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	<title>uZine 3</title>
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		<title>Contre la fatalit&#233; de Finkielkraut</title>
		<link>http://www.uzine.net/article1808.html</link>
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		<dc:date>2002-08-08T17:45:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lirresponsable</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Joffrin, Laurent</dc:subject>
		<dc:subject>Finkielkraut, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, dans un opuscule &#224; deux voix intitul&#233; Internet l'inqui&#233;tante extase (Mille et une nuit, 2001), Alain Finkielkraut introduisait la notion de &#171; fatale libert&#233; &#187; et se livrait &#224; une condamnation sans appel d'Internet. Il est bon de s'y arr&#234;ter un instant afin d'&#233;tudier, en plein mois d'ao&#251;t alors que les cigales chantent, une figure du m&#233;diateur garant d'un certain discours politique sur la fatalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Les seniors de la Terre &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;but de cette (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique117.html" rel="directory"&gt;Les m&#233;diateurs, n&#233;cessaires garants de la m&#233;diation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot25.html" rel="tag"&gt;Joffrin, Laurent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot69.html" rel="tag"&gt;Finkielkraut, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L120xH102/arton1808-7fbe8.gif?1618727912' width='120' height='102' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, dans un opuscule &#224; deux voix intitul&#233; &lt;i&gt;Internet l'inqui&#233;tante extase&lt;/i&gt; (Mille et une nuit, 2001), Alain Finkielkraut introduisait la notion de &#171; fatale libert&#233; &#187; et se livrait &#224; une condamnation sans appel d'Internet. Il est bon de s'y arr&#234;ter un instant afin d'&#233;tudier, en plein mois d'ao&#251;t alors que les cigales chantent, une figure du m&#233;diateur garant d'un certain discours politique sur la fatalit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les seniors de la Terre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but de cette conf&#233;rence, organis&#233;e par la fondation du 2 mars pr&#233;sid&#233;e par Pierre-Andr&#233; Taguieff, n'est pas v&#233;ritablement int&#233;ressant, mais il s'agit &#224; l'origine d'une communication orale, ce qui n&#233;cessite donc quelques am&#233;nagements. En effet, l'auteur introduit une opposition banale entre les vieux et les jeunes, puis lui donne une extension plus classique, en quelque sorte une r&#233;actualisation assez lointaine, d'un point de vue th&#233;orique, de la reprise de la querelle des Anciens et des Modernes par Leo Strauss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Cf. par exemple le recueil d'essais et conf&#233;rences : La renaissance du (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Puis, cette reprise se radicalise &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; dans l'opposition entre : homme des livres archa&#239;que &lt;i&gt;mais qui pense&lt;/i&gt; contre technophile moderniste dans le vent &lt;i&gt;qui surfe&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;technophobe&lt;/i&gt; versus &lt;i&gt;technol&#226;tres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extension r&#233;pond &#224; une n&#233;cessit&#233; interne de communication et &#224; la justification de la d&#233;marche pr&#233;tendument critique que s'efforce de d&#233;velopper l'auteur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Il ne tient qu'&#224; moi, il est vrai, de faire partie de la g&#233;n&#233;ration Internet puisqu'elle est pr&#233;cis&#233;ment transg&#233;n&#233;rationnelle. &#187; (p.17)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'opposition g&#233;n&#233;rationnelle (le fameux conflit de g&#233;n&#233;rations) entre un ph&#233;nom&#232;ne concernant &#171; les jeunes &#187; dont &#171; les vieux &#187; sont exclus, si de telles entit&#233;s existent ailleurs que dans des discours qui les th&#233;matisent, ne peut donc &#234;tre utilis&#233;e, puisque la &#171; g&#233;n&#233;ration Internet &#187; est &#171; transg&#233;n&#233;rationnelle &#187;. Bien. On pourra d'abord se demander qu'est-ce qu'une g&#233;n&#233;ration transg&#233;n&#233;rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien Internet est transg&#233;n&#233;rationnel, c'est-&#224;-dire que des personnes de g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes utilisent Internet (ce qu'affirme l'auteur), ou bien Internet est g&#233;n&#233;rationnel, propre &#224; une g&#233;n&#233;ration &#224; l'exclusion d'autres (la g&#233;n&#233;ration Internet : celle qui utilise Internet). Dans ces conditions, pourquoi parler de &#171; g&#233;n&#233;ration Internet &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument joue en fait pour d&#233;douaner l'auteur d'&#234;tre un vieux, un &#171; ringard &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; J'&#233;carte tout d'abord l'hypoth&#232;se psychologique de la paresse et celle, physiologique du vieillissement. &#187; (p.18)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour quelles raisons Alain Finkielkraut n'est-il ni paresseux, ni s&#233;nile ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Mais il y a tant de seniors qui naviguent euphoriquement dans le cyberespace et qui, aussit&#244;t revenus de leur premier voyage, mettent &#224; vous convertir un z&#232;le de tous les instants qu'il faut un effort de volont&#233; pour &lt;i&gt;ne pas vivre connect&#233;&lt;/i&gt; &#187;. (p.18)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On notera au passage le prisme religieux choisi par l'auteur (idol&#226;trie de la technique, z&#232;le, conversion), qui doit faire &#233;cho &#224; quelque &lt;a href='http://www.uzine.net/article224.html' class='spip_in'&gt;culte de l'Internet&lt;/a&gt;, identifi&#233; a priori par le sociologue, et grands t&#233;moins &#224; ses heures, P. Breton. Le terme &#171; senior &#187; provient du langage publicitaire pour &#233;viter l'aspect p&#233;joratif de &#171; vieux &#187; (et identifier un segment particulier de consommateurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument semble valide &#224; la condition que le senior Finkielkraut navigue dans le cyberespace. Or, pr&#233;cis&#233;ment, ce n'est pas ce qu'affirme l'auteur, puisqu'il parle d'une multitude de seniors dont il se retranche. En r&#233;sum&#233; : je ne m'oppose pas &#224; Internet et sa fatale libert&#233; parce que je suis un vieux puisque des seniors naviguent. Raisonnement assez curieux. C'est probablement le sens de l'expression : Internet est transg&#233;n&#233;rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) des seniors naviguent &lt;br&gt;
(2) des seniors ne naviguent pas &lt;br&gt;
(3) des seniors s'opposent &#224; Internet &lt;br&gt;
Donc (4) ce n'est pas parce qu'il s'agit de seniors qu'ils s'opposent &#224; Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a ici aucune inf&#233;rence justifi&#233;e, mais l'exclusion d'un motif (&#234;tre un senior) expliquant la position (s'opposer &#224; Internet), par le recours &#224; une donn&#233;e factuelle (des seniors naviguent). Et surtout l'existence dans l'ensemble des seniors de sous-ensembles n'implique pas l'inexistence de motifs psychologiques ou physiologiques (variables selon les individus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification de la position de l'auteur r&#233;side ensuite dans une r&#233;duction volontaire de la nature d'Internet (ce qu'est le R&#233;seau) au message publicitaire qui en fait la promotion :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Les vieux et les jeunes, les coll&#232;gues et les enfants, tout le monde aujourd'hui relaie l'engagement pris par France Telecom de me &#034;faire aimer l'an 2000&#034;, c'est-&#224;-dire le monde du multim&#233;dia. &#187; (p. 18,19)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une fois rep&#233;r&#233; l'effet rh&#233;torique, associer une pratique &#224; un message publicitaire afin de jouer sur le rejet consensuel des slogans publicitaires l&#233;nifiants, la conclusion implicite est bien s&#251;r absurde, il ne faudrait pas aimer le multim&#233;dia, non pas &#224; cause des qualit&#233;s propres du multim&#233;dia (par exemple parce qu'il ne serait pas un objet d&#233;sirable) mais parce qu'une entreprise de t&#233;l&#233;communication communique sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le champ de la r&#233;f&#233;rence est bien identique : il s'agit d'opposer au discours publicitaire, un contre-discours lui aussi de nature publicitaire : confondre les usages du multim&#233;dia avec les &#171; amoureux &#187; du multim&#233;dia (transformer une pratique en un clan, une tribu) pour pr&#233;senter ces derniers comme des enfants ou des moutons reprenant &#224; leur compte le slogan de l'entreprise qui d&#233;finit leur identit&#233;. (Or, notons au passage qu'il suffit de surfer un tout petit peu sur le web pour tomber sur nombre de publicit&#233;s d&#233;tourn&#233;es ou slogans hostiles &#224; France Telecom, qui n'est pas le seul op&#233;rateur et l'unique FAI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche de la part de l'auteur n'est sans doute pas totalement volontaire en ceci qu'elle exprime les fameuses contraintes &#233;ditoriales, parce qu'un livre &#224; propos d'Internet profite de la communication faite &#224; propos d'Internet pour &#234;tre diffus&#233; et vendu. Apr&#232;s cette r&#233;duction (Internet = les messages publicitaires &#224; propos d'Internet), on trouve naturellement prolongeant la touche contestataire du rejet de la publicit&#233;, un d&#233;veloppement assez consensuel sur la th&#233;matique du fichage g&#233;n&#233;ralis&#233; et de Big Brother (tm) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Plus il y aura de proth&#232;ses, moins nous aurons de vie priv&#233;e ou m&#234;me de for int&#233;rieur. Chacun de nos gestes, chacune de nos pens&#233;es, chacun de nos r&#234;ves s'inscrira quelque part et sera donc un renseignement, voire un aveu. Nous aurons beau chuchoter, nous serons &#233;cout&#233;s. Un espionnage g&#233;n&#233;ralis&#233; redoublera la communication sans fronti&#232;re et, en d&#233;pit de leur anarchisme flambloyant et de leur hostilit&#233; militante &#224; toute forme de r&#233;gulation, les libres enfants du num&#233;rique seront pris dans la Toile. Alors, qui sera la Grande Araign&#233;e ? Qui tirera b&#233;n&#233;fice de cet archivage sans reste ? Moins peut-&#234;tre les Etats que les entreprises, les groupes colossaux et les multinationales, pour la plupart am&#233;ricaines, qui poss&#232;dent les satellites, les cables et qui contr&#244;lent le flux ? Mais cette translation n'a rien de rassurant et Big Brother peut avoir plus d'un visage. &#187; (p.20)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/index.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Libres enfants du savoir num&#233;rique&lt;/a&gt; est une anthologie de textes publi&#233;e par les &#233;ditions de l'Eclat, dont les suivants pourtant dans le d&#233;bat qui ne seront pas mentionn&#233;s par Finkielkraut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/cae/cae.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Utopie du plagiat, Hypertextualit&#233; et Production culturelle Electronique&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
par le Critical Art Ensemble
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Stallman2/stallman2.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Le manifeste GNU&lt;/a&gt; par Richard Stallman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eni&#232;me variation &#224; la L.Joffrin, lui aussi &lt;a href='http://www.uzine.net/article1070.html' class='spip_in'&gt;grand t&#233;moin &#224; ces heures&lt;/a&gt;, sur les idiots utiles du capitalisme pris dans la Toile de l'Araign&#233;e. On pourra relire sur Uzine : &lt;a href='http://www.uzine.net/article1134.html' class='spip_in'&gt;&#171; La r&#233;gulation &#233;tait ferm&#233;e de l'int&#233;rieur &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href='http://www.uzine.net/article869.html' class='spip_in'&gt;&#171; La r&#233;gulation de la r&#233;gulation &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un d&#233;but assez promoteur quant &#224; la d&#233;monstration qui doit suivre, avec l'introduction de la fameuse notion de &#171; fatale libert&#233; &#187;. Mais admettons, il existe des raisons th&#233;oriques distinctes des motifs psychologiques et physiologiques qui justifient la r&#233;sistance &#224; Internet. Voyons lesquelles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fatale Libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tremblez mortels !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; L'utopie est &#224; nos portes, le lyrisme libertaire est plus en phase avec le monde &#224; venir que la rh&#233;torique cr&#233;pusculaire et &lt;i&gt;c'est bien cela qui devrait faire peur&lt;/i&gt;. J'ai trouv&#233;, en effet et &#224; mon grand &#233;tonnement, davantage de motifs d'inqui&#233;tude dans l'aurore annonc&#233;e par les amis de l'Internet que dans les discours d'apocalypse des ennemis d'Internet. &#187; (p.22)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il y a des &#171; amis de l'Internet &#187; et des &#171; ennemis de l'Internet &#187;, (la preuve RSF fait un classement des pays &#171; ennemis de l'Internet &#187;) et il serait un peu convenu, dans ces conditions, d'avoir peur &#224; l'&#233;coute de l'apocalypse. Car, en v&#233;rit&#233; je vous le dis, mes fr&#232;res, il faut se garder du lyrisme des libertaires et de ses amis, car Grand P&#233;ril r&#233;side dans la promesse de bien, davantage que dans la menace du mal, comme pourrait le croire un peu beno&#238;tement le superstitieux. Une conscience &#233;clair&#233;e per&#231;oit la dialectique du Malin, car l'enfer est pav&#233; de bonnes intentions. D'ailleurs, la philosophie commence avec l'&#233;tonnement (&lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, A, 2, 282b10). Et &#171; Eloigne de ton coeur l'affliction, &#233;carte de ta chair le mal, car la jeunesse et l'aurore de la vie sont vanit&#233;. &#187; (Qo, 11.10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus s&#233;rieusement, le proc&#233;d&#233; rh&#233;torique est amusant, outre la lourdeur de &#171; l'utopie &#224; nos portes &#187; (qui menace, tel un forcen&#233;, d'entrer dans la Cit&#233; et de la d&#233;vaster, brrrr...) puisqu'il consiste &#224; se placer en t&#233;moin neutre qui se d&#233;livre de l'imm&#233;diatet&#233;. Mouvement assez int&#233;ressant car il permet de s'attribuer une lucidit&#233; et de conf&#233;rer &#224; son affirmation l'apparence de la r&#233;flexion (mouvement second qui retourne et examine ce qui est premi&#232;rement donn&#233;). Ainsi, l'auteur n'est pas un superstitieux, un &#234;tre craintif, influen&#231;able et soumis aux discours cr&#233;pusculaires (l'ombre, l'ignorance, le mal), quand bien m&#234;me il va en reprendre strictement tous les termes. Non, car ce dernier trouve &#171; des motifs d'inqui&#233;tude dans l'aurore annonc&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon admettons encore, on a apr&#232;s tout le droit d'&#234;tre inquiet, d'&#234;tre marqu&#233; par le &lt;i&gt;souci&lt;/i&gt; en tant qu'&#234;tre pour la mort. Ecoutons donc le proph&#232;te qui voit le Mal dans l'annonce de la lumi&#232;re du jour :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Car ce n'est pas de la publicit&#233; mensong&#232;re que d'affirmer que l'hyperm&#233;dia plan&#233;taire offre un monde toujours plus &lt;i&gt;flexible&lt;/i&gt; et plus &lt;i&gt;accessible&lt;/i&gt; &#224; un individu dot&#233; du privil&#232;ge de l&lt;i&gt;'apesanteur&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;ubiquit&#233;&lt;/i&gt; et de l'&lt;i&gt;interactivit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (p.22)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;S&#251;rement, puisque que ce n'est pas une publicit&#233; mensong&#232;re, c'est donc vrai, CQFD. On ne voit pas tr&#232;s bien, &#224; vrai dire, &#224; quoi fait r&#233;f&#233;rence &#171; l'apesanteur &#187; en italique dans le texte. A moins d'imaginer l'internaute tel un cosmonaute ou un astronaute (ou un spationaute pour faire plaisir &#224; M. Chr&#233;tien) lib&#233;r&#233; de la pesanteur terrestre. Rappelons que le cyberespace en tant que dispositif est physiquement soumis &#224; la pesanteur : (les ordinateurs, serveurs, routeurs, cables ne sont pas dans la Quatri&#232;me Dimension), et que l'internaute ne risque pas de s'envoler de son si&#232;ge lorsqu'il consulte ses courriels ou navigue sur ses bookmarkticiels (ou signets). Il peut boire son coca &#224; la paille et non gober des bulles en suspension autour de lui, et d'ailleurs avoir mal au dos, des crampes dans les doigts et conna&#238;tre une fatigue occulaire, que l'on peut, si on le d&#233;sire, comparer &#224; celle des cosmonautes. Il doit probablement s'agir d'une r&#233;f&#233;rence mystique &#224; la d&#233;corpor&#233;isation ou de corps ang&#233;lique dans une dimension non physique, &#224; moins qu'Alain Finkielkraut ne fasse r&#233;f&#233;rence aux satellites de t&#233;l&#233;communications en orbite g&#233;ostationnaire (qui ne sont pour autant des internautes) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que l'internaute, cet &#234;tre de lumi&#232;re annonc&#233;e (fonci&#232;rement mauvais donc) a beaucoup de privil&#232;ges, (le bougre), car il poss&#232;de &#233;galement un attribut divin : l'ubiquit&#233;, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; d'&#234;tre en m&#234;me temps &#224; plusieurs lieux diff&#233;rents. Comment interpr&#233;ter la parole du proph&#232;te ? Imaginons un &#233;crivain qui passe &#224; la t&#233;l&#233;vision en train de t&#233;l&#233;phoner sur son portable tout en r&#233;pondant aux questions du public : on peut dire qu'il est dans les librairies (car ses livres, c'est un peu lui), dans la conversation avec son correspondant (c'est bien lui qui parle), dans tous les foyers dont la t&#233;l&#233;vision est sur la cha&#238;ne o&#249; il passe (c'est bien lui &#224; l'&#233;cran), en interaction avec le public (il r&#233;pond aux questions). De l&#224;, &#224; l'identifier &#224; un d&#233;miurge incorporel et immanent...Mais l'auteur continue :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Le perfectionnement des moteurs de recherches &#233;vitera les mauvaises surprises et les recontres d&#233;rangeantes : &#034;o&#249; je veux, quand je veux, si je veux...&#034; Telle est la devise jubilatoire des navigateurs du virtuel. Et telle sera tr&#232;s bient&#244;t leur r&#233;alit&#233;.La soumission de la r&#233;alit&#233; aux repr&#233;sentations et aux diktats de la volont&#233; n'est pas une libert&#233; illusoire, mais c'est une &lt;i&gt;libert&#233; fatale&lt;/i&gt; en ceci qu'elle nous prive de ce qui nous &#233;chappe et nous dessaisit de l'inappropriable. Cette id&#233;e de &lt;i&gt;libert&#233; fatale&lt;/i&gt; m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e, non par un philosophe, mais par un cin&#233;aste : Fellini, mort trop t&#244;t pour penser l'Internet, mais qui a, mieux que personne, d&#233;crit la passation des pouvoirs entre le cin&#233;ma et la t&#233;l&#233;vision. &#187; (p.23)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la volont&#233; de l'internaute &#233;met des &#171; diktats &#187;. Le terme est connot&#233; puisque c'est par exemple Adolf Hitler qui parlait du &#171; diktat de Versailles &#187; &#224; propos du trait&#233; de paix sign&#233; &#224; Versailles en 1919. Le diktat n'est pas un acte de volition ordinaire (je veux ouvrir la porte), il d&#233;signe une d&#233;cision unilat&#233;rale qui est impos&#233;e par la force (je d&#233;cide que l'Alsace et la Lorraine annex&#233;es &#224; l'empire allemand depuis 1871 sont restitu&#233;es &#224; la France, que l'Allemagne paiera tant en d&#233;dommagements car elle est la seule responsable de la guerre, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit difficilement le rapport avec l'objet d&#233;crit, et la r&#233;f&#233;rence au cin&#233;aste qui va suivre. Il est vrai que les termes &#171; soumission &#187; et &#171; diktat &#187; ajoutent de la gravit&#233; &#224; l'affirmation, et brodent une fois de plus sur la th&#233;matique du nazi qui sommeille dans le ventre encore f&#233;cond de tout internaute, mais sur quoi porte-t-elle ? Sur les performances des moteurs de recherches ? N'oublions pas que l'internaute jubile, car lorsqu'il cherche &#171; trait&#233; de Versailles &#187; dans &lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?q=trait%C3%A9+de+Versailles&amp;ie=UTF-8&amp;oe=UTF-8&amp;hl=fr&amp;meta=lr%3Dlang_fr&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Google&lt;/a&gt;, il veut des r&#233;ponses pertinentes, c'est-&#224;-dire des informations sur le &lt;a href=&#034;http://www.nobel-paix.ch/paix_p1/traitver.