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	<title>uZine 3</title>
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		<title>Mythologie du plagiat</title>
		<link>http://www.uzine.net/article1924.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.uzine.net/article1924.html</guid>
		<dc:date>2003-08-09T09:58:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lirresponsable</dc:creator>


		<dc:subject>Finkielkraut, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>PLPL</dc:subject>
		<dc:subject>Minc, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans un texte intitul&#233; &#171; Utopie du plagiat, Hypertextualit&#233; et Production culturelle Electronique &#187;, le Critical Art Ensemble essaie de r&#233;habiliter la l&#233;gitimit&#233; du plagiat contre l'id&#233;ologie qui sous-tend la pratique du copyright : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; L'&#233;poque actuelle nous oblige &#224; repenser et &#224; re-formuler la notion de plagiat. Sa fonction a trop longtemps &#233;t&#233; d&#233;valu&#233;e par une id&#233;ologie qui n'a plus sa place dans la techno-culture. Laissons perdurer les notions romantiques d'original, de g&#233;nie et d'auteur, mais comme (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique161.html" rel="directory"&gt;Les m&#233;thodes d'un savoir libre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.uzine.net/mot69.html" rel="tag"&gt;Finkielkraut, Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot240.html" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot241.html" rel="tag"&gt;PLPL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot242.html" rel="tag"&gt;Minc, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L105xH79/arton1924-8911b.gif?1582449798' width='105' height='79' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un texte intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/cae/cae.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Utopie du plagiat, Hypertextualit&#233; et Production culturelle Electronique&lt;/a&gt; &#187;, le Critical Art Ensemble essaie de r&#233;habiliter la l&#233;gitimit&#233; du plagiat contre l'id&#233;ologie qui sous-tend la pratique du copyright :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; L'&#233;poque actuelle nous oblige &#224; repenser et &#224; re-formuler la notion de plagiat. Sa fonction a trop longtemps &#233;t&#233; d&#233;valu&#233;e par une id&#233;ologie qui n'a plus sa place dans la techno-culture. Laissons perdurer les notions romantiques d'original, de g&#233;nie et d'auteur, mais comme &#233;l&#233;ments de la production culturelle, sans privil&#232;ge particulier sur un autre &#233;l&#233;ment tout aussi utile. Il est temps de nous servir ouvertement et audacieusement de la m&#233;thodologie de la recombinatoire, histoire d'&#234;tre mieux en accord avec la technologie de notre temps. &#187;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les arguments employ&#233;s dans le texte sont de plusieurs ordres : historiques, culturels, moraux, &#233;conomiques, politiques. Ils visent &#224; d&#233;montrer &#224; travers un certain nombre d'exemples&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Francisons un exemple : le cas bien connu de La Fontaine et d'Esope ; cf. (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que la recombinatoire est d&#233;j&#224; en partie &#224; l'oeuvre depuis le commencement, et &#224; &#233;tablir que la technologie lui offre de nouvelles possibilit&#233;s de d&#233;veloppement. Cependant l'argument v&#233;ritablement d&#233;cisif aux yeux du CAE consiste dans l'id&#233;e d'une n&#233;cessaire adaptation &#224; l'&#233;poque. Ainsi, la technique rend obsol&#232;te la pratique pass&#233;e et donc certains discours, il faut donc &#171; &#234;tre en accord &#187; avec notre temps, marqu&#233; par la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument est bien entendu discutable, mais surtout il donne la part belle aux partisans du statu quo, car ces derniers peuvent alors se pr&#233;senter comme les ultimes d&#233;fenseurs de la Culture face &#224; la vague d&#233;ferlante du R&#233;seau (nihiliste, relativiste, n&#233;olib&#233;rale, ou autre qualificatif qui joue le r&#244;le similaire de mantra).