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	<title>uZine 3</title>
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		<title>Contre la fatalit&#233; de Finkielkraut</title>
		<link>http://www.uzine.net/article1808.html</link>
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		<dc:date>2002-08-08T17:45:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lirresponsable</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Joffrin, Laurent</dc:subject>
		<dc:subject>Finkielkraut, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, dans un opuscule &#224; deux voix intitul&#233; Internet l'inqui&#233;tante extase (Mille et une nuit, 2001), Alain Finkielkraut introduisait la notion de &#171; fatale libert&#233; &#187; et se livrait &#224; une condamnation sans appel d'Internet. Il est bon de s'y arr&#234;ter un instant afin d'&#233;tudier, en plein mois d'ao&#251;t alors que les cigales chantent, une figure du m&#233;diateur garant d'un certain discours politique sur la fatalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Les seniors de la Terre &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;but de cette (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique117.html" rel="directory"&gt;Les m&#233;diateurs, n&#233;cessaires garants de la m&#233;diation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot25.html" rel="tag"&gt;Joffrin, Laurent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot69.html" rel="tag"&gt;Finkielkraut, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L120xH102/arton1808-7fbe8.gif?1618727912' width='120' height='102' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, dans un opuscule &#224; deux voix intitul&#233; &lt;i&gt;Internet l'inqui&#233;tante extase&lt;/i&gt; (Mille et une nuit, 2001), Alain Finkielkraut introduisait la notion de &#171; fatale libert&#233; &#187; et se livrait &#224; une condamnation sans appel d'Internet. Il est bon de s'y arr&#234;ter un instant afin d'&#233;tudier, en plein mois d'ao&#251;t alors que les cigales chantent, une figure du m&#233;diateur garant d'un certain discours politique sur la fatalit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les seniors de la Terre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but de cette conf&#233;rence, organis&#233;e par la fondation du 2 mars pr&#233;sid&#233;e par Pierre-Andr&#233; Taguieff, n'est pas v&#233;ritablement int&#233;ressant, mais il s'agit &#224; l'origine d'une communication orale, ce qui n&#233;cessite donc quelques am&#233;nagements. En effet, l'auteur introduit une opposition banale entre les vieux et les jeunes, puis lui donne une extension plus classique, en quelque sorte une r&#233;actualisation assez lointaine, d'un point de vue th&#233;orique, de la reprise de la querelle des Anciens et des Modernes par Leo Strauss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. par exemple le recueil d'essais et conf&#233;rences : La renaissance du (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Puis, cette reprise se radicalise &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; dans l'opposition entre : homme des livres archa&#239;que &lt;i&gt;mais qui pense&lt;/i&gt; contre technophile moderniste dans le vent &lt;i&gt;qui surfe&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;technophobe&lt;/i&gt; versus &lt;i&gt;technol&#226;tres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extension r&#233;pond &#224; une n&#233;cessit&#233; interne de communication et &#224; la justification de la d&#233;marche pr&#233;tendument critique que s'efforce de d&#233;velopper l'auteur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Il ne tient qu'&#224; moi, il est vrai, de faire partie de la g&#233;n&#233;ration Internet puisqu'elle est pr&#233;cis&#233;ment transg&#233;n&#233;rationnelle. &#187; (p.17)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'opposition g&#233;n&#233;rationnelle (le fameux conflit de g&#233;n&#233;rations) entre un ph&#233;nom&#232;ne concernant &#171; les jeunes &#187; dont &#171; les vieux &#187; sont exclus, si de telles entit&#233;s existent ailleurs que dans des discours qui les th&#233;matisent, ne peut donc &#234;tre utilis&#233;e, puisque la &#171; g&#233;n&#233;ration Internet &#187; est &#171; transg&#233;n&#233;rationnelle &#187;. Bien. On pourra d'abord se demander qu'est-ce qu'une g&#233;n&#233;ration transg&#233;n&#233;rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien Internet est transg&#233;n&#233;rationnel, c'est-&#224;-dire que des personnes de g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes utilisent Internet (ce qu'affirme l'auteur), ou bien Internet est g&#233;n&#233;rationnel, propre &#224; une g&#233;n&#233;ration &#224; l'exclusion d'autres (la g&#233;n&#233;ration Internet : celle qui utilise Internet). Dans ces conditions, pourquoi parler de &#171; g&#233;n&#233;ration Internet &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument joue en fait pour d&#233;douaner l'auteur d'&#234;tre un vieux, un &#171; ringard &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; J'&#233;carte tout d'abord l'hypoth&#232;se psychologique de la paresse et celle, physiologique du vieillissement. &#187; (p.18)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour quelles raisons Alain Finkielkraut n'est-il ni paresseux, ni s&#233;nile ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Mais il y a tant de seniors qui naviguent euphoriquement dans le cyberespace et qui, aussit&#244;t revenus de leur premier voyage, mettent &#224; vous convertir un z&#232;le de tous les instants qu'il faut un effort de volont&#233; pour &lt;i&gt;ne pas vivre connect&#233;&lt;/i&gt; &#187;. (p.18)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On notera au passage le prisme religieux choisi par l'auteur (idol&#226;trie de la technique, z&#232;le, conversion), qui doit faire &#233;cho &#224; quelque &lt;a href='http://www.uzine.net/article224.html' class='spip_in'&gt;culte de l'Internet&lt;/a&gt;, identifi&#233; a priori par le sociologue, et grands t&#233;moins &#224; ses heures, P. Breton. Le terme &#171; senior &#187; provient du langage publicitaire pour &#233;viter l'aspect p&#233;joratif de &#171; vieux &#187; (et identifier un segment particulier de consommateurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument semble valide &#224; la condition que le senior Finkielkraut navigue dans le cyberespace. Or, pr&#233;cis&#233;ment, ce n'est pas ce qu'affirme l'auteur, puisqu'il parle d'une multitude de seniors dont il se retranche. En r&#233;sum&#233; : je ne m'oppose pas &#224; Internet et sa fatale libert&#233; parce que je suis un vieux puisque des seniors naviguent. Raisonnement assez curieux. C'est probablement le sens de l'expression : Internet est transg&#233;n&#233;rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) des seniors naviguent &lt;br&gt;
