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> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?

24 mars 2001, 01:07, par Gael

Cet article a le merite de poser un probleme a mon avis assez important pour le monde actuel.
Mais l’universalisme et le relativisme dans leurs versions extremes sont deux attitudes qui ne me satisfont pas vraiment.

Permierement, l’universalisme a des relents tres forts de colonialisme. Si l’occident en a largement profite sur le plan materiel, il y avait me semble-t-il une dimension "civilisatrice" dans la colonisation. J’entends par la que les colonisateurs (ou certains d’entre eux) partageaient la certitude de detenir des verites superieures qu’ils leur fallaient imposer pour le bien de tous.
Aujourd’hui encore, pendant la guerre du Kosovo on a entendu que desormais la souverainete des Etats n’arreteraient plus les droits de l’homme. Dans les faits, on a vu des puissances occidentales imposer leurs vues particulieres sur la question sans reelles propositions a long terme uniquement pour le confort intellectuel et la bonne conscience de l’elite mondiale.
On notera d’ailleurs que la fin de la souverainete est a sens unique : on doute de la possibilite de la Macedoine ou du Senegal de mettre sur pied avec la benediction des media et de la majorite des organisations internationales une operation militaire dirigee contre la France ou les Etats-Unis et ayant pour objectif de faire respecter la conception locale de ce que devrait etre l’attitude de la police ou les droits des minorites.
L’universalisme parait donc ici n’etre qu’une ideologie au service des interets et des croyances particulieres de l’occident.

D’un autre cote, le relativisme cache parfois lui aussi un certain mepris de l’autre. Considerer les cultures comme quelque chose de fixe et d’incommensurable est aussi un element essentiel de la plupart des theories qui voudraient nous faire croire a une hierarchie des cultures humaines.
Par ailleurs l’idee que notre culture limite definitevement notre aptitude a penser certains phenomenes ou a accepter certaines idees est aussi faire preuve d’un certain mepris de l’autre. Il est certain que la culture conditionne un certain mode de pensee et que les langues humaines de sont pas simplement des prononciations differentes des memes concepts. Mais croire qu’on ne pourrait pas se detacher quelque peu de se carcan est en soi fondamentalement ethnocentriste.
En effet, cela implique que seul l’occident pourrait jouir de la prosperite qui est la sienne ou que seuls les occidentaux pourraient atteindre un certain niveau de libertes politiques. De fait, c’est essentiellement en occident qu’au nom du respect des autres on decrete de nouvelles "valeurs" a pretentions universelles : la conservation des cultures comme un donne intemporel. C’est une forme de racisme que d’imaginer les autres comme prisonniers de leur culture alors meme que tout les discours sur l’universalisme, le multiculturalisme ou le relativisme presupposent de toute facon la capacite - superieure - de l’occidental a s’extraire de sa propre determination culturelle pour juger de maniere pretendument raisonnable l’emprise de la culture des autres sur leur mode de vie et de pensee. Reconnaitre a l’autre une possibilite d’action sur sa propre societe - et donc a terme la possibilite d’une convergence autour de certaines "valeurs" si nous faisons notre part du chemin - est un prealable a tout discours qui, proposant un programme "humaniste et solidaire", implique notre propre possibilite de changer nos valeurs et notre societe. De plus l’idee que seul l’occident a developpe l’idee d’une autonomie de l’individu et de l’existence de droits humains imprescriptibles est encore faire preuve d’ethnocentrisme : c’est confisquer a notre seul profit et au nom du respect de l’autre une idee que nous ne sommes pas les seuls a avoir approchee.
Dans les faits, on a vu des leaders politiques se reclamer de pretendues "valeurs asiatiques" pour legitimer une entreprise dictatoriale pas vraiment traditionnelle et pas toujours compatible avec les valeurs de leurs peuples.
Du coup le relativisme radical ne m’apparait pas si clairement comme une position tenable ou coherente dans une perspective humaniste. Presenter les droits de l’homme comme une invention occidentale c’est preparer le terrain de ceux qui voudront ensuite imposer notre systeme politico-economique au nom de la superiorite de l’occident et de ses valeurs. La est l’authentique imperialisme.

Voir en ligne : Human rights and the Westernizing illusion, by Amartya Sen