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette pr&#233;tendue opposition entre le R&#233;seau et la Culture (et ses valeurs humanistes), articul&#233;e avec la question de la technique o&#249; l'h&#233;ritage heideggerien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. &#171; Die Frage nach der Technik &#187;, conf&#233;rence prononc&#233;e le 18 novembre 1953 &#224; (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est pr&#233;pond&#233;rant, pour ne pas dire l'horizon ind&#233;passable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour une critique elle aussi contestable, cf. Pierre Bourdieu, &#171; L'ontologie (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la doxa m&#233;diatique brode &#224; n'en plus finir sur la mythologie du plagiat (fin des auteurs, fin des g&#233;nies, anarchie de l'expression, pillage g&#233;n&#233;ralis&#233;), chose que l'on peut observer, &#224; titre clinique, par exemple dans un opuscule de &lt;a href='http://www.uzine.net/article1808.html' class='spip_in'&gt;Finkielkraut&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notions tr&#232;s romantiques &#171; d'original &#187;, de &#171; g&#233;nie &#187; et &#171; d'auteur &#187; sont donc &#224; interroger directement, si possible &#224; partir d'une source qui les condense et d&#233;termine encore nos repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Original, g&#233;nie, auteur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'une des racines modernes de notre compr&#233;hension de la notion de &#171; g&#233;nie &#187; et plus g&#233;n&#233;ralement de l'esth&#233;tique provient des analyses de Kant dans sa fameuse troisi&#232;me critique, la &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='Traduction de A. Philonenko, Paris, Vrin, 1965' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au paragraphe 46 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; On voit par l&#224; que le g&#233;nie : 1&#176; est un &lt;i&gt;talent&lt;/i&gt;, qui consiste &#224; produire ce dont on ne saurait donner aucune r&#232;gle d&#233;termin&#233;e ; il ne s'agit pas d'une aptitude &#224; ce qui peut &#234;tre appris par une r&#232;gle quelconque ; il s'ensuit que &lt;i&gt;l'originalit&#233;&lt;/i&gt; doit &#234;tre sa premi&#232;re propri&#233;t&#233; ; 2&#176; que l'absurde aussi pouvant &#234;tre original, ses produits doivent en m&#234;me temps &#234;tre des mod&#232;les, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;exemplaires&lt;/i&gt; et par cons&#233;quent, que sans avoir &#233;t&#233; eux-m&#234;mes engendr&#233;s par l'imitation, ils doivent toutefois servir aux autres de mesure ou de r&#232;gle de jugement ; 3&#176; qu'il ne peut d&#233;crire lui-m&#234;me ou exposer scientifiquement comment il r&#233;alise son produit, et qu'au contraire c'est en tant que &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; qu'il donne la r&#232;gle ; c'est pourquoi le cr&#233;ateur d'un produit qu'il doit &#224; son g&#233;nie, ne sait pas lui-m&#234;me comment se trouve en lui les id&#233;es qui s'y rapportent et il n'est en son pouvoir ni de concevoir &#224; volont&#233; ou suivant un plan telles id&#233;es, ni de les communiquer &#224; d'autres dans des pr&#233;ceptes, qui les mettraient &#224; m&#234;me de r&#233;aliser des produits semblables. (C'est pouquoi aussi le mot g&#233;nie est vraisemblablement d&#233;riv&#233; de &lt;i&gt;genius&lt;/i&gt;, l'esprit particulier donn&#233; &#224; un homme &#224; sa naissance pour le prot&#233;ger et le diriger, et qui est la source de l'inspiration dont proc&#232;dent ces id&#233;es originales) ; 4&#176; que la nature par le g&#233;nie ne prescrit pas de r&#232;gles &#224; la science, mais &#224; l'art ; et que cela n'est le cas que s'il s'agit des beaux-arts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commentaire succinct&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne rentrerons pas dans le d&#233;tail et l'&#233;conomie de la troisi&#232;me critique, c'est-&#224;-dire le r&#244;le pivot qu'elle joue entre la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;Critique de la raison pratique&lt;/i&gt;. De m&#234;me, ce qui nous int&#233;resse ici est le concept de g&#233;nie utilis&#233; par Kant et non les raisons th&#233;oriques qui le poussent &#224; introduire ce concept (qui r&#233;pond aux difficult&#233;s soulev&#233;es par la d&#233;finition d'un plaisir universel sans concept et du jugement de go&#251;t comme esth&#233;tique et non logique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie est donc, pour Kant et tout un chacun, celui qui poss&#232;de une facult&#233; inn&#233;e, un don naturel ou talent, qui se traduit par la production d'oeuvres originales, c'est-&#224;-dire des oeuvres &lt;i&gt;radicalement&lt;/i&gt; nouvelles. En effet, le g&#233;nie ne saurait &#234;tre par d&#233;finition un imitateur qui lui, &lt;i&gt;re&lt;/i&gt;produit quelque chose qui existe donc d&#233;j&#224; ; de m&#234;me que la copie pr&#233;suppose un mod&#232;le dont elle est la copie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment se pose tout de suite la question de savoir si une telle radicalit&#233; dans la nouveaut&#233; est possible ou si au contraire une oeuvre esth&#233;tique est toujours r&#233;alis&#233;e en fonction d'oeuvres qui lui pr&#233;existent et auxquelles elle emprunte un certain nombre