(2) des seniors ne naviguent pas &lt;br&gt;
(3) des seniors s'opposent &#224; Internet &lt;br&gt;
Donc (4) ce n'est pas parce qu'il s'agit de seniors qu'ils s'opposent &#224; Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a ici aucune inf&#233;rence justifi&#233;e, mais l'exclusion d'un motif (&#234;tre un senior) expliquant la position (s'opposer &#224; Internet), par le recours &#224; une donn&#233;e factuelle (des seniors naviguent). Et surtout l'existence dans l'ensemble des seniors de sous-ensembles n'implique pas l'inexistence de motifs psychologiques ou physiologiques (variables selon les individus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification de la position de l'auteur r&#233;side ensuite dans une r&#233;duction volontaire de la nature d'Internet (ce qu'est le R&#233;seau) au message publicitaire qui en fait la promotion :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Les vieux et les jeunes, les coll&#232;gues et les enfants, tout le monde aujourd'hui relaie l'engagement pris par France Telecom de me &#034;faire aimer l'an 2000&#034;, c'est-&#224;-dire le monde du multim&#233;dia. &#187; (p. 18,19)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une fois rep&#233;r&#233; l'effet rh&#233;torique, associer une pratique &#224; un message publicitaire afin de jouer sur le rejet consensuel des slogans publicitaires l&#233;nifiants, la conclusion implicite est bien s&#251;r absurde, il ne faudrait pas aimer le multim&#233;dia, non pas &#224; cause des qualit&#233;s propres du multim&#233;dia (par exemple parce qu'il ne serait pas un objet d&#233;sirable) mais parce qu'une entreprise de t&#233;l&#233;communication communique sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le champ de la r&#233;f&#233;rence est bien identique : il s'agit d'opposer au discours publicitaire, un contre-discours lui aussi de nature publicitaire : confondre les usages du multim&#233;dia avec les &#171; amoureux &#187; du multim&#233;dia (transformer une pratique en un clan, une tribu) pour pr&#233;senter ces derniers comme des enfants ou des moutons reprenant &#224; leur compte le slogan de l'entreprise qui d&#233;finit leur identit&#233;. (Or, notons au passage qu'il suffit de surfer un tout petit peu sur le web pour tomber sur nombre de publicit&#233;s d&#233;tourn&#233;es ou slogans hostiles &#224; France Telecom, qui n'est pas le seul op&#233;rateur et l'unique FAI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche de la part de l'auteur n'est sans doute pas totalement volontaire en ceci qu'elle exprime les fameuses contraintes &#233;ditoriales, parce qu'un livre &#224; propos d'Internet profite de la communication faite &#224; propos d'Internet pour &#234;tre diffus&#233; et vendu. Apr&#232;s cette r&#233;duction (Internet = les messages publicitaires &#224; propos d'Internet), on trouve naturellement prolongeant la touche contestataire du rejet de la publicit&#233;, un d&#233;veloppement assez consensuel sur la th&#233;matique du fichage g&#233;n&#233;ralis&#233; et de Big Brother (tm) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Plus il y aura de proth&#232;ses, moins nous aurons de vie priv&#233;e ou m&#234;me de for int&#233;rieur. Chacun de nos gestes, chacune de nos pens&#233;es, chacun de nos r&#234;ves s'inscrira quelque part et sera donc un renseignement, voire un aveu. Nous aurons beau chuchoter, nous serons &#233;cout&#233;s. Un espionnage g&#233;n&#233;ralis&#233; redoublera la communication sans fronti&#232;re et, en d&#233;pit de leur anarchisme flambloyant et de leur hostilit&#233; militante &#224; toute forme de r&#233;gulation, les libres enfants du num&#233;rique seront pris dans la Toile. Alors, qui sera la Grande Araign&#233;e ? Qui tirera b&#233;n&#233;fice de cet archivage sans reste ? Moins peut-&#234;tre les Etats que les entreprises, les groupes colossaux et les multinationales, pour la plupart am&#233;ricaines, qui poss&#232;dent les satellites, les cables et qui contr&#244;lent le flux ? Mais cette translation n'a rien de rassurant et Big Brother peut avoir plus d'un visage. &#187; (p.20)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/index.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Libres enfants du savoir num&#233;rique&lt;/a&gt; est une anthologie de textes publi&#233;e par les &#233;ditions de l'Eclat, dont les suivants pourtant dans le d&#233;bat qui ne seront pas mentionn&#233;s par Finkielkraut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/cae/cae.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Utopie du plagiat, Hypertextualit&#233; et Production culturelle Electronique&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
par le Critical Art Ensemble
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Stallman2/stallman2.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Le manifeste GNU&lt;/a&gt; par Richard Stallman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eni&#232;me variation &#224; la L.Joffrin, lui aussi &lt;a href='http://www.uzine.net/article1070.html' class='spip_in'&gt;grand t&#233;moin &#224; ces heures&lt;/a&gt;, sur les idiots utiles du capitalisme pris dans la Toile de l'Araign&#233;e. On pourra relire sur Uzine : &lt;a href='http://www.uzine.net/article1134.html' class='spip_in'&gt;&#171; La r&#233;gulation &#233;tait ferm&#233;e de l'int&#233;rieur &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href='http://www.uzine.net/article869.html' class='spip_in'&gt;&#171; La r&#233;gulation de la r&#233;gulation &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un d&#233;but assez promoteur quant &#224; la d&#233;monstration qui doit suivre, avec l'introduction de la fameuse notion de &#171; fatale libert&#233; &#187;. Mais admettons, il existe des raisons th&#233;oriques distinctes des motifs psychologiques et physiologiques qui justifient la r&#233;sistance &#224; Internet. Voyons lesquelles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fatale Libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tremblez mortels !