Cyb&#233;rie&lt;/i&gt;, il relatait en 1998 une table ronde pour le moins agit&#233;e : &#171; &lt;i&gt;On aura appris de Wolton que vingt ans de recherche en communication au CNRS ne rendent pas n&#233;cessairement perm&#233;able &#224; la contestation de ses id&#233;es, ce qui n'excuse nullement ses &#233;carts de langage &#224; l'endroit d'un des participants...&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='appendix' title='In Les Chroniques de Cyb&#233;rie, 17 novembre 1998.' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce caract&#232;re que l'on devine un peu soupe au lait n'emp&#234;che pas notre homme, par ailleurs, de se demander ing&#233;nument : &#171; &lt;i&gt;C'est bien beau de r&#233;unir des gens int&#233;ress&#233;s par la m&#234;me chose dans le monde entier, mais la question est : est-ce que ces gens pourront un jour vivre avec d'autres gens qui ne pensent pas comme eux ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire les autres au silence pour mieux conserver sa propre autorit&#233; intellectuelle : telle est, r&#233;sum&#233;e cr&#251;ment, la motivation plus ou moins consciente sous-jacente &#224; ces discours qui fustigent violemment la pr&#233;tendue &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; suscit&#233;e par Internet. Pour se donner bonne conscience, il suffit d'amalgamer joyeusement libert&#233; d'expression et lib&#233;ralisme &#233;conomique, histoire de se sentir dans la peau d'un vaillant militant anti-mondialisation, plut&#244;t que dans celle d'un m&#233;chant censeur : &#171; &lt;i&gt;Pas de libert&#233; sans r&#233;glementation. Les Etats-Unis qui disent le contraire ont tout int&#233;r&#234;t &#224; cela, puisqu'ils d&#233;tiennent l'industrie de la communication.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 20-21 mars 1999.' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et, tant qu'on y est, confondons aussi r&#233;gulation des contenus et travail de la justice, le public apeur&#233; n'y verra que du feu : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde encense cette libert&#233; de communication, mais pendant que les ONG tentent de se battre contre les dictatures, la mafia, elle, ainsi que les p&#233;dophiles ou les sp&#233;culateurs aussi sont en ligne. Il faut r&#233;glementer la toile et le contenu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='appendix' title='Idem.' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en d&#233;poss&#233;der les citoyens, il faut &#224; tout prix (se) prouver que seule une petite &#233;lite est capable de faire un usage &#233;clair&#233; de la communication. Pour vous, la t&#233;l&#233;vision est essentiellement un m&#233;dia vulgaire, lobotomisateur, monopolis&#233; par des groupes financiers ultra-lib&#233;raux, peupl&#233; d'animateurs rapaces, qui m&#233;prise son public, et stimule ses plus bas instincts ? Eh bien, vous vous trompez lourdement. Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, Michel Alberganti r&#233;sume ainsi la pens&#233;e de Wolton : &#171; &lt;i&gt;L'interactivit&#233; conduit &#224; trouver ce que l'on cherche, alors que la radio et la t&#233;l&#233;vision, en imposant leurs programmes, contraignent &#224; accepter l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-15' class='spip_note' rel='appendix' title='In Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh2-15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Wolton lui-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas aussi facile que &#231;a de faire vivre ensemble une communaut&#233; h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Mais c'est en tout cas ce que tentent de faire les m&#233;dias de masse en proposant une offre de programmes, diff&#233;rents, mais qui font tenir ensemble tout le monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-16' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 9 avril 1999.' id='nh2-16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; A vous tirer des larmes, non ? Honte &#224; nous, qui m&#233;connaissons scandaleusement les grands philanthropes que sont les hommes de t&#233;l&#233;vision ! Ou encore : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de m&#233;dia sans construction de programme, sans une grille qui, loin d'&#234;tre une prison, est un acte ambitieux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-17' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 20-21 mars 1999.' id='nh2-17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Allez, encore une petite : &#171; &lt;i&gt;Seuls les m&#233;dias &#233;manant d'une logique de l'offre, seuls les m&#233;dias de masse, qui cherchent &#224; int&#233;resser le plus grand nombre, g&#232;rent cette question