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;trait&#233; de Versailles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Finkielkraut nous dit qu'il y a l&#224; danger, car cet internaute &#224; devise jubilatoire n'aura pas de &#171; mauvaises surprises &#187;, (des pages sans rapport au sujet ?) ou de &#171; rencontres d&#233;rangeantes &#187; (de fausses informations ? Un trait&#233; de Versailles en gif anim&#233; qui clignote ?) ? L'autre mani&#232;re d'interpr&#233;ter l'affirmation est de consid&#233;rer que l'internaute mod&#232;le son monde &#224; travers ses repr&#233;sentations, c'est-&#224;-dire s'habituant &#224; la performances des moteurs de recherches, il exige, en petit dictateur, que toute la r&#233;alit&#233; se mod&#232;le sur son d&#233;sir ? On retrouve ici la figure de l'enfant ou de l'autiste, incapable d'imaginer ou de communiquer avec l'exteriorit&#233;. Notons que l'on peut en dire autant du rat de biblioth&#232;que, dans son existence sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'auteur pr&#233;cise, il ne s'agit pas d'une libert&#233; illusoire : je m'imagine &#234;tre libre parce que j'ai totalement ni&#233; l'existence objective du Monde, forme de solipsisme, mais tout cela repose sur une illusion (ou une maladie mentale). Il est question de &#171; fatale libert&#233; &#187; qui &#171; nous prive de ce qui nous &#233;chappe et nous dessaisit de l'inappropriable &#187;. Par d&#233;finition, on ne poss&#232;de pas, ou on est priv&#233; de ce qui nous &#233;chappe (si le renard n'attrape pas le lapin, il ne peut pas le manger). Et ce que l'on ne peut s'approprier, on en est effectivement d&#233;ssaisi. Mais il y a plus, car le d&#233;saisissement peut &#234;tre plus radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi je peux &#234;tre d&#233;ssaisi de quelque chose que je ne pourrais jamais m'approprier parce que j'ignore qu'une telle chose existe. Par exemple, si une Autorit&#233; supprime toutes les occurrences du mot ou des images de &#171; renard &#187; sur tous les supports, extermine tous les renards et ceux qui parlent de renard, je pourrais tr&#232;s bien ne pas savoir ce qu'est un renard et m&#234;me &#234;tre d&#233;saisi sans m'en rendre compte de l'usage possible du mot (si j'ignore ce qu'est renard, par exemple je n'en ai jamais &#233;cras&#233; un avec mon 4x4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura reconnu la variation sur 1984, et la question propre aux moteurs de recherches, celle du r&#233;f&#233;rencement. Mais Alain Finkielkraut ne pose pas ici le probl&#232;me politique de l'acc&#232;s &#224; l'information mais celui d'une perte de sens li&#233;e &#224; l'enfermement narcissique ou tyrannique de l'individu. Un individu qui confond l'ensemble des choses qui existent (d&#233;finition possible du concept de monde) avec le catalogue d'une boutique, ou l'ensemble de ses d&#233;sirs. A ceci pr&#232;s, que dans Google, les pages index&#233;es qui arrivent en premier lors d'une requ&#234;te sont celles qui ont le plus de r&#233;f&#233;rencements (il y aurait donc une communicabilit&#233; des volontes particuli&#232;res qui pensent le Monde comme leur repr&#233;sentation). Le mod&#232;le choisi par Finkielkraut poursuit en fait l'identification entre Internet et les discours publicitaires sur Internet, ainsi que la prosopop&#233;e Fellinienne sur le consommateur (de t&#233;l&#233;vision, d'Internet).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Du cin&#233;ma &#224; la t&#233;l&#233;vision, ce qui tombe, c'est l'ali&#233;nation, la possibilit&#233; de s'en remettre &#224; un autre. Ivre de pouvoir, le spectateur devient du m&#234;me coup l'esclave de sa volont&#233;, le captif de son propre pouvoir discr&#233;tionnaire. &#187; (p.26)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s grand moment, la fatale libert&#233;, la libert&#233; qui m'est fatale et &#224; laquelle je me condamne consiste &#224; r&#233;fuser l'ali&#233;nation d&#233;finie comme la possibilit&#233; de s'en remettre &#224; un autre...Dans quelles conditions, et pour quoi faire ? Curieux d&#233;doublement, le spectateur devient &lt;i&gt;l'esclave&lt;/i&gt; de sa volont&#233;...Classiquement, (chez Descartes par exemple), la libert&#233; r&#233;side justement dans&lt;br class='autobr' /&gt;
cette facult&#233; qu'est la &#171; volont&#233; &#187;. Etre esclave suppose l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire un ma&#238;tre qui est dans un rapport de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement, suivant le mod&#232;le antique, concevoir une servitude &#224; ses d&#233;sirs, dans le sens o&#249; l'on d&#233;sire sans mesure, par ignorance. Tel semble &#234;tre le cas auquel se r&#233;f&#232;re Alain Finkielkraut, puisqu'il parle de &#171; propre pouvoir discr&#233;tionnaire &#187;, une volont&#233; arbitraire et illimit&#233;e, celle du tyran. Il s'agit alors, dans le cadre antique, d'&#233;duquer le d&#233;sir afin de l'orienter vers le Bien v&#233;ritable, gr&#226;ce &#224; un ma&#238;tre, entendu cette fois non plus comme &lt;i&gt;dominus&lt;/i&gt; qui a des esclaves, mais comme &lt;i&gt;magister&lt;/i&gt; qui a des &#233;l&#232;ves. Cependant quel rapport entre la vertu et le cinema ou la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectateur qui &#171; d&#233;cide &#187; que ce soir, il ne va pas regarder &lt;i&gt;Amacord&lt;/i&gt;, mais &lt;i&gt;Avec la BAC dans les quartiers chauds&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Navarro&lt;/i&gt; est &#171; ivre de pouvoir &#187; et un tyran ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il v&#233;ritablement &#234;tre le ma&#238;tre de l'offre t&#233;l&#233;visuelle et de la programmation ? Il semble qu'il soit au contraire tributaire d'un autre ! Il &#233;chappe donc &#224; la fatale libert&#233;...On conna&#238;t la justification des professionnels : nous produisons et diffusons tel programme parce que telle est la volont&#233; du public. (Affirmation qui a pour elle la force des faits produits &#224; travers une mesure, l'audimat).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Boucl&#233; dans sa demande, livr&#233; &#224; la satisfaction imm&#233;diate de ses envies et de ses impatiences, prisonnier du &lt;i&gt;zero d&#233;lai&lt;/i&gt;, l'homme &#224; la t&#233;l&#233;commande n'est pas condamn&#233; &#224; &#234;tre libre, il est condamn&#233; lui-m&#234;me par sa fatale libert&#233;. Rien ne lui est interdit sauf, peut-&#234;tre, d'&#234;tre lui-m&#234;me interdit ou interloqu&#233;. Et cette condamnation s'aggrave : maintenant, au pouvoir de zapper et d'interrompre s'ajoute celui de surfer, de cliquer et d'intervenir. &#187; (p.26)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais de qui parle Alain Finkielkraut ? Du spectateur de t&#233;l&#233;vision ou de l'internaute ? La confusion entre l'utilisation d'une t&#233;l&#233;commande (changer de cha&#238;nes) et du clique de souris (suivre un lien hypertexte) joue ici &#224; plein. Il est vrai, comme le disait Malfada, que l'index a beaucoup servi en politique. Et c'est une aggravation, c'est-&#224;-dire que l'internaute est la v&#233;rit&#233; du spectateur de t&#233;l&#233;vision, l'accomplissement de ce mouvent fatal, car l'internaute peut &#171; intervenir &#187; ; terrible en effet, songeons un instant &#224; une intervention des t&#233;l&#233;spectateur sur le contenus des programmes, une &#233;laboration directe (et non la participation du &#171; public &#187; dans des &#233;missions fabriqu&#233;es, programm&#233;s, financ&#233;es par les professionnels de l'audiovisuel). On verra plus loin toute l'horreur qu'inspire &#224; Alain Finkielkraut la possibilit&#233; que des personnes en plus d'intervenir soient les auteurs directs de leur propos et de leur m&#233;diatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion est lev&#233;e &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt; dans les r&#233;ponses aux questions dans le d&#233;bat qui suit l'essai :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; &lt;i&gt;Sur l'affaire Yahoo, personne ne s'est interrog&#233; sur la r&#233;alit&#233; du danger. En fait, il est difficile d'imaginer que quelqu'un va devenir n&#233;onazi parce qu'il a trouv&#233; du zyklon B gr&#226;ce &#224; un Internet, non ?&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison. Ce qui risque de se r&#233;pandre est plut&#244;t un &#233;tat d'esprit ultralibertaire qui posera lui-m&#234;me de graves probl&#232;mes politiques. Je crois qu'il y a aussi d'autres risques. J'ai cit&#233; Fellini parce qu'il me semble que sa description de l'individu &#224; la t&#233;l&#233;commande peut s'appliquer &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt; &#224; l'internaute. &#187; (p.40)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, le d&#233;bat se conclut ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; D'ailleurs que fait-on sur la Toile sinon passer commande ? Et ce dont on a pass&#233; commande, il faut bien le produire et l'acheminer. &#187; (p.48)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question politique d'une organisation d&#233;mocratique des m&#233;dias, de l'acc&#232;s &#224; l'information, de l'&#233;laboration collective d'une vision du monde, ce qui caract&#233;rise bien le R&#233;seau, sera trait&#233;e plus loin avec l'id&#233;e propre &#224; nos &#233;lites, suivant laquelle trop de d&#233;mocratie tue la d&#233;mocratie, ou (variation) qu'il faut r&#233;sister au &lt;i&gt;tout d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, entendu bien s&#251;r dans le sens r&#233;actionnaire (il faut que le peuple se taise et respecte la transcendance des auteurs). Mais la t&#226;che sera difficle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Il sera particuli&#232;rement difficile de convertir cet enfant g&#226;t&#233; [l'internaute] &#224; la pens&#233;e des limites et au sens de la mesure. &#187; (p.48)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que tenir ouvertement un tel discours sophistique et anti-d&#233;mocratique catalogue aussit&#244;t, il faut donc en passer par la diversion culturelle et interroger le statut de l'oeuvre, en jouant sur un r&#233;f&#233;rent donc le culte est unanimement re&#231;u : le livre (ou la Kulture).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Livre, l'Auteur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dormeur du val doit se r&#233;veiller&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple, et prolongeant son souci p&#233;dagogique, Finkielkraut se sert d'un chapitre du livre du journaliste Michel Alberganti, &lt;i&gt;A l'&#233;cole des robots, l'informatique, l'&#233;cole et vos enfants&lt;/i&gt; (Calmann-L&#233;vy, 2000). Ce chapitre consacr&#233; &#224; un projet fictif, le Projet Rimbaud (la cr&#233;ation d'un DVD sur le po&#232;te principalement par des coll&#233;giens encadr&#233;s par trois professeurs en 2010) permet &#224; Finkielkraut d'identifier un repr&#233;sentant des &#171; amis de l'Internet &#187; et d'en faire le porte-parole d'un certain discours qui confond communication et savoir. Assez significatif, au lieu d'&#233;tudier ce qui est (les usages r&#233;els du multim&#233;dia), l'auteur se r&#233;f&#232;re &#224; un livre qui narre une fiction ; on est ainsi assur&#233; d''&#233;chapper aux diktats de coll&#233;giens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#233;d&#233; est commode et &#233;conomique, c'est le mod&#232;le des m&#233;dias : trouver une figure pour personnifier un mouvement ou une tendance et en faire le repr&#233;sentant autoris&#233; qui va tenir le discours de circonstance voulu. Il est curieux que Finkielkraut n'interroge pas plus loin cette logique m&#233;diatique ; sans doute est-ce l&#224; accepter l'ali&#233;nation et &#233;viter la fatale libert&#233;. Mais venons-en &#224; sa critique du multim&#233;dia qui se limite donc &#224; un projet particulier et imaginaire dans le milieu scolaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Avec tous ces merveilleux instruments, avec toutes ces techniques futuristes, nos &#233;l&#232;ves deviendront-ils de meilleurs lecteurs de Rimbaud attentifs &#224; ce qu'il a d'unique et peut-&#234;tre d'inactuel &#224; nous dire ? Non, bien s&#251;r, car il leur faudrait pour cela s'immobiliser, se d&#233;brancher, s'&#233;carter de leurs habitudes et de leurs all&#233;geances, non se mettre en r&#233;seau. &#187; (p.30)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question est celle de la finalit&#233;, et de la comp&#233;tence relative &#224; une pratique. Pour Alain Finkielkraut l'utilisation du multim&#233;dia est donc symptomatique d'une fin du savoir, qui a pour but la compr&#233;hension de l'oeuvre. Et m&#234;me plus, le dispositif technique est une anti-p&#233;dagogie puisqu'elle substitue &#224; la r&#233;ception de l'oeuvre (&#224; son accueil quasi religieux), une agitation paradoxalement st&#233;rile car uniquement spectaculaire (je sais communiquer sur Rimbaud mais je ne connais pas l'oeuvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander, hors dispositif (un professeur qui distribue une photocopie du po&#232;me ou l'&#233;crit au tableau, par opposition &#224; l'implication de recherches documentaires ou d'une r&#233;alisation multim&#233;dia), quelle compr&#233;hension ont des coll&#233;giens de l'oeuvre d'Arthur Rimbaud. Le recours &#224; l'artifice est une question secondaire qui se comprend relativement &#224; la p&#233;dagogie : comment &#233;tablir une m&#233;diation entre le coll&#233;gien et l'oeuvre d'Arthur Rimbaud. Le pr&#233;alable de la situation que l'on peut plausiblement conjecturer est que les coll&#233;giens ne sont pas majoritairement dans un rapport imm&#233;diat avec Rimbaud parce que construit (des familiers de l'oeuvre), et qu'ils n'ont d'ailleurs pour elle qu'un int&#233;r&#234;t tr&#232;s limit&#233; voire une hostilit&#233; ( &#171; c'est chiant &#187;). Le biais p&#233;dagogique ou la ruse est alors d'utiliser un artifice pour orienter l'int&#233;r&#234;t : se servir de l'attrait pour le multim&#233;dia pour m&#233;diatiser le po&#232;te quand la m&#233;thode habituelle ne fonctionne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la finalit&#233; est plus g&#233;n&#233;rale lorsqu'elle concerne l'&#233;cole en tant qu'institution : veut-on des individus familiers de l'oeuvre de Rimbaud ou des individus productifs rapidement, parce que form&#233;s d&#232;s le Coll&#232;ge, dans l'industrie de la r&#233;alisation multim&#233;dia ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais telle n'est pas la question, embarassante il est vrai parce que politique, pour Finkielkraut :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Un po&#232;me est un po&#232;me, et c'est sur une feuille imprim&#233;e qu'on peut le d&#233;couvrir, y revenir, l'apprendre, l'expliquer. Il faut aux mots du po&#232;me un domicile fixe, un lieu o&#249; on les laisse tranquilles. Ce lieu, c'est le livre. &#187; (p.30)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On notera l'absence de liaison entre la tautologie (&#171; un po&#232;me est un po&#232;me &#187;) et l'affirmation suivante sur le support. Sans doute s'agit-il de pr&#233;senter la chose comme &#233;vidente en transf&#233;rant la force du principe d'identit&#233; (A=A) sur ce qu'il faut &#233;tablir. Avant l'apparition des &#233;crans, le support traditionnel de la d&#233;couverte et de l'apprentissage est l'imprim&#233;, certes. Mais il faut laisser les mots habiter en po&#232;te les livres. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;ratif de tranquillit&#233; est d&#233;j&#224; effectif dans la population (scolaire), sans qu'on ait d'ailleurs besoin de le formuler...Plus radicalement, le livre dans cette perspective est plut&#244;t un obstacle en tant que support qui est une marchandise, qui constitue une source de revenus importants pour les &#233;diteurs (march&#233; captif). En effet, les livres scolaires (recueils de textes, etc.) sont lou&#233;s ou revendus &#224; la fin de l'ann&#233;e, et bien peu sont conserv&#233;s &#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire. Il importe avant tout pour son propri&#233;taire de restituer un exemplaire en bon &#233;tat (la non consultation est alors une condition suffisante). D'un point de vue p&#233;dagogique, la photocopie est un support plus ad&#233;quat, en ceci que l'&#233;l&#232;ve n'h&#233;site pas alors &#224; annoter le texte (explication de certains mots), &#224; travailler r&#233;ellement le texte (d&#233;coupage de la structure, rep&#233;rage des articulations logiques). Ce n'est bien s&#251;r pas une panac&#233;e ou une garantie de travail effectif, car le cancre ou le glandeur met lui-aussi grand z&#232;le &#224; surligner avec ses fluos tout le texte, (il est en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s fier de l'exhiber comme preuve de son travail). Mais la photocopie a mauvaise presse, il s'agit de pillage, voyons, y compris dans un lieu d'&#233;tude !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Oeuvre versus le Texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plut&#244;t que de parler de l'organisation du march&#233; du livre scolaire, des r&#233;ticences souvent injustifi&#233;es d'achat, ce qui est vulgaire comme nous en conviendrons, Alain Finkielkraut pr&#233;f&#232;re parler de meurtre du livre par Internet :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Nul besoin d'Internet pour lire. On a besoin d'Internet, en revanche, pour noyer le livre. On a besoin d'Internet pour mettre les mots en mouvement, pour les faire voler, pour en finir avec le &lt;i&gt;scripta manent&lt;/i&gt; ! On a besoin d'Internet pour passer de l'auteur et des &#233;gards qu'on lui doit &#224; la &lt;i&gt;communication&lt;/i&gt; exub&#233;rante et au &lt;i&gt;droit d'&#234;tre auteur&lt;/i&gt; d&#233;sormais reconnu &#224; chacun. On a besoin d'Internet pour dissoudre toute sacralit&#233;, toute alt&#233;rit&#233;, toute transcendance dans l'information et l'interaction. &#187; (p.31)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation vraie (&#171; Nul besoin d'Internet pour lire &#187;) ne constitue par une preuve de l'interpr&#233;tation quelque peu d&#233;lirante sur la noyade du livre. Qui est ce &#171; on &#187; qui a besoin de cet instrument de destruction qu'est Internet ?A moins que l'on ait affaire &#224; une Volont&#233; d&#233;moniaque ou un arraisonnement m&#233;taphysique ? Les livres se noient tr&#232;s bien tous seuls dans les empilement d'invendus et la saturation du march&#233;, puisque le secteur de l'&#233;dition est le seul o&#249; l'on r&#233;pond &#224; une baisse de la demande par une multiplication de l'offre. Il serait plus significatif de parler des faux livres, dont ceux chroniqu&#233;s &#224; longueur de pages dans les news magazines (par exemple le dernier Alain Minc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle sacralit&#233; et transcendance parle Alain Finkielkraut ? Celle de l'oeuvre (et un peu de celle de l'auteur l'oeuvre par la m&#234;me occasion...) par rapport au Texte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; On a besoin d'Internet pour passer de l'oeuvre &#224; ce qu'on appelait, avec une subversive majuscule, dans les ann&#233;es soixante-dix, le Texte. &#187; (p.31)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;a href=&#034;http://www.lettres.net/files/intertextualite.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;intertextualit&#233;&lt;/a&gt; au sens aujourd'hui usuel de l'analyse litt&#233;raire, d&#233;signe dans un texte l'ensemble des allusions &#224; d'autres textes d&#233;j&#224; &#233;crits, aux motifs culturels d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;s par d'autres &#233;crivains. On pourra consulter pour une br&#232;ve pr&#233;sentation et un historique du terme l'article &lt;a href=&#034;http://www.ivry.cnrs.fr/iran/Archives/archiveRecherche/atelierintertext1.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&#171; L'intertextualit&#233; comme m&#233;thode de critique litt&#233;raire : d&#233;finitions et postulats &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l&#224;, tr&#232;s bri&#232;vement, on peut interpr&#233;ter tout texte comme un r&#233;seau de textes, r&#233;seau de relations (emprunts, citations, allusions, etc.) qui a plus d'importance que la relation consacr&#233;e entre l'auteur et son texte qui devient alors autonome. Cette orientation critique a &#233;t&#233; construite contre une certaine tradition litt&#233;raire (XIXe) qui privil&#233;giait uniquement dans l'analyse d'un texte l'influence de l'Histoire, de la biographie de son auteur et de la place de l'auteur dans l'histoire de la litt&#233;rature. On peut retenir de cette th&#233;orie qu'il n'existe pas de texte isol&#233; et absolu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Pour la version soixante-dix, cf. Barthes, &#171; De l'oeuvre au texte &#187;, Revue (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification peut para&#238;tre triviale aux habitu&#233;s de l'hypertexte puisque ce dernier mat&#233;rialise le lien et permet d'acc&#233;der &#224; la source en plus de la signaler, dans le cas d'une citation. Or voil&#224; qui est intol&#233;rable pour Finkielkraut, et &#233;claire son d&#233;go&#251;t d'Internet.