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L’économie d’idées de Marc Laimé

9 avril 2001, 02:49, par PRIVATE JOKER

Non-cher Mr Ledétesté,

Encore et toujours la Main du Malin qui frappe, ou "quand je tiens un truc, je l’utilise jusqu’à plus soif !".

Alors comme ça, les "Kaisers" ont pensé à tout depuis le début, c’était un complot ourdi des années à l’avance... Aidés sans doute par les Raéliens, pi aussi la NSA, pi le gouvernement Chinois !

Je trouve ça un peu trop cousu de fil blanc, désolé. Enoncer ce genre de rhétorique, c’est oublier un peu vite que :

1) le capitalisme n’existe pas sans la Concurrence™, ce qui veut dire que tous ceux qui portaient hier aux nues la NewEcoAïe cherchaient à en profiter selon le capital qu’ils pouvaient en retirer : les "industriels" pour le hard/soft-ware à imposer, les "analystes" pour leurs conseils (ils sont payés pour ça) à vendre, les "financiers" pour les plues-values bien grasses à réaliser, les "journalistes" (dont vous faites partie, ne vous en déplaise) pour leurs informations/opinions à monnayer... Mais tout cela dans le désordre et sans forcément vouloir reformer le GrandSatan™ : mimétisme idiot n’est pas synonyme d’entente frauduleuse.

2) quand on spécule en Bourse™ , on joue à la Hauss, ou à la Baiss, ou les Deu, en cherchant à avoir le plus d’infos dispos mais en n’allant jamais contre le marché : si le marché commence à monter et qu’on y croit, on joue la Hauss, ce qui la conforte ; si ToutLeMonde™ y croit, ça monte de façon exponentielle... Et c’est idem-itou pour la Baiss : la tendance générale est à la chute, no problemo, on s’aligne ; si ToutLeMonde™ s’aligne, patatras... Le blème c’est que d’ordinaire (dans la OldEcoAïe), la Hauss se fait jusqu’à ce qu’on arrive au maximum de rentabilité de la société (ou du marché) qui est fondée sur des chiffres réels (PER, trésorerie, bénéfices, ...), de même la Baiss s’effectue jusqu’à un minimum quantifiable lui aussi (en gros, l’activité mini-survie de la société). La NewEcoAïe, pas pareil : valorisations basées sur du vent sans savoir si c’est pérenne pour la Hauss (ho, le gratte-ciel), valorisations basées sur la réalité (FAILLITE !) lorsque la Baiss survient (ho, le champs de fouilles)...

3) les fonds de pension ne sont pas des hedges funds, ce qui veut dire qu’ils ne font pas n’importe quoi, dans les "limites capitalistiques" qui sont les leurs. En substance, les fonds de pension n’ont le droit d’investir ni sur certains produits financiers, ni sur certaines entreprises : ceci afin de développer des gardes-fous. Je rappelle à nos aimables lecteurs qu’un hedge fund demande un ticket d’entrée à queques Millions de dollars par personne (morale aussi, hein...) à des fins purement spéculatives. Un fond de pension, c’est l’équivalent d’une SICAV ou d’un FCP, très fortement lié à un banquier ou un assureur, avec une fiscalité avantageuse pour les petits porteurs qui en font parties, et qui impose des critères de rentabilité aux sociétés dont il achète des actions : "OK, on prend 20 % chez vous, on fait en sorte que le prix de l’action se stabilise entre 10$ et 20$, mais on veut 15 % de la rentabilité hors impôt". Pour rappel, un hedge fund comme LTCM s’est précipité sur les GKO russes (emprunts d’état court terme) à cause de la rentabilité de 240 %... Pas la même cible.

Effectivement, je suis d’accord pour dire que "c’est bel et bien le poids croissant de la sphère financière sur l’économie globale qui aura permis à ladite « Nouvelle économie » de prendre son essor", mais il s’agissait à l’époque (la Hauss) de se faire des gonades en or massif en vendant du Concept™ à des solvables ("les petits porteurs", par exemple ; mais ce n’est pas le seul) et pas "d’une très banale logique d’externalisation des coûts de recherche-développement". D’une part car cela ne sert à rien de monopoliser un banquier, un incubateur, et un introducteur pour se faire racheter par un vieux de la OldEcoAïe à vil prix. D’autre part, parce que la R&D hi-tek externalisée, ça va faire 15 ans et + que ça existe dans la "Silly-Con Vallée" (cf. début de Microsoft) et que ça pourrait durer encore longtemps : ce qu’on a vu dernièrement n’était PAS cela !