de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Ils peuvent ainsi permettre une &#233;mancipation culturelle et politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-18' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 20-21 mars 1999.' id='nh2-18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans quel monde vivent ces gens ? Leur arrive-t-il parfois de regarder &lt;i&gt;Qui veut gagner des millions&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;C'est mon choix&lt;/i&gt; ? Quant &#224; la conception qu'ils se font de ce fameux &#171; &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; &#187; auquel ils veulent tant de bien&#8230; &#171; &lt;i&gt;A quoi sert d'avoir acc&#232;s &#224; la biblioth&#232;que du Congr&#232;s am&#233;ricain, si on ne sait pas o&#249; se situent les Etats-Unis ni ce que repr&#233;sente cette biblioth&#232;que ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-19' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 9 avril 1999.' id='nh2-19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fustiger l'euphorie pour mieux r&#233;pandre la neurasth&#233;nie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Seuls les marchands, les publicitaires, les hommes politiques, propagent donc cette fameuse &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; : les citoyens, les internautes, n'y sont strictement pour rien. En revanche, ils sont les victimes directes &#8211; et les &lt;i&gt;seules&lt;/i&gt; victimes : marchands, publicitaires et hommes politiques se portent bien, merci pour eux &#8211; de ces discours qui, sous pr&#233;texte de fustiger un surcro&#238;t d'optimisme, les condamnent au silence et &#224; la morosit&#233;, et pr&#233;parent le terrain &#224; la reprise en main et &#224; la censure. Ce sont eux qui doivent supporter de voir poser partout, comme si elles &#233;taient cruciales, des questions aussi imb&#233;ciles et aberrantes que &#171; &lt;i&gt;Faut-il vouer un culte &#224; Internet ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-20' class='spip_note' rel='appendix' title='Grand d&#233;bat qui agite Le Monde interactif, 29 novembre 2000.' id='nh2-20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce sont eux qui, s'ils ont le malheur d'&#233;mettre une observation un tant soit peu positive sur les apports d'Internet, prennent le risque de voir leur revenir dans la figure cette accusation : ah ! Vous voyez ? Vous vouez un culte &#224; Internet ! Vous &#234;tes un technophile cyberb&#233;at ! Vous &#234;tes un libertaire irresponsable, na&#239;f, inconscient, infantile !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sanction sera imm&#233;diate de la part d'un pouvoir m&#233;diatique que d&#233;mange le besoin n&#233;vrotique de conjurer les mutations sociales induites par le r&#233;seau, de les refouler, de les nier, de les repousser prestement du pied sous le tapis. Le vocabulaire employ&#233; ne peut que frapper : Michel Alberganti, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, termine sa recension &#233;logieuse du livre de Wolton en d&#233;clarant que notre grand chercheur &#171; &lt;i&gt;referme le couvercle du cercueil de la &#171; r&#233;volution &#187; Internet&lt;/i&gt; &#187;. (Vous noterez les guillemets &#224; &#034;&lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt;&#034;, qui font office de gousse d'ail, ou de crucifix.) Ouf ! Quel soulagement ! Pourvu qu'il ait bien enfonc&#233; les clous ! Esp&#233;rons que cette saloperie ne soul&#232;vera pas la dalle de sa s&#233;pulture, la nuit, pour revenir nous hanter, et peupler nos nuits du cauchemar de la libert&#233; d'expression pour tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de fustiger une euphorie improbable, pour mieux propager une neurasth&#233;nie qui, elle, est bien r&#233;elle. Pour &#233;viter que les clous du cercueil ne sautent, il faut emp&#234;cher toute &#233;bauche de projet philosophique ou politique &#8211; ce projet que Wolton s'&#233;poumone pourtant, bien hypocritement, &#224; appeler de ses voeux -, toute th&#233;orisation visant &#224; acclimater les nouvelles technologies &#224; nos modes de vie, &#224; en explorer les usages utiles, cr&#233;atifs et novateurs. Vous pouvez vous rouler par terre en pr&#233;disant qu'Internet causera la fin du monde &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, comme Paul Virilio ; vous pouvez fustiger les &#171; &lt;i&gt;crimes d'expression&lt;/i&gt; &#187; qui se commettent chaque jour &#171; &lt;i&gt;par milliers&lt;/i&gt; &#187; sur le r&#233;seau, et appeler &#224; une &#171; &lt;i&gt;r&#233;sistance de l'esprit&lt;/i&gt; &#187;, comme Jean-Claude Guillebaud, dans un &#233;ditorial d&#233;lirant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-21' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Nouvel Observateur, 18 novembre 2000. Quel cr&#232;ve-coeur...' id='nh2-21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (voir l'article de Marc Laim&#233;, &lt;a href=&#034;http://www.minirezo.net/article305.