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Orgueilleusement &lt;i&gt;parricide&lt;/i&gt;, la th&#233;orie des ann&#233;es soixante-dix donne raison &#224; Platon et &#224; ses sombres pronostics sur le destin de l'&#233;criture. Que son P&#232;re ne soit plus l&#224; pour porter assistance au discours &#233;crit et le tirer d'affaire, c'est tr&#232;s bien dit la th&#233;orie ; que s'&#233;l&#232;vent &#224; son sujet des voix discordantes, c'est parfait ; la pluralit&#233; des lectures est la v&#233;rit&#233; de l'&#233;criture, celle-ci accomplit sa vocation en roulant de droite et de gauche...Ce parricide th&#233;orique a re&#231;u son prolongement technique avec l'informatisation du monde. L'intertexte est devenu l'Internet. &#187; (p.33,34)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La mention de Platon illustre l'intertextualit&#233; puisqu'il est question de la critique platonicienne de l'&#233;criture, que l'on trouve principalement dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Ph&#232;dre, traduction de Luc Brisson Flammarion, Paris, 1989. Edition qui (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, signal&#233; par &#171; en roulant de droite et de gauche... &#187; et &#171; Que son P&#232;re ne soit plus l&#224; pour porter assistance au discours &#233;crit et le tirer d'affaire &#187; reformulation de &#171; il a toujours besoin de son p&#232;re ; car il n'est capable ni de se d&#233;fendre ni de se tirer d'affaire tout seul. &#187; (275e). (Le terme &#171; parricide &#187; &#233;galement, mais il est question du livre et non de Parm&#233;nide). Restituons l'avertissement du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par H&#233;ra, le bel endroit pour y faire halte !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sombres pronostics il n'est pas v&#233;ritablement question, puisque la mise en garde est pr&#233;sent&#233;e dans un &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; &#171; &#233;gyptien &#187; que rapporte Socrate (tr&#232;s habile &#224; composer des histoires comme le lui fait remarquer Ph&#232;dre...). Theuth pr&#233;sente de mani&#232;re &#233;logieuse son invention, l'&#233;criture, au roi Thamous qui r&#233;plique alors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; &#244; Theuth, le plus grand ma&#238;tre &#232;s arts, autre est celui qui peut engendre un art, autre celui qui peut juger quel est le lot de dommage et d'utilit&#233; pour ceux qui doivent s'en servir. Et voil&#224; que toi, qui est le p&#232;re de l'&#233;criture, tu lui attribues, par complaisance, un pouvoir qui est le contraire de celui qu'elle poss&#232;de. En effet, cet art produira l'oubli dans l'&#226;me de ceux qui l'auront appris, parce qu'ils cesseront d'exercer leur m&#233;moire : mettant, en effet, leur confiance dans l'&#233;crit, c'est du dehors, gr&#226;ce &#224; des empreintes &#233;trang&#232;res, et non du dedans, gr&#226;ce &#224; eux-m&#234;mes, qu'ils feront acte de rem&#233;moration ; ce n'est donc pas de la m&#233;moire, mais de la rem&#233;moration, que tu as trouv&#233; le rem&#232;de. Quant &#224; la science, c'est en la semblance que tu procures &#224; tes disciples, non la r&#233;alit&#233;. Lors donc que, gr&#226;ce &#224; toi, ils auront entendu parler de beaucoup de choses, sans avoir re&#231;u l'enseignement, ils sembleront avoir beaucoup de science, alors que, dans la plupart des cas, ils n'auront aucune science ; de plus ils seront insupportables dans leur commerce, parce qu'ils seront devenus des semblants de savants, au lieu d'&#234;tre des savants. &#187; (274d-275b)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre le discours &#233;crit et le discours oral est donc justifi&#233;e par une distinction conceptuelle entre la conservation ou la diffusion d'une connaissance et la connaissance r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi on pourrait faire le reproche au pr&#233;sent article d'&#234;tre une imitation de connaissance : il a l'air savant parce qu'il cite un passage d'un dialogue platonicien, mais rien ne garantit que son auteur et les futurs lecteurs aient une v&#233;ritable connaissance de l'objet d&#233;crit. Pour le savoir, il faudrait un dialogue, briser le silence des signes fig&#233;s telles des images peintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif de forum attach&#233; le permet dans une certaine mesure, plus en tout cas que le livre. Et il est vraiment, mais alors vraiment dommage que Platon soit mort avant l'apparition d'Internet car il aurait probablement &#233;tabli, par la bouche de Socrate, une distinction entre l'&#233;crit sur papier et l'&#233;crit en ligne qui permet une interaction publique entre l'auteur et le lecteur, une participation au jeu qu'est l'&#233;crit (Theuth est aussi l'inventeur des d&#233;s et du tric-trac).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sister &#224; la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Il est vrai, comme le notait nagu&#232;re Deleuze, que nous manquons de r&#233;sistance au pr&#233;sent. Mais par r&#233;sistance, il entendait, et avec lui l'ensemble de la pens&#233;e critique, la r&#233;sistance &lt;i&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; au pouvoir, au contr&#244;le, aux diverses formes de domination. Il n'imaginait pas que nous devions r&#233;sister au &lt;i&gt;tout d&#233;mocratique&lt;/i&gt; de la technique d&#233;cha&#238;n&#233;e. Moins perspicace ou moins sensible que Fellini, il n'imaginait pas le conjoncture d'une &lt;i&gt;libert&#233; fatale&lt;/i&gt;. &#187; (p.36)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voici d&#233;fini, outre l'embrigadement de Deleuze et Fellini, le r&#244;le du philosophe contemporain : s'opposer au tout d&#233;mocratique d'Internet, en participant tel un &lt;i&gt;logographe&lt;/i&gt; aux proc&#232;s qui ont pour but de r&#233;guler l'expression publique, c'est-&#224;-dire celle des autres, du peuple, cette foule de coll&#233;giens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister &#224; la d&#233;mocratie, contrairement &#224; ce qu'affirme Alain Finkielkraut, ce n'est pas s'opposer &#224; la libert&#233;, parce qu'elle serait fatale, m&#234;me si le rem&#232;de peut &#233;galement &#234;tre un poison. L'inconv&#233;nient majeur de la d&#233;mocratie est qu'elle fournit une niche &#224; la contrefa&#231;on du politique que sont les sophistes ou rh&#233;teurs professionnels qui louent leurs services. En d&#233;mocratie, les d&#233;cisions sont prises par des assembl&#233;es o&#249; si&#232;gent des repr&#233;sentants &#233;lus par le peuple, et lorsque la science leur fait d&#233;faut, un homme habile en discours mais fonci&#232;rement ignorant peut exercer son emprise sur ces derniers qui vont alors se laisser persuader ; par exemple de voter telle loi. La salubrit&#233; publique commande qu'on les chasse de la Cit&#233;, ou du moins de son &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reprenant les accusations de Finkielkraut, Internet est source d'impi&#233;t&#233; (n&#233;gation de la transcendance et de la sacralit&#233; des auteurs et des oeuvres), de corruption de la jeunesse (des enfants g&#226;t&#233;s incultes qui communiquent), et introduit de nouvelles divinit&#233;s dans la Cit&#233; (le culte de la technique)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty, dans son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Eloge de la philosophie&lt;/i&gt; (Le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France 15 janvier 1953) effectuait un autre rappel qui nous fournira une belle conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour retrouver la fonction enti&#232;re du philosophe, il faut se rappeler que m&#234;me les philosophes-auteurs que nous lisons et que nous sommes n'ont jamais cess&#233; de reconna&#238;tre pour patron un homme qui n'&#233;crivait pas, qui n'enseignait pas, du moins dans les chaires d'Etat, qui s'adressait &#224; ceux qu'il rencontrait dans la rue et qui a eu des difficult&#233;s avec l'opinion et avec les pouvoirs, il faut se rappeler Socrate. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple le recueil d'essais et conf&#233;rences : &lt;i&gt;La renaissance du rationalisme politique classique&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la version soixante-dix, cf. &lt;a href=&#034;http://www.roland-barthes.com/qesseuil/welcome.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Barthes&lt;/a&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;http://cernet.unige.ch/biblio/barth71.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;De l'oeuvre au texte&lt;/a&gt; &#187;, Revue d'esth&#233;tique, 1971 ; repris dans &lt;i&gt;Le bruissement de la langue, essais critiques, IV&lt;/i&gt;, Seuil, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, traduction de Luc Brisson Flammarion, Paris, 1989. Edition qui comporte d'ailleurs un article d'un membre de Tel Quel, J. Derrida &#171; La pharmacie de Platon &#187;, (1968), Seuil, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Philippe Breton, zonard du non-droit</title>
		<link>http://www.uzine.net/article986.html</link>
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		<dc:date>2001-08-10T19:06:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>AIPJ, J'accuse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, Lib&#233;ration semble officiellement devenu l'organe complaisant des excit&#233;s qui ont choisi la lutte contre les p&#233;do-nazis comme positionnement marketing. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce vendredi 3 ao&#251;t, c'est Philippe Breton, d&#233;sormais retapiss&#233; &#171; Pr&#233;sident d'honneur de J'accuse &#187; (une association dont on vous a d&#233;j&#224; propos&#233; le portrait), qui se fend d'un &#171; Rebonds &#187; navrant, intitul&#233; &#171; Internet, une zone de non-droit &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le &#171; Rebonds &#187; de Marc Knobel (fondateur de la m&#234;me association), ce sont les m&#234;mes arguments manich&#233;ens (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique56.html" rel="directory"&gt;UEJF / LICRA / J'accuse&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot7.html" rel="tag"&gt;AIPJ, J'accuse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L67xH150/arton986-b4b49.png?1708295265' width='67' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; semble officiellement devenu l'organe complaisant des excit&#233;s qui ont choisi la lutte contre les p&#233;do-nazis comme positionnement marketing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vendredi 3 ao&#251;t, c'est Philippe Breton, d&#233;sormais retapiss&#233; &#171; Pr&#233;sident d'honneur de &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt; &#187; (une association dont on vous a d&#233;j&#224; propos&#233; &lt;a href='http://www.uzine.net/article861.html' class='spip_in'&gt;le portrait&lt;/a&gt;), qui se fend d'un &#171; Rebonds &#187; navrant, intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.com/quotidien/debats/aout01/20010803a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Internet, une zone de non-droit&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le &#171; &lt;a href='http://www.uzine.net/article46.html' class='spip_in'&gt;Rebonds&lt;/a&gt; &#187; de Marc Knobel (fondateur de la m&#234;me association), ce sont les m&#234;mes arguments manich&#233;ens et simplistes, et les m&#234;mes manipulations rh&#233;toriques qui reviennent. Il est vivement conseill&#233; de comparer les deux textes : au comique troupier de la lourdeur et des exag&#233;rations s'ajoute alors le charme du comique de r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Expos&#233; des faits&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'expos&#233; des faits, tel que pratiqu&#233; par Philippe Breton, est particuli&#232;rement approximatif. Le flou artistique r&#232;gne, permettant tous les rapprochements et toutes les simplifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-le, l'association moraliste a poursuivi en r&#233;f&#233;r&#233; les principaux fournisseurs d'acc&#232;s &#224; l'internet, ainsi que l'AFA, l'association des fournisseurs d'acc&#232;s qui d&#233;fend leurs int&#233;r&#234;ts. Il leur est reproch&#233; de ne pas avoir interdit l'acc&#232;s, de leur propre chef, au site Front 14, portail qui propose l'h&#233;bergement gratuit aux sites racistes (c'est le crit&#232;re retenu par Front 14 pour accepter des sites : &#171; Front 14, Le meilleur de la haine en ligne - Seul Front 14 offre l'h&#233;bergement et l'email gratuit &lt;i&gt;exclusivement&lt;/i&gt; aux racistes &#187;, proclame la page d'accueil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le &#171; Rebonds &#187; est tr&#232;s approximatif sur ces &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;La cible : les fournisseurs d'acc&#232;s et l'AFA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mensonge par omission : notre pr&#233;sident sociologue ne s'aventure pas &#224; rappeler qu'&#224; aucun moment &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt; n'a port&#233; plainte contre le service Front 14. C'est pourtant bien l'enjeu de l'affaire. Tout se joue autour de cette question : comment reprocher &#224; des interm&#233;diaires techniques d'&#234;tre responsables de l'acc&#232;s &#224; un site contre lequel il n'existe aucune d&#233;cision de justice, mais surtout qui n'est m&#234;me pas inqui&#233;t&#233; ? Si les fournisseurs sont &lt;i&gt;complices&lt;/i&gt; d'un d&#233;lit, il faudrait au minimum s'inqui&#233;ter de l'existence de ce d&#233;lit (donc en poursuivant son auteur principal).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'est-ce qu'un fournisseur d'acc&#232;s ? C'est simple : c'est le service qui vous raccorde au r&#233;seau ; soit via le t&#233;l&#233;phone, soit via le c&#226;ble ou l'ADSL... Ces services vous permettent, ni plus ni moins, de connecter votre ordinateur au r&#233;seau. En aucun cas il ne faut les confondre avec les h&#233;bergeurs (ou fournisseurs d'h&#233;bergement, qui offrent les machines sur lesquelles on installe les sites).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre scientifique rebondissant aime le flou. Il explique qu'&#171; &lt;i&gt;il leur est reproch&#233; de &lt;strong&gt;diffuser&lt;/strong&gt; aupr&#232;s des internautes fran&#231;ais plusieurs centaines de sites n&#233;o-nazis...&lt;/i&gt; &#187;. &#171; Diffuser &#187; signale une action volontaire de celui qui diffuse ; elle induit aupr&#232;s du grand public l'id&#233;e que ces fournisseurs sont &#224; l'origine des sites ; &#171; permettre l'acc&#232;s &#224; des sites &#187;, indiquant une passivit&#233; d'une nature fort diff&#233;rente, aurait sembl&#233; plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, il explique que &#171; &lt;i&gt;les principaux fournisseurs d'acc&#232;s mettent &#224; la disposition des internautes&lt;/i&gt; [ce portail de sites n&#233;o-nazis] &#187;. &#171; Mettre &#224; la disposition &#187;, encore une action volontaire ; d'ailleurs le fait que cela concerne &#171; les principaux fournisseurs &#187; accentue cette id&#233;e d'un choix d&#233;lib&#233;r&#233; de leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;rape un peu plus lorsqu'il d&#233;signe &#171; &lt;i&gt;certains sites fran&#231;ais &lt;strong&gt;abrit&#233;s&lt;/strong&gt; par ces fournisseurs d'acc&#232;s&lt;/i&gt; &#187; : alors quoi, les fournisseurs d'&lt;i&gt;acc&#232;s&lt;/i&gt; assign&#233;s sont en r&#233;alit&#233; poursuivis en tant qu'&lt;i&gt;h&#233;bergeurs&lt;/i&gt; de Front 14 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc ceux qui vous raccordent au tuyau pr&#233;sent&#233;s dans un r&#244;le tr&#232;s actif dans cette affaire. La rh&#233;torique permet d'induire un amalgame suppl&#233;mentaire : &#171; &lt;i&gt;De nombreux acteurs &#233;conomiques semblent, de plus, vouloir utiliser Internet comme terrain d'exp&#233;rimentation d'un march&#233; tr&#232;s peu encadr&#233;.&lt;/i&gt; &#187;, clin d'oeil &#233;vident &#224; l'affaire Yahoo, o&#249; il &#233;tait explicitement reproch&#233; &#224; Yahoo de s'enrichir sur la vente de Zyklon B ; mani&#232;re sournoise de sugg&#233;rer (mais sans l'expliciter directement) que les fournisseurs d'acc&#232;s gagnent volontairement leur vie sur l'exploitation du n&#233;o-nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, il devient intenable d'expliquer que les professionnels de l'internet tirent profit de l'existence des n&#233;o-nazis en ligne alors que, par ailleurs, on n'arr&#234;te pas de nous bassiner sur le fait que c'est un frein &#233;norme au d&#233;veloppement du r&#233;seau, les familles craignant de tomber sur n'importe quoi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;On fout la paix aux vrais nazis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nulle part on ne trouve dans cet article le rappel du fait central de l'affaire : &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt; n'a pas trouv&#233; utile de poursuivre les v&#233;ritables auteurs des sites en question. Les v&#233;ritables n&#233;o-nazis, &#224; la propagande si inqui&#233;tante, sont donc totalement tranquilles ; les auteurs des sites que notre vertueux &#233;ditorialiste aime &#233;num&#233;rer (parce que &#231;a frappe l'opinion), y compris des auteurs fran&#231;ais (Jeune Nation, Mar&#233;chal P&#233;tain), voire parfaitement identifi&#233;s (le GUD), nos amis de &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt; ne voient pas l'int&#233;r&#234;t de les poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une association de lutte contre le racisme qui n'inqui&#232;te pas les racistes se permet donc de poursuivre des fournisseurs d'acc&#232;s au motif qu'ils n'ont pas eux-m&#234;mes assez lutt&#233; contre les sites racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;L'ordonnance a disparu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Rebonds&lt;/i&gt; oublie, d'une mani&#232;re &#233;tonnante, de rappeler que l'affaire a d&#233;j&#224; re&#231;u une premi&#232;re ordonnance. Ordonnance que nous reproduisons sur &lt;a href='http://www.uzine.net/article987.html' class='spip_in'&gt;uZine&lt;/a&gt;, et publi&#233;e totalement tronqu&#233;e sur le site de &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons en particulier que cette ordonnance sauvait &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; la mise de &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt; en permettant de poursuivre une affaire qu'elle avait fort mal engag&#233;e, et que cette ordonnance en particulier rappelait l'argumentation tr&#232;s juridique que les fournisseurs avaient oppos&#233; &#224; l'association.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C'est simple, je vais vous expliquer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'expos&#233; tr&#232;s vague des faits, le second paragraphe d&#233;marre par une tr&#232;s belle figure de style : &#171; &lt;i&gt;En apparence, l'affaire est simple.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simple parce que le racisme, c'est interdit par la loi, point. Imm&#233;diatement, P. Breton s'emploie &#224; expliquer que &#171; &lt;i&gt;dans la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#231;a n'est peut-&#234;tre pas si simple. Mais il choisit tr&#232;s judicieusement les deux obstacles sur la voie de la simplicit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; la &#171; &lt;i&gt;dimension ultralib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; de l'internet, ses &#171; &lt;i&gt;immenses enjeux &#233;conomiques&lt;/i&gt; &#187;. Au passage, il d&#233;nonce &#171; &lt;i&gt;dans un climat de haute sensibilit&#233; boursi&#232;re,&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;la sp&#233;culation dans ce domaine&lt;/i&gt; &#187; : et nous voil&#224;, partant des p&#233;do-nazis, &#224; d&#233;noncer la sp&#233;culation boursi&#232;re, les Danone, Michelin et consors...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; les &#171; &lt;i&gt;espoirs libertaires que certains mettent dans l'internet, nouvelle utopie communautaire&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;des militants d'un nouveau genre d&#233;fendent l'id&#233;e selon laquelle internet devrait &#234;tre une zone de non-droit&lt;/i&gt; &#187;. Revoil&#224; les attard&#233;s mentaux de pseudo-libertaires utopistes imaginaires. Dans le rayon cr&#233;tins, ceux-l&#224; sont assez mignons, puisqu'ils croient qu'&#171; &lt;i&gt;une nouvelle d&#233;mocratie &#233;galitaire et directe s'en suivrait naturellement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de style (remarquable, faut avouer) est claire : &#171; en apparence &#187;, c'est simple, et les obstacles que la r&#233;alit&#233; oppose &#224; cette simplicit&#233; seront imm&#233;diatement rejet&#233;s par la &lt;i&gt;vox populi&lt;/i&gt; qui d&#233;teste ces affreux lib&#233;raux-libertaires de l'internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : l'affaire est simple.&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_43 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L300xH466/art986-2-f623d.jpg?1618728186' width='300' height='466' alt=&#034;image 300 x 466&#034; title=&#034;image 300 x 466&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La zone de non-droit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son titre, Philippe Breton nous refait le coup de la &#171; zone de non-droit &#187;. &#171; &lt;i&gt;Internet a pu &#234;tre pr&#233;sent&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es comme un &#034;deuxi&#232;me monde&#034; virtuel o&#249; les lois du monde mat&#233;riel ne s'appliqueraient pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;la loi fran&#231;aise&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;ne s'applique pas au cas &#034;sp&#233;cial&#034; d'internet&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;internet est un m&#233;dia comme un autre, soumis aux m&#234;mes libert&#233;s et aux m&#234;mes r&#233;gulations&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui, en France, soutiendrait l'absence totale de lois sur le r&#233;seau ? Toujours cette &#171; clique de pseudo-libertaires &#187;, si pratique, au statut d&#233;sormais mythique ? Il faudra bien un jour nous les pr&#233;senter, ces doux-dingues. Pour le plaisir de fouiller dans de (tr&#232;s) vieilles archives, on a retrouv&#233; &lt;a href=&#034;http://www.ensta.fr/~perret/musee/huitema.txt&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;un message de Chistian Huitema&lt;/a&gt; datant de 1994 (comme quoi le mythe du non-droit a la vie dure) : &#171; &lt;i&gt;Je voulais simplement insister sur un point tr&#232;s precis : l'internet en g&#233;n&#233;ral&lt;br class='autobr' /&gt;