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; L'utopie est &#224; nos portes, le lyrisme libertaire est plus en phase avec le monde &#224; venir que la rh&#233;torique cr&#233;pusculaire et &lt;i&gt;c'est bien cela qui devrait faire peur&lt;/i&gt;. J'ai trouv&#233;, en effet et &#224; mon grand &#233;tonnement, davantage de motifs d'inqui&#233;tude dans l'aurore annonc&#233;e par les amis de l'Internet que dans les discours d'apocalypse des ennemis d'Internet. &#187; (p.22)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il y a des &#171; amis de l'Internet &#187; et des &#171; ennemis de l'Internet &#187;, (la preuve RSF fait un classement des pays &#171; ennemis de l'Internet &#187;) et il serait un peu convenu, dans ces conditions, d'avoir peur &#224; l'&#233;coute de l'apocalypse. Car, en v&#233;rit&#233; je vous le dis, mes fr&#232;res, il faut se garder du lyrisme des libertaires et de ses amis, car Grand P&#233;ril r&#233;side dans la promesse de bien, davantage que dans la menace du mal, comme pourrait le croire un peu beno&#238;tement le superstitieux. Une conscience &#233;clair&#233;e per&#231;oit la dialectique du Malin, car l'enfer est pav&#233; de bonnes intentions. D'ailleurs, la philosophie commence avec l'&#233;tonnement (&lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, A, 2, 282b10). Et &#171; Eloigne de ton coeur l'affliction, &#233;carte de ta chair le mal, car la jeunesse et l'aurore de la vie sont vanit&#233;. &#187; (Qo, 11.10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus s&#233;rieusement, le proc&#233;d&#233; rh&#233;torique est amusant, outre la lourdeur de &#171; l'utopie &#224; nos portes &#187; (qui menace, tel un forcen&#233;, d'entrer dans la Cit&#233; et de la d&#233;vaster, brrrr...) puisqu'il consiste &#224; se placer en t&#233;moin neutre qui se d&#233;livre de l'imm&#233;diatet&#233;. Mouvement assez int&#233;ressant car il permet de s'attribuer une lucidit&#233; et de conf&#233;rer &#224; son affirmation l'apparence de la r&#233;flexion (mouvement second qui retourne et examine ce qui est premi&#232;rement donn&#233;). Ainsi, l'auteur n'est pas un superstitieux, un &#234;tre craintif, influen&#231;able et soumis aux discours cr&#233;pusculaires (l'ombre, l'ignorance, le mal), quand bien m&#234;me il va en reprendre strictement tous les termes. Non, car ce dernier trouve &#171; des motifs d'inqui&#233;tude dans l'aurore annonc&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon admettons encore, on a apr&#232;s tout le droit d'&#234;tre inquiet, d'&#234;tre marqu&#233; par le &lt;i&gt;souci&lt;/i&gt; en tant qu'&#234;tre pour la mort. Ecoutons donc le proph&#232;te qui voit le Mal dans l'annonce de la lumi&#232;re du jour :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Car ce n'est pas de la publicit&#233; mensong&#232;re que d'affirmer que l'hyperm&#233;dia plan&#233;taire offre un monde toujours plus &lt;i&gt;flexible&lt;/i&gt; et plus &lt;i&gt;accessible&lt;/i&gt; &#224; un individu dot&#233; du privil&#232;ge de l&lt;i&gt;'apesanteur&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;ubiquit&#233;&lt;/i&gt; et de l'&lt;i&gt;interactivit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (p.22)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;S&#251;rement, puisque que ce n'est pas une publicit&#233; mensong&#232;re, c'est donc vrai, CQFD. On ne voit pas tr&#232;s bien, &#224; vrai dire, &#224; quoi fait r&#233;f&#233;rence &#171; l'apesanteur &#187; en italique dans le texte. A moins d'imaginer l'internaute tel un cosmonaute ou un astronaute (ou un spationaute pour faire plaisir &#224; M. Chr&#233;tien) lib&#233;r&#233; de la pesanteur terrestre. Rappelons que le cyberespace en tant que dispositif est physiquement soumis &#224; la pesanteur : (les ordinateurs, serveurs, routeurs, cables ne sont pas dans la Quatri&#232;me Dimension), et que l'internaute ne risque pas de s'envoler de son si&#232;ge lorsqu'il consulte ses courriels ou navigue sur ses bookmarkticiels (ou signets). Il peut boire son coca &#224; la paille et non gober des bulles en suspension autour de lui, et d'ailleurs avoir mal au dos, des crampes dans les doigts et conna&#238;tre une fatigue occulaire, que l'on peut, si on le d&#233;sire, comparer &#224; celle des cosmonautes. Il doit probablement s'agir d'une r&#233;f&#233;rence mystique &#224; la d&#233;corpor&#233;isation ou de corps ang&#233;lique dans une dimension non physique, &#224; moins qu'Alain Finkielkraut ne fasse r&#233;f&#233;rence aux satellites de t&#233;l&#233;communications en orbite g&#233;ostationnaire (qui ne sont pour autant des internautes) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que l'internaute, cet &#234;tre de lumi&#232;re annonc&#233;e (fonci&#232;rement mauvais donc) a beaucoup de privil&#232;ges, (le bougre), car il poss&#232;de &#233;galement un attribut divin : l'ubiquit&#233;, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; d'&#234;tre en m&#234;me temps &#224; plusieurs lieux diff&#233;rents. Comment interpr&#233;ter la parole du proph&#232;te ? Imaginons un &#233;crivain qui passe &#224; la t&#233;l&#233;vision en train de t&#233;l&#233;phoner sur son portable tout en r&#233;pondant aux questions du public : on peut dire qu'il est dans les librairies (car ses livres, c'est un peu lui), dans la conversation avec son correspondant (c'est bien lui qui parle), dans tous les foyers dont la t&#233;l&#233;vision est sur la cha&#238;ne o&#249; il passe (c'est bien lui &#224; l'&#233;cran), en interaction avec le public (il r&#233;pond aux questions). De l&#224;, &#224; l'identifier &#224; un d&#233;miurge incorporel et immanent...Mais l'auteur continue :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Le perfectionnement des moteurs de recherches &#233;vitera les mauvaises surprises et les recontres d&#233;rangeantes : &#034;o&#249; je veux, quand je veux, si je veux...