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Libert&#233; d'expression : la grande peur des bien-pensants&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) : &#171; &lt;i&gt;Il n'y aurait d&#233;cid&#233;ment qu'&#224; &#171; laisser faire &#187; et enfler cette &#171; chose &#187; ; laisser se m&#233;langer jusqu'&#224; la fin des temps le faux et le vrai, le crime et la v&#233;rit&#233;, le service et le vol, dans un inextricable salmigondis (la &#171; &lt;/i&gt;poubelle du monde&lt;i&gt; &#187;, dit Finkielkraut) o&#249; la raison n'aurait plus rien &#224; tenter. Mais, nom d'une pipe !, personne ne peut consentir &#224; cette capitulation ! En attendant mieux, apprenons donc &#224; mettre obstin&#233;ment, et chaque fois que nous le pouvons, l'Internet &#224; l'examen. Un examen curieux et intransigeant. Il y va d'une certaine id&#233;e de la v&#233;rit&#233;...&lt;/i&gt; &#187; (Oui, vous avez bien compris ce qu'il y avait &#224; comprendre : Jean-Claude Guillebaud et ses prestigieux confr&#232;res ont le monopole de la v&#233;rit&#233;.) Plus vous jouerez les Cassandre hyst&#233;riques, et plus on vous consid&#233;rera avec estime et respect, plus on vous trouvera adulte, lucide, responsable, plus on vous donnera complaisamment la parole. Les valeurs &#224; la mode sont la m&#233;fiance, le scepticisme pisse-froid de bon aloi, la peur, le repli sur soi, l'id&#233;alisation de tout ce qui n'est pas Internet et la diabolisation de tout ce qui y touche. &#171; &lt;i&gt;Petit recueil de critiques &#224; l'usage de ceux qui se m&#233;fient d'Internet sans savoir pourquoi&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, c'est ainsi que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; pr&#233;sente le livre de Dominique Wolton. Bonnes gens, vous avez peur ? Eh bien, vous avez bien raison d'avoir peur ! C'est dire si la d&#233;marche de Dominique Wolton est effectivement &#171; &lt;i&gt;d&#233;rangeante&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai voulu montrer que la virtualisation &#233;tait le mouvement par quoi s'est constitu&#233;e et continue &#224; se cr&#233;er notre esp&#232;ce. Pourtant, elle est souvent v&#233;cue comme inhumaine, d&#233;shumanisante, comme la plus terrifiante des alt&#233;rit&#233;s en marche&lt;/i&gt;, &#233;crit le philosophe canadien Pierre L&#233;vy dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le virtuel ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-22' class='spip_note' rel='appendix' title='La D&#233;couverte, 1998.' id='nh2-22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;En l'analysant, en la pensant, en la chantant parfois, j'ai tent&#233; de l'humaniser, y compris pour mon propre compte. Nombre d'intellectuels d'aujourd'hui, fiers de leur r&#244;le &#171; critique &#187;, croient faire &#339;uvre honorable en r&#233;pandant le d&#233;sarroi et la panique au sujet de la civilisation en &#233;mergence. Quant &#224; moi, par un travail de mise en mots, de construction de concepts et d'int&#233;gration &#224; la culture, j'ai voulu accompagner quelques-uns de mes contemporains dans leur effort pour vivre un peu moins dans la peur et le ressentiment. J'ai voulu outiller, par une cartographie du virtuel, ceux qui, comme moi, essayent &#224; grand-peine de devenir acteurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy : ah, voil&#224; ! Je vois d&#233;j&#224; se pointer les doigts accusateurs : vous voyez bien que l'euphorie n'est pas un mythe, et qu'ils existent bel et bien, les &#171; &lt;i&gt;thurif&#233;raires de l'Internet&lt;/i&gt; &#187; ! En effet, Philippe Breton a pris pour cible Pierre L&#233;vy dans son livre &lt;i&gt;Le Culte de l'Internet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-23' class='spip_note' rel='appendix' title='La D&#233;couverte, 2000.' id='nh2-23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il le range m&#234;me parmi les &#171; &lt;i&gt;fondamentalistes de l'Internet&lt;/i&gt; &#187;. (&#171; &lt;i&gt;Fondamentaliste&lt;/i&gt; &#187;, diable ! Rien de moins&#8230; Faut-il s'attendre &#224; voir un jour cet enrag&#233; foncer sur un bus, bard&#233; de dynamite, en criant &#171; &lt;i&gt;Internet ou akbar&lt;/i&gt; &#187; ?) Mais il y a un petit probl&#232;me. Philippe Breton ou Dominique Wolton, au lieu de chercher &#224; comprendre les &#233;volutions profondes de la soci&#233;t&#233; (apr&#232;s tout, n'est-ce pas ce que l'on serait en droit d'attendre de la part de sociologues ?), plaquent leurs fantasmes sur la r&#233;alit&#233; : l'inqui&#233;tude leur tient lieu de m&#233;thode. Pierre L&#233;vy, lui, ne pr&#233;tend pas tenir un discours repr&#233;sentatif. Il peut s'en dispenser : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas un sociologue, je suis un philosophe. Je ne fais pas d'analyse des discours, j'essaie de saisir le passage d'une civilisation &#224; une autre auquel nous assistons.