d'&#233;l&#233;ments, dont elle produirait alors une nouvelle combinaison (c'est la th&#232;se du CAE) ou auxquelles elle ferait r&#233;f&#233;rence par exemple en s'en d&#233;marquant (le &#171; nouveau roman &#187; est nouveau relativement aux romans qui lui pr&#233;existent, au del&#224; de l'utilisation du terme nouveau dans la promotion des produits). Cependant l'opinion commune op&#232;re alors une distinction entre les &lt;i&gt;faiseurs&lt;/i&gt; qui peuvent avoir un certain talent, et les g&#233;nies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du g&#233;nie est plus restrictive chez Kant puisqu'il prend soin de pr&#233;ciser que la seconde propri&#233;t&#233; du g&#233;nie est l'exemplarit&#233;, en plus de l'originalit&#233;. En effet, &#171; &lt;i&gt;l'absurde aussi pouvant &#234;tre original&lt;/i&gt; &#187; il faut &#233;viter que du n'importe quoi, telle une chose priv&#233;e de sens mais pourtant originale (au sens de l'in&#233;dit, qui n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;, qui ne r&#233;sulte pas d'une imitation) puisse &#234;tre qualifi&#233;e d'oeuvre g&#233;niale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; ne suffit donc pas pour pr&#233;tendre au g&#233;nie, contrairement &#224; une confusion souvent entretenue par un certain nombre d'escrocs partisans de cette notion. C'est pourquoi l'oeuvre g&#233;niale doit servir de mesure ou d'&#233;talon. D'o&#249; les phrases suivantes du langage courant : &#171; ce compositeur est le nouveau Mozart &#187;, &#171; il grave comme D&#252;rer &#187;, &#171; il est gentil mais son op&#233;ra c'est vraiment du sous Wagner &#187;, &#171; il peint comme David Douillet &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me propri&#233;t&#233; du g&#233;nie, n&#233;gative cette fois, est d'&#234;tre dans l'incapacit&#233; d'expliquer scientifiquement sa production. De nos jours, on peut toujours le constater en assistant &#224; des vernissages o&#249; l'artiste explique son &#171; Travail &#187;. Il y a, plus s&#233;rieusement, une ambigu&#239;t&#233; &#224; lever : Kant n'affirme pas que le g&#233;nie est incapable de discourir &#224; propos de son oeuvre, de pr&#233;senter des motifs qui lui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et des id&#233;es directrices qui en fourniraient la gen&#232;se. L'opposition entre beaux-arts et science est explicit&#233;e dans le quatri&#232;me crit&#232;re et permet de comprendre le raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kant, le terme de &#171; g&#233;nie &#187; s'applique exclusivement aux beaux-arts, c'est-&#224;-dire qu'il refuserait l'expression courante : &#171; Einstein est un g&#233;nie &#187;, ou pour respecter le contexte historique &#171; Newton est un g&#233;nie &#187; (c'est l'objet du paragraphe 47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'artiste est capable d'expliciter m&#233;thodiquement la r&#232;gle qu'il suit pour cr&#233;er, alors cela veut dire qu'il n'est pas un g&#233;nie puisque par d&#233;finition la r&#232;gle pr&#233;existe &#224; la production ce qui le classe dans l'activit&#233; technique (on r&#233;alise un plan avant de b&#226;tir un maison) ou dans l'activit&#233; artistique d'imitation (comme les peintres qui reproduisent des toiles de ma&#238;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait alors objecter que le g&#233;nie produit ses propres r&#232;gles, et c'est bien ce que soutient Kant puisque l'oeuvre g&#233;niale va servir de mod&#232;le, de norme du bon go&#251;t, bien qu'elle ne soit pas une imitation (elle n'applique pas de recette). Mais le g&#233;nie produit cette r&#232;gle en m&#234;me temps que l'oeuvre et &#171; c'est en tant que &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; qu'il donne la r&#232;gle &#187;, ce qui signifie que notre ami le g&#233;nie exprime son &lt;i&gt;talent&lt;/i&gt;, qui est naturel, dans un oeuvre qui sera en quelque sorte l'exemplification unique de la r&#232;gle suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant justifie cette th&#232;se &#224; l'aide d'un argument sur lequel tout le monde s'accorde : il n'y a pas de manuel pour devenir un g&#233;nie, produire des oeuvres g&#233;niales (&#171; &lt;i&gt;communiquer &#224; d'autres dans des pr&#233;ceptes, qui les mettraient &#224; m&#234;me de r&#233;aliser des produits semblables&lt;/i&gt; &#187;). Ceci pour au moins deux raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 1) le talent est un don (donn&#233; par la nature), la facult&#233; productive est inn&#233;e &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 2) le g&#233;nie est par d&#233;finition original (il ne suit pas de r&#232;gles, il les donne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un individu peut apprendre &#224; peindre comme tel grand ma&#238;tre, mais son oeuvre ne sera pas dans ce cas originale, et donc g&#233;niale. D'o&#249; l'id&#233;e de l'unicit&#233; de l'auteur g&#233;nial, on dira alors par exemple &#171; seul Diego Vel&#225;zquez de Silva pouvait peindre &lt;a href=&#034;http://museoprado.mcu.es/menig.