&#034; Telle est la devise jubilatoire des navigateurs du virtuel. Et telle sera tr&#232;s bient&#244;t leur r&#233;alit&#233;.La soumission de la r&#233;alit&#233; aux repr&#233;sentations et aux diktats de la volont&#233; n'est pas une libert&#233; illusoire, mais c'est une &lt;i&gt;libert&#233; fatale&lt;/i&gt; en ceci qu'elle nous prive de ce qui nous &#233;chappe et nous dessaisit de l'inappropriable. Cette id&#233;e de &lt;i&gt;libert&#233; fatale&lt;/i&gt; m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e, non par un philosophe, mais par un cin&#233;aste : Fellini, mort trop t&#244;t pour penser l'Internet, mais qui a, mieux que personne, d&#233;crit la passation des pouvoirs entre le cin&#233;ma et la t&#233;l&#233;vision. &#187; (p.23)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la volont&#233; de l'internaute &#233;met des &#171; diktats &#187;. Le terme est connot&#233; puisque c'est par exemple Adolf Hitler qui parlait du &#171; diktat de Versailles &#187; &#224; propos du trait&#233; de paix sign&#233; &#224; Versailles en 1919. Le diktat n'est pas un acte de volition ordinaire (je veux ouvrir la porte), il d&#233;signe une d&#233;cision unilat&#233;rale qui est impos&#233;e par la force (je d&#233;cide que l'Alsace et la Lorraine annex&#233;es &#224; l'empire allemand depuis 1871 sont restitu&#233;es &#224; la France, que l'Allemagne paiera tant en d&#233;dommagements car elle est la seule responsable de la guerre, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit difficilement le rapport avec l'objet d&#233;crit, et la r&#233;f&#233;rence au cin&#233;aste qui va suivre. Il est vrai que les termes &#171; soumission &#187; et &#171; diktat &#187; ajoutent de la gravit&#233; &#224; l'affirmation, et brodent une fois de plus sur la th&#233;matique du nazi qui sommeille dans le ventre encore f&#233;cond de tout internaute, mais sur quoi porte-t-elle ? Sur les performances des moteurs de recherches ? N'oublions pas que l'internaute jubile, car lorsqu'il cherche &#171; trait&#233; de Versailles &#187; dans &lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?q=trait%C3%A9+de+Versailles&amp;ie=UTF-8&amp;oe=UTF-8&amp;hl=fr&amp;meta=lr%3Dlang_fr&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Google&lt;/a&gt;, il veut des r&#233;ponses pertinentes, c'est-&#224;-dire des informations sur le &lt;a href=&#034;http://www.nobel-paix.ch/paix_p1/traitver.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;trait&#233; de Versailles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Finkielkraut nous dit qu'il y a l&#224; danger, car cet internaute &#224; devise jubilatoire n'aura pas de &#171; mauvaises surprises &#187;, (des pages sans rapport au sujet ?) ou de &#171; rencontres d&#233;rangeantes &#187; (de fausses informations ? Un trait&#233; de Versailles en gif anim&#233; qui clignote ?) ? L'autre mani&#232;re d'interpr&#233;ter l'affirmation est de consid&#233;rer que l'internaute mod&#232;le son monde &#224; travers ses repr&#233;sentations, c'est-&#224;-dire s'habituant &#224; la performances des moteurs de recherches, il exige, en petit dictateur, que toute la r&#233;alit&#233; se mod&#232;le sur son d&#233;sir ? On retrouve ici la figure de l'enfant ou de l'autiste, incapable d'imaginer ou de communiquer avec l'exteriorit&#233;. Notons que l'on peut en dire autant du rat de biblioth&#232;que, dans son existence sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'auteur pr&#233;cise, il ne s'agit pas d'une libert&#233; illusoire : je m'imagine &#234;tre libre parce que j'ai totalement ni&#233; l'existence objective du Monde, forme de solipsisme, mais tout cela repose sur une illusion (ou une maladie mentale). Il est question de &#171; fatale libert&#233; &#187; qui &#171; nous prive de ce qui nous &#233;chappe et nous dessaisit de l'inappropriable &#187;. Par d&#233;finition, on ne poss&#232;de pas, ou on est priv&#233; de ce qui nous &#233;chappe (si le renard n'attrape pas le lapin, il ne peut pas le manger). Et ce que l'on ne peut s'approprier, on en est effectivement d&#233;ssaisi. Mais il y a plus, car le d&#233;saisissement peut &#234;tre plus radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi je peux &#234;tre d&#233;ssaisi de quelque chose que je ne pourrais jamais m'approprier parce que j'ignore qu'une telle chose existe. Par exemple, si une Autorit&#233; supprime toutes les occurrences du mot ou des images de &#171; renard &#187; sur tous les supports, extermine tous les renards et ceux qui parlent de renard, je pourrais tr&#232;s bien ne pas savoir ce qu'est un renard et m&#234;me &#234;tre d&#233;saisi sans m'en rendre compte de l'usage possible du mot (si j'ignore ce qu'est renard, par exemple je n'en ai jamais &#233;cras&#233; un avec mon 4x4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura reconnu la variation sur 1984, et la question propre aux moteurs de recherches, celle du r&#233;f&#233;rencement. Mais Alain Finkielkraut ne pose pas ici le probl&#232;me politique de l'acc&#232;s &#224; l'information mais celui d'une perte de sens li&#233;e &#224; l'enfermement narcissique ou tyrannique de l'individu. Un individu qui confond l'ensemble des choses qui existent (d&#233;finition possible du concept de monde) avec le catalogue d'une boutique, ou l'ensemble de ses d&#233;sirs. A ceci pr&#232;s, que dans Google, les pages index&#233;es qui arrivent en premier lors d'une requ&#234;te sont celles qui ont le plus de r&#233;f&#233;rencements (il y aurait donc une communicabilit&#233; des volontes particuli&#232;res qui pensent le Monde comme leur repr&#233;sentation). Le mod&#232;le choisi par Finkielkraut poursuit en fait l'identification entre Internet et les discours publicitaires sur Internet, ainsi que la prosopop&#233;e Fellinienne sur le consommateur (de t&#233;l&#233;vision, d'Internet).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Du cin&#233;ma &#224; la t&#233;l&#233;vision, ce qui tombe, c'est l'ali&#233;nation, la possibilit&#233; de s'en remettre &#224; un autre. Ivre de pouvoir, le spectateur devient du m&#234;me coup l'esclave de sa volont&#233;, le captif de son propre pouvoir discr&#233;tionnaire. &#187; (p.26)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s grand moment, la fatale libert&#233;, la libert&#233; qui m'est fatale et &#224; laquelle je me condamne consiste &#224; r&#233;fuser l'ali&#233;nation d&#233;finie comme la possibilit&#233; de s'en remettre &#224; un autre...Dans quelles conditions, et pour quoi faire ? Curieux d&#233;doublement, le spectateur devient &lt;i&gt;l'esclave&lt;/i&gt; de sa volont&#233;...Classiquement, (chez Descartes par exemple), la libert&#233; r&#233;side justement dans&lt;br class='autobr' /&gt;