et Usenet en particulier ne sont pas des espaces extra-terrestres o&#249; les lois&lt;br class='autobr' /&gt;
ne s'appliqueraient pas. La libert&#233; d'opinion va de pair avec le sens des&lt;br class='autobr' /&gt;
responsabilit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accessoirement, on pourra relire un vieux texte datant de l'affaire Altern, au sujet du &#171; &lt;a href='http://www.uzine.net/article51.html' class='spip_in'&gt;vide juridique&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les arguments de mes interlocuteurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme toujours dans pareil cas, &#224; l'instar par exemple de Marc Knobel, le scientifique pointilleux s'invente des interlocuteurs imaginaires. Ce qui lui permet de poser les questions qu'il a lui-m&#234;me invent&#233;es, et d'y r&#233;pondre. Dans l'optique d'une rigoureuse approche sociologique, c 'est toujours plus pratique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;part, la fa&#231;on de pr&#233;senter la discussion est biais&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Dans le d&#233;bat qui ne manquera pas d'avoir lieu ces jours prochains, on trouvera sans doute plusieurs arguments en faveur de la diffusion de ces id&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Or, justement, le d&#233;bat ne porte pas l&#224;-dessus : tous ceux qui se sont d&#233;j&#224; exprim&#233;s sur ces questions, et qui ont critiqu&#233; les actions pr&#233;c&#233;dentes de nos amis d&#233;sormais r&#233;unis dans &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt;, luttent de leur c&#244;t&#233; contre la diffusion de ces id&#233;es. Simplement c'est le mode op&#233;ratoire choisi qui est critiqu&#233;. Le paragraphe se poursuit par un jeu stylistique tordu : bien s&#251;r &#171; &lt;i&gt;aucun de ces arguments ne sera sans doute fond&#233; sur une quelconque sympathie pour les id&#233;es n&#233;o-nazies&lt;/i&gt; &#187; (notez le &#171; sans doute &#187; fort sournois), mais &#171; &lt;i&gt;ils tenteront tous de convaincre de la l&#233;gitimit&#233; de la pr&#233;sence de ces id&#233;es&lt;/i&gt; &#187; ; le choix de la &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; induit une nouvelle fois un glissement de part son double sens : &#171; l&#233;gimite &#187; parce que non contraire &#224; la loi, ou &#171; l&#233;gitime &#187; au sens de juste, fond&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc les arguments de ces interlocuteurs hypoth&#233;tiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Impossibilit&#233; technique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On dira que &#034;techniquement&#034; il n'est pas possible de filtrer ce genre de sites.&lt;/i&gt; &#187; La preuve, il rappelle les conclusions des experts du proc&#232;s Yahoo. Or il ne s'agissait pas du tout de la m&#234;me question : il &#233;tait demand&#233; &#224; Yahoo de couper l'acc&#232;s &lt;i&gt;&#224; la source&lt;/i&gt;, sur ses propres machines, pour les internautes que Yahoo identifiait comme fran&#231;ais. Et les conclusions des experts n'avaient pas &#233;t&#233; aussi tranch&#233;es que &lt;i&gt;bouncing&lt;/i&gt; Breton veut bien le dire. De plus, il balaie les r&#233;ticences de Vinton Cerf (&#171; &lt;i&gt;des experts am&#233;ricains pourtant hostiles par ailleurs &#224; toute r&#233;gulation du r&#233;seau&lt;/i&gt; &#187;) ; or c'&#233;tait l'un des points de discussion politique (et non technique) centraux : fallait-il qu'un pays accepte de censurer ses propres contenus &#224; le demande d'un pays tiers. On ne peut d'ailleurs pas r&#233;futer les arguments &lt;i&gt;techniques&lt;/i&gt; (par un tr&#232;s touchant : &#171; &lt;i&gt;ce que la technique fait, la technique peut toujours le d&#233;faire&lt;/i&gt; &#187;) tout en balayant ainsi les r&#233;ticences &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; de Vinton Cerf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, c'est le probl&#232;me totalement inverse : c'est du c&#244;t&#233; du client (et non plus du serveur) qu'il faut couper. Et, autant le dire, c'est techniquement beaucoup plus facile (m&#234;me si celui qui voudra acc&#233;der &#224; ces services y arrivera toujours). Du coup, cet argument de la difficult&#233; technique, soulev&#233; lors de l'affaire Yahoo, n'est m&#234;me pas ici utilis&#233; par les fournisseurs poursuivis. Ils &#233;voquent des probl&#232;mes juridiques, mais &#224; aucun moment une quelconque difficult&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Irresponsabilit&#233; des fournisseurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On dira que les fournisseurs d'acc&#232;s, sorte de &#034;postiers&#034; &#233;lectroniques, ne peuvent &#234;tre tenus pour responsables des contenus qu'ils diffusent.&lt;/i&gt; &#187; Et bien entendu, P. Breton nous explique (tout cela est tellement simple !), qu'en r&#233;alit&#233; ils sont responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, il n'existe pas de loi traitant sp&#233;cifiquement des responsabilit&#233;s des fournisseurs d'acc&#232;s. Il existe diff&#233;rentes r&#233;flexions, notamment d'instances gouvernementales, allant toutes dans le sens d'une absence de responsabilit&#233; &#233;ditoriale sur les contenus circulant dans les tuyaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul texte existant actuellement concerne les h&#233;bergeurs (amendements Bloche). On peut logiquement consid&#233;rer que les fournisseurs d'acc&#232;s sont encore moins &#171; complices &#187; du contenu &#233;ditorial que les h&#233;bergeurs, puisqu'ils sont encore plus &#171; &#233;loign&#233;s &#187; du d&#233;lit originel (la publication d'un texte illicite). Or ce texte explique que l'h&#233;bergeur ne peut &#234;tre tenu responsable d'un texte, et que sa responsabilit&#233; ne peut &#234;tre engag&#233;e que s'il refuse de se conformer &#224; l'ordonnance d'un juge (il y a aussi une obligation d'identification des auteurs tr&#232;s critiqu&#233;e). Il semblerait pour le moins illogique que la loi exon&#232;re ainsi les h&#233;bergeurs, mais qu'on veuille ensuite charger sur la responsabilit&#233; des fournisseurs d'acc&#232;s. On aurait une sorte de &#171; trou &#187; dans la cha&#238;ne des responsabilit&#233;s juridiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Les fachos, on s'en fout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On tentera aussi de dire que tout cela n'est pas tr&#232;s grave, que ces id&#233;es existent de toute fa&#231;on, et que leur influence est minime.&lt;/i&gt; &#187; Puis le long passage, habituel, avec tout le &lt;i&gt;pathos&lt;/i&gt; qui va bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra, encore une fois, nous les trouver, ceux qui trouvent que ces id&#233;es &#171; ne sont pas graves &#187;. Reste que l'importance de l'impact accord&#233; &#224; ces sites est, effectivement, discutable. Peut-&#234;tre qu'une &#233;tude de l'efficacit&#233; r&#233;elle de ces discours serait n&#233;cessaire... un bon boulot pour un sociologue, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra rappeler &#224; ce sujet le &lt;a href='http://www.uzine.net/article605.html' class='spip_in'&gt;commentaire de Laurent Chemla&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Je pourrais encore rapporter la r&#233;ponse stup&#233;fiante qu'il a faite &#224; une personne du public qui s'&#233;tonnait qu'un sociologue se contente de critiquer le discours plut&#244;t que de critiquer les usages. Notre chercheur a r&#233;pondu ces mots savoureux : &#034;J'aimerais bien mais jamais je ne pourrais trouver de financement pour faire un vrai travail sur les usages, je dois donc me contenter de faire un travail sur le discours&#034;. J'entendais, de ma place de simple citoyen, un scientifique me dire &#034;Je n'ai pas les moyens de mener une recherche scientifique digne de ce nom, alors je me contente de publier des textes pol&#233;miques bas&#233;s sur des paroles entendues &#231;a et l&#224; que je consid&#232;re comme la totalit&#233; du discours sur le sujet &#034;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;span class='spip_document_42 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L300xH428/art986-1-dc167.jpg?1618728186' width='300' height='428' alt=&#034;image 300 x 428&#034; title=&#034;image 300 x 428&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;Les explications fournies par ce pauvre d&#233;muni qui n'a pas les moyens de s'offrir une connexion rel&#232;vent effectivement de ce genre de discours non v&#233;rifi&#233;s. Notamment : &#171; &lt;i&gt;Certains sites fran&#231;ais abrit&#233;s par ces fournisseurs d'acc&#232;s proposent m&#234;me des listes de noms et les adresses de leurs &#034;ennemis&#034;, qui sont ainsi livr&#233;s &#224; la vindicte publique.&lt;/i&gt; &#187; ; c'est le nouvel argument d&#233;magogique &#224; la mode, on nous le ressort &#224; toutes les sauces. Cela semble &#224; premi&#232;re vue terrifiant, &#231;a ne rime tout simplement &#224; rien (inutile de d&#233;velopper, c'est trop navrant). Puis : &#171; &lt;i&gt;Les propos extr&#234;mement violents qu'on trouve sur ces sites peuvent d&#233;boucher sur une violence physique effective.&lt;/i&gt; &#187; ; le prototype du bon sens parfaitement infond&#233;... Enfin, des larmes dans les yeux, &#233;voquons &#171; &lt;i&gt;beaucoup d'adolescents, &#224; une p&#233;riode fragile de leur existence&lt;/i&gt; &#187;, et on comprendra la qualit&#233; de cette analyse sociologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, notons que &#171; &lt;i&gt;ces sites se donnent souvent un aspect ludique&lt;/i&gt; &#187;. Pure fadaise que notre &lt;i&gt;hardcore gamer&lt;/i&gt; de la vertu nous avait d&#233;j&#224; servie dans sa pr&#233;face de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.chez.com/aipj/aipj_finir.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Pour en finir avec les cybermarchands de la haine&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans laquelle il d&#233;non&#231;ait la &#171; &lt;i&gt;diffusion artisanale mais massive&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;de jeux vid&#233;o propageant, aupr&#232;s de la jeunesse, ce genre d'id&#233;ologie. Des dizaines, voire des centaines de jeux, sur le mod&#232;le du &#034;test aryen&#034;, &#034;clean Germany&#034; ou &#034;KZ-manager &#034;, ont circul&#233; parmi la jeunesse autrichienne, allemande, puis dans tous les pays occidentaux.&lt;/i&gt; &#187;, argumentaire totalement farfelu (on pourra revoir &#224; ce sujet certains arguments &#233;chang&#233;s dans le forum de l'article &#171; &lt;a href='http://www.uzine.net/article861.html' class='spip_in'&gt;Une association vertueuse...&lt;/a&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, lorsqu'il d&#233;nonce &#171; &lt;i&gt;une certaine religiosit&#233; &#034;techno-new age&#034;&lt;/i&gt; &#187;, c'est encore un discours sur le discours qu'il nous livre, se r&#233;f&#233;rant &#224; Pierre L&#233;vy. On relira la &lt;i&gt;&lt;a href='http://www.uzine.net/article224.html' class='spip_in'&gt;Lettre ouverte &#224; Philippe Breton&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de Cathexie, pour comprendre &#224; quel point Philippe Breton ne parle pas de l'internet tel qu'il est, mais d'un internet tel que d&#233;crit par quelques auteurs soigneusement s&#233;lectionn&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Mais de m&#234;me qu'une hirondelle ne fait pas le printemps et que l'habit ne fait pas le moine, un professseur au d&#233;partement hyperm&#233;dia de l'universit&#233; de Seine Saint-Denis (L&#233;vy) ne forme pas &#224; lui tout seul un &#034;culte de l'Internet&#034;, comme le laissent entendre vos si fr&#233;quentes r&#233;f&#233;rences &#224; ses oeuvres.&lt;/i&gt; &#187; Pour un d&#233;montage de l'ang&#233;lisme techno-new age &#224; la L&#233;vy, voir &lt;a href='http://www.uzine.net/article979.html' class='spip_in'&gt;les cahiers de vacances de l'Irresponsable&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Sur Hall-Bop, on dit ce qu'on veut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On entendra enfin sans doute dire, ultime argument, que la libert&#233; de communication doit &#234;tre totale, quel que soit le prix &#224; payer. Cette conception, tout am&#233;ricaine et marqu&#233;e d'une certaine religiosit&#233; &#034;techno-new age&#034;, n'est pourtant pas celle retenue dans la plupart des pays europ&#233;ens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et revoil&#224; le premier amendement ! Argument classique et pratique, puisqu'il permet &#233;videmment de d&#233;placer le d&#233;bat et de le rendre totalement impossible. Les m&#233;dias raffolent de ce genre de simplifications binaires (ceux qui veulent faire appliquer les lois contre ceux qui veulent une libert&#233; d'expression absolue), et on trouvera toujours quelqu'un pour accepter de pol&#233;miquer dans les forums sur ce sujet. D&#233;bat &#233;videmment st&#233;rile d&#232;s lors qu'on se focalise sur les p&#233;do-nazis et qu'on accepte un d&#233;bat purement moraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons tout de m&#234;me que, malgr&#233; le premier amendement, certains faits d&#233;crits par Philippe &#171; Free Speech Online &#187; Breton sont &#233;galement interdits aux Etats-Unis (voir notre explication sur les limites du &lt;a href='http://www.uzine.net/article48.html' class='spip_in'&gt;premier amendement&lt;/a&gt;) : l'auteur d'un site appellant &#224; la violence et d&#233;signant ses victimes en fournissant leurs coordonn&#233;es serait condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le du juge&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, le juge Gomez a droit &#224; la brosse &#224; reluire. Ce juge qui, dans une interview &#224; &lt;i&gt;Transfert&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-_2A' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Dans quatre ans, le Web sera r&#233;gul&#233;. On devrait au moins aboutir &#224; des (...)' id='nh2-_2A'&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, annonce que, d'ici quatre ans, l'internet sera r&#233;gul&#233;, &#231;a ne peut que lui faire plaisir. C'est donc &#171; &lt;i&gt;une des affaires les plus importantes concernant la r&#233;gulation des contenus diffus&#233;s sur internet&lt;/i&gt; &#187; (rien que &#231;a !), mais surtout, &#171; &lt;i&gt;le juge n'aura pas simplement &#224; dire la loi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'on parle de nos belles valeurs de chez nous oppos&#233;es aux valeurs pas belles des ricains, faudrait pas perdre de vue que, justement, tout l'int&#233;r&#234;t de notre syst&#232;me, c'est que les juges disent la loi, et rien d'autre. Les juges ne font pas la loi, les juges ne font pas la morale, les juges disent la loi, point ; c'est tout de m&#234;me ce qui garantit la d&#233;mocratie. &#192; la fin d'un proc&#232;s, on ne conclut pas par &lt;i&gt;Ite missa est&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on revient toujours au probl&#232;me habituel de ces actions : le recours syst&#233;matiques au r&#233;f&#233;r&#233;. Nous l'avions d&#233;j&#224; expliqu&#233; dans le &lt;a href='http://www.uzine.net/article296.html' class='spip_in'&gt;Petit historique des proc&#232;s antifachos&lt;/a&gt; : &#171; Il faut noter une subtilit&#233; ch&#232;re &#224; l'UEJF : utiliser le r&#233;f&#233;r&#233; &#224; tort et &#224; travers. En effet, la proc&#233;dure de r&#233;f&#233;r&#233; a deux caract&#233;ristiques importantes : l'&#233;vidence et l'urgence. C'est une proc&#233;dure rapide destin&#233;e &#224; mettre fin, d'urgence, &#224; un comportement dont le caract&#232;re illicite est &#233;vident et qui est en train de se poursuivre. Une proc&#233;dure de r&#233;f&#233;r&#233; n'ira pas, en particulier, revenir sur un principe de droit &#233;tabli ; pour cela, il faut un jugement sur le fond, car d&#233;terminer l'&#233;quilibre entre plusieurs lois ne peut &#234;tre d&#233;termin&#233; d'une mani&#232;re exp&#233;ditive. &#187; On ne peut pas d&#233;cr&#233;ter qu'un proc&#232;s est &#171; le plus important de l'histoire de l'internet &#187;, r&#233;clamer des inovations juridiques (le juge qui doit dire plus que la loi), et aller en r&#233;f&#233;r&#233; : c'est un contresens juridique absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne s'&#233;tonnera donc pas d'apprendre que &#171; &lt;i&gt;cette action&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;se situe dans le contexte de l'&#233;laboration de la future loi sur la &#034;soci&#233;t&#233; de l'information&#034;&lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; l'aveu de ce que sont ces types d'action : du pur lobbying juridique. Influer sur le processus l&#233;gislatif en manipulant les craintes s&#233;curitaires provoqu&#233;es par les p&#233;do-nazis, tenter d'enlever une derni&#232;re jurisprudence pour orienter la future loi, voire mener ses actions juridiques d'une mani&#232;re tellement catastrophique qu'on pourra une fois de plus crier au &#171; vide juridique &#187; afin d'obtenir une loi plus s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que Philippe Breton ne dit pas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout occup&#233; &#224; discuter avec des interlocuteurs imaginaires et &#224; choisir leurs arguments, Philippe Breton n&#233;glige de rappeler les arguments, la plupart parfaitement juridiques, que les fournisseurs d'acc&#232;s ont d&#233;j&#224; oppos&#233; &#224; l'association &lt;i&gt;J'accuse&lt;/i&gt; lors de la premi&#232;re audience de r&#233;f&#233;r&#233;. On pourra pour cela se reporter &#224; l'&lt;a href='http://www.uzine.net/article987.html' class='spip_in'&gt;ordonnance du juge Gomez&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les fournisseurs d&#233;noncent &#171; &lt;i&gt;le refus de l'association&lt;/i&gt; J'accuse &lt;i&gt;d'engager une r&#233;flexion s&#233;rieuse avec l'AFA et ses adh&#233;rents&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il y voir la confirmation de ce que l'association &lt;i&gt;IRIS&lt;/i&gt; d&#233;non&#231;ait &lt;a href=&#034;http://www.iris.sgdg.org/info-debat/comm-filtrage0701.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;dans un communiqu&#233;&lt;/a&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;La lutte contre le racisme et le n&#233;gationnisme m&#233;ritent, &#224; tout le moins, d'autres moyens d'actions que ceux de la contrainte et de l'intimidation, et d'autres arguments que l'appel &#224; l'&#233;motion par la manipulation d'analogies non pertinentes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les fournisseurs d&#233;noncent &#171; &lt;i&gt;le caract&#232;re collectif et ind&#233;termin&#233; de la mesure sollicit&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, et sont surpris &#171; &lt;i&gt;dans la mesure o&#249; certains sites d&#233;sign&#233;s sont en construction, que d'autres ne v&#233;hiculent pas un message manifestement illicite, que d'autres dont les contenus sont publi&#233;s en langue &#233;trang&#232;re ne visent manifestement pas les internautes se connectant depuis le territoire national et enfin qu'une quarantaine de sites d&#233;sign&#233;s ne sont pas accessibles par suite d'un filtrage mis en place par l'h&#233;bergeur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es (l'aspect tr&#232;s approximatif, ou tr&#232;s large, des coupures demand&#233;es), les fournisseurs r&#233;clament des URL de sites &#224; couper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les fournisseurs demandent que les auteurs des sites soient auparavant poursuivis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les fournisseurs contestent la comp&#233;tence du juge des r&#233;f&#233;r&#233;s. Et l'argumentaire juridique fourni ne ressemble pas &#224; une manoeuvre dilatoire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les fournisseurs &#171; &lt;i&gt;contestent avoir une &#034;obligation naturelle d'agir&#034; qui serait de toutes fa&#231;ons contraire aux textes qui r&#233;gissent leur activit&#233; et m&#234;me aux dispositions de la loi du 1er ao&#251;t 2000&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les fournisseurs, enfin, rappellent leurs initiatives contre la banalisation du racisme et du nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant d'arguments un peu plus juridiquement fond&#233;s que l'invocation des adolescents &#224; un p&#233;riode fragile de leur existence... arguments qui m&#233;ritent en tout cas d'&#234;tre discut&#233;s. Mais Philippe Breton pr&#233;f&#232;re discuter avec ses interlocuteurs fantasmatiques, avec ses pseudo-lib&#233;raux-libertaires &#224; la religiosit&#233; techno-new age...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-_2A'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-_2A' class='spip_note' title='Notes 2-_2A' rev='appendix'&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans quatre ans, le Web sera r&#233;gul&#233;. On devrait au moins aboutir &#224; des avanc&#233;es significatives. La pression m&#233;diatique, la prise de conscience des citoyens, les d&#233;bats parlementaires, la formation des internautes d&#232;s l'&#233;cole peuvent y aider.&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Transfert&lt;/i&gt; n&#176;8, octobre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Philippe Breton est un menteur</title>