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Las Meninas&lt;/a&gt; &#187;, &#171; seul Baudelaire &#233;tait capable &#233;crire &lt;a href=&#034;http://hypermedia.univ-paris8.fr/bibliotheque/Baudelaire/Baudelaire.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Les Fleurs du Mal&lt;/a&gt; &#187;, etc, etc. D'o&#249; l'organisation de c&#233;r&#233;monies, comm&#233;morations, expositions, afin que le nom de l'illustre g&#233;nie illumine les si&#232;cles et les si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant justifie &#233;galement cette incapacit&#233; du g&#233;nie &#224; formuler scientifiquement la r&#232;gle par les limites de la cr&#233;ation (&#171; &lt;i&gt;ne sait pas lui-m&#234;me comment se trouve en lui les id&#233;es qui s'y rapportent et il n'est en son pouvoir ni de concevoir &#224; volont&#233; ou suivant un plan telles id&#233;es&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'antique notion d'inspiration comme mod&#232;le descriptif et explicatif du &lt;i&gt;d&#233;lire&lt;/i&gt; artistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='L'enthousiasme est la descente de la divinit&#233; qui parle par la bouche du (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Kant substitue celle de g&#233;nie entendu dans un sens moderne : il n'y a pas de g&#233;nies, de bons anges qui nous guident (ou de &lt;i&gt;d&#233;mon&lt;/i&gt; comme pour Socrate) mais des qualit&#233;s naturelles. Et donc des individus talentueux capables de cr&#233;er des oeuvres g&#233;niales, et des individus non talentueux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Livre, copie, droit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On a vu que la plupart des id&#233;es contemporaines (unicit&#233; de l'auteur, valeur du cr&#233;ateur, in&#233;galit&#233; du talent, etc.) se trouvent directement dans l'analyse kantienne de la notion de g&#233;nie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est pourquoi encore de nos jours on peut se dire nietzsch&#233;en et pour le (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette analyse est bien &#233;videmment critiquable, mais il nous semble plus int&#233;ressant pour l'instant de restituer une articulation seconde directement en rapport avec la question du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contrefa&#231;on&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans un texte un peu moins connu : &#171; &lt;i&gt;De l'ill&#233;gitimit&#233; de la contrefa&#231;on des livres&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='article paru dans la Berlinische Monatsschrift en mai 1785 ; traduction (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Kant r&#233;pond &#224; la pol&#233;mique qui agite l'&#233;poque et pr&#233;cise la relation entre l'&#233;diteur et l'auteur. Et surtout il &#233;tablit une comparaison entre l'oeuvre d'art et le livre qui en int&#233;ressera plus d'un&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour une pr&#233;sentation de ce probl&#232;me on pourra consulter : Ce que l'Internet (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du moins on l'esp&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les oeuvres d'art&lt;/i&gt;, en tant que choses, peuvent, en revanche, &#234;tre imit&#233;es d'apr&#232;s un exemplaire dont on a l&#233;gitimement fait l'acquisition ; on peut en faire des moulages, et les copies peuvent circuler publiquement sans qu'il soit besoin du consentement de l'auteur de l'original ou de celui dont il a eu besoin en tant qu'artisan de ses id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dessin dont quelqu'un a fait l'esquisse ou qu'il a fait graver par un autre, ou fait ex&#233;cuter en pierre, en m&#233;tal, ou en pl&#226;tre, peut &#234;tre reproduit, moul&#233;, et mis publiquement en circulation sous cette forme par celui qui ach&#232;te ces produits ; de m&#234;me que tout ce que quelqu'un peut effectuer avec sa chose &lt;i&gt;en son nom propre&lt;/i&gt; ne requiert pas le consentement d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dactylioth&#232;que de Lippert peut &#234;tre imit&#233;e par tout possesseur qui s'y entend et &#234;tre expos&#233; pour la vente sans que son inventeur puisse se plaindre qu'on est intervenu dans ses affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est une oeuvre (&lt;i&gt;opus&lt;/i&gt;, et non &lt;i&gt;opera alterius&lt;/i&gt;) que quiconque la poss&#232;de peut ali&#233;ner sans m&#234;me citer le nom de l'auteur, et par suite imiter et utiliser sous son propre nom comme sienne