cette facult&#233; qu'est la &#171; volont&#233; &#187;. Etre esclave suppose l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire un ma&#238;tre qui est dans un rapport de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement, suivant le mod&#232;le antique, concevoir une servitude &#224; ses d&#233;sirs, dans le sens o&#249; l'on d&#233;sire sans mesure, par ignorance. Tel semble &#234;tre le cas auquel se r&#233;f&#232;re Alain Finkielkraut, puisqu'il parle de &#171; propre pouvoir discr&#233;tionnaire &#187;, une volont&#233; arbitraire et illimit&#233;e, celle du tyran. Il s'agit alors, dans le cadre antique, d'&#233;duquer le d&#233;sir afin de l'orienter vers le Bien v&#233;ritable, gr&#226;ce &#224; un ma&#238;tre, entendu cette fois non plus comme &lt;i&gt;dominus&lt;/i&gt; qui a des esclaves, mais comme &lt;i&gt;magister&lt;/i&gt; qui a des &#233;l&#232;ves. Cependant quel rapport entre la vertu et le cinema ou la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectateur qui &#171; d&#233;cide &#187; que ce soir, il ne va pas regarder &lt;i&gt;Amacord&lt;/i&gt;, mais &lt;i&gt;Avec la BAC dans les quartiers chauds&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Navarro&lt;/i&gt; est &#171; ivre de pouvoir &#187; et un tyran ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il v&#233;ritablement &#234;tre le ma&#238;tre de l'offre t&#233;l&#233;visuelle et de la programmation ? Il semble qu'il soit au contraire tributaire d'un autre ! Il &#233;chappe donc &#224; la fatale libert&#233;...On conna&#238;t la justification des professionnels : nous produisons et diffusons tel programme parce que telle est la volont&#233; du public. (Affirmation qui a pour elle la force des faits produits &#224; travers une mesure, l'audimat).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Boucl&#233; dans sa demande, livr&#233; &#224; la satisfaction imm&#233;diate de ses envies et de ses impatiences, prisonnier du &lt;i&gt;zero d&#233;lai&lt;/i&gt;, l'homme &#224; la t&#233;l&#233;commande n'est pas condamn&#233; &#224; &#234;tre libre, il est condamn&#233; lui-m&#234;me par sa fatale libert&#233;. Rien ne lui est interdit sauf, peut-&#234;tre, d'&#234;tre lui-m&#234;me interdit ou interloqu&#233;. Et cette condamnation s'aggrave : maintenant, au pouvoir de zapper et d'interrompre s'ajoute celui de surfer, de cliquer et d'intervenir. &#187; (p.26)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais de qui parle Alain Finkielkraut ? Du spectateur de t&#233;l&#233;vision ou de l'internaute ? La confusion entre l'utilisation d'une t&#233;l&#233;commande (changer de cha&#238;nes) et du clique de souris (suivre un lien hypertexte) joue ici &#224; plein. Il est vrai, comme le disait Malfada, que l'index a beaucoup servi en politique. Et c'est une aggravation, c'est-&#224;-dire que l'internaute est la v&#233;rit&#233; du spectateur de t&#233;l&#233;vision, l'accomplissement de ce mouvent fatal, car l'internaute peut &#171; intervenir &#187; ; terrible en effet, songeons un instant &#224; une intervention des t&#233;l&#233;spectateur sur le contenus des programmes, une &#233;laboration directe (et non la participation du &#171; public &#187; dans des &#233;missions fabriqu&#233;es, programm&#233;s, financ&#233;es par les professionnels de l'audiovisuel). On verra plus loin toute l'horreur qu'inspire &#224; Alain Finkielkraut la possibilit&#233; que des personnes en plus d'intervenir soient les auteurs directs de leur propos et de leur m&#233;diatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion est lev&#233;e &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt; dans les r&#233;ponses aux questions dans le d&#233;bat qui suit l'essai :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; &lt;i&gt;Sur l'affaire Yahoo, personne ne s'est interrog&#233; sur la r&#233;alit&#233; du danger. En fait, il est difficile d'imaginer que quelqu'un va devenir n&#233;onazi parce qu'il a trouv&#233; du zyklon B gr&#226;ce &#224; un Internet, non ?&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison. Ce qui risque de se r&#233;pandre est plut&#244;t un &#233;tat d'esprit ultralibertaire qui posera lui-m&#234;me de graves probl&#232;mes politiques. Je crois qu'il y a aussi d'autres risques. J'ai cit&#233; Fellini parce qu'il me semble que sa description de l'individu &#224; la t&#233;l&#233;commande peut s'appliquer &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt; &#224; l'internaute. &#187; (p.40)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, le d&#233;bat se conclut ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; D'ailleurs que fait-on sur la Toile sinon passer commande ? Et ce dont on a pass&#233; commande, il faut bien le produire et l'acheminer. &#187; (p.48)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question politique d'une organisation d&#233;mocratique des m&#233;dias, de l'acc&#232;s &#224; l'information, de l'&#233;laboration collective d'une vision du monde, ce qui caract&#233;rise bien le R&#233;seau, sera trait&#233;e plus loin avec l'id&#233;e propre &#224; nos &#233;lites, suivant laquelle trop de d&#233;mocratie tue la d&#233;mocratie, ou (variation) qu'il faut r&#233;sister au &lt;i&gt;tout d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, entendu bien s&#251;r dans le sens r&#233;actionnaire (il faut que le peuple se taise et respecte la transcendance des auteurs). Mais la t&#226;che sera difficle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Il sera particuli&#232;rement difficile de convertir cet enfant g&#226;t&#233; [l'internaute] &#224; la pens&#233;e des limites et au sens de la mesure. &#187; (p.48)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que tenir ouvertement un tel discours sophistique et anti-d&#233;mocratique catalogue aussit&#244;t, il faut donc en passer par la diversion culturelle et interroger le statut de l'oeuvre, en jouant sur un r&#233;f&#233;rent donc le culte est unanimement re&#231;u : le livre (ou la Kulture).