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> L’intelligence collective de Pierre Lévy

6 octobre 2001, 17:58, par Nicolas Escape Montessuit

J’ai lu avec intérêt le travail de Lirresponsable au sujet du bouquin de Pierre Lévy. Je n’ai pas lu, en revanche, ce dernier, dois-je ajouter.

Il semble que le paralogisme le plus flagrant soit (paralogisme du point de vue d’une lecture rationaliste appliqué à un texte qui requerrait peut-être une herméneutique plus flexible du point de vue de son auteur, - mais pourquoi cracherions-nous sur la logique ?), il semble donc, dis-je, que le paralogisme le plus criant soit celui qui consiste à mêler les propriétés du Tout et celles des Parties.

En gros et pour faire court, ça fait tout de même un bon bout de temps qu’on sait que le Tout manifeste des propriétés qui n’appartiennent en propre à aucun des Composants, c’est un principe qu’on peut dire "émergent" ou "non-linéaire" ou encore "holistique".

Bien. Mais, quant à elle, je ne connais pas d’exemple de théologie qui ne fasse l’impasse sur l’Unicité, et le besoin quelque peu compulsif de doter d’une substance le substantif, autrement dit d’attribuer à un Être unique et ciblé les facultés qui n’appartiennent peut-etre qu’a un Collectif.

Par exemple : si on considère un ensemble E de x qui mis tous ensemble donnent lieu a quelque comportement A, on voudra dire que ce A est dû au "x typique" ou "archétypique", etc.

En somme, tout revient à faire intervenir, si j’ose me permettre cette comparaison avec l’Algèbre, des quantités imaginaires pour résoudre une impossibilité pratique (du même ordre que i apparaissait, magiquement aux yeux des Tartaglia et Cardan, comme le truc étrange qui peut faire que son carré soit -1).

Seulement voilà, il y a deux grandes différences entre la Théologie et les Mathématiques (que je considère toujours comme le canon de la connaissance certaine et exemplaire) :

* Premièrement, les quantités imaginaires (PL dirait sans doute "angéliques") des algébristes de la Renaissance et même d’aujourd’hui finissent au bout du compte par s’annuler dans le cas d’une équation de troisième degré de variable réelle à coefficients réels
(bikoz les racines sont conjuguées entre elles). In concreto, cela veut dire que, pour être valide, l’image théologique de l’auteur devrait avoir la particularité sympathique de cesser d’être utile en fin de parcours, et de déboucher sur un résultat concret et non sur quelque charabiesque formulation flouâtre.

* Deuxièmement, les manipulations faisant intervenir l’imaginaire, toutes mystérieuses qu’elles parussent aux précurseurs, sont aujourd’hui pleinement comprises, soit comme telle axiomatique, soit comme tel plan complexe, soit comme R[X]/(X^2+1), etc. Autrement dit, si l’on veut poursuivre ce qui n’est somme toute qu’une analogie entre "imaginaire" et "angélique" [la poursuivre pour en montrer les limites, ad absurdum], alors il s’ensuit que l’"angélique" ne devrait en aucun cas être une réalité irréductible, mais au contraire explicable à partir du non-angélique, et pas fondamentalement plus substantiel, plus concret, plus vrai que lui.

Il est donc assez ridicule de se branler ainsi le chou à vouloir expliquer le clair à l’aide de l’obscur (ou alors, c’est un exercice de style assez personnel). En somme, je retrouve les conclusions de Lirresponsable par voie parallèle.

Cela débouche au passage sur une vraie question dont on peut quand même attendre la réponse : quels critères scientifiques doit vérifier un concept qu’on introduit de la sorte par artifice pour être recevable (celui-ci ne l’est pas, du moins si j’en crois le critique, car, en fin de compte je n’ai pas lu le livre incriminé) ? Sans doute de tels concepts doivent-être particulièrement tordus et coriaces vu le nombre de siècles qu’on a passé à les ignorer.

La logique du Pouvoir est-elle d’ignorer ce genre d’artifices, ou bien de créer les simulacres de ceux-ci afin de mieux asservir ? Et pourquoi pas des deux à la fois ?

N. Esc. Montessuit
Lalgebriste

[un lien vers non-linearité dans la semiosis : cassé pour l’instant, manque d’hebergeur pour mes pages]