pour la faire circuler publiquement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On voit tr&#232;s clairement que Kant d&#233;fend le droit &#224; la reproduction des oeuvres (dont on a l&#233;gitimement fait l'acquisition). Cette reproduction des oeuvres d'art ne doit m&#234;me pas s'embarasser du consentement de l'auteur. On peut donc mouler, graver librement. Ce qui fournit une paternit&#233; possible au controvers&#233; &lt;a href=&#034;http://eucd.info/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;droit &#224; la copie priv&#233;e&lt;/a&gt;, qui est plus restrictif que celui qu'admet Kant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre d'art peut donc &#234;tre imit&#233;e afin de la diffuser dans le public. Or le livre est le moyen dont se sert un auteur pour diffuser sa pens&#233;e, et l'&#233;diteur pour vendre du papier. On pourrait alors confondre cet artefact qu'est le livre avec une oeuvre d'art, en tant qu'objet produit et ind&#233;pendant de son auteur, parfois jusqu'&#224; en d&#233;velopper un culte (sous la forme religieuse de texte sacr&#233; ou mercantile de l'&#233;dition originale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, si le but de la reproduction est de faciliter la diffusion et la publicit&#233; de l'objet, pourquoi &#233;tablir une diff&#233;rence entre l'oeuvre d'art et le livre ? Kant va donc op&#233;rer une distinction entre l'oeuvre d'art et le livre afin de justifier une diff&#233;rence de r&#233;gime :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais l'&#233;crit d'un autre est le &lt;i&gt;discours&lt;/i&gt; d'une personne (&lt;i&gt;opera&lt;/i&gt;) ; et celui qui l'&#233;dite ne peut discourir pour le public qu'au nom de cet autre et seulement dire de lui-m&#234;me que l'auteur a tenu &#224; travers lui (&lt;i&gt;Impensis Bibliopolae&lt;/i&gt;) le discours suivant au public. Car c'est une contradiction de tenir, &lt;i&gt;en son nom&lt;/i&gt;, un discours qui doit pourtant &#234;tre, d'apr&#232;s les propres d&#233;clarations de l'auteur et conform&#233;ment &#224; la demande du public, &lt;i&gt;le discours d'un autre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la raison pour laquelle toutes les oeuvres d'art peuvent &#234;tre imit&#233;es pour &#234;tre mises publiquement en circulation, mais qui fait que les livres qui ont d&#233;j&#224; trouv&#233; leur &#233;diteur ne peuvent pas faire l'objet d'une contrefa&#231;on, tient &#224; ceci : les premi&#232;res sont des &lt;i&gt;oeuvres&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;opera&lt;/i&gt;), les secondes sont des &lt;i&gt;op&#233;rations&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;operae&lt;/i&gt;) mais celles-l&#224; sont des choses existant pour elles-m&#234;mes tandis que les seconds n'ont d'existence que dans la personne. Par cons&#233;quent, ces derniers reviennent exclusivement &#224; la personne de l'auteur (*) ; et l'auteur a un droit inali&#233;nable (&lt;i&gt;jus personalissimum&lt;/i&gt;) de parler toujours &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; &#224; travers tous les autres, c'est-&#224;-dire que personne n'a le droit d'adresser ce discours au public autrement qu'en son nom (celui d'auteur). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet objet fabriqu&#233; qu'est le livre ne prend sens qu'en fonction d'un discours qui renvoie n&#233;cessairement &#224; un locuteur (l'auteur) et non &#224; celui qui organise, y compris l&#233;galement, la distribution de l'objet livre (l'&#233;diteur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note signal&#233;e par l'ast&#233;risque dans le texte &#233;claire ce rapport entre l'auteur et l'&#233;diteur, et la nature ambig&#252;e du livre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; (*) L'auteur et le propri&#233;taire de l'exemplaire peuvent tous deux &#233;galement dire de bon droit : c'est mon livre ! mais dans dans des sens diff&#233;rents. Le premier consid&#232;re le livre comme &#233;crit ou comme discours ; le second simplement comme l'instrument muet de la transmission du discours &#224; lui-m&#234;me ou au public, c'est-&#224;-dire comme exemplaire. Mais ce droit de l'auteur n'est pas un droit sur la chose, &#224; savoir sur l'exemplaire (car le propri&#233;taire peut le br&#251;ler sous les yeux de l'auteur), mais un droit inh&#233;rent &#224; sa propre personne, le droit d'emp&#234;cher qu'un autre ne le laisse pas parler au public sans son consentement, lequel ne peut absolument pas &#234;tre pr&#233;sum&#233; parce que l'auteur l'a d&#233;j&#224; donn&#233; en exclusivit&#233; &#224; un autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une clause d'exclusivit&#233; qui emp&#234;cherait un auteur de parler est bien une ali&#233;nation de sa personne, et ce n'est pas parce que l'&#233;diteur