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Livre, l'Auteur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dormeur du val doit se r&#233;veiller&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple, et prolongeant son souci p&#233;dagogique, Finkielkraut se sert d'un chapitre du livre du journaliste Michel Alberganti, &lt;i&gt;A l'&#233;cole des robots, l'informatique, l'&#233;cole et vos enfants&lt;/i&gt; (Calmann-L&#233;vy, 2000). Ce chapitre consacr&#233; &#224; un projet fictif, le Projet Rimbaud (la cr&#233;ation d'un DVD sur le po&#232;te principalement par des coll&#233;giens encadr&#233;s par trois professeurs en 2010) permet &#224; Finkielkraut d'identifier un repr&#233;sentant des &#171; amis de l'Internet &#187; et d'en faire le porte-parole d'un certain discours qui confond communication et savoir. Assez significatif, au lieu d'&#233;tudier ce qui est (les usages r&#233;els du multim&#233;dia), l'auteur se r&#233;f&#232;re &#224; un livre qui narre une fiction ; on est ainsi assur&#233; d''&#233;chapper aux diktats de coll&#233;giens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#233;d&#233; est commode et &#233;conomique, c'est le mod&#232;le des m&#233;dias : trouver une figure pour personnifier un mouvement ou une tendance et en faire le repr&#233;sentant autoris&#233; qui va tenir le discours de circonstance voulu. Il est curieux que Finkielkraut n'interroge pas plus loin cette logique m&#233;diatique ; sans doute est-ce l&#224; accepter l'ali&#233;nation et &#233;viter la fatale libert&#233;. Mais venons-en &#224; sa critique du multim&#233;dia qui se limite donc &#224; un projet particulier et imaginaire dans le milieu scolaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Avec tous ces merveilleux instruments, avec toutes ces techniques futuristes, nos &#233;l&#232;ves deviendront-ils de meilleurs lecteurs de Rimbaud attentifs &#224; ce qu'il a d'unique et peut-&#234;tre d'inactuel &#224; nous dire ? Non, bien s&#251;r, car il leur faudrait pour cela s'immobiliser, se d&#233;brancher, s'&#233;carter de leurs habitudes et de leurs all&#233;geances, non se mettre en r&#233;seau. &#187; (p.30)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question est celle de la finalit&#233;, et de la comp&#233;tence relative &#224; une pratique. Pour Alain Finkielkraut l'utilisation du multim&#233;dia est donc symptomatique d'une fin du savoir, qui a pour but la compr&#233;hension de l'oeuvre. Et m&#234;me plus, le dispositif technique est une anti-p&#233;dagogie puisqu'elle substitue &#224; la r&#233;ception de l'oeuvre (&#224; son accueil quasi religieux), une agitation paradoxalement st&#233;rile car uniquement spectaculaire (je sais communiquer sur Rimbaud mais je ne connais pas l'oeuvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander, hors dispositif (un professeur qui distribue une photocopie du po&#232;me ou l'&#233;crit au tableau, par opposition &#224; l'implication de recherches documentaires ou d'une r&#233;alisation multim&#233;dia), quelle compr&#233;hension ont des coll&#233;giens de l'oeuvre d'Arthur Rimbaud. Le recours &#224; l'artifice est une question secondaire qui se comprend relativement &#224; la p&#233;dagogie : comment &#233;tablir une m&#233;diation entre le coll&#233;gien et l'oeuvre d'Arthur Rimbaud. Le pr&#233;alable de la situation que l'on peut plausiblement conjecturer est que les coll&#233;giens ne sont pas majoritairement dans un rapport imm&#233;diat avec Rimbaud parce que construit (des familiers de l'oeuvre), et qu'ils n'ont d'ailleurs pour elle qu'un int&#233;r&#234;t tr&#232;s limit&#233; voire une hostilit&#233; ( &#171; c'est chiant &#187;). Le biais p&#233;dagogique ou la ruse est alors d'utiliser un artifice pour orienter l'int&#233;r&#234;t : se servir de l'attrait pour le multim&#233;dia pour m&#233;diatiser le po&#232;te quand la m&#233;thode habituelle ne fonctionne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la finalit&#233; est plus g&#233;n&#233;rale lorsqu'elle concerne l'&#233;cole en tant qu'institution : veut-on des individus familiers de l'oeuvre de Rimbaud ou des individus productifs rapidement, parce que form&#233;s d&#232;s le Coll&#232;ge, dans l'industrie de la r&#233;alisation multim&#233;dia ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais telle n'est pas la question, embarassante il est vrai parce que politique, pour Finkielkraut :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Un po&#232;me est un po&#232;me, et c'est sur une feuille imprim&#233;e qu'on peut le d&#233;couvrir, y revenir, l'apprendre, l'expliquer. Il faut aux mots du po&#232;me un domicile fixe, un lieu o&#249; on les laisse tranquilles. Ce lieu, c'est le livre. &#187; (p.30)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On notera l'absence de liaison entre la tautologie (&#171; un po&#232;me est un po&#232;me &#187;) et l'affirmation suivante sur le support. Sans doute s'agit-il de pr&#233;senter la chose comme &#233;vidente en transf&#233;rant la force du principe d'identit&#233; (A=A) sur ce qu'il faut &#233;tablir. Avant l'apparition des &#233;crans, le support traditionnel de la d&#233;couverte et de l'apprentissage est l'imprim&#233;, certes. Mais il faut laisser les mots habiter en po&#232;te les livres. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;ratif de tranquillit&#233; est d&#233;j&#224; effectif dans la population (scolaire), sans qu'on ait d'ailleurs besoin de le formuler...Plus radicalement, le livre dans cette perspective est plut&#244;t un obstacle en tant que support qui est une marchandise, qui constitue une source de revenus importants pour les &#233;diteurs (march&#233; captif). En effet, les livres scolaires (recueils de textes, etc.) sont lou&#233;s ou revendus &#224; la fin de l'ann&#233;e, et bien peu sont conserv&#233;s &#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire. Il importe avant tout pour son propri&#233;taire de restituer un exemplaire en bon &#233;tat (la non consultation est alors une condition suffisante). D'un point de vue p&#233;dagogique, la photocopie est un support plus ad&#233;quat, en ceci que l'&#233;l&#232;ve n'h&#233;site pas alors &#224; annoter le texte (explication de certains mots), &#224; travailler r&#233;ellement le texte (d&#233;coupage de la structure, rep&#233;rage des articulations logiques). Ce n'est bien s&#251;r pas une panac&#233;e ou une garantie de travail effectif, car le cancre ou le glandeur met lui-aussi grand z&#232;le &#224; surligner avec ses fluos tout le texte, (il est en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s fier de l'exhiber comme preuve de son travail). Mais la photocopie a mauvaise presse, il s'agit de pillage, voyons, y compris dans un lieu d'&#233;tude !