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-24' class='spip_note' rel='appendix' title='Entretien au Monde, 29 novembre 2000.' id='nh2-24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fantasmes pour fantasmes...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai de loin pas tout lu de Pierre L&#233;vy, et je n'adh&#232;re pas &#224; ses th&#233;ories &#233;conomiques : imaginer, par exemple, ce que pourrait devenir son projet d'affinage des profils de comp&#233;tences entre les mains du Medef me fait froid dans le dos. Il n'emp&#234;che que j'ai lu avec un immense plaisir certains de ses livres, certains passages de ses livres : pourquoi n'aurait-on pas le droit d'y piocher &#224; son aise, d'y s&#233;lectionner ce qui nous pla&#238;t ? Dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le virtuel ?&lt;/i&gt;, il explique que, selon lui, le virtuel n'est qu'une &#233;tape dans un processus entam&#233; depuis les d&#233;buts de l'histoire humaine : nous avons ainsi d&#233;j&#224; connu, par exemple, &#171; &lt;i&gt;la virtualisation du pr&#233;sent imm&#233;diat par le langage, des actes physiques par la technique, et de la violence par le contrat&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;La virtualit&#233;&lt;/i&gt;, &#233;crit-il, &lt;i&gt;n'a strictement rien &#224; voir avec ce que nous en dit la t&#233;l&#233;vision. Il ne s'agit nullement d'un monde faux ou imaginaire. Au contraire, la virtualisation est la dynamique m&#234;me du monde commun, elle est ce par quoi nous partageons une r&#233;alit&#233;. Loin de circonscrire le royaume du mensonge, le virtuel est pr&#233;cis&#233;ment le mode d'existence d'o&#249; surgissent aussi bien la v&#233;rit&#233; que le mensonge.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; des pages sublimes, qui proposent une analyse fine, sensible, compl&#232;tement neuve : on est dans le d&#233;frichage, la prospection active, l'exploration r&#233;solue des mutations subtiles d'une civilisation. Leur lecture est tellement stimulante, qu'elle vaudra toujours mieux que celle des aigreurs sociologiques abondamment &#233;voqu&#233;es plus haut. Il est de bon ton aujourd'hui de d&#233;daigner et de moquer Pierre L&#233;vy, comme si son enthousiasme avait quelque chose d'ind&#233;cent : mais, fantasmes pour fantasmes, mieux valent des fantasmes joyeux et d&#233;bordants de vie que des fantasmes alarmistes et st&#233;riles ! On sent tout de suite qu'on est l&#224; dans une posture infiniment plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a parfois chez lui de l'exc&#232;s, du d&#233;lire. Mais pourrait-il vraiment en &#234;tre autrement ? N'est-ce pas m&#234;me n&#233;cessaire ? Doit-on c&#233;der au &#171; &lt;a href=&#034;http://www.peripheries.net/g-ferr.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;terrorisme de la mesure&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, ou ne faut-il pas au contraire se tracer un cheminement ambitieux, pour pouvoir esp&#233;rer y faire ne serait-ce que quelques pas ? Hakim Bey le rappelle dans &lt;i&gt;L'Art du Chaos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-25' class='spip_note' rel='appendix' title='Nautilus, 2000.' id='nh2-25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Une po&#233;tique de l'utopie nous aide &#224; conna&#238;tre nos d&#233;sirs. Le miroir de l'utopie nous fournit un genre de th&#233;orie critique qu'aucun pragmatisme politique ni aucun syst&#232;me philosophique ne peut &#233;laborer.&lt;/i&gt; &#187; Histoire de se faire plaisir jusqu'au bout (je sais, c'est irresponsable), on citera encore &#224; ce sujet ce magnifique texte de Jean Sur, en postface &#224; son petit livre d'entretiens avec l'orientaliste Jacques Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-26' class='spip_note' rel='appendix' title='Les Arabes, l'islam et nous, Mille et une nuits, 1995.' id='nh2-26'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Lorsque le sr&#226;b &lt;/i&gt;[le mirage] &lt;i&gt;miroite sur la plaine torride, l'horizon faux et l'horizon vrai y paraissent indissolublement li&#233;s. Ainsi les chim&#232;res et les r&#233;alit&#233;s vivent-elles ensemble dans les soci&#233;t&#233;s humaines, pour la d&#233;ception des hommes, mais aussi pour leur esp&#233;rance. Comme