Bon, pour l’anecdote, cette chère "enfant de quatre ans" que vous citez un peu librement n’a pas triomphé "sans coup férir à la Bourse d’un analyste et d’une astrologue", elle a simplement perdu moins d’argent qu’eux en jouant TOTALEMENT au hasard : le fait qu’il s’agissait d’une expérience des "plus rocambolesques" n’autorise personne à transformer un "-" en un "+" , n’est ce pas... Sinon, "l’Age de l’accès" de Refkin c’est effectivement à lire, mais ce n’est qu’une démonstration supplémentaire que nos zolies multinationales les plus avancées ont pour projet de posséder/breveter l’intégralité du Mort (la Kultur) et du Vivant (le Jénome)... Quant au rapport avec l’Etat, ça me semble un peu téléphoné, si évidemment on est partisan de l’existence de ce genre de chose, sinon on s’en fout ! Pi "la figure pure de la guerre économique", zut alors : moi qui la voyais se tordre de rire depuis longtemps déjà, j’me doutais pas que c’était EN ATTENDANT de démarrer les hostilités !

Maintenant, en ce qui concerne la seconde partie de votre article(sic) : l’enjeu de la MoneyElectronic™. Il serait bon de rappeller qu’est ce que la monnaie ?!? C’est à l’époque moderne, une unité d’échange fixant le prix des biens/services, mais aussi une réserve de valeur, qui est sous le contrôle des Banques Centrales : celles-ci peuvent la (laisser) créer de plusieurs façons. D’une part, elles peuvent accepter des dépôts en Or/DeviseEtrangère/Etc... en échange de billets de banque (1° création). D’autre part, elles peuvent accorder des crédits aux banques nationales qui elle-mêmes vont en accorder à leurs clients (2 °création). Enfin, une BC peut accorder un emprunt à l’Etat (3° création). Le problème, c’est qu’une nouveau moyen de paiement est en train de voir le jour : le tout est de savoir s’il y aura création de monnaie, ou pas. Comment ? Et si oui, QUI pourra créer cette monnaie ? Pour le moyen, il s’agira certainement du crédit, comme celui qu’aujourd’hui Incontinent ou Carrouf’ accordent à leurs clients : demain, ce sera MisoCrote dans sa galerie virtuelle, si on le laisse faire. Alors dans ce cas, devra-t’il emprunter auprès d’une BC ou auprès d’une banque nationale, et à quelle condition (taux d’intérêt, durée, ...) ? Quelle sera l’incidence de cette création de monnaie sur le déficit (emprunt auprès de la BC) des Etats ? Verra-t’on apparaître une monnaie mondiale, unique, et universelle ? Etc, etc... On voit que le problème ne se situe pas dans les solutions techniques qui, à un moment ou à un autre, seront opérantes mais plutôt dans un jeu de pouvoir du politique au financier : encore recemment, la conduite de la monnaie était une marque de pouvoir pour l’Etat... Jusqu’aux années 1980, où ce dernier cherche à réduire ses déficits publics, se coupe de sa BC et développe un marché financier liquide afin d’y emprunter directement de l’argent. Depuis, le marché international s’est développé, les taux d’intérêts ont flambé, et les Etats ont souffert. Et demain ?

Maintenant, il va falloir me dire où est le GrandComplot™ là où n’opère finalement que de la concurrence sauvage et des intérêts divergents. Pour ce qui est des problèmes techniques, je me gausse : le vrai danger n’est pas là, non-cher Mr Ledétesté, mais dans la possibilité de mettre en place UNE (au moins) monnaie universelle dans le cyber-monde (vas-y CoCo, c’est vendeur comme terme !), et par Qui...

Le bal est ouvert...