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Oeuvre versus le Texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plut&#244;t que de parler de l'organisation du march&#233; du livre scolaire, des r&#233;ticences souvent injustifi&#233;es d'achat, ce qui est vulgaire comme nous en conviendrons, Alain Finkielkraut pr&#233;f&#232;re parler de meurtre du livre par Internet :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Nul besoin d'Internet pour lire. On a besoin d'Internet, en revanche, pour noyer le livre. On a besoin d'Internet pour mettre les mots en mouvement, pour les faire voler, pour en finir avec le &lt;i&gt;scripta manent&lt;/i&gt; ! On a besoin d'Internet pour passer de l'auteur et des &#233;gards qu'on lui doit &#224; la &lt;i&gt;communication&lt;/i&gt; exub&#233;rante et au &lt;i&gt;droit d'&#234;tre auteur&lt;/i&gt; d&#233;sormais reconnu &#224; chacun. On a besoin d'Internet pour dissoudre toute sacralit&#233;, toute alt&#233;rit&#233;, toute transcendance dans l'information et l'interaction. &#187; (p.31)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation vraie (&#171; Nul besoin d'Internet pour lire &#187;) ne constitue par une preuve de l'interpr&#233;tation quelque peu d&#233;lirante sur la noyade du livre. Qui est ce &#171; on &#187; qui a besoin de cet instrument de destruction qu'est Internet ?A moins que l'on ait affaire &#224; une Volont&#233; d&#233;moniaque ou un arraisonnement m&#233;taphysique ? Les livres se noient tr&#232;s bien tous seuls dans les empilement d'invendus et la saturation du march&#233;, puisque le secteur de l'&#233;dition est le seul o&#249; l'on r&#233;pond &#224; une baisse de la demande par une multiplication de l'offre. Il serait plus significatif de parler des faux livres, dont ceux chroniqu&#233;s &#224; longueur de pages dans les news magazines (par exemple le dernier Alain Minc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle sacralit&#233; et transcendance parle Alain Finkielkraut ? Celle de l'oeuvre (et un peu de celle de l'auteur l'oeuvre par la m&#234;me occasion...) par rapport au Texte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; On a besoin d'Internet pour passer de l'oeuvre &#224; ce qu'on appelait, avec une subversive majuscule, dans les ann&#233;es soixante-dix, le Texte. &#187; (p.31)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;a href=&#034;http://www.lettres.net/files/intertextualite.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;intertextualit&#233;&lt;/a&gt; au sens aujourd'hui usuel de l'analyse litt&#233;raire, d&#233;signe dans un texte l'ensemble des allusions &#224; d'autres textes d&#233;j&#224; &#233;crits, aux motifs culturels d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;s par d'autres &#233;crivains. On pourra consulter pour une br&#232;ve pr&#233;sentation et un historique du terme l'article &lt;a href=&#034;http://www.ivry.cnrs.fr/iran/Archives/archiveRecherche/atelierintertext1.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&#171; L'intertextualit&#233; comme m&#233;thode de critique litt&#233;raire : d&#233;finitions et postulats &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l&#224;, tr&#232;s bri&#232;vement, on peut interpr&#233;ter tout texte comme un r&#233;seau de textes, r&#233;seau de relations (emprunts, citations, allusions, etc.) qui a plus d'importance que la relation consacr&#233;e entre l'auteur et son texte qui devient alors autonome. Cette orientation critique a &#233;t&#233; construite contre une certaine tradition litt&#233;raire (XIXe) qui privil&#233;giait uniquement dans l'analyse d'un texte l'influence de l'Histoire, de la biographie de son auteur et de la place de l'auteur dans l'histoire de la litt&#233;rature. On peut retenir de cette th&#233;orie qu'il n'existe pas de texte isol&#233; et absolu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour la version soixante-dix, cf. Barthes, &#171; De l'oeuvre au texte &#187;, Revue (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification peut para&#238;tre triviale aux habitu&#233;s de l'hypertexte puisque ce dernier mat&#233;rialise le lien et permet d'acc&#233;der &#224; la source en plus de la signaler, dans le cas d'une citation. Or voil&#224; qui est intol&#233;rable pour Finkielkraut, et &#233;claire son d&#233;go&#251;t d'Internet.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Orgueilleusement &lt;i&gt;parricide&lt;/i&gt;, la th&#233;orie des ann&#233;es soixante-dix donne raison &#224; Platon et &#224; ses sombres pronostics sur le destin de l'&#233;criture. Que son P&#232;re ne soit plus l&#224; pour porter assistance au discours &#233;crit et le tirer d'affaire, c'est tr&#232;s bien dit la th&#233;orie ; que s'&#233;l&#232;vent &#224; son sujet des voix discordantes, c'est parfait ; la pluralit&#233; des lectures est la v&#233;rit&#233; de l'&#233;criture, celle-ci accomplit sa vocation en roulant de droite et de gauche...Ce parricide th&#233;orique a re&#231;u son prolongement technique avec l'informatisation du monde. L'intertexte est devenu l'Internet. &#187; (p.33,34)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La mention de Platon illustre l'intertextualit&#233; puisqu'il est question de la critique platonicienne de l'&#233;criture, que l'on trouve principalement dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Ph&#232;dre, traduction de Luc Brisson Flammarion, Paris, 1989. Edition qui (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, signal&#233; par &#171; en roulant de droite et de gauche... &#187; et &#171; Que son P&#232;re ne soit plus l&#224; pour porter assistance au discours &#233;crit et le tirer d'affaire &#187; reformulation de &#171; il a toujours besoin de son p&#232;re ; car il n'est capable ni de se d&#233;fendre ni de se tirer d'affaire tout seul. &#187; (275e). (Le terme &#171; parricide &#187; &#233;galement, mais il est question du livre et non de Parm&#233;nide). Restituons l'avertissement du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par H&#233;ra, le bel endroit pour y faire halte !