		<link>http://www.uzine.net/article605.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.uzine.net/article605.html</guid>
		<dc:date>2001-02-27T16:24:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Chemla</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une conf&#233;rence comme beaucoup d'autres. L'auteur d'un livre un peu pol&#233;mique vient faire partager sa th&#232;se avec un public venu l&#224; pour l'&#233;couter et le voir, quoi de plus banal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et la conf&#233;rence donn&#233;e par Philippe Breton, chercheur en sociologie au CNRS et professeur &#224; la Sorbonne, sur son dernier ouvrage Le culte de l'internet ne trahissait pas le genre : un plan bien r&#244;d&#233;, des &#171; petites phrases &#187; idoines pour faire rire le public aux moments pr&#233;vus, un discours tout ce qu'il y a de plus convaincant et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique62.html" rel="directory"&gt; Les th&#232;mes r&#233;currents&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une conf&#233;rence comme beaucoup d'autres. L'auteur d'un livre un peu pol&#233;mique vient faire partager sa th&#232;se avec un public venu l&#224; pour l'&#233;couter et le voir, quoi de plus banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la conf&#233;rence donn&#233;e par Philippe Breton, chercheur en sociologie au CNRS et professeur &#224; la Sorbonne, sur son dernier ouvrage &lt;a href=&#034;http://www.minirezo.net/article224.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Le culte de l'internet&lt;/a&gt; ne trahissait pas le genre : un plan bien r&#244;d&#233;, des &#171; petites phrases &#187; idoines pour faire rire le public aux moments pr&#233;vus, un discours tout ce qu'il y a de plus convaincant et que j'oserais r&#233;sumer ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il existe un r&#233;el besoin de d&#233;bat social autour d'Internet et de ses usages comme autour de toute nouveaut&#233; technologique. Un d&#233;bat rendu impossible parce que le discours qui entoure le sujet de ce d&#233;bat in&#233;luctable est fait de b&#233;atitude ou de rejet visc&#233;ral, l'un comme l'autre venant de personnes qui ne sont pas en &#233;tat d'accepter la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les premiers font d'Internet l'objet d'une id&#244;latrie qui les conduit tour &#224; tour &#224; affirmer son in&#233;luctabilit&#233; pour des raisons quasi-religieuses (r&#233;union du genre humain, fusion des esprits, village plan&#233;taire) ou financi&#232;res (il y a trop d'argent en jeu pour seulement d&#233;battre de la possibilit&#233; qu'il disparaisse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les seconds sont des technophobes qui rejettent en bloc l'outil tel qu'il est pr&#233;sent&#233;, notamment en raison de cette in&#233;luctabilit&#233; pr&#233;sente dans le discours publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Philippe Breton entend donc creuser une troisi&#232;me voie, critique mais raisonnable, de l'outil et de ses applications, en dehors de toute id&#244;latrie, du haut de ses diplomes et de sa sp&#233;cialisation dans la sociologie dela communication. Une voie qui permettrait enfin de sortir Internet d'une id&#233;ologie qui lui semble dangereuse parce qu'elle est utopique et am&#232;ne &#224; des comportements contre-productifs dans l'usage m&#234;me de l'outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc sur quoi est bas&#233; le discours de l'auteur. On applaudirait &#224; deux mains si l'on avait lu un autre ouvrage du m&#234;me auteur : &lt;i&gt;La parole manipul&#233;e&lt;/i&gt;, dans lequel il d&#233;monte un certain nombre des techniques de manipulation d'un auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut bien se rendre &#224; l'&#233;vidence : ces techniques qu'il d&#233;nonce comme dangereuses lorsqu'elles sont utilis&#233;es dans la communication politique, Philippe Breton les utilise toutes, ou presque, lorsqu'il s'agit de convaincre son auditoire d'un soir. &#192; croire qu'il n'est pas capable d'appliquer &#224; lui-m&#234;me la rigueur qu'il demande aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car son discours est bas&#233; sur un mensonge par omission, tr&#232;s certainement volontaire de la part d'un auteur qui a &#233;crit d&#233;j&#224; deux ouvrages de r&#233;f&#233;rence sur le sujet, puis sur un artifice rh&#233;torique de bas &#233;tage pour &#233;tayer un discours dont je dois constater l'inanit&#233;, le vide, l'inint&#233;r&#234;t profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mensonge par ommission est simple : oui Internet est in&#233;luctable, mais pas pour les raisons que fournit Philippe Breton &#224; son auditoire d'un soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons qu'il donne sont les raisons que lui a choisi de donner parce qu'il sait pouvoir les r&#233;futer ais&#233;ment. Ce sont des raisons existantes dans le discours qui entoure Internet, c'est vrai, mais ce ne sont pas les seules. Ce sont seulement les seules qu'il puisse d&#233;monter ais&#233;ment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;i&gt;Internet fait l'objet d'un discours quasi-religieux&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Oui, c'est vrai, certains illumin&#233;s surm&#233;diatis&#233;s que cite P. Breton (L&#233;vy, Qu&#233;au) ont un discours qui n'est que fantasmatique.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais il s'agit d'une poign&#233;e de personnages dont les paroles ne sont prises au s&#233;rieux par personne, sauf par Philippe Breton lui-m&#234;me et par les quelques m&#233;dias en mal de sensationnalisme dont il semble tirer toutes ses informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;i&gt;Internet est intouchable parce qu'il est source de trop d'espoirs de profits financiers.&lt;/i&gt; Oui ce discours existe et oui il est stupide parce qu'on n'interdit pas un d&#233;bat de soci&#233;t&#233; pour des raisons financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais non ces deux aspects superficiels du discours qui entoure Internet ne sont pas les seuls qui soient, loin de l&#224;. Ils sont m&#234;me sans doute les deux arguments les moins utilis&#233;s et les moins &#233;cout&#233;s. Le simple fait que Philippe Breton n&#233;glige (volontairement &#224; mon sens) les r&#233;els arguments qui font d'Internet autre chose qu'un &#171; simple outil de plus qui simplifie des t&#226;ches pr&#233;existantes et qu'il faut consid&#233;rer comme tel et comme rien d'autre &#187; est significatif d'une manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Breton ne s'adresse pas &#224; un public averti. Il parle &#224; des gens qui n'ont ni la formation ni les comp&#233;tences techniques pour voir les failles de son discours. Mais elles existent et, encore une fois j'insiste, de la part de quelqu'un qui sait si bien ce qu'est la manipulation dans la communication d'une part et si bien ce que repr&#233;sente Internet d'autre part, il ne peut s'agir d'une r&#233;elle volont&#233; de manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe bel et bien des raisons qui font qu'Internet est in&#233;luctable. Elles sont discutables, comme toutes les raisons, mais elle sont bien plus difficile &#224; r&#233;futer que les caricatures utilis&#233;es par Philippe Breton :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;i&gt;Internet r&#233;pond &#224; un besoin social.&lt;/i&gt; Loin de la &#171; communication &#187; dont parle Philippe Breton et qui dans son discours est limit&#233; soit &#224; un dialogue (le courrier &#233;lectronique) soit &#224; la diffusion de masse (le web), il existe gr&#226;ce &#224; Internet des outils permettant &#224; des groupes humains partageant des passions communes de se rencontrer. Des outils dont aucun &#233;quivalent n'existait avant Internet (expliquez-moi donc comment j'aurais pu faire la connaissance de la majorit&#233; des amis d'&#226;ges, de cultures, de lieux de vie et de langues diff&#233;rents de la mienne sans cet outil). Certes ces rencontres sont virtuelles dans un premier temps, mais elle ne le restent jamais bien longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;i&gt;Internet r&#233;pond &#224; un besoin structurel.&lt;/i&gt; La somme de connaissance de l'humanit&#233; a atteint un seuil &#224; partir duquel un outil nouveau devenait n&#233;cessaire &#224; la diffusion des savoirs. Internet est l'outil id&#233;al pour &#231;a, ou en tous cas il peut le devenir facilement : apr&#232;s tout il a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour &#231;a. Tout y est bas&#233; sur le partage du savoir. La logique m&#234;me du Web, et l'importance innovatrice des liens hypertextes, cr&#233;e quelque chose de neuf dans ce domaine, qu'on ne peut rapprocher d'aucun outil pr&#233;existant. Que Philippe Breton opine lorsqu'on lui dit qu'apr&#232;s tout Internet n'est rien d'autre que le rempla&#231;ant &#171; un peu plus pratique de nos anciennes ron&#233;os &#187; montre &#224; l'&#233;vidence qu'il passe &#224; c&#244;t&#233; de ph&#233;nom&#232;nes sans pr&#233;c&#233;dent dans le domaine de la communication, et qui ont une importance sociologique que lui, d'abord, devrait relever. Et qu'il oublie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.uzine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1581558833' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et surtout, surtout, &lt;i&gt;Internet permet l'exercice r&#233;el d'une libert&#233; fondamentale jusque l&#224; confin&#233;e &#224; des textes fondateurs mais jamais r&#233;alis&#233;e : le droit &#224; la libert&#233; d'expression pour tous et sans restriction de fronti&#232;re&lt;/i&gt; tel qu'il est d&#233;fini dans la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme. Et oui : je parle bien d'expression et non pas de simple &#171; communication &#187;. Ce mot-l&#224;, &#171; expression &#187;, est &#233;trangement absent du discours de Philippe Breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces raisons l&#224;, notre sociologue se garde bien de les citer. Il ne peut les ignorer, mais elles sont en effet difficilement r&#233;futables, parce que la d&#233;magogie ne permet pas de les contourner aussi facilement que les seules raisons qu'il cite lui. Et je ne parle m&#234;me pas des raisons techniques qui font que, quel que soit le r&#233;sultat du d&#233;bat national souhait&#233;, il sera toujours possible &#224; un citoyen quel qu'il soit de se connecter &#224; Internet, y compris s'il doit pour cela se connecter &#224; un fournisseur d'acc&#232;s &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; moins de fermer nos fronti&#232;res &#224; toute forme de communication hertzienne, satellitaire, filaire et j'en oublie, Internet ne peut pas &#234;tre ferm&#233;, ni m&#234;me interdit d'acc&#232;s &#224; quiconque, ni filtr&#233; de mani&#232;re efficace quoi que Philippe Breton ait (mal) compris des avis d'experts rendus lors du proc&#232;s Yahoo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui Internet est in&#233;luctable. Oui on peut et on doit d&#233;battre de ses usages et de son influence sur la soci&#233;t&#233; (et nombreux sont les acteurs du r&#233;seau qui r&#233;clament ce d&#233;bat l&#224; depuis des ann&#233;es, n'en d&#233;plaise &#224; notre messie autoproclam&#233;), mais baser son discours sur le fait qu'il n'est pas trop tard pour d&#233;cider de la n&#233;cessite d'Internet est un mensonge par omission. Et pas un petit mensonge, mais un bon, gros, beau mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je n'&#233;cris pas tout ceci pour d&#233;noncer un mensonge. Pas seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Breton est, je l'ai dit, charg&#233; de recherche au CNRS et professeur &#224; la Sorbonne. Il est &#233;cout&#233; en tant que tel, et il a une responsabilit&#233; morale quant &#224; sa parole publique et aux messages qu'il transmet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant haut et fort que le discours de quelques fous sympathiques est celui de tous ceux qui d&#233;fendent le fait qu'Internet constitue l'embryon d'une &#233;volution sociale d'envergure, en oubliant volontairement les vrais arguments qui sont derri&#232;re cette affirmation, il commet le p&#233;ch&#233; m&#234;me qu'il d&#233;nonce : il modifie de fait les usages futurs d'Internet en d&#233;formant, en affaiblissant l'importance sociale de cet outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se d&#233;menant, par le mensonge et le m&#233;pris, pour d&#233;montrer qu'Internet n'est &#171; qu'un outil de communication de plus, dangereux parce que trop de communication tue la communication &#187;, il contribue &#224; cr&#233;er une image m&#233;diatique d'Internet qui est une fausse image, une image qui l'arrange et sans doute parce que (comme &#224; tant d'autre) la r&#233;alit&#233; de la parole rendue aux simples citoyens, les lambdas d&#233;munis qui n'ont ni chaire ni &#233;diteur pour pouvoir s'exprimer, lui fait peur. Qu'il a peur de perdre sa part du monopole de la parole publique, de ce monopole dont il vit, qui lui permet d'&#234;tre &#233;cout&#233;, publi&#233;, entendu. Lui et pas ceux qu'il d&#233;nonce par ailleurs comme des &#171; libertaires aveugles qui font inconsciemment le jeu du march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Breton base son discours sur la critique d'un discours qu'on ne peut m&#234;me pas qualifier de minoritaire tant il est d&#233;lirant. Sur le discours de 2 ou 3 personnes dans le monde, surm&#233;diatis&#233;es comme de juste par des m&#233;dias qui ne parlent que de sensationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'arr&#234;tait l&#224; je me contenterai de dire qu'il ne s'agit que d'un d&#233;bat sans importance entre des fous et un menteur. Mais il ne s'arr&#234;te pas l&#224; : en usant d'un proc&#233;d&#233; rh&#233;torique digne d'un &#233;tudiant de 1&#232;re ann&#233;e des cours qu'il donne, il use de la critique d'une exception pour faire entendre un message qu'il pr&#233;sente comme un discours &#224; usage g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant que ces fous repr&#233;sentent la totalit&#233; de ce qui est dit au sujet d'Internet, il pr&#233;sente sa r&#233;ponse comme une r&#233;ponse qui concerne &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; le discours autour d'Internet, y compris le discours de ceux qui tiennent des raisonnements qu'il ne pourrait pas d&#233;molir par quelques proc&#233;d&#233;s d&#233;magogiques du genre de celui dont il use en conclusion &#171; vos enfants sont tous des hors la loi puisqu'ils utilisent Napster &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais aussi parler de la fa&#231;on dont il d&#233;forme les paroles d'autres sociologues dans le sens qui l'arrange, lui. L'argument d'autorit&#233; est vieux comme la rh&#233;torique, et nul ne le sait mieux que Philippe Breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais encore rapporter la r&#233;ponse stup&#233;fiante qu'il a faite &#224; une personne du public qui s'&#233;tonnait qu'un sociologue se contente de critiquer le discours plut&#244;t que de critiquer les usages. Notre chercheur a r&#233;pondu ces mots savoureux : &#171; J'aimerais bien mais jamais je ne pourrais trouver de financement pour faire un vrai travail sur les usages, je dois donc me contenter de faire un travail sur le discours &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entendais, de ma place de simple citoyen, un scientifique me dire &#171; Je n'ai pas les moyens de mener une recherche scientifique digne de ce nom, alors je me contente de publier des textes pol&#233;miques bas&#233;s sur des paroles entendues &#231;a et l&#224; que je consid&#232;re comme la totalit&#233; du discours sur le sujet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entendais parler un scientifique qui n'avait m&#234;me pas conscience de se d&#233;cr&#233;dibiliser totalement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; culte d'Internet &#187;, un mythe boomerang</title>
		<link>http://www.uzine.net/article319.html</link>
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		<dc:date>2000-12-02T01:12:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;vy, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Wolton, Dominique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#171; euphorie &#187; qui entoure les nouvelles technologies, et que fustigent les sociologues, est en r&#233;alit&#233; le fait exclusif des marchands et des hommes politiques. Les citoyens n'y sont pour rien, mais ce sont eux qui en subissent les cons&#233;quences : sous pr&#233;texte de r&#233;futer les d&#233;lires des &#171; techno-b&#233;ats &#187;, les discours alarmistes d'un Dominique Wolton ou d'un Philippe Breton instillent ou confortent des id&#233;es r&#233;actionnaires, et pr&#233;parent le terrain &#224; la censure. Derri&#232;re eux, toute une g&#233;n&#233;ration, celle des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique121.html" rel="directory"&gt;Cr&#233;ations et r&#233;manences&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot4.html" rel="tag"&gt;L&#233;vy, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.uzine.net/mot10.html" rel="tag"&gt;Wolton, Dominique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; qui entoure les nouvelles technologies, et que fustigent les sociologues, est en r&#233;alit&#233; le fait exclusif des marchands et des hommes politiques. Les citoyens n'y sont pour rien, mais ce sont eux qui en subissent les cons&#233;quences : sous pr&#233;texte de r&#233;futer les d&#233;lires des &#171; &lt;i&gt;techno-b&#233;ats&lt;/i&gt; &#187;, les discours alarmistes d'un Dominique Wolton ou d'un Philippe Breton instillent ou confortent des id&#233;es r&#233;actionnaires, et pr&#233;parent le terrain &#224; la censure. Derri&#232;re eux, toute une g&#233;n&#233;ration, celle des &#171; &lt;i&gt;baby-boomers&lt;/i&gt; &#187;, confortablement install&#233;e dans une existence facile, dans ses positions sociales prestigieuses, s'acharne &#224; &#233;radiquer toute r&#233;flexion constructive autour de l'essor des nouvelles technologies. Elle peut s'offrir le luxe du pessimisme : elle n'a pas besoin d'Internet. Et elle ne voit pas qu'il peut s'agir, pour ses enfants, d'un outil essentiel, susceptible de les aider &#224; contourner les blocages actuels de la soci&#233;t&#233;, en tissant des r&#233;seaux de relations d'un genre nouveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui frappe, dans les discours publics qui entourent l'essor d'Internet, c'est que ce sont toujours des discours qui r&#233;pondent &#224; d'autres discours : ce n'est que rarement qu'ils se r&#233;f&#232;rent &#224; des pratiques, &#224; une r&#233;alit&#233; qu'ils s'attacheraient &#224; comprendre et &#224; d&#233;crire. Le m&#233;canisme est simple : les propos tenus par &lt;a href=&#034;http://www.minirezo.net/article224.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Philippe Breton&lt;/a&gt; et surtout par Dominique Wolton partent du pr&#233;suppos&#233; qu'il existe, au sein de la soci&#233;t&#233;, une &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; technologique. (Dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, Serge Halimi nous a h&#233;las fait le m&#234;me coup en &#233;voquant &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/HALIMI/14154.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;des cyber-militants trop euphoriques&lt;/a&gt; &#187; cens&#233;s &#171; &lt;i&gt;scander &#171; r&#233;seaux ! &#187;, &#171; r&#233;seaux ! &#187;, &#171; r&#233;seaux ! &#187; en sautant sur [leur] chaise&lt;/i&gt; &#187;.) Bien. Regardons-y de plus pr&#232;s : dans leur esprit, d'o&#249;, exactement, vient cette euphorie ? Les r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises sont rares : on comprend n&#233;anmoins que les discours auxquels Dominique Wolton se soucie de r&#233;pondre sont ceux des publicitaires et des hommes politiques. Or, qui ignore encore que les publicitaires sont pass&#233;s ma&#238;tres dans l'art du mensonge, de l'imposture et de la r&#233;cup&#233;ration ? Depuis quand &#233;crit-on des ouvrages entiers pour r&#233;futer les arguments des publicitaires ? Quand Dominique Wolton, fulminant, viendra-t-il nous expliquer en long et en large sur tous les plateaux de t&#233;l&#233;vision que non, toutes les femmes ne sont pas des putes, que non, les voitures puissantes ne font pas jouir ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux hommes politiques, on conna&#238;t l'ignorance crasse qui domine, chez eux, en mati&#232;re d'Internet &#8211; quand le m&#233;dia ne leur inspire pas carr&#233;ment une terreur et un d&#233;sir de censure instinctifs. Il s'agit l&#224; d'un sujet sur lequel la classe politique est nettement en retard sur la soci&#233;t&#233; civile, et qu'elle ne brandit le plus souvent que pour se donner une image &#171; &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; &#187;. Que l'on se souvienne seulement du d&#233;sastreux &#233;pisode de la visite de Bill Gates en France en 1998, de la &#171; &lt;i&gt;coop&#233;ration &#233;troite&lt;/i&gt; &#187; entre le gouvernement et Microsoft annonc&#233;e fi&#232;rement &#224; cette occasion par Dominique Strauss-Kahn&#8230; Le &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/microsoft/actu/980206mul.