uZine 3

Accueil > ... > Forum 2823

> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?

24 mars 2001, 00:51

Salut Vykinge,

quelques petites idées en vrac, et d’abord une info :
- dans le genre modéré, un récent opuscule d’André Bellon et Anne-Cécile Robert Un Totalitarisme tranquille Syllepse 2001, 45F (c’est donné), pourrait alimenter la réflexion, en s’en tenant au point de vue républicain le plus classique.

Ensuite, ce qui me titille dans tes "platitudes" contre-platitudisantes :

- tu retombes assez facilement et de manière non-critique dans ce qui me parait un banal déterminisme ethniciste : implicitement, tu te refères à une vision "enracinée" de la "culture" dont je crois que tu imagines assez facilement ce que je pourrais t’en dire si j’étais (à peine) malveillant ;-) (tiens, chope toi un smiley : t’as révisé ?)

- au niveau du procédé, je n’aime pas "leçon d’humilité", ça fait un peu oxymoron ; (et, si je suis ABSOLUMENT D’ACCORD avec l’affirmation que les "valeurs universelles" ne sont pas un argument, je ne pense pas que la culpabilité rétrospective en soit un non plus) ;

- quoi que soit une "valeur" (et tu me parais confus là-dessus) cela ne se "révère" pas, cela se pratique (cf ce qu’en dit Mikeul ici même), et cela PEUT et DOIT se débattre sur le fond(en n’importe quelle langue, les hommes font ça depuis tellement longtemps que Tirésias en a marre, on le comprend, il était là presque au début). Or il me semble que tu t’en tiens à la recherche d’un principe abstrait de gestion des valeurs, indépendant de leur contenu ;

- ton tropisme géo-linguistique (je dirais ici : horizontal) évacue bien d’autres dimensions de ce qu’on peut appeler "culture" : une verticale (p. ex. les SDF de tous les pays ont plus "la même culture" que le SDF et le PDG d’un même pays, etc.) et une dimension temporelle, les trois dimensions pouvant d’ailleurs se recouper/combiner...

- pour faire concret, le respect du citoyen qui consiste à ne pas lui assigner une appartenance communautaire quelconque (sexe, caste, ethnie, religion...) (c’est très précisément là que je situe la racine de tout impérialisme culturel possible), me parait une "valeur" universalisable :

- le "donné" (le plus souvent subi) culturalo-communautaire n’est donc qu’un point de départ dont le citoyen est supposé émancipé ; c’est par CHOIX qu’il peut s’adonner aux rites, cultes, superstitions et simagrées qui l’amusent et c’est en raison de la garantie de cette liberté de choix que le citoyen doit contribuer à la garantie de la liberté d’autres choix : ça, ça me semble universalisable, non ? Ca n’exclut pas la critique y compris radicale. La liberté d’expression est aussi une valeur qui me semble universalisable, tandis que le communautaro-politiquement correct restaure subrepticement le délit d’opinion !

En résumé (désolé pour mes platitudes à moi et leur longueur), je crois pouvoir considérer que l’humanité, quelles que soient ses divisions, sa composition, négocie en permanence ses ajustements de valeurs dont certaines postulent à l’universalité, (et UNE l’est déjà : la valeur marchande). Formellement, ou bien seuls les individus (en tant que "citoyens libres") ont voix au chapitre, ou bien on retombe dans une forme de féodalité... Ainsi l’autonomie de l’individu peut-être à la fois une fiction et une valeur, et la condition de base à tout débat sur l’universalité du débat sur l’universalisation possible de valeurs...

...continuons le combut !