alternent dans la nature marocaine &#034;mah'&#226;rem&#034; et espaces cultiv&#233;s, l'illusion et la v&#233;rit&#233; se m&#234;lent &#224; l'horizon de nos d&#233;sirs, de nos projets, distincts et pourtant ins&#233;parables. Mais le marcheur affront&#233; au &#034;sr&#226;b&#034; ? C'est la contemplation de la beaut&#233; qui le sauve, la contemplation de cela m&#234;me qui pourrait le tuer. De longues tra&#238;n&#233;es de brume de chaleur faufilent, dirait-on, le bord de la steppe avec celui du ciel, les lointains proches avec les lointains inaccessibles, le pr&#233;sent avec l'ailleurs. Des lacs illusoires, le reflet des palmiers dans l'eau se proposent &#224; son implacable soif. Le marcheur risque ainsi de perdre sa route. Mais il n'irait pas loin s'il n'&#233;tait guid&#233; par cette fra&#238;cheur des yeux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un climat mortif&#232;re et malsain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le climat de d&#233;faitisme, de r&#233;pression, de censure et d'autocensure, voire de haine et de m&#233;pris, qui entoure l'usage d'Internet, rend l'atmosph&#232;re parfaitement irrespirable. C'est un climat mortif&#232;re, malsain. Il est d'ailleurs frappant de constater que les discours les plus virulents et les plus r&#233;actionnaires &#233;manent toujours de personnalit&#233;s en vue, qui ont depuis longtemps trac&#233; leur chemin dans la vie : elles se sont cr&#233;&#233; un vaste r&#233;seau de relations sociales, elles b&#233;n&#233;ficient d'une large reconnaissance, elles disposent pour s'exprimer de plus de tribunes publiques qu'il n'en faut... Ces gens-l&#224;, journalistes, chroniqueurs, &#233;ditorialistes, avocats, peuvent se permettre de vouer Internet aux g&#233;monies : outre qu'ils n'en ont qu'une connaissance tr&#232;s vague, ils n'en ont aucun besoin. Ils peuvent se permettre de boucher l'horizon, de n'y voir aucun signe encourageant, de ne laisser aucune chance &#224; l'avenir : apr&#232;s eux, le d&#233;luge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous, ils sont entr&#233;s dans la vie active &#224; une &#233;poque o&#249; l'utopie &#233;tait un lieu commun, presque un conformisme, et o&#249; tout &#233;tait relativement facile : la vie professionnelle, l'int&#233;gration sociale leur tendaient les bras. Ils ne se rendent pas compte aujourd'hui que leur pessimisme noir, fanatique, leur refus de laisser leurs enfants &#233;chafauder le moindre projet mobilisateur pour l'avenir, reviennent tr&#232;s exactement &#224; leur dire : &#171; &lt;i&gt;Nous, on s'est amus&#233; comme des fous ; mais vous, vous pouvez crever.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont, aujourd'hui, les m&#233;tiers que l'on peut embrasser sans effort, voire par hasard, et qui proposent non seulement des d&#233;bouch&#233;s faciles et certains, mais de v&#233;ritables aventures professionnelles ? Les jeunes avocats manifestent pour pouvoir manger &#224; leur faim et ne plus se rendre complices de d&#233;nis de justice lorsqu'ils sont commis d'office. Les journalistes sont d&#233;sormais presque tous issus d'&#233;coles prestigieuses qui sont autant d'usines de formatage et d'uniformisation. La pr&#233;carit&#233; est partout : impossible de songer &#224; se fixer, &#224; faire son trou quelque part, impossible de penser sa vie professionnelle dans la dur&#233;e. Du coup, les aspirations sont forc&#233;es de divorcer du travail salari&#233; : on se trouve un job &#224; temps partiel pour assurer sa subsistance, et on consacre le reste de son temps &#224; des activit&#233;s qui ne sont pas de simple &#171; loisir &#187;, mais dans lesquelles on s'investit totalement. C'est par cette activit&#233;, et non plus par son emploi salari&#233;, que l'on d&#233;finit son propre statut social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le principal r&#233;seau de relations n'est plus celui du travail, mais celui de cette activit&#233; &#171; annexe &#187;. Or, contrairement aux coll&#232;gues de travail, qui sont rassembl&#233;s dans un m&#234;me lieu &#224; longueur de journ&#233;e, les complices de cette activit&#233; sont dispers&#233;s g&#233;ographiquement. C'est pourquoi Internet peut &#234;tre un moyen pr&#233;cieux non seulement de garder le lien avec eux, mais encore d'en rencontrer de nouveaux, qui viendront s'int&#233;grer au groupe dont ils partagent les affinit&#233;s, et que l'on ne tardera pas &#224; rencontrer en chair et en os, lors de r&#233;unions plus ou moins fr&#233;quentes. Pierre L&#233;vy a encore raison lorsqu'il dit : &#171; &lt;i&gt;Rien ne montre qu'Internet va &lt;/i&gt;&#171; supprimer le corps &#187;&lt;i&gt;. C'est comme si on disait que le fait de s'envoyer des lettres va supprimer le corps. Plus il y a de virtuel, plus il y a de r&#233;el.