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;toll&#233;&lt;/a&gt; parmi les internautes avait &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ral. Dans les fantasmes dangereux des hommes politiques, Internet sugg&#232;re la possibilit&#233; illusoire et criminelle de se d&#233;barrasser de toutes les responsabilit&#233;s qui sont les leurs, en faisant passer la soci&#233;t&#233; en pilotage automatique : laisser les ordinateurs r&#233;gler la question de l'&#233;ducation des enfants, laisser la nouvelle &#233;conomie r&#233;gler la question du ch&#244;mage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; qui agiterait toute la soci&#233;t&#233; est donc une invention : c'est parmi ceux qui utilisent le plus activement Internet qu'elle est le moins r&#233;pandue. Elle n'existe qu'au sein de quelques cat&#233;gories socio-professionnelles, qui b&#233;n&#233;ficient certes d'une large audience - ce qui peut faire illusion -, mais qui restent cependant extr&#234;mement minoritaires, et dont la connaissance pratique d'Internet est soit tr&#232;s partielle, soit tr&#232;s lointaine. Mais peu importe : prendre pour cible une &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; suppos&#233;e, pr&#233;tendre en prendre le contre-pied, permet ensuite de lancer les pires platitudes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Voire des consid&#233;rations indignes du caf&#233; du commerce, comme cette perle de (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en les faisant passer pour des r&#233;v&#233;lations fracassantes (&#171; &lt;i&gt;Le Net est un r&#233;seau non pensant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Dominique Wolton, Le Monde,7 juin 1999.' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;Il ne faut pas confondre performance des tuyaux et d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Idem, Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;Au bout d'un moment il faut &#233;teindre l'ordinateur et sortir&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Idem, Le Monde, 7 septembre 2000.' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;) et de tenir les discours les plus r&#233;pressifs et r&#233;actionnaires en les faisant appara&#238;tre comme iconoclastes et courageux. Dominique Wolton soigne lui-m&#234;me complaisamment cette image : &#171; &lt;i&gt;Etre chercheur&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, lyrique, &lt;i&gt;c'est cultiver sa libert&#233; et sa r&#233;volte. Et donc la soci&#233;t&#233; qui n'aime ni l'une ni l'autre vous per&#231;oit comme un provocateur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Portrait de Dominique Wolton, Le Monde, 7 juin 1999.' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Toutes les recensions de ses livres abondent dans son sens : &#171; &lt;i&gt;Grin&#231;ant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;A contre-courant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Lib&#233;ration, 20-21 mars 2000.' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;Sans complaisance&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce concert de louanges, on se dit que l'&#233;minent sociologue se montre bien ingrat. &#171; &lt;i&gt;Depuis dix ans aux Etats-Unis, depuis cinq ans en France&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='appendix' title='Dans son livre d'entretiens : Internet, petit manuel de survie (Ah ! ce (...)' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;on entend le m&#234;me message matraqu&#233; &#224; longueur de colonnes : &#171; Internet va tout bouleverser &#187;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Ah, bon ! Vraiment ? O&#249; donc a-t-il lu cela ? Prenez n'importe quel d&#233;bat sur Internet aujourd'hui, dans la presse, mais aussi &#224; la radio, &#224; la t&#233;l&#233;vision : qui est invit&#233;, qui temp&#234;te et vitup&#232;re contre les &#171; &lt;i&gt;thurif&#233;raires de l'Internet&lt;/i&gt; &#187; ? Dominique Wolton soi-m&#234;me ! Mais est-ce vraiment &#233;tonnant ? Comment les journalistes, au moment o&#249; ils voient leur monopole sur l'expression publique menac&#233; par l'essor d'Internet, ne sentiraient-ils pas leur oreille d&#233;licieusement chatouill&#233;e par cet invit&#233; qui mart&#232;le : &#171; &lt;i&gt;Il faut revaloriser le m&#233;tier de tous ceux qui ont pour t&#226;che de valider et de critiquer l'information&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Lors d'un colloque au Centre de formation des journalistes. Le Monde, 26 (...)' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment r&#233;unir les gens pour qu'ils m'&#233;coutent ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ici appara&#238;t clairement le but atteint, sinon recherch&#233;, par ce genre de discours : le verrouillage. Dominique Wolton cultive peut-&#234;tre &#171; &lt;i&gt;sa libert&#233; et sa r&#233;volte&lt;/i&gt; &#187; : quant &#224; celles des autres, il se charge d'y mettre bon ordre. Plut&#244;t cocasse, de la part d'un homme qui d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;C'est l'alt&#233;rit&#233; qui me fascine&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='appendix' title='In Le Monde, 7 juin 1999.' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Dans sa recension des entretiens qui composent &lt;i&gt;Internet, petit manuel de survie&lt;/i&gt;, le journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; commente d'ailleurs : &#171; &lt;i&gt;Devant ce d&#233;ferlement, Olivier Jay exprime parfois ouvertement son d&#233;saccord avec le sociologue, qui s'en &#233;meut fort peu. Le cadre de ce type d'entretien journalistique ne permet pas de d&#233;velopper de v&#233;ritable contradiction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='appendix' title='&#034;Fausse id&#233;ologie du Net&#034;, Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quant &#224; Jean-Pierre Cloutier, des &lt;i&gt;Chroniques de Cyb&#233;rie&lt;/i&gt;, il relatait en 1998 une table ronde pour le moins agit&#233;e : &#171; &lt;i&gt;On aura appris de Wolton que vingt ans de recherche en communication au CNRS ne rendent pas n&#233;cessairement perm&#233;able &#224; la contestation de ses id&#233;es, ce qui n'excuse nullement ses &#233;carts de langage &#224; l'endroit d'un des participants...&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-12' class='spip_note' rel='appendix' title='In Les Chroniques de Cyb&#233;rie, 17 novembre 1998.' id='nh3-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce caract&#232;re que l'on devine un peu soupe au lait n'emp&#234;che pas notre homme, par ailleurs, de se demander ing&#233;nument : &#171; &lt;i&gt;C'est bien beau de r&#233;unir des gens int&#233;ress&#233;s par la m&#234;me chose dans le monde entier, mais la question est : est-ce que ces gens pourront un jour vivre avec d'autres gens qui ne pensent pas comme eux ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire les autres au silence pour mieux conserver sa propre autorit&#233; intellectuelle : telle est, r&#233;sum&#233;e cr&#251;ment, la motivation plus ou moins consciente sous-jacente &#224; ces discours qui fustigent violemment la pr&#233;tendue &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; suscit&#233;e par Internet. Pour se donner bonne conscience, il suffit d'amalgamer joyeusement libert&#233; d'expression et lib&#233;ralisme &#233;conomique, histoire de se sentir dans la peau d'un vaillant militant anti-mondialisation, plut&#244;t que dans celle d'un m&#233;chant censeur : &#171; &lt;i&gt;Pas de libert&#233; sans r&#233;glementation. Les Etats-Unis qui disent le contraire ont tout int&#233;r&#234;t &#224; cela, puisqu'ils d&#233;tiennent l'industrie de la communication.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-13' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 20-21 mars 1999.' id='nh3-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et, tant qu'on y est, confondons aussi r&#233;gulation des contenus et travail de la justice, le public apeur&#233; n'y verra que du feu : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde encense cette libert&#233; de communication, mais pendant que les ONG tentent de se battre contre les dictatures, la mafia, elle, ainsi que les p&#233;dophiles ou les sp&#233;culateurs aussi sont en ligne. Il faut r&#233;glementer la toile et le contenu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-14' class='spip_note' rel='appendix' title='Idem.' id='nh3-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en d&#233;poss&#233;der les citoyens, il faut &#224; tout prix (se) prouver que seule une petite &#233;lite est capable de faire un usage &#233;clair&#233; de la communication. Pour vous, la t&#233;l&#233;vision est essentiellement un m&#233;dia vulgaire, lobotomisateur, monopolis&#233; par des groupes financiers ultra-lib&#233;raux, peupl&#233; d'animateurs rapaces, qui m&#233;prise son public, et stimule ses plus bas instincts ? Eh bien, vous vous trompez lourdement. Dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, Michel Alberganti r&#233;sume ainsi la pens&#233;e de Wolton : &#171; &lt;i&gt;L'interactivit&#233; conduit &#224; trouver ce que l'on cherche, alors que la radio et la t&#233;l&#233;vision, en imposant leurs programmes, contraignent &#224; accepter l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-15' class='spip_note' rel='appendix' title='In Le Monde, 28 septembre 2000.' id='nh3-15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Wolton lui-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas aussi facile que &#231;a de faire vivre ensemble une communaut&#233; h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Mais c'est en tout cas ce que tentent de faire les m&#233;dias de masse en proposant une offre de programmes, diff&#233;rents, mais qui font tenir ensemble tout le monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-16' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 9 avril 1999.' id='nh3-16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; A vous tirer des larmes, non ? Honte &#224; nous, qui m&#233;connaissons scandaleusement les grands philanthropes que sont les hommes de t&#233;l&#233;vision ! Ou encore : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de m&#233;dia sans construction de programme, sans une grille qui, loin d'&#234;tre une prison, est un acte ambitieux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-17' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 20-21 mars 1999.' id='nh3-17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Allez, encore une petite : &#171; &lt;i&gt;Seuls les m&#233;dias &#233;manant d'une logique de l'offre, seuls les m&#233;dias de masse, qui cherchent &#224; int&#233;resser le plus grand nombre, g&#232;rent cette question de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Ils peuvent ainsi permettre une &#233;mancipation culturelle et politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-18' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 20-21 mars 1999.' id='nh3-18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans quel monde vivent ces gens ? Leur arrive-t-il parfois de regarder &lt;i&gt;Qui veut gagner des millions&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;C'est mon choix&lt;/i&gt; ? Quant &#224; la conception qu'ils se font de ce fameux &#171; &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; &#187; auquel ils veulent tant de bien&#8230; &#171; &lt;i&gt;A quoi sert d'avoir acc&#232;s &#224; la biblioth&#232;que du Congr&#232;s am&#233;ricain, si on ne sait pas o&#249; se situent les Etats-Unis ni ce que repr&#233;sente cette biblioth&#232;que ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-19' class='spip_note' rel='appendix' title='In Lib&#233;ration, 9 avril 1999.' id='nh3-19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fustiger l'euphorie pour mieux r&#233;pandre la neurasth&#233;nie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Seuls les marchands, les publicitaires, les hommes politiques, propagent donc cette fameuse &#171; &lt;i&gt;euphorie&lt;/i&gt; &#187; : les citoyens, les internautes, n'y sont strictement pour rien. En revanche, ils sont les victimes directes &#8211; et les &lt;i&gt;seules&lt;/i&gt; victimes : marchands, publicitaires et hommes politiques se portent bien, merci pour eux &#8211; de ces discours qui, sous pr&#233;texte de fustiger un surcro&#238;t d'optimisme, les condamnent au silence et &#224; la morosit&#233;, et pr&#233;parent le terrain &#224; la reprise en main et &#224; la censure. Ce sont eux qui doivent supporter de voir poser partout, comme si elles &#233;taient cruciales, des questions aussi imb&#233;ciles et aberrantes que &#171; &lt;i&gt;Faut-il vouer un culte &#224; Internet ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-20' class='spip_note' rel='appendix' title='Grand d&#233;bat qui agite Le Monde interactif, 29 novembre 2000.' id='nh3-20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce sont eux qui, s'ils ont le malheur d'&#233;mettre une observation un tant soit peu positive sur les apports d'Internet, prennent le risque de voir leur revenir dans la figure cette accusation : ah ! Vous voyez ? Vous vouez un culte &#224; Internet ! Vous &#234;tes un technophile cyberb&#233;at ! Vous &#234;tes un libertaire irresponsable, na&#239;f, inconscient, infantile !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sanction sera imm&#233;diate de la part d'un pouvoir m&#233;diatique que d&#233;mange le besoin n&#233;vrotique de conjurer les mutations sociales induites par le r&#233;seau, de les refouler, de les nier, de les repousser prestement du pied sous le tapis. Le vocabulaire employ&#233; ne peut que frapper : Michel Alberganti, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, termine sa recension &#233;logieuse du livre de Wolton en d&#233;clarant que notre grand chercheur &#171; &lt;i&gt;referme le couvercle du cercueil de la &#171; r&#233;volution &#187; Internet&lt;/i&gt; &#187;. (Vous noterez les guillemets &#224; &#034;&lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt;&#034;, qui font office de gousse d'ail, ou de crucifix.) Ouf ! Quel soulagement ! Pourvu qu'il ait bien enfonc&#233; les clous ! Esp&#233;rons que cette saloperie ne soul&#232;vera pas la dalle de sa s&#233;pulture, la nuit, pour revenir nous hanter, et peupler nos nuits du cauchemar de la libert&#233; d'expression pour tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de fustiger une euphorie improbable, pour mieux propager une neurasth&#233;nie qui, elle, est bien r&#233;elle. Pour &#233;viter que les clous du cercueil ne sautent, il faut emp&#234;cher toute &#233;bauche de projet philosophique ou politique &#8211; ce projet que Wolton s'&#233;poumone pourtant, bien hypocritement, &#224; appeler de ses voeux -, toute th&#233;orisation visant &#224; acclimater les nouvelles technologies &#224; nos modes de vie, &#224; en explorer les usages utiles, cr&#233;atifs et novateurs. Vous pouvez vous rouler par terre en pr&#233;disant qu'Internet causera la fin du monde &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, comme Paul Virilio ; vous pouvez fustiger les &#171; &lt;i&gt;crimes d'expression&lt;/i&gt; &#187; qui se commettent chaque jour &#171; &lt;i&gt;par milliers&lt;/i&gt; &#187; sur le r&#233;seau, et appeler &#224; une &#171; &lt;i&gt;r&#233;sistance de l'esprit&lt;/i&gt; &#187;, comme Jean-Claude Guillebaud, dans un &#233;ditorial d&#233;lirant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-21' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Nouvel Observateur, 18 novembre 2000. Quel cr&#232;ve-coeur...' id='nh3-21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (voir l'article de Marc Laim&#233;, &lt;a href=&#034;http://www.minirezo.net/article305.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Libert&#233; d'expression : la grande peur des bien-pensants&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) : &#171; &lt;i&gt;Il n'y aurait d&#233;cid&#233;ment qu'&#224; &#171; laisser faire &#187; et enfler cette &#171; chose &#187; ; laisser se m&#233;langer jusqu'&#224; la fin des temps le faux et le vrai, le crime et la v&#233;rit&#233;, le service et le vol, dans un inextricable salmigondis (la &#171; &lt;/i&gt;poubelle du monde&lt;i&gt; &#187;, dit Finkielkraut) o&#249; la raison n'aurait plus rien &#224; tenter. Mais, nom d'une pipe !, personne ne peut consentir &#224; cette capitulation ! En attendant mieux, apprenons donc &#224; mettre obstin&#233;ment, et chaque fois que nous le pouvons, l'Internet &#224; l'examen. Un examen curieux et intransigeant. Il y va d'une certaine id&#233;e de la v&#233;rit&#233;...&lt;/i&gt; &#187; (Oui, vous avez bien compris ce qu'il y avait &#224; comprendre : Jean-Claude Guillebaud et ses prestigieux confr&#232;res ont le monopole de la v&#233;rit&#233;.) Plus vous jouerez les Cassandre hyst&#233;riques, et plus on vous consid&#233;rera avec estime et respect, plus on vous trouvera adulte, lucide, responsable, plus on vous donnera complaisamment la parole. Les valeurs &#224; la mode sont la m&#233;fiance, le scepticisme pisse-froid de bon aloi, la peur, le repli sur soi, l'id&#233;alisation de tout ce qui n'est pas Internet et la diabolisation de tout ce qui y touche. &#171; &lt;i&gt;Petit recueil de critiques &#224; l'usage de ceux qui se m&#233;fient d'Internet sans savoir pourquoi&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, c'est ainsi que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; pr&#233;sente le livre de Dominique Wolton. Bonnes gens, vous avez peur ? Eh bien, vous avez bien raison d'avoir peur ! C'est dire si la d&#233;marche de Dominique Wolton est effectivement &#171; &lt;i&gt;d&#233;rangeante&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai voulu montrer que la virtualisation &#233;tait le mouvement par quoi s'est constitu&#233;e et continue &#224; se cr&#233;er notre esp&#232;ce. Pourtant, elle est souvent v&#233;cue comme inhumaine, d&#233;shumanisante, comme la plus terrifiante des alt&#233;rit&#233;s en marche&lt;/i&gt;, &#233;crit le philosophe canadien Pierre L&#233;vy dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le virtuel ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-22' class='spip_note' rel='appendix' title='La D&#233;couverte, 1998.' id='nh3-22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;En l'analysant, en la pensant, en la chantant parfois, j'ai tent&#233; de l'humaniser, y compris pour mon propre compte. Nombre d'intellectuels d'aujourd'hui, fiers de leur r&#244;le &#171; critique &#187;, croient faire &#339;uvre honorable en r&#233;pandant le d&#233;sarroi et la panique au sujet de la civilisation en &#233;mergence. Quant &#224; moi, par un travail de mise en mots, de construction de concepts et d'int&#233;gration &#224; la culture, j'ai voulu accompagner quelques-uns de mes contemporains dans leur effort pour vivre un peu moins dans la peur et le ressentiment. J'ai voulu outiller, par une cartographie du virtuel, ceux qui, comme moi, essayent &#224; grand-peine de devenir acteurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre L&#233;vy : ah, voil&#224; ! Je vois d&#233;j&#224; se pointer les doigts accusateurs : vous voyez bien que l'euphorie n'est pas un mythe, et qu'ils existent bel et bien, les &#171; &lt;i&gt;thurif&#233;raires de l'Internet&lt;/i&gt; &#187; ! En effet, Philippe Breton a pris pour cible Pierre L&#233;vy dans son livre &lt;i&gt;Le Culte de l'Internet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-23' class='spip_note' rel='appendix' title='La D&#233;couverte, 2000.' id='nh3-23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il le range m&#234;me parmi les &#171; &lt;i&gt;fondamentalistes de l'Internet&lt;/i&gt; &#187;. (&#171; &lt;i&gt;Fondamentaliste&lt;/i&gt; &#187;, diable ! Rien de moins&#8230; Faut-il s'attendre &#224; voir un jour cet enrag&#233; foncer sur un bus, bard&#233; de dynamite, en criant &#171; &lt;i&gt;Internet ou akbar&lt;/i&gt; &#187; ?) Mais il y a un petit probl&#232;me. Philippe Breton ou Dominique Wolton, au lieu de chercher &#224; comprendre les &#233;volutions profondes de la soci&#233;t&#233; (apr&#232;s tout, n'est-ce pas ce que l'on serait en droit d'attendre de la part de sociologues ?), plaquent leurs fantasmes sur la r&#233;alit&#233; : l'inqui&#233;tude leur tient lieu de m&#233;thode. Pierre L&#233;vy, lui, ne pr&#233;tend pas tenir un discours repr&#233;sentatif. Il peut s'en dispenser : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas un sociologue, je suis un philosophe. Je ne fais pas d'analyse des discours, j'essaie de saisir le passage d'une civilisation &#224; une autre auquel nous assistons.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-24' class='spip_note' rel='appendix' title='Entretien au Monde, 29 novembre 2000.' id='nh3-24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fantasmes pour fantasmes...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai de loin pas tout lu de Pierre L&#233;vy, et je n'adh&#232;re pas &#224; ses th&#233;ories &#233;conomiques : imaginer, par exemple, ce que pourrait devenir son projet d'affinage des profils de comp&#233;tences entre les mains du Medef me fait froid dans le dos. Il n'emp&#234;che que j'ai lu avec un immense plaisir certains de ses livres, certains passages de ses livres : pourquoi n'aurait-on pas le droit d'y piocher &#224; son aise, d'y s&#233;lectionner ce qui nous pla&#238;t ? Dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le virtuel ?