r&#233;alise une affaire avec l'auteur qu'il peut de ce fait outrepasser la nature m&#234;me de l'affaire conclue. Seul l'auteur accorde ou non son consentement (Kant se prononce d'ailleurs sur la question de la publication des oeuvres posthumes, dans le sens d'un devoir pour l'&#233;diteur). C'est ici une diff&#233;rence avec le copyright. De m&#234;me il y aurait contradiction &#224; ce que l'&#233;diteur parle en son nom dans le livre d'un autre, car il n'est pas mandat&#233; pour cela mais bien au contraire pour laisser parler l'auteur. Il n'est donc qu'un interm&#233;diaire dans une &lt;i&gt;affaire&lt;/i&gt; dont il a la charge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='En France, code la propri&#233;t&#233; intellectuelle. article L. 132-1 &#171; Le contrat (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit d'auteur comme son nom l'indique, est pour Kant le droit &#171; &lt;i&gt;inh&#233;rent &#224; sa propre personne&lt;/i&gt; &#187; et non un droit qui porte sur un objet (l'exemplaire)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='En France, code de la propri&#233;t&#233; intellectuelle article L121-1 &#171; L'auteur jouit (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . C'est d'ailleurs bien &#224; l'&#233;diteur que revient le droit de propri&#233;t&#233; sur l'exemplaire (c'est lui qui le produit, il peut donc le br&#251;ler si cela lui chante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la contrefa&#231;on pour Kant n'est pas seulement dans l'aspect financier, mais aussi dans l'aspect moral, relevant de la notion de personne. Il y a effectivement un pr&#233;judice lorsqu'un contrefacteur &#233;dite sans avoir pass&#233; de contrat avec l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l&#232;se tout d'abord le v&#233;ritable &#233;diteur, c'est-&#224;-dire celui qui a re&#231;u de l'auteur une autorisation et qui organise en tant qu'interm&#233;daire le rapport de l'auteur &#224; son public. D'o&#249;, de nos jours, les lancinantes j&#233;r&#233;miades de l'industrie culturelle &#224; propos du &#171; piratage &#187; et du &#171; photocopillage &#187;, le plus souvent accompagn&#233;es de chiffres farfelus, (en ceci qu'&#224; partir d'une estimation du nombre de copies illicites r&#233;alis&#233;e par ses bons soins, elle en d&#233;duit automatiquement un manque &#224; gagner &#233;quivalent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve alors l'antique notion de plagiaire : celui qui vole les esclaves d'autrui, ou qui ach&#232;te et vend comme esclave une personne libre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour un ex-cursus mythologique, cf. Les voleurs de chevaux ou La razzia des (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur sous contrat est jusqu'&#224; preuve du contraire une personne libre, ce sans quoi d'ailleurs il pourrait difficilement y avoir un contrat ; (on ne signe pas de contrat avec un esclave). C'est pourquoi le plagiat va prendre en droit le nom de contrefa&#231;on. H&#233;l&#232;ne Maurel-Indart dans &lt;a href=&#034;http://www.ifrance.com/plagiat/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;son site consacr&#233; &#224; ce sujet&lt;/a&gt; cite un extrait d'un trait&#233; de Renouard :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le plagiat, vol de mots, prend en droit le nom de contrefa&#231;on. Renouard, dans son Trait&#233; des droits d'auteur dans la litt&#233;rature, les sciences et les arts (1838), pr&#233;cise que : &#034;le plagiat, tout r&#233;pr&#233;hensible qu'il soit, ne tombe pas sous le coup de la loi, il ne motive l&#233;galement aucune action judiciaire que s'il devient assez grave pour changer de nom et encourir celui de contrefa&#231;on.&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exemple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du droit d'auteur issue des Lumi&#232;res (ou &lt;a href=&#034;http://foucault.info/documents/whatIsEnlightenment/foucault.questcequeLesLumieres.fr.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/a&gt; pour rester dans le contexte kantien) a d&#233;termin&#233; l'&#233;laboration du droit positif (&lt;a href=&#034;http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnCode?code=CPROINTL.rcv&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;). Ainsi &#224; titre d'illustration, dans l'affaire qui a oppos&#233; Patrick R&#246;del au pr&#233;sident du conseil de surveillance du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Alain Minc, on peut lire dans le jugement du TGI rendu le 28 novembre 2001 (publi&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/plpl/n8/p6-7.