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Et pourtant, je suis pour la paresse...

2 mai 2001, 01:41, par PRIVATE JOKER

Bonjour,

Le RIE (revenu inconditionnel d’existence) semble n’être qu’une des données du problème :

> Supposons par exemple qu’il soit intéressé par une activité artistique ou par une activité sociale, activités qui ne lui offrent pas à priori un revenu suffisant pour subsister dans notre société.

Rien ne dit que ces activités, ajoutées au RIE, vont permettre de satisfaire certains individus. Si ces activités restent faiblement rémunérées et/ou sont liées à une durée en heures trop importante pour être rentables, le même problème se posera encore et toujours : les activités "à forte valeur ajoutée" continueront à attirer des personnes qui auraient bien voulu se lancer dans une carrière musicale par exemple, mais comme ça rapporte peu et n’est donc pas considéré socialement... Un des problèmes vient du milieu (la famille, les amis, ...) qui nous entoure : si celui-ci révère l’argent, on risque de continuer à se plier aux règles de ce milieu. Egalement, un couple de peintres, qui gagnent peu et qui veulent avoir un enfant, se trouvera confronté au problème des prix du marché : si l’entité économique couple+enfant n’arrive pas à gagner assez par rapport à ses besoins, il est à craindre qu’au moins un des 2 parents soit obligé de prendre un travail plus rémunérateur.

> Avec le revenu d’existence, l’individu en question possède de toute façon de quoi vivre, ce que lui rapportera son activité ne sera pas son unique ressource mais viendra en supplément.

Là encore se pose le problème des prix et celui donc de l’inflation : avec le RIE, on touchera un certaine somme, on n’aura pas forcément "de quoi vivre". Si les prix du marché sont libres, qu’ils augmentent dès la mise en place du système (inflation déstabilisatrice) pour arriver à se situer juste à la limite de ce RIE -ce dernier ne permettant alors que de satisfaire les besoins de base- ou bien encore à le dépasser (dans ce cas, le RIE serait très proche du seuil de pauvreté) : quel sera l’intérêt ? Une plus grande paupérisation du monde s’en suivrait, et l’obligation quasiment pour tout le monde d’avoir un activité rémunérée à côté... Il faut donc imposer soit un système de contrôle des prix, soit mettre en place une production minimale de biens "de survie" (toit+nourriture+santé+...) : à charge pour l’Etat, dont le rôle sera accru, de mettre l’intégralité de ce système en place, de réussir à le faire tourner, et surtout de le financer.

> S’il veut être plus à l’aise, rien ne l’empêche d’exercer une ou plusieurs activités mieux rémunérées en complément. Car c’est là un des grands points de notre projet : alors que la multiactivité est pratiquement hors la loi dans la société actuelle, elle est ici encouragée.

La multiactivité n’est pas hors la loi partout : en France oui, mais pas aux USA. D’ailleurs, certaines personnes là-bas n’arrivent à gagner de quoi survivre qu’en faisant minimum 12 h par jour et plusieurs métiers. Quant au fait d’encourager la multiactivité dans ce fameux "projet", vu tout ce que j’ai décrit plus haut, cela se fera de facto, mais dans la douleur. On ne peut pas décemment dire "t’as envie de gagner plus, prend donc un autre métier en supplément" à quelqu’un qui souhaitait juste pouvoir vivre jusqu’à la fin de ses jours dans la paresse la plus molle, et qui se rend compte qu’il devra pour cela habiter dans une cellule et se nourrir de pain sec et d’eau, avec comme compagnie la TV gracieusement offerte par l’Etat ! Avec un peu de chance et si l’aspect "éducation" est performant, cette personne choisira de faire une formation qui lui assurera un (seul) métier pouvant lui assurer de hauts revenus en plus du RIE, et on en reviendra au même point qu’aujourd’hui...

En résumé, il me semble qu’il y a un peu trop d’utopie naïve dans cet article (ça peut être un qualité, mais pas quand on veut passer à l’acte) et pas assez de faits économiques, qu’il ne va surtout pas falloir oublier lors de la mise en place du so-called Projet : si c’est pour inventer un gloubi-boulga d’ultra libéralisme et de socialisme, il vaut peut-être mieux s’abstenir.

Au revoir.

N.B. => il serait intéressant d’aller piocher du côté de Marx, de son analyse de la force de travail humain sous forme de marchandise, de sa théorie de l’accumulation de cette marchandise sous la forme du capital, et de l’accroissement de ce capital grâce à la plus-value, qui est en gros la différence entre la rémunération qu’un capitaliste accorde au salarié et combien il revend la marchandise (le travail de ce salarié) sur le marché. D’où l’intérêt pour le capitaliste d’avoir un vivier de travailleurs à sa disposition, encore mieux si ceux-ci sont pris en charge par l’Etat.