Je lis avec un pincement au coeur vos écrits.
Parce que je ne suis pas non plus dans une situation florissante, quoique mieux lotie que vous
parce que je me sens relativement impuissante à faire quelque chose qui puisse aider
les gens comme vous.
Cette semaine plus encore, car en allant au comité de rédaction du journal qui me paye
avec un lance-pierre, mais où au moins je peux l’ouvrir, à la bourre comme d’habitude,
je change à Mirosmenil et j’assiste sur le quai d’en face à une scène qui m’a noué
les tripes. Un homme, la trentaine, peut eter plus, peut etre moins,hurle de douleur.
A ses pieds un journal déchiré. devant lui, un autre homme, un passant qui l’écoute
visiblement. Il dégueule sur cette vie d’hommes et de femmes pressées qui n’ont
pas le temps de voir les gens comme lui. "Je suis transparent, ils me nient, ils me tuent"
criet-il. Il dégeule sur la ville et son inhumanité. Il dit qu’il en a asssez, qu’il ne veut plus lutter
que ce matin il s’est levé prêt à y aller, à vivre bon gré mal gré cette journée, avec la pêche.
Il a fait un wagon, deux wagon, trois wagon, "et puis, hurle-t-il, quand je vois des mecs comme ça,
tu vois, qui liesnt des journaux comme ça... je ne peux plus les supporter."
Le type près de lui semble lui parler. Après un silence, il reprend un peu plus calme.
Soliloque sur le vide de savie et sa volonté d’en finir.
Moi je suis en face, juste en face. J’espère qu’il me regarde, et il ne le fait pas.
J’hésite à crier pour attirer son attention. Ou à ne pas prendre mon métro et à changer de quai
pour aller lui parler. Dévier de ma petite route, prendre le luxe du retard. mais aller le voir pourquoi ?
Que puisèje faire pour lui. Des mots, pour le réconforter, son désespoir est si grand que je doutes de trouver
les bons. De l’écoute. Il en a déjà. De l’argent j’ai 200F sur moi, c’est pas grand chose... mais c’est toujours ça.
Et puis mon métro arrive. Les portes s’ouvrent pshuittttt, je monte.
J’ai mal au ventre. J’ai honte. Honte de moi. Honte de ne m’être pas déroutée.
Honte de l’argent encore dans ma bourse. Honte.
Plus tard, un homme aux cheveux blancs est debout à côté de moi. Il joue des rengaines connues
sur son petit harmonica. Son regard se perd dans son propre reflet sur la porte vitrée. Un enfant bouche ouverte
le regarde. Il tend la main. trois fois je l’appelle pour qu’il prenne la pièce que je lui tend.
Et je tente "euh vous connaissez un type à Miromesnil..." Et lui " Je parle petit français... polonais !"
Et oui, je polonais, toi parisienne, reste avec ta culpabilité. Démerdes toi !
Voilà cette histoire me taraudait, cher Lionnel et vous me donnez l’occasion de la
raconter, et de bien égoistement me soulager la conscience un peu en la racontant.
Merci pour celà, Lionnel. Merci de m’avoir fait comprendre que la sollicitude ou la générosité
un brin-égoiste peut aussi déranger. Et si vous, ou un autre avez besoin, écrivez moi ou
hurlez un bon coup, et je traverserai. Ne serait-ce que pour s’en griller une ensemble, et
parler de ce que l’on peut faire "contre" cette société. Car la vie est par là !
Cher Lionnel
Je lis avec un pincement au coeur vos écrits.
Parce que je ne suis pas non plus dans une situation florissante, quoique mieux lotie que vous
parce que je me sens relativement impuissante à faire quelque chose qui puisse aider
les gens comme vous.
Cette semaine plus encore, car en allant au comité de rédaction du journal qui me paye
avec un lance-pierre, mais où au moins je peux l’ouvrir, à la bourre comme d’habitude,
je change à Mirosmenil et j’assiste sur le quai d’en face à une scène qui m’a noué
les tripes. Un homme, la trentaine, peut eter plus, peut etre moins,hurle de douleur.
A ses pieds un journal déchiré. devant lui, un autre homme, un passant qui l’écoute
visiblement. Il dégueule sur cette vie d’hommes et de femmes pressées qui n’ont
pas le temps de voir les gens comme lui. "Je suis transparent, ils me nient, ils me tuent"
criet-il. Il dégeule sur la ville et son inhumanité. Il dit qu’il en a asssez, qu’il ne veut plus lutter
que ce matin il s’est levé prêt à y aller, à vivre bon gré mal gré cette journée, avec la pêche.
Il a fait un wagon, deux wagon, trois wagon, "et puis, hurle-t-il, quand je vois des mecs comme ça,
tu vois, qui liesnt des journaux comme ça... je ne peux plus les supporter."
Le type près de lui semble lui parler. Après un silence, il reprend un peu plus calme.
Soliloque sur le vide de savie et sa volonté d’en finir.
Moi je suis en face, juste en face. J’espère qu’il me regarde, et il ne le fait pas.
J’hésite à crier pour attirer son attention. Ou à ne pas prendre mon métro et à changer de quai
pour aller lui parler. Dévier de ma petite route, prendre le luxe du retard. mais aller le voir pourquoi ?
Que puisèje faire pour lui. Des mots, pour le réconforter, son désespoir est si grand que je doutes de trouver
les bons. De l’écoute. Il en a déjà. De l’argent j’ai 200F sur moi, c’est pas grand chose... mais c’est toujours ça.
Et puis mon métro arrive. Les portes s’ouvrent pshuittttt, je monte.
J’ai mal au ventre. J’ai honte. Honte de moi. Honte de ne m’être pas déroutée.
Honte de l’argent encore dans ma bourse. Honte.
Plus tard, un homme aux cheveux blancs est debout à côté de moi. Il joue des rengaines connues
sur son petit harmonica. Son regard se perd dans son propre reflet sur la porte vitrée. Un enfant bouche ouverte
le regarde. Il tend la main. trois fois je l’appelle pour qu’il prenne la pièce que je lui tend.
Et je tente "euh vous connaissez un type à Miromesnil..." Et lui " Je parle petit français... polonais !"
Et oui, je polonais, toi parisienne, reste avec ta culpabilité. Démerdes toi !
Voilà cette histoire me taraudait, cher Lionnel et vous me donnez l’occasion de la
raconter, et de bien égoistement me soulager la conscience un peu en la racontant.
Merci pour celà, Lionnel. Merci de m’avoir fait comprendre que la sollicitude ou la générosité
un brin-égoiste peut aussi déranger. Et si vous, ou un autre avez besoin, écrivez moi ou
hurlez un bon coup, et je traverserai. Ne serait-ce que pour s’en griller une ensemble, et
parler de ce que l’on peut faire "contre" cette société. Car la vie est par là !
Amitiés
lag.
sur l’autre quai