&lt;/i&gt;, il explique que, selon lui, le virtuel n'est qu'une &#233;tape dans un processus entam&#233; depuis les d&#233;buts de l'histoire humaine : nous avons ainsi d&#233;j&#224; connu, par exemple, &#171; &lt;i&gt;la virtualisation du pr&#233;sent imm&#233;diat par le langage, des actes physiques par la technique, et de la violence par le contrat&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;La virtualit&#233;&lt;/i&gt;, &#233;crit-il, &lt;i&gt;n'a strictement rien &#224; voir avec ce que nous en dit la t&#233;l&#233;vision. Il ne s'agit nullement d'un monde faux ou imaginaire. Au contraire, la virtualisation est la dynamique m&#234;me du monde commun, elle est ce par quoi nous partageons une r&#233;alit&#233;. Loin de circonscrire le royaume du mensonge, le virtuel est pr&#233;cis&#233;ment le mode d'existence d'o&#249; surgissent aussi bien la v&#233;rit&#233; que le mensonge.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; des pages sublimes, qui proposent une analyse fine, sensible, compl&#232;tement neuve : on est dans le d&#233;frichage, la prospection active, l'exploration r&#233;solue des mutations subtiles d'une civilisation. Leur lecture est tellement stimulante, qu'elle vaudra toujours mieux que celle des aigreurs sociologiques abondamment &#233;voqu&#233;es plus haut. Il est de bon ton aujourd'hui de d&#233;daigner et de moquer Pierre L&#233;vy, comme si son enthousiasme avait quelque chose d'ind&#233;cent : mais, fantasmes pour fantasmes, mieux valent des fantasmes joyeux et d&#233;bordants de vie que des fantasmes alarmistes et st&#233;riles ! On sent tout de suite qu'on est l&#224; dans une posture infiniment plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a parfois chez lui de l'exc&#232;s, du d&#233;lire. Mais pourrait-il vraiment en &#234;tre autrement ? N'est-ce pas m&#234;me n&#233;cessaire ? Doit-on c&#233;der au &#171; &lt;a href=&#034;http://www.peripheries.net/g-ferr.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;terrorisme de la mesure&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, ou ne faut-il pas au contraire se tracer un cheminement ambitieux, pour pouvoir esp&#233;rer y faire ne serait-ce que quelques pas ? Hakim Bey le rappelle dans &lt;i&gt;L'Art du Chaos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-25' class='spip_note' rel='appendix' title='Nautilus, 2000.' id='nh3-25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Une po&#233;tique de l'utopie nous aide &#224; conna&#238;tre nos d&#233;sirs. Le miroir de l'utopie nous fournit un genre de th&#233;orie critique qu'aucun pragmatisme politique ni aucun syst&#232;me philosophique ne peut &#233;laborer.&lt;/i&gt; &#187; Histoire de se faire plaisir jusqu'au bout (je sais, c'est irresponsable), on citera encore &#224; ce sujet ce magnifique texte de Jean Sur, en postface &#224; son petit livre d'entretiens avec l'orientaliste Jacques Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-26' class='spip_note' rel='appendix' title='Les Arabes, l'islam et nous, Mille et une nuits, 1995.' id='nh3-26'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Lorsque le sr&#226;b &lt;/i&gt;[le mirage] &lt;i&gt;miroite sur la plaine torride, l'horizon faux et l'horizon vrai y paraissent indissolublement li&#233;s. Ainsi les chim&#232;res et les r&#233;alit&#233;s vivent-elles ensemble dans les soci&#233;t&#233;s humaines, pour la d&#233;ception des hommes, mais aussi pour leur esp&#233;rance. Comme alternent dans la nature marocaine &#034;mah'&#226;rem&#034; et espaces cultiv&#233;s, l'illusion et la v&#233;rit&#233; se m&#234;lent &#224; l'horizon de nos d&#233;sirs, de nos projets, distincts et pourtant ins&#233;parables. Mais le marcheur affront&#233; au &#034;sr&#226;b&#034; ? C'est la contemplation de la beaut&#233; qui le sauve, la contemplation de cela m&#234;me qui pourrait le tuer. De longues tra&#238;n&#233;es de brume de chaleur faufilent, dirait-on, le bord de la steppe avec celui du ciel, les lointains proches avec les lointains inaccessibles, le pr&#233;sent avec l'ailleurs. Des lacs illusoires, le reflet des palmiers dans l'eau se proposent &#224; son implacable soif. Le marcheur risque ainsi de perdre sa route. Mais il n'irait pas loin s'il n'&#233;tait guid&#233; par cette fra&#238;cheur des yeux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un climat mortif&#232;re et malsain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le climat de d&#233;faitisme, de r&#233;pression, de censure et d'autocensure, voire de haine et de m&#233;pris, qui entoure l'usage d'Internet, rend l'atmosph&#232;re parfaitement irrespirable. C'est un climat mortif&#232;re, malsain. Il est d'ailleurs frappant de constater que les discours les plus virulents et les plus r&#233;actionnaires &#233;manent toujours de personnalit&#233;s en vue, qui ont depuis longtemps trac&#233; leur chemin dans la vie : elles se sont cr&#233;&#233; un vaste r&#233;seau de relations sociales, elles b&#233;n&#233;ficient d'une large reconnaissance, elles disposent pour s'exprimer de plus de tribunes publiques qu'il n'en faut... Ces gens-l&#224;, journalistes, chroniqueurs, &#233;ditorialistes, avocats, peuvent se permettre de vouer Internet aux g&#233;monies : outre qu'ils n'en ont qu'une connaissance tr&#232;s vague, ils n'en ont aucun besoin. Ils peuvent se permettre de boucher l'horizon, de n'y voir aucun signe encourageant, de ne laisser aucune chance &#224; l'avenir : apr&#232;s eux, le d&#233;luge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous, ils sont entr&#233;s dans la vie active &#224; une &#233;poque o&#249; l'utopie &#233;tait un lieu commun, presque un conformisme, et o&#249; tout &#233;tait relativement facile : la vie professionnelle, l'int&#233;gration sociale leur tendaient les bras. Ils ne se rendent pas compte aujourd'hui que leur pessimisme noir, fanatique, leur refus de laisser leurs enfants &#233;chafauder le moindre projet mobilisateur pour l'avenir, reviennent tr&#232;s exactement &#224; leur dire : &#171; &lt;i&gt;Nous, on s'est amus&#233; comme des fous ; mais vous, vous pouvez crever.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont, aujourd'hui, les m&#233;tiers que l'on peut embrasser sans effort, voire par hasard, et qui proposent non seulement des d&#233;bouch&#233;s faciles et certains, mais de v&#233;ritables aventures professionnelles ? Les jeunes avocats manifestent pour pouvoir manger &#224; leur faim et ne plus se rendre complices de d&#233;nis de justice lorsqu'ils sont commis d'office. Les journalistes sont d&#233;sormais presque tous issus d'&#233;coles prestigieuses qui sont autant d'usines de formatage et d'uniformisation. La pr&#233;carit&#233; est partout : impossible de songer &#224; se fixer, &#224; faire son trou quelque part, impossible de penser sa vie professionnelle dans la dur&#233;e. Du coup, les aspirations sont forc&#233;es de divorcer du travail salari&#233; : on se trouve un job &#224; temps partiel pour assurer sa subsistance, et on consacre le reste de son temps &#224; des activit&#233;s qui ne sont pas de simple &#171; loisir &#187;, mais dans lesquelles on s'investit totalement. C'est par cette activit&#233;, et non plus par son emploi salari&#233;, que l'on d&#233;finit son propre statut social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le principal r&#233;seau de relations n'est plus celui du travail, mais celui de cette activit&#233; &#171; annexe &#187;. Or, contrairement aux coll&#232;gues de travail, qui sont rassembl&#233;s dans un m&#234;me lieu &#224; longueur de journ&#233;e, les complices de cette activit&#233; sont dispers&#233;s g&#233;ographiquement. C'est pourquoi Internet peut &#234;tre un moyen pr&#233;cieux non seulement de garder le lien avec eux, mais encore d'en rencontrer de nouveaux, qui viendront s'int&#233;grer au groupe dont ils partagent les affinit&#233;s, et que l'on ne tardera pas &#224; rencontrer en chair et en os, lors de r&#233;unions plus ou moins fr&#233;quentes. Pierre L&#233;vy a encore raison lorsqu'il dit : &#171; &lt;i&gt;Rien ne montre qu'Internet va &lt;/i&gt;&#171; supprimer le corps &#187;&lt;i&gt;. C'est comme si on disait que le fait de s'envoyer des lettres va supprimer le corps. Plus il y a de virtuel, plus il y a de r&#233;el.&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;Il faut arr&#234;ter de fantasmer. Il n'y a jamais eu autant de d&#233;placements, de rencontres et de r&#233;unions que depuis le d&#233;veloppement d'Internet.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-27' class='spip_note' rel='appendix' title='Entretien au Monde, 29 novembre 2000.' id='nh3-27'&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;velopper les r&#233;seaux de relations &#171; transversaux &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;seau est un outil providentiel pour ces r&#233;seaux de relations &#171; transversaux &#187;, qui brassent des gens issus d'horizons infiniment plus divers que la traditionnelle et mortelle communaut&#233; des coll&#232;gues de bureau. C'est pourquoi on se permettra de sourire quand nos sociologues s'inqui&#232;tent d'une &#171; &lt;i&gt;perte de lien social&lt;/i&gt; &#187; ou d'un risque d'&#171; &lt;i&gt;homog&#233;n&#233;isation sociale&lt;/i&gt; &#187; li&#233;s &#224; Internet... Il ne s'agit gu&#232;re que du lien social tel qu'ils le connaissent ! &#171; &lt;i&gt;Le capitalisme&lt;/i&gt;, note Hakim Bey, toujours dans &lt;i&gt;L'Art du Chaos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ne soutient certaines sortes de groupes &#8211; la famille nucl&#233;aire, par exemple, ou les coll&#232;gues-qui-se-fr&#233;quentent &#8211; que parce que de tels groupes sont d&#233;j&#224; auto-ali&#233;n&#233;s et int&#233;gr&#233;s dans la structure travailler-consommer-mourir. D'autres types de groupes peuvent &#234;tre tol&#233;r&#233;s mais ils seront priv&#233;s de tout soutien de la part des structures sociales institutionnelles.&lt;/i&gt; &#187; L'auteur de &lt;i&gt;TAZ &#8211; Zone autonome temporaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-28' class='spip_note' rel='appendix' title='L'Eclat, 1997.' id='nh3-28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; met ici le doigt sur le caract&#232;re intrins&#232;quement subversif de ce mode de vie. La g&#233;n&#233;ration du Baby Boom, qui se gargarisait de slogans politiques ronflants, a fait son trou dans la soci&#233;t&#233; comme dans du beurre. Elle a c&#233;l&#233;br&#233; la r&#233;bellion et la marginalit&#233; en se vautrant dans le confort ; elle a tout verrouill&#233; derri&#232;re elle, &#233;rig&#233; des barrages avec les d&#233;combres de ses illusions. Et voil&#224; que ses enfants, presque par hasard, ont trouv&#233; le moyen de contourner ces barrages, de prendre leur part de r&#234;ve, de retrouver une marge de man&#339;uvre. &#171; &lt;i&gt;Plus grande est la partie de mon existence que je peux arracher au cycle travailler-consommer-mourir pour la consacrer aux activit&#233;s de la &#171; ruche &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit encore Hakim Bey, &lt;i&gt;plus grandes sont mes chances de conna&#238;tre le plaisir. On court un certain risque en contrecarrant de la sorte les &#233;nergies vampiriques des institutions. Mais le risque lui-m&#234;me fait partie du plaisir ainsi v&#233;cu, chose qui a &#233;t&#233; observ&#233;e dans tous les moments insurrectionnels &#8211; dans tous les moments d'&#233;veil et de bonheurs aventureux et intenses : l'aspect festif du soul&#232;vement, la nature insurrectionnelle de la f&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Les enfants en ont rabattu sur les grands discours et sur l'id&#233;ologie, mais ils vivent &#8211; tout simplement parce qu'ils n'ont pas eu d'autre choix ! &#8211; d'une mani&#232;re marginale et diff&#233;rente, bien plus originale que celle de leurs parents. Et si c'&#233;tait aussi cela, en d&#233;finitive, qu'on ne leur pardonnait pas ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voire des consid&#233;rations indignes du caf&#233; du commerce, comme cette perle de Dominique Wolton : &#171; &lt;i&gt;Les serveurs Internet ne changent pas grand-chose &#224; la guerre du Kosovo&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.15/cah990409h.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Lib&#233;ration&lt;/a&gt;, 9 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique Wolton, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,10628,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;,7 juin 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,100991,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,92850,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 7 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Portrait de Dominique Wolton, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,10628,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 7 juin 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 20-21 mars 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son livre d'entretiens : &lt;i&gt;Internet, petit manuel de survie&lt;/i&gt; (Ah ! ce titre&#8230;), Flammarion, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors d'un colloque au Centre de formation des journalistes. &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,110697,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 26 octobre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,10628,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 7 juin 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;&lt;i&gt;Fausse id&#233;ologie du Net&lt;/i&gt;&#034;, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,100991,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-12' class='spip_note' title='Notes 3-12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.cyberie.qc.ca/chronik/981117.html#5&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Les Chroniques de Cyb&#233;rie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 17 novembre 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-13' class='spip_note' title='Notes 3-13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/actu/semaine990315/art990320a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 20-21 mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-14' class='spip_note' title='Notes 3-14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-15' class='spip_note' title='Notes 3-15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/article/0,2320,100991,00.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 28 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-16' class='spip_note' title='Notes 3-16' rev='appendix'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.15/cah990409h.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 9 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-17' class='spip_note' title='Notes 3-17' rev='appendix'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/actu/semaine990315/art990320a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 20-21 mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-18' class='spip_note' title='Notes 3-18' rev='appendix'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/actu/semaine990315/art990320a.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 20-21 mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-19' class='spip_note' title='Notes 3-19' rev='appendix'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/multi/cahier/articles/sem99.15/cah990409h.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 9 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-20' class='spip_note' title='Notes 3-20' rev='appendix'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grand d&#233;bat qui agite &lt;a href=&#034;http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2858-3874-121475-0,FF.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Le Monde interactif&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 29 novembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-21' class='spip_note' title='Notes 3-21' rev='appendix'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 18 novembre 2000. Quel cr&#232;ve-coeur...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-22' class='spip_note' title='Notes 3-22' rev='appendix'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-23' class='spip_note' title='Notes 3-23' rev='appendix'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La D&#233;couverte, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-24' class='spip_note' title='Notes 3-24' rev='appendix'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien au &lt;a href=&#034;http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2858-3874-121482-0,FF.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 29 novembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-25' class='spip_note' title='Notes 3-25' rev='appendix'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nautilus, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-26'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-26' class='spip_note' title='Notes 3-26' rev='appendix'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Arabes, l'islam et nous&lt;/i&gt;, Mille et une nuits, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-27'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-27' class='spip_note' title='Notes 3-27' rev='appendix'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien au &lt;a href=&#034;http://interactif.lemonde.fr/article/0,3649,2858-3874-121482-0,FF.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 29 novembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-28'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-28' class='spip_note' title='Notes 3-28' rev='appendix'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Eclat, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://leuco-site.net/anciens/lvmdw/index.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;La vie merveilleuse de Dominique W. (Leuco-site)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre ouverte &#224; Philippe Breton</title>
		<link>http://www.uzine.net/article224.html</link>
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		<dc:date>2000-10-29T01:13:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cathexie</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Philippe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cher Philippe Breton, &lt;br class='autobr' /&gt;
La quatri&#232;me de couverture de votre r&#233;cent opuscule indique que vous cherchez au CNRS et enseignez en Sorbonne. A vous lire, je me demande au juste ce que vous cherchez. Et je m'inqui&#232;te pour vos &#233;tudiants de ce que vous enseignez. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais si vous &#234;tes l'auteur du titre, mais il me faut d'abord vous signaler que sa seule lecture laisse flairer l'arnaque. &#171; Le culte de l'internet &#187;... Cinq mots et l'on devine la manoeuvre : je vais vous parler d'un &#171; culte &#187;, ce qui est fort (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.uzine.net/rubrique121.html" rel="directory"&gt;Cr&#233;ations et r&#233;manences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.uzine.