&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;Il faut arr&#234;ter de fantasmer. Il n'y a jamais eu autant de d&#233;placements, de rencontres et de r&#233;unions que depuis le d&#233;veloppement d'Internet.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-27' class='spip_note' rel='appendix' title='Entretien au Monde, 29 novembre 2000.' id='nh2-27'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;velopper les r&#233;seaux de relations &#171; transversaux &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;seau est un outil providentiel pour ces r&#233;seaux de relations &#171; transversaux &#187;, qui brassent des gens issus d'horizons infiniment plus divers que la traditionnelle et mortelle communaut&#233; des coll&#232;gues de bureau. C'est pourquoi on se permettra de sourire quand nos sociologues s'inqui&#232;tent d'une &#171; &lt;i&gt;perte de lien social&lt;/i&gt; &#187; ou d'un risque d'&#171; &lt;i&gt;homog&#233;n&#233;isation sociale&lt;/i&gt; &#187; li&#233;s &#224; Internet... Il ne s'agit gu&#232;re que du lien social tel qu'ils le connaissent ! &#171; &lt;i&gt;Le capitalisme&lt;/i&gt;, note Hakim Bey, toujours dans &lt;i&gt;L'Art du Chaos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ne soutient certaines sortes de groupes &#8211; la famille nucl&#233;aire, par exemple, ou les coll&#232;gues-qui-se-fr&#233;quentent &#8211; que parce que de tels groupes sont d&#233;j&#224; auto-ali&#233;n&#233;s et int&#233;gr&#233;s dans la structure travailler-consommer-mourir. D'autres types de groupes peuvent &#234;tre tol&#233;r&#233;s mais ils seront priv&#233;s de tout soutien de la part des structures sociales institutionnelles.&lt;/i&gt; &#187; L'auteur de &lt;i&gt;TAZ &#8211; Zone autonome temporaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-28' class='spip_note' rel='appendix' title='L'Eclat, 1997.' id='nh2-28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; met ici le doigt sur le caract&#232;re intrins&#232;quement subversif de ce mode de vie. La g&#233;n&#233;ration du Baby Boom, qui se gargarisait de slogans politiques ronflants, a fait son trou dans la soci&#233;t&#233; comme dans du beurre. Elle a c&#233;l&#233;br&#233; la r&#233;bellion et la marginalit&#233; en se vautrant dans le confort ; elle a tout verrouill&#233; derri&#232;re elle, &#233;rig&#233; des barrages avec les d&#233;combres de ses illusions. Et voil&#224; que ses enfants, presque par hasard, ont trouv&#233; le moyen de contourner ces barrages, de prendre leur part de r&#234;ve, de retrouver une marge de man&#339;uvre. &#171; &lt;i&gt;Plus grande est la partie de mon existence que je peux arracher au cycle travailler-consommer-mourir pour la consacrer aux activit&#233;s de la &#171; ruche &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit encore Hakim Bey, &lt;i&gt;plus grandes sont mes chances de conna&#238;tre le plaisir. On court un certain risque en contrecarrant de la sorte les &#233;nergies vampiriques des institutions. Mais le risque lui-m&#234;me fait partie du plaisir ainsi v&#233;cu, chose qui a &#233;t&#233; observ&#233;e dans tous les moments insurrectionnels &#8211; dans tous les moments d'&#233;veil et de bonheurs aventureux et intenses : l'aspect festif du soul&#232;vement, la nature insurrectionnelle de la f&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Les enfants en ont rabattu sur les grands discours et sur l'id&#233;ologie, mais ils vivent &#8211; tout simplement parce qu'ils n'ont pas eu d'autre choix ! &#8211; d'une mani&#232;re marginale et diff&#233;rente, bien plus originale que celle de leurs parents. Et si c'&#233;tait aussi cela, en d&#233;finitive, qu'on ne leur pardonnait pas ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voire des consid&#233;rations indignes du caf&#233; du commerce, comme cette perle de Dominique Wolton : &#171; &lt;i&gt;Les serveurs Internet ne changent pas grand-chose &#224; la guerre du Kosovo&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.15/cah990409h.