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sombres pronostics il n'est pas v&#233;ritablement question, puisque la mise en garde est pr&#233;sent&#233;e dans un &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; &#171; &#233;gyptien &#187; que rapporte Socrate (tr&#232;s habile &#224; composer des histoires comme le lui fait remarquer Ph&#232;dre...). Theuth pr&#233;sente de mani&#232;re &#233;logieuse son invention, l'&#233;criture, au roi Thamous qui r&#233;plique alors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; &#244; Theuth, le plus grand ma&#238;tre &#232;s arts, autre est celui qui peut engendre un art, autre celui qui peut juger quel est le lot de dommage et d'utilit&#233; pour ceux qui doivent s'en servir. Et voil&#224; que toi, qui est le p&#232;re de l'&#233;criture, tu lui attribues, par complaisance, un pouvoir qui est le contraire de celui qu'elle poss&#232;de. En effet, cet art produira l'oubli dans l'&#226;me de ceux qui l'auront appris, parce qu'ils cesseront d'exercer leur m&#233;moire : mettant, en effet, leur confiance dans l'&#233;crit, c'est du dehors, gr&#226;ce &#224; des empreintes &#233;trang&#232;res, et non du dedans, gr&#226;ce &#224; eux-m&#234;mes, qu'ils feront acte de rem&#233;moration ; ce n'est donc pas de la m&#233;moire, mais de la rem&#233;moration, que tu as trouv&#233; le rem&#232;de. Quant &#224; la science, c'est en la semblance que tu procures &#224; tes disciples, non la r&#233;alit&#233;. Lors donc que, gr&#226;ce &#224; toi, ils auront entendu parler de beaucoup de choses, sans avoir re&#231;u l'enseignement, ils sembleront avoir beaucoup de science, alors que, dans la plupart des cas, ils n'auront aucune science ; de plus ils seront insupportables dans leur commerce, parce qu'ils seront devenus des semblants de savants, au lieu d'&#234;tre des savants. &#187; (274d-275b)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre le discours &#233;crit et le discours oral est donc justifi&#233;e par une distinction conceptuelle entre la conservation ou la diffusion d'une connaissance et la connaissance r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi on pourrait faire le reproche au pr&#233;sent article d'&#234;tre une imitation de connaissance : il a l'air savant parce qu'il cite un passage d'un dialogue platonicien, mais rien ne garantit que son auteur et les futurs lecteurs aient une v&#233;ritable connaissance de l'objet d&#233;crit. Pour le savoir, il faudrait un dialogue, briser le silence des signes fig&#233;s telles des images peintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif de forum attach&#233; le permet dans une certaine mesure, plus en tout cas que le livre. Et il est vraiment, mais alors vraiment dommage que Platon soit mort avant l'apparition d'Internet car il aurait probablement &#233;tabli, par la bouche de Socrate, une distinction entre l'&#233;crit sur papier et l'&#233;crit en ligne qui permet une interaction publique entre l'auteur et le lecteur, une participation au jeu qu'est l'&#233;crit (Theuth est aussi l'inventeur des d&#233;s et du tric-trac).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sister &#224; la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Il est vrai, comme le notait nagu&#232;re Deleuze, que nous manquons de r&#233;sistance au pr&#233;sent. Mais par r&#233;sistance, il entendait, et avec lui l'ensemble de la pens&#233;e critique, la r&#233;sistance &lt;i&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; au pouvoir, au contr&#244;le, aux diverses formes de domination. Il n'imaginait pas que nous devions r&#233;sister au &lt;i&gt;tout d&#233;mocratique&lt;/i&gt; de la technique d&#233;cha&#238;n&#233;e. Moins perspicace ou moins sensible que Fellini, il n'imaginait pas le conjoncture d'une &lt;i&gt;libert&#233; fatale&lt;/i&gt;. &#187; (p.36)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voici d&#233;fini, outre l'embrigadement de Deleuze et Fellini, le r&#244;le du philosophe contemporain : s'opposer au tout d&#233;mocratique d'Internet, en participant tel un &lt;i&gt;logographe&lt;/i&gt; aux proc&#232;s qui ont pour but de r&#233;guler l'expression publique, c'est-&#224;-dire celle des autres, du peuple, cette foule de coll&#233;giens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister &#224; la d&#233;mocratie, contrairement &#224; ce qu'affirme Alain Finkielkraut, ce n'est pas s'opposer &#224; la libert&#233;, parce qu'elle serait fatale, m&#234;me si le rem&#232;de peut &#233;galement &#234;tre un poison. L'inconv&#233;nient majeur de la d&#233;mocratie est qu'elle fournit une niche &#224; la contrefa&#231;on du politique que sont les sophistes ou rh&#233;teurs professionnels qui louent leurs services. En d&#233;mocratie, les d&#233;cisions sont prises par des assembl&#233;es o&#249; si&#232;gent des repr&#233;sentants &#233;lus par le peuple, et lorsque la science leur fait d&#233;faut, un homme habile en discours mais fonci&#232;rement ignorant peut exercer son emprise sur ces derniers qui vont alors se laisser persuader ; par exemple de voter telle loi. La salubrit&#233; publique commande qu'on les chasse de la Cit&#233;, ou du moins de son &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reprenant les accusations de Finkielkraut, Internet est source d'impi&#233;t&#233; (n&#233;gation de la transcendance et de la sacralit&#233; des auteurs et des oeuvres), de corruption de la jeunesse (des enfants g&#226;t&#233;s incultes qui communiquent), et introduit de nouvelles divinit&#233;s dans la Cit&#233; (le culte de la technique)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty, dans son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Eloge de la philosophie&lt;/i&gt; (Le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France 15 janvier 1953) effectuait un autre rappel qui nous fournira une belle conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour retrouver la fonction enti&#232;re du philosophe, il faut se rappeler que m&#234;me les philosophes-auteurs que nous lisons et que nous sommes n'ont jamais cess&#233; de reconna&#238;tre pour patron un homme qui n'&#233;crivait pas, qui n'enseignait pas, du moins dans les chaires d'Etat, qui s'adressait &#224; ceux qu'il rencontrait dans la rue et qui a eu des difficult&#233;s avec l'opinion et avec les pouvoirs, il faut se rappeler Socrate. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple le recueil d'essais et conf&#233;rences : &lt;i&gt;La renaissance du rationalisme politique classique&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la version soixante-dix, cf. &lt;a href=&#034;http://www.roland-barthes.com/qesseuil/welcome.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Barthes&lt;/a&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;http://cernet.unige.ch/biblio/barth71.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;De l'oeuvre au texte&lt;/a&gt; &#187;, Revue d'esth&#233;tique, 1971 ; repris dans &lt;i&gt;Le bruissement de la langue, essais critiques, IV&lt;/i&gt;, Seuil, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, traduction de Luc Brisson Flammarion, Paris, 1989. Edition qui comporte d'ailleurs un article d'un membre de Tel Quel, J. Derrida &#171; La pharmacie de Platon &#187;, (1968), Seuil, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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