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> Le monde merveilleux de l’ultra-libéralisme

17 août 2001, 03:01, par severino

Je parlerai plutôt d’ultra-capitalisme, ou même de féodalisme. En effet si les libéraux relisaient un peu mieux leur classique du XIXème siècle, ils verraient qu’une majorité de leurs théoriciens étaient bien plus radicaux dans la dénociation des brevets que les partisans actuels du logiciels libre.

En effet, ils ne se contentaient d’en critiquer les abus en certaines situation. Selon eux, le terme "propriété intellectuel" est un abus de langage puisque garantir une exclusivité d’exploitation sur sur une idée revient à créer un monopole légal : Alors que le concept de propriété a pour intérêt d’assurer l’utilisation optimum d’un bien non partageable, les brevets nuisent à la libre concurrence. Ils rejoignirent donc le camp des abolitionnistes qui furent à deux doigts de l’emporter, et qui n’hésitaient pas à sortir des tas d’arguments qui vous ferrait passer pour un fou si vous aviez le malheur de les ressortir aujourd’hui. Et encore ils n’avaient pas entendu parler de coopération productive en réseau, et de copie numérique, et d’interconnexion globale.

Je dis ça pour montrer l’hypocrisie des néo-libéraux qui inventent et adaptent une "science" économique uniquement en fonction de leur intérêt.

Parce que le concept de "propriété privée", soit disant "naturel", n’a-t-il pas toujours été défendu par les libéraux plus comme un moyen de légitimer une situation sociale, que par sincère soucis éthique de protection des libertés et droits de l’homme. Selon moi, si le concept de propriété est bien une liberté pour lequel je suis prêt à lutter, il convient de substituer à la "propriété privée", une "propriété d’usage". C’est en fait l’argument utilisé par certains à Toulouse pour défendre les squats comme Mirys (artistes), l’Observatorio (Université du temps libéré), ou l’ostaleta (Jardin bio collectif)... et c’est pas mal trouvé. Je me demande chez quel penseur anar du XIXeme, ils l’ont trouvé. Si on modère la propriété privée par la propriété d’usage, une terre en friche devient la propriété de celui qui la cultive, et une information (par définition toujours en friche, puisque duplicable à l’infini) devient la propriété de toute personne qui la désire.

Bon, pour en revenir à l’urgence de la lutte bien réalistes et pragmatiques contre les brevets logiciels, pour la liberté de programmer, et contre l’absurdité, qui n’a sans doute pas besoin qu’on la mèle avec des abolitionnistes utopistes tel que moi, posons-nous une question :

Quel est la meilleure stratégie pour gagner ? En effet, il ne suffit pas d’avoir raison, puisque tout ce qui concerne les nouvelles technologies et de le droit de la "propriété’ intellectuelle, passe allègrement au-dessus de la tête de la plupart des gens.

Je proposerai une solution suggéré par Philippe Rivière dans un article du Monde Diplomatique de Juin (lien ci dessous), c’est de ne constituer qu’une seule lutte, un seul tract, une seule pétition contre les abus de l’usage des brevets :

1 - Brevet logiciel -> atteinte à la liberté de programmer, au progrès, au Pme face aux avocats des grosses boites, et accesoirement aux logiciels libres. (FSF, APRIL, AFUL)

2 - Brevet sur les médicaments -> Les pays pauvres n’ont pas les moyens de rémunérer les grands laboratoires quoiqu’il arrive : ne pas autoriser la production et la mise en concurrence des génériques anti-sida dans ces pays est donc une barbarie, même pas justifié économiquement. (Act-Up, Pays du sud...)

3 - Brevetabilisation du vivant : les brevets s’applique de plus en plus aux vivants (plantes et génès indigènes...) sans considération de justice, d’éthique et avec le risque que la marchandisation de nos vies par les multinationales deviennent de plus en plus global, que nous devenions entièrement encadré par elles. (Appel de Agir-Ici, Ecoropa...)

4 - les OGMS, les semences terminators et la liberté paysanne de replanter : Le gène terminator, trop choquant pour l’opinion publique a été remis dans les placards pour un peu plus tard, mais les brevets sur les semences agricoles constituent un droit terminator puisque les paysans qui replantent ou sélectionne leur semences sont considérés comme des pirates. Quant aux OGMs que l’opinion publique mondiale ne parvient pas à stopper face aux roulants compresseur du lobbying, la dernière chance d’avoir le droit à un étiquetage différencié pour le consommateur et de mettre un terme aux contaminations de ces apprentis sorciers, est de fermer le robinet des immenses profits escomptés : "S’il n’y avait pas la brevetabilité, il n’y aurait pas d’OGM. NON aux brevets !" confédération paysanne, 17 avril 2001, dans son appel pour la journée internationale des luttes paysannes.

Et si ça avait eu une chance de convaincre, on aurait pu parler de l’absurdité des copyrights musicaux et du système de rémunération des auteurs, qui privilégient 4 multinationales aux détriment des rares indépendants, et brident les technologies ( En considérant qu’un consommateur moyen dépense 1000 F par an pour 10 albums et rémunèrent ainsi les artistes à hauteur de 100F... ne pourrait-on pas oser un système économique sans intermédiaires qui permette de dépenser 1000 F par an pour 20 DVDs (contenant chacun 50 albums compressés) et rémunère les artistes à hauteur de 1000 F. Si c’est ça le communisme ça vaut le coup pour les mélomanes !). On aurait aussi pu dire que partout l’application forcé d’un copyright fait pour les entreprises, aux individus, est une atteintes à leur liberté. Mais bon, c’est pas à la mode, alors tant pis pour moi.

Le principal étant d’affaiblir un peu la marchandisation du monde, l’emprise croissante des multinationales sur nos vies, et de pouvoir se regarder dans un miroir quand vieux, des jeunes idéalistes nous diront, vous saviez ! vous avez laissé le tiers-monde crever pour une histoire de brevet ! vous avez laissé les multinationales prendre le pouvoir sur le moindre aspect de nos vies pour une histoire de brevet ! Vous avez continué à financer les apprentis sorciers pour une histoire de brevet !

Je m’emporte, je m’emporte, mais n’est-ce pas une bonne idée ?

" [...] Seul mérite de cette guerre du médicament livrée par les multinationales : celui d’avoir déclenché, chez les producteurs et utilisateurs de « propriété intellectuelle », la prise de conscience qu’un enjeu global les réunit tous : l’existence de ce que certains qualifient de « domaine public de l’information », ou d’« écologie de la connaissance ». On aura vu les défenseurs du logiciel libre converser avec les activistes de la lutte contre le sida, s’intéresser aux semences agricoles et à la biodiversité. Et ce mouvement s’amplifie. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), a décidé le 4 avril de mettre tous ses cours sur son site Internet, à la disposition de tous : « Nous espérons que nos supports de cours seront traduits, commente le professeur Lerman. Les pays en développement ont besoin d’information, et doivent développer des infrastructures et des institutions. » Dans les milieux de la recherche, une pétition circule pour exiger des revues scientifiques qu’elles ouvrent leurs archives gratuitement à l’ensemble des étudiants. Et la notion de « bien public global » commence à être discutée en-dehors des institutions internationales...[...] "

Voir en ligne : L’article en entier, web Monde Diplo, 20 avril 2001