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;PLPL&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Attendu que les griefs articul&#233;s par Patrick R&#214;DEL &#233;tant, comme il a &#233;t&#233; vu, partiellement fond&#233;s du fait de la reprise d'&#233;l&#233;ments prot&#233;g&#233;s, la contrefa&#231;on est constitu&#233;e ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Attendu que la responsabilit&#233; de cette contrefa&#231;on p&#232;se au premier chef sur Alain MINC, qui en tant qu'auteur de l'ouvrage contrefaisant n'ignorant rien de l'&#339;uvre premi&#232;re et des emprunts ind&#251;ment faits ne peut se pr&#233;valoir de sa bonne foi. [...] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le motif retenu est bien celui de contrefa&#231;on, une reprise frauduleuse qui &#233;dite la parole d'un autre sans son consentement, et dont Alain Minc est responsable en tant qu'auteur du livre qui contrefait (il n'ignore rien de la manoeuvre et signe &#224; la place de). Dans la suite du jugement, le TGI :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Condamne in solidum Alain MINC et la soci&#233;t&#233; Editions GALLIMARD &#224; payer &#224; Patrick R&#214;DEL la somme de 100.000 F (15.244,90 euros) &#224; titre de dommages et int&#233;r&#234;ts en r&#233;paration de son pr&#233;judice moral ; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;diteur est donc lui aussi condamn&#233;, au titre d'un pr&#233;judice moral, c'est-&#224;-dire le pr&#233;judice caus&#233; &#224; un individu qui est l&#233;s&#233;e en tant que personne morale, dans son droit inali&#233;nable qui appartient &#224; sa personne. Le d&#233;bat sur le droit d'auteur a g&#233;n&#233;ralement tendance &#224; se focaliser sur l'enjeu financier, (par exemple du c&#244;t&#233; de l'&#233;dition), en oubliant l'aspect moral, celui de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect moral n'a rien de moraliste au mauvais sens du terme, il signifie que chaque individu est l'auteur de ses discours et que personne n'a le droit d'ali&#233;ner cette libert&#233; (notamment de parler &#224; la place de sans autorisation). Que cette ali&#233;nation, ce plagiat au sens antique (faire d'un homme libre un esclave) s'op&#232;re le plus souvent en fonction d'int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques ne change pas sa nature, y compris quand la victime per&#231;oit de l'argent en r&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous avons essay&#233; de montrer tr&#232;s bri&#232;vement comment la post&#233;rit&#233; kantienne d&#233;termine nos repr&#233;sentation, sans se prononcer sur sa validit&#233;. L'axe suivi a &#233;t&#233; celui d'un &#233;claircissement de la notion d'auteur, en rapport avec celles de livre et d'oeuvre d'art (et son concept de g&#233;nie), &#224; partir d'une r&#233;f&#233;rence au programme explicitement utopique du CAE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est apparu que la distinction op&#233;r&#233;e par Kant entre oeuvre et op&#233;ration se justifie en fonction de la notion de personne morale, &#224; laquelle la libert&#233; de tenir un discours en son nom appartient de plein droit. Ce qui laisse de c&#244;t&#233; le probl&#232;me du droit de l'artiste. Sur la notion de Copyleft, et l'&#233;laboration d'une Licence Art Libre sur le mod&#232;le de celle des &lt;a href=&#034;http://www.gnu.org/copyleft/gpl.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;logiciels libres&lt;/a&gt;, on pourra consulter le site &lt;a href=&#034;http://artlibre.org/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Artlibre&lt;/a&gt;, et sur la question de la validit&#233; du mod&#232;le : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.autourdulibre.org/article58.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Le libre pour les publications scientifiques : pertinence et limites d'un mod&#232;le commun&lt;/a&gt; &#187; de Pierre Mounier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce droit (d'auteur) pris dans le circuit de la marchandise, avant tout marqu&#233; par une logique &#233;conomique, devient de plus en plus probl&#233;matique, relativement &#224; la question d'une diffusion des connaissances et &#224; la notion d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. On pourra lire &#224; ce propos : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/2partie/Queau/queau.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et propri&#233;t&#233; intellectuelle&lt;/a&gt; &#187; de Philippe Qu&#233;au.