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Lib&#233;ration&lt;/a&gt;, 9 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique Wolton, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,10628,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;,7 juin 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,100991,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,92850,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 7 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Portrait de Dominique Wolton, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,10628,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 7 juin 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 20-21 mars 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son livre d'entretiens : &lt;i&gt;Internet, petit manuel de survie&lt;/i&gt; (Ah ! ce titre&#8230;), Flammarion, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors d'un colloque au Centre de formation des journalistes. &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,110697,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 26 octobre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,10628,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 7 juin 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;&lt;i&gt;Fausse id&#233;ologie du Net&lt;/i&gt;&#034;, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,100991,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.cyberie.qc.ca/chronik/981117.html#5&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Les Chroniques de Cyb&#233;rie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 17 novembre 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/actu/semaine990315/art990320a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 20-21 mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-15' class='spip_note' title='Notes 2-15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,100991,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-16' class='spip_note' title='Notes 2-16' rev='appendix'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.15/cah990409h.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 9 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-17' class='spip_note' title='Notes 2-17' rev='appendix'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/actu/semaine990315/art990320a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 20-21 mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-18' class='spip_note' title='Notes 2-18' rev='appendix'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/actu/semaine990315/art990320a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 20-21 mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-19' class='spip_note' title='Notes 2-19' rev='appendix'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.15/cah990409h.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 9 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-20' class='spip_note' title='Notes 2-20' rev='appendix'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grand d&#233;bat qui agite &lt;a href=&#034;http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2858-3874-121475-0,FF.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde interactif&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 29 novembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-21' class='spip_note' title='Notes 2-21' rev='appendix'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 18 novembre 2000. Quel cr&#232;ve-coeur...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-22' class='spip_note' title='Notes 2-22' rev='appendix'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-23' class='spip_note' title='Notes 2-23' rev='appendix'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-24' class='spip_note' title='Notes 2-24' rev='appendix'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien au &lt;a href=&#034;http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2858-3874-121482-0,FF.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 29 novembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-25' class='spip_note' title='Notes 2-25' rev='appendix'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nautilus, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-26'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-26' class='spip_note' title='Notes 2-26' rev='appendix'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Arabes, l'islam et nous&lt;/i&gt;, Mille et une nuits, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-27'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-27' class='spip_note' title='Notes 2-27' rev='appendix'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien au &lt;a href=&#034;http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2858-3874-121482-0,FF.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 29 novembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-28'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-28' class='spip_note' title='Notes 2-28' rev='appendix'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Eclat, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://leuco-site.net/anciens/lvmdw/index.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;La vie merveilleuse de Dominique W. (Leuco-site)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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