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Breton, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cher Philippe Breton,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La quatri&#232;me de couverture de votre r&#233;cent opuscule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Philippe Breton, Le culte de l'Internet. Une menace pour le lien social ?, (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; indique que vous cherchez au CNRS et enseignez en Sorbonne. A vous lire, je me demande au juste ce que vous cherchez. Et je m'inqui&#232;te pour vos &#233;tudiants de ce que vous enseignez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais si vous &#234;tes l'auteur du titre, mais il me faut d'abord vous signaler que sa seule lecture laisse flairer l'arnaque. &lt;i&gt;&#171; Le culte de l'internet &#187;&lt;/i&gt;... Cinq mots et l'on devine la manoeuvre : je vais vous parler d'un &#171; culte &#187;, ce qui est fort &#224; la mode en ces temps de &#171; d&#233;clin des croyances institutionnelles et de d&#233;senchantement du monde &#187;, en plus il s'agit du culte &#171; de l'Internet &#187;, ce qui est aussi fort &#224; la mode en ces temps d'&lt;i&gt;entr&#233;e dans la nouvelle &#233;conomie et de mondialisation qui pose tant de questions&lt;/i&gt;, MAIS je vais vous en parler avec la distance impartiale de l'observateur rationnel. Par les m&#226;nes de Durkheim : les cat&#233;gories transcendantales de la sociologie fran&#231;aise n'ont pas dit leur dernier mot. Et ses professeurs sont toujours l&#224; pour d&#233;crypter le sens cach&#233; des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, comme jadis monsieur le cur&#233; balisait les voies de la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-titre confirme : &#171; Une menace pour le lien social ? &#187;. Dans ces cas-l&#224;, on met toujours un point d'interrogation. Ce qui est parfaitement hypocrite : le simple fait de poser la question indique d&#233;j&#224; la r&#233;ponse. Mais &#233;videmment pas une r&#233;ponse tranch&#233;e : OUI, c'est une terrible menace pour le lien social, MAIS tout n'est pas perdu, CAR l'observateur impartial est l&#224; pour &lt;i&gt;d&#233;signer les d&#233;rives et d&#233;rapages d'un ph&#233;nom&#232;ne dont le citoyen doit avoir une totale conscience&lt;/i&gt;. Par parenth&#232;ses, je remarque aussi que le syntagme &#171; lien social &#187; est toujours associ&#233; &#224; l'id&#233;e de &#171; disparition &#187; ou de &#171; dissolution &#187;, ce qui correspond certainement &#224; une triste r&#233;alit&#233;, mais ce qui tend aussi et surtout &#224; devenir un lieu commun pour prof' d'&#233;ducation civique en ZEP et une b&#233;quille mentale pour experts certifi&#233;s en sociologie soci&#233;tale de la socialisation interindividuelle. Passons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi nous parlez-vous au juste ? Vous vous d&#233;fendez d'abord de vous emp&#234;trer dans le faux d&#233;bat &#171; pour ou contre Internet &#187;, si p&#233;tri de &#171; lieux communs &#187;. Tant mieux. Et vous nous pr&#233;venez d'entr&#233;e : &#171; Beaucoup de gens restent silencieux dans l'espace public [...] Ils n'en pensent pas moins &#187;. Nous voil&#224; rassur&#233; : vous allez penser &#224; verbe clair pour eux. En tant qu'expert de notre soci&#233;t&#233;, c'est bien la moindre des choses que de dire tout haut ce que sa majorit&#233; silencieuse pense tout bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer notre lanterne, vous d&#233;finissez donc d'embl&#233;e trois cat&#233;gories, ce qui montre un remarquable effort d'imagination par rapport &#224; la logigue binaire de l'informatique et des m&#233;dias de masse. D'abord, il y a les &#171; technophobes &#187;, qui ne supportent pas l'internet par go&#251;t, tradition ou r&#233;action &#224; l'air du temps. Puis voici les &#171; partisans d'un usage raisonn&#233; de l'internet &#187;, dont le lecteur ne conna&#238;tra h&#233;las jamais la v&#233;ritable identit&#233; : ce sont tant&#244;t de vagues &#171; milieux enseignants &#187;, tant&#244;t des penseurs critiques de l'id&#233;ologie de la communication comme Lucien Sfez, Dominique Wolton ou Ignacio Ramonet ; en fait, je crois comprendre qu'il s'agit de la majorit&#233; silencieuse &#233;voqu&#233;e plus haut, &#224; moins qu'il ne s'agisse seulement de sa minorit&#233; repr&#233;sentative, &#224; savoir le cercle de vos lecteurs et de vos amis. Troisi&#232;me cat&#233;gorie enfin : les &#171; partisans du tout-Internet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre b&#234;te noire, ce sont ces derniers. Ils deviendront au gr&#233; des pages les &#171; fondamentalistes &#187;, les &#171; militants &#187; ou les &#171; milieux les plus actifs &#187; de l'internet &#8212; expressions qui, reconnaissez-le, ne sont pas tout &#224; fait synonymes : un milieu actif n'est pas toujours militant, et moins souvent encore fondamentaliste. Mais cette derni&#232;re expression, la plus usit&#233;e, passe bien de nos jours... notamment dans ces fameux m&#233;dias de masse o&#249; l'on d&#233;bite des &#171; lieux communs &#187; &#224; destination de la &#171; majorit&#233; silencieuse &#187;. Je suis n&#233;anmoins d'accord avec vous sur la qualit&#233; strat&#233;gique de ce choix : &#171; fanatiques &#187; e&#251;t &#233;t&#233; trop fort, &#171; int&#233;gristes &#187; trop religieux. Dans la mesure o&#249; &#171; fondamentaliste &#187; ne veut rien dire, il s'agit d'un mot pr&#233;cieux &#224; une &#233;poque o&#249; les gens ne comprennent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui sont-ils donc, ces &#171; fondamentalistes &#187;, qui d&#233;veloppent &#171; une seule vision de l'avenir : un monde dont les nouvelles technologies de l'information seraient le nouveau centre, le centre envahissant, puisqu'il serait partout &#187; ? Une fois &#233;cart&#233;s les formules habituelles et d&#233;veloppements trop rapides sur les petits-fils de Wiener et de Turing , fils de Toffler et McLuhan, petit fr&#232;re de Gates et Jobs, ces fameux &#171; partisans du tout-Internet &#187; ne transparaissent en fait qu'&#224; travers quelques noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du court opuscule, votre principale cible sera le philosophe fran&#231;ais Pierre L&#233;vy (qui cumule &#224; lui seul 25 citations dans l'ouvrage), promoteur de la &#171; World philosophy &#187; et d'une nouvelle &#171; intelligence collective &#187; de l'humanit&#233;. Ce choix n'est pas innocent puisque L&#233;vy, dont nous discuterons une autre fois certaines th&#232;ses, repr&#233;sente effectivement l'aile la plus &#171; mystique &#187; ou la plus &#171; proph&#233;tique &#187; de la r&#233;flexion sur la question, ce que vous n'avez pas de mal &#224; souligner &#224; travers quelques citations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='appendix' title='A un moment, je vous trouve franchement d&#233;sagr&#233;able avec L&#233;vy : vous lui (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On conviendra sans peine que L&#233;vy dit parfois de grosses conneries et use souvent d'un jargon dont il faudra bien dix si&#232;cles de th&#233;ologie et autant d'herm&#233;neutique pour comprendre le sens cach&#233;. Mais de m&#234;me qu'une hirondelle ne fait pas le printemps et que l'habit ne fait pas le moine, un professseur au d&#233;partement hyperm&#233;dia de l'universit&#233; de Seine Saint-Denis (L&#233;vy) ne forme pas &#224; la tout seul un &#171; culte de l'Internet &#187;, comme le laissent entendre vos si fr&#233;quentes r&#233;f&#233;rences &#224; ses oeuvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire bonne mesure, vous citez donc encore deux autres penseurs &#8212; Philippe Qu&#233;au, Nicholas Negroponte &#8212;, vous ressuscitez p&#233;p&#233; Wiener (l'homme qui a eu les bonnes id&#233;es au mauvais moment) et tonton Asimov (le visionnaire directement connect&#233; au 130e si&#232;cle ap. J.C.), vous daignez m&#234;me sortir de sa cyberpoubelle de l'histoire Timothy Leary, le seul universitaire au monde dont l'h&#233;misph&#232;re gauche s&#233;cr&#232;te naturellement l'acide lysergique. Ah, j'allais oublier : vous expliquez aussi comment Bill Gates r&#234;ve de draguer une nana par cellulaire et e-mail &#8212; ce que justifie d'ailleurs sa fameuse t&#234;te d'&#233;ternel adolescent plein d'acn&#233;, mais non sa fortune de nouvel &#233;conomiste plein de fric &#8212; et comment Steve Jobs s'est pris pour la r&#233;incarnation de Bouddha un jour qu'il avait fum&#233; la moquette de son garage et la maquette de son ordinateur. Au milieu de cela, vous saupoudrez quelques h&#233;ritiers de la contre-culture ou h&#233;rauts de la synth&#232;se lib&#233;rale-libertaire, quelques adeptes du New Age et autres bouddhistes zen transg&#233;niques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que tout ce beau monde, m&#234;me condens&#233; en 120 pages, ne forme pas l'ombre d'une &#233;glise. Et il en va de m&#234;me pour les pratiques dudit &#171; culte &#187;, &#233;voqu&#233;es plus &#233;vasivement encore que les auteurs susnomm&#233;s : des micro-communaut&#233;s exposant &#224; tous leur vie priv&#233;e en webcam, des pirates, des concepteurs de virus, des consomateurs de porno ou encore certaines campagnes publicitaires. Cette &#233;num&#233;ration est plut&#244;t faible par rapport &#224; la diversit&#233; de contenu de l'internet et plut&#244;t flou quant &#224; la d&#233;finition des rites. En d'autres termes, le fond du trou du culte est obcur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A d&#233;faut de bien conna&#238;tre les gourous et de bien discerner les rites, je vais t&#226;cher au moins de comprendre les dogmes de ce que vous nommez &#171; culte de l'internet &#187;. C'est en tout et avant tout, dites-vous, &#171; un id&#233;al de transparence et d'ouverture &#187;, qui &#171; prend surtout la forme d'un combat contre l'opacit&#233; et l'obscurit&#233;. La nouvelle religiosit&#233; passe dans un premier temps par une vision binaire du monde. D'un c&#244;t&#233;, l'information, l'ouverture, la Lumi&#232;re, dans l'autre, la fermeture, l'entropie, le d&#233;sordre, le Mal &#187; (p. 54). Les mystiques de cette &#171; nouvelle religiosit&#233; non d&#233;iste &#187; sont &#171; manich&#233;ens &#187; et &#171; gnostiques &#187;. Merde alors, nous ne fr&#233;quentons pas les m&#234;mes mondes r&#233;els et virtuels, mon cher Breton ! Car des profils d'allum&#233;s correspondant au fameux &#171; culte &#187;, je n'en connais presqu'aucun, alors que celui-ci serait la &#171; nouvelle id&#233;ologie dominante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais bien de vilains marchands qui placent quelques cookies dans ma machine, de vilains flics anglo-saxons qui tentent de surveiller mes e-mails (et de non moins vilains flics europ&#233;ens qui font pareil), plein de gentilles filles et de bons gar&#231;ons qui font des sites pour parler de ce qu'ils aiment ou n'aiment pas, des tas d'associations d&#233;pos&#233;es ou non qui font circuler l'information de leur choix, des forums o&#249; chacun peut venir discuter et plus si affinit&#233;s, des universit&#233;s et des biblioth&#232;ques qui placent p&#233;niblement leur fonds documentaire en ligne, des politiciens de tous bords qui font de la retape, des doctrinaires qui refont le monde, des publicitaires qui se foutent de ma gueule en essayant de me vendre le bonheur.com &#224; travers leurs profits.com...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais m&#234;me des &#171; milieux (tr&#232;s tr&#232;s) actifs &#187; et &#171; militants &#187; de l'internet qui luttent depuis toujours pour la d&#233;fense de la vie priv&#233;e et le droit de communiquer ce qu'ils veulent &#224; qui ils veulent sans que la Terre enti&#232;re soit au courant, ce qui ne correspond pas vraiment &#224; votre &#171; refus de la distinction entre la vie priv&#233;e et la vie publique &#187;, autre caract&#233;ristique des accros du culte. La libre circulation des id&#233;es est une chose : l'obligation d'y souscrire en est une autre et, &#224; ma connaissance, l'internet se montre nettement moins prescriptif en la mati&#232;re que ces Etats, religions et multinationales d&#233;ployant des arm&#233;es enti&#232;res de fonctionnaires, pr&#234;tres et employ&#233;s pour formater la conscience de leurs citoyens, correligionnaires et consommateurs. Quant &#224; votre &#171; refus de la parole incarn&#233;e &#187; et &#171; rejet du corps &#187; soi-disant exprim&#233;s par l'immat&#233;rialit&#233; des &#233;changes sur l'internet, cela me para&#238;t l'exemple typique de ces belles formules creuses dissimulant une simple absence de logique. L'internet &#8212; comme les journaux papier, la radio ou la t&#233;l&#233;vision &#8212; est une technique de circulation de l'information sous forme d'&#233;critures, de sons et d'images : sans surprise, elle s'adresse prioritairement au cerveau plus qu'aux doigts de pied ou &#224; l'intestin gr&#234;le. Mais dans la mesure o&#249; le cerveau fait partie d'un corps comme l'utilisateur d'internet appartient &#224; une soci&#233;t&#233;, je ne vois pas en quoi cette technique nouvelle menace notre corpor&#233;it&#233;, notre int&#233;riorit&#233; ou notre socialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; votre &#339;uvre de d&#233;nonciation, vous sombrez m&#234;me dans le plus parfait ridicule &#8212; &#224; votre d&#233;charge, vers la fin de l'ouvrage (p. 122), lorsque l'inspiration fait souvent d&#233;faut &#224; celui qui doit remplir son contrat de signes. Ainsi, selon vous, &#171; les &#034;relations sexuelles&#034; avec des partenaires anonymes via Internet, bien que virtuelles, risquent de heurter un interdit fondateur de la civilisation, celui de l'inceste. Rien ne dit que le partenaire anonyme d'un tel jeu &#224; distance ne soit pas un membre de votre famille &#187;. Viens fifille, on va jouer &#224; touche-pipi en cyberorgie... voil&#224; de quoi assombrir les derniers jours du vieux L&#233;vi-Strauss, tandis que le p&#232;re Sigmund s'en tourne et s'en retourne dans sa tombe. Notre belle et grande &#171; civilisation &#187; tremble &#233;videmment sur son fondement dangereusement expos&#233; &#224; de telles perversit&#233;s : apr&#232;s le p&#233;donazi, le p&#233;doedipien r&#244;de pr&#232;s de nos chaumi&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais continuer longtemps comme cela, mais vous aurez sans doute d&#233;j&#224; compris mon propos : la r&#233;alit&#233; de l'utilisation de l'internet se laisse difficilement r&#233;duire &#224; votre repr&#233;sentation fantasmatique d'une l&#233;gion de la Lumi&#232;re de l'ouverture de l'information contre les T&#233;n&#232;bres de l'obscurit&#233; de l'entropie. Je vois quant &#224; moi l'expression du monde dans sa diversit&#233;, c'est-&#224;-dire un entrelacement complexe d'opinions individuelles ou collectives, de strat&#233;gies id&#233;ologiques ou commerciales, d'affinit&#233;s &#233;lectives et s&#233;lectives, de croyances rationnelles ou irrationnelles... J'y vois aussi l'invention de nouveaux rapports &#224; soi et aux autres, qui s'ajoutent aux anciens plus qu'ils ne les supplantent. Mais de &#171; culte &#187; unifi&#233; je ne discerne point. A mon avis, vous avez cr&#233;&#233; de toutes pi&#232;ces un spectre sociologique soi-disant envahissant et mena&#231;ant &#224; partir de questionnements philosophiques l&#233;gitimes : l'information est-elle source de valeur ? L'intelligence est-elle r&#233;ductible &#224; la logique ? L'intelligence collective est-elle un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent ou une mod&#233;lisation de laboratoire ? Peut-on ramener la vie &#224; des processus de transmission de l'information g&#233;n&#233;tique ? La technique est-elle l'infrastructure du d&#233;veloppement historique ? Comment l'humanit&#233; est-elle amen&#233;e &#224; transformer la conscience qu'elle a d'elle-m&#234;me ? La marchandisation du monde est-elle un processus irr&#233;versible ? La modernisation d'une soci&#233;t&#233; se confond-elle n&#233;cessairement avec son occidentalisation ? Les id&#233;es ont-elles des fronti&#232;res ? Les lois de l'&#233;volution s'appliquent-elles aux repr&#233;sentations collectives ? La notion de v&#233;rit&#233; d'une information a-t-elle un sens ? L'universel est-il autre chose que la projection de valeurs particuli&#232;res ? Ces questions de fond &#8212; et il y en a bien d'autres &#8212; dont l'internet s'interpr&#232;te aussi comme une mat&#233;rialisation historique forment aujourd'hui la vague montante de l'interrogation scientifique et philosophique : vous les dissimulez toutes derri&#232;re l'&#233;cume d'une minorit&#233; de cingl&#233;s plus ou moins cliniques et d'une poign&#233;e d'anecdotes plus ou moins parlantes. Dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je note enfin que vous d&#233;veloppez une curieuse conception de la Loi. D'abord, vous l'&#233;crivez avec une majuscule, ce qui est fr&#233;quent dans les livres de m&#233;taphysique et de psychanalyse, mais plus rare dans les essais de sociologie : &#171; La Loi, &#233;crivez-vous, est &#224; la fois l'instance qui r&#233;gule les conflits et qui guide les comportements. Elle est en m&#234;me temps droit et morale. Le fondement de la Loi ne nous appara&#238;t jamais clairement. Elle est un tiers cach&#233;. Elle suppose la contrainte d'un tiers qui s'impose &#224; toutes les parties &#187; (p. 57). A lire ces lignes, je crois comprendre que, tout &#224; votre chasse aux &#171; gnostiques &#187;, &#171; h&#233;r&#233;tiques &#187; et autres &#171; manich&#233;ens &#187; de la nouvelle Babel-ou&#232;be, vous endossez de mani&#232;re consciente ou inconsciente la vieille tunique du monoth&#233;isme : votre &#171; Loi &#187; (&lt;i&gt;&#224; majuscule initiale et imposante&lt;/i&gt;) n'est pas l'expression de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale ou du bien commun que se reconnaissent en soi et pour soi les tribus, les communaut&#233;s, les peuples, les civilisations ou l'humanit&#233;, mais une esp&#232;ce &#233;trange d'imp&#233;ratif cat&#233;gorique, ass&#233;n&#233; par un non moins myst&#233;rieux &#171; tiers cach&#233; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont les trois valeurs essentiels du monde moderne qui sont vis&#233;es ici, d'autant plus facilement qu'elles traversent une crise d'adaptation sans pr&#233;c&#233;dent [...] la loi, la parole, l'individu &#187;, &#233;crivez-vous (p. 120), avant de conclure : &#171; Le nouveau culte de l'information est-il immoral ? [...] Si l'on prend le partie de l'homme, il faut en effet craindre que la r&#233;ponse &#224; cette question ne soit enti&#232;rement positive. Le d&#233;bat ne devrait donc pas laisser indiff&#233;rents tous ceux qui, bien au-del&#224; d'Internet, sont attach&#233;s aux valeurs humanistes &#187; (p. 125). Vous r&#233;v&#233;lez de la sorte &#224; la fin de l'opuscule la nature de son dispositif initial. Ainsi donc, votre critique outr&#233;e du &#171; culte de l'Internet &#187; n'&#233;tait-elle que l'expression d'une guerre de religion, ou, plus simplement encore, d'une mortification religieuse. C'est en tant qu'ap&#244;tre tardif de la modernit&#233; finissante que vous ressentez le besoin d'un apostolat missionnaire &#224; destination de vos fid&#232;les, le fameux &#171; public raisonn&#233; &#187;, tout comme d'autres souhaitent pallier la &#171; crise de l'&#233;ducation &#187; en revenant aux hussards noirs, la &#171; crise de l'Etat-nation &#187; en revenant &#224; la R&#233;publique &lt;i&gt;une et individible&lt;/i&gt;, la &#171; crise de l'identit&#233; &#187; en transformant la France en bunker ou la &#171; crise du lien social &#187; en faisant profession d'abstractions citoyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ne vous m&#233;prenez pas, mon cher Breton : je ne souhaite nullement vous ringardiser au nom du &#171; jeunisme &#187; de l'internet que votre coll&#232;gue en recherche et en nostalgie P.A. Taguieff nomme pour sa part &#171; mouvementisme &#187;, et je me sens aux antipodes de la synth&#232;se lib&#233;rale-libertaire comme de son soi-disant adversaire bolchevik-bonapartiste. Je constate simplement que face &#224; ce que vous nommez vous-m&#234;me &#171; crise d'adaptation sans pr&#233;c&#233;dent &#187; des valeurs modernes, vous n'avez rien d'autre &#224; opposer qu'un discours de mise en garde tant&#244;t d&#233;plorateur tant&#244;t d&#233;nonciateur, comme autrefois l'Eglise nous expliquait que l'abandon des valeurs chr&#233;tiennes signifierait la fin de la civilisation et le retour de la barbarie. La modernit&#233; s'est justement voulue le n&#233;gatif des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes : elle a transform&#233; l'histoire en expression autonome de la volont&#233; humaine. L'internet participe tout naturellement au mouvement g&#233;n&#233;ral d'autod&#233;passement de cette modernit&#233;. Je comprends votre inqui&#233;tude, puisqu'en tant que chercheur et professeur, vous &#234;tes notamment pay&#233; pour &#234;tre inquiet. Mais comprenez aussi mon ironie : qu'ils &#233;manent de la bureaucratie ou du march&#233;, les r&#233;flexes de classe n'ont jamais remplac&#233; la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous prie de recevoir, Cher Philippe Breton, l'expression de mes sentiments virtuels,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cathexie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb4-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Breton, &lt;i&gt;Le culte de l'Internet. Une menace pour le lien social ?&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2000, 128 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A un moment, je vous trouve franchement d&#233;sagr&#233;able avec L&#233;vy : vous lui reprochez d'&#171; &#233;crire un livre tout entier o&#249; l'influence directe de nombreux auteurs est bien visible, sans pratiquement aucune citation, r&#233;f&#233;rence ou note. Le principe est sans doute que, pour que les &#034;id&#233;es&#034; soient ouvertes et circulent plus librement, il n'est plus n&#233;cesaire de les affubler du &#034;boulet&#034; que constituerait la mention de leurs auteurs &#187;. De l&#224; &#224; dire que L&#233;vy plagie, il n'y a qu'un pas (m&#233;fiez-vous, Attali en a fait condamner pour moins que cela). Je remarque que vous avez l'honneur de citer vos propres sources, un honneur d'autant plus remarquable qu'il est parfois tout &#224; votre d&#233;savantage. Ainsi, bien que ne cherchant pas au CNRS ni n'enseignant en Sorbonne, je fais pour ma part un usage raisonn&#233; des livres et je me demande par exemple pourquoi vous alternez dans le m&#234;me paragraphe des citations renvoyant &#224; deux &#233;ditions diff&#233;rentes du m&#234;me livre de Wiener (en page 38), ou encore pourquoi vous vous r&#233;f&#233;rez si fr&#233;quemment &#224; Teilhard de Chardin en n'en rapportant h&#233;las que des citations de seconde main. Je constate aussi que vous faites de larges emprunts &#224; certains vos coll&#232;gues - Mattelart, Le Breton, Duclos - en les citant bien s&#251;r, mais en incitant ainsi le lecteur &#224; penser qu'il absorbe souvent des r&#233;sum&#233;s de lecture. Sans compter les fr&#233;quentes r&#233;f&#233;rences &#224; vos propres travaux (12 sur 120 pages utiles), ce qui est ma foi de bonne guerre commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;je vous prie d'excuser mon anonymat, qui sied mieux au libelle qu'&#224; la lettre ouverte. Mais voyez-vous, sans doute parce que suis entich&#233; du &#171; culte de l'internet &#187; et que je ne souhaite pas &#234;tre traqu&#233; par les d&#233;fenseurs de la Loi, je fais profession de penser en s&#233;rie : c'est-&#224;-dire que mon individualit&#233; et mon int&#233;riorit&#233; se r&#233;sument tout enti&#232;res aux id&#233;es, concepts et sensations que j'exprime et partage sur le r&#233;seau. D'ailleurs, vous m'avez d&#233;masqu&#233; et je n'existe pas : je ne suis qu'un organe c&#233;r&#233;bral sans corps, une pens&#233;e d&#233;sincarn&#233;e de ses boyaux, un r&#233;seau de synapses en connexion permanente avec l'univers, un nouveau dieu immat&#233;riel du technopaganisme plan&#233;taire, une matrice de tous les devenirs cosmiques. Mes capacit&#233;s m&#233;tamorphiques sont telles que je suis m&#234;me devenu 97 minutes durant votre lecteur. C'est tout dire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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