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu &#224; l'heure du R&#233;seau est bien celui d'une libert&#233; des personnes &#224; publier leur propre parole, &#224; faire valoir leur &lt;i&gt;droit d'auteur&lt;/i&gt;, et non, suivant le discours fallacieux de l'industrie culturelle, de restreindre cette libert&#233; (notamment par la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e et la r&#233;pression), de mani&#232;re - sinistrement - ironique, au nom d'&lt;i&gt;auteurs&lt;/i&gt; qui seraient spoli&#233;s par cette m&#234;me libert&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='Lire &#224; ce propos chez les Virtualistes la Lettre ouverte aux (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francisons un exemple : le cas bien connu de La Fontaine et d'Esope ; cf. &lt;a href=&#034;http://www.lafontaine.net/fables/sources.php&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Les Sources des Fables&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#171; Die Frage nach der Technik &#187;, conf&#233;rence prononc&#233;e le 18 novembre 1953 &#224; l'&#233;cole Technique Sup&#233;rieure de Munich ; traduction fran&#231;aise &#171; &lt;a href=&#034;http://agora.qc.ca/textes/heidegger.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;La question de la technique&lt;/a&gt; &#187; par A. Pr&#233;au, in &lt;i&gt;Essais et conf&#233;rences&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1958, p.9-48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une critique elle aussi contestable, cf. Pierre Bourdieu, &#171; L'ontologie politique de Martin Heidegger &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, n&#176; 5-6, pp. 109-156 (&#233;dit&#233; sous le m&#234;me titre aux &#233;ditions de Minuit en 1988 dans la collection &#171; le sens commun &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction de A. Philonenko, Paris, Vrin, 1965&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'enthousiasme est la descente de la divinit&#233; qui parle par la bouche du po&#232;te inspir&#233;, cf. Platon, &lt;i&gt;Ion&lt;/i&gt;, 536c : &#171; Car ce n'est point par l'effet d'un art ni d'une science que tu tiens sur Hom&#232;re les discours que tu tiens ; c'est en vertu d'une faveur divine [theia mo&#239;ra] et d'une possession divine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est pourquoi encore de nos jours on peut se dire nietzsch&#233;en et pour le droit d'auteur (sans parler du probl&#232;me de la falsification des &#233;crits du philologue &#224; moustaches par sa soeur mari&#233;e &#224; un antis&#233;mite.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;article paru dans la &lt;i&gt;Berlinische Monatsschrift&lt;/i&gt; en mai 1785 ; traduction fran&#231;aise par Jean-Fran&#231;ois Poirier et Fran&#231;oise Proust, in Kant, &lt;i&gt;Vers la paix perp&#233;tuel et autres textes&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1991. Un traduction anglaise en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.hkbu.edu.hk/~ppp/fne/essay3.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;hkbu.edu.hk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation de ce probl&#232;me on pourra consulter : &lt;a href=&#034;http://www.text-e.org/conf/index.cfm?fa=texte&amp;ConfText_ID=6&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Ce que l'Internet nous a appris sur la vraie nature du livre&lt;/a&gt; de Roberto Casati et &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/compagnon/auteur9.php&#034; class='spip_out' rel='external'&gt; : Neuvi&#232;me le&#231;on : La propri&#233;t&#233; intellectuelle&lt;/a&gt;, par Antoine Compagnon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En France, code la propri&#233;t&#233; intellectuelle. article L. 132-1 &#171; Le contrat d'&#233;dition est le contrat par lequel l'auteur d'une oeuvre de l'esprit ou ses ayants droit c&#232;dent &#224; des conditions d&#233;termin&#233;es &#224; une personne appel&#233;e &#233;diteur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l'oeuvre, &#224; charge pour elle d'en assurer la publication et la diffusion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En France, code de la propri&#233;t&#233; intellectuelle article L121-1 &#171; L'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualit&#233; et de son oeuvre. &lt;strong&gt;Ce droit est attach&#233; &#224; sa personne&lt;/strong&gt;. Il est perp&#233;tuel, inali&#233;nable et imprescriptible. Il est transmissible &#224; cause de mort aux h&#233;ritiers de l'auteur. L'exercice peut &#234;tre conf&#233;r&#233; &#224; un tiers en vertu de dispositions testamentaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un ex-cursus mythologique, cf. Les voleurs de chevaux ou &lt;i&gt;La razzia des vaches de Cooley&lt;/i&gt; ( &lt;a href=&#034;http://vassun.vassar.edu/~sttaylor/Cooley/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;T&#225;in B&#243; C&#250;alnge&lt;/a&gt;), traduction C-J.Guyonvarc'h, Gallimard, Paris, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos chez les Virtualistes la &lt;a href=&#034;http://virtualistes.org/DAvoleur.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Lettre ouverte aux auteurs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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