Résumons-nous. Que nous disent en substance nos deux défenseurs de la tolérance (avec l’aide de Benasayag présenté comme le redacteur d’un nouvel Evangile selon St Jean) ? Que l’utopie, c’est bien beau, c’est sympa comme tout, mais qu’il faut maintenant en revenir au principe de réalité. Antienne classique de la pensée la plus conservatrice qui soit. Ca évite de se poser la question de ce qu’est la réalité et de son instrumentalisation par les ceusses qui ont tiré les marrons du feu. Mais c’est pas grave tout ça : l’important, c’est que l’on avance dans le sens du progrès social. Peut importe les moyens, seule la fin compte. On connait la chanson. C’est exactement le discours de tous les July du monde.
Comme d’habitude, on accuse les trublions des errements que l’on porte en soit. Ils se feraient en fait les portes-paroles d’une morale du désabusement. Mais où on va là ? Qui tient le discours responsable de L’utopie ça demande ça (geste avec les deux bras largement ouverts) et au final on a ça (geste avec deux doigts rapprochés). C’est la vie on y peut rien ? Qui se la joue on a tout compris ? Qui professe des accusations mensongeres ? Arno* et Lainé ont-ils à un seul moment parlé de monter des tribunaux d’exception avec le quizz comme auto-critique ? Non bien sur. Ils mettent les pieds dans le plat et expliquent qu’il serait un peu dommage que des petits malins tirent les bénéfices indus d’une action collective. Et racontent les modalités des retournements de veste. Le public a le droit de savoir non (ah ah ah !) ?
Mais dans quel monde vivez-vous donc ? Celui des journalistes ? Toujours l’éternel problème des lunettes. Vous ne les avez jamais rencontré ces quinquagénaires tout sourire assis sur leurs acquis, qui connaissent tout, qui se retranchent derrière la défense de la démocratie (c.a.d du statu quo), mais vous raconte mai 68 avec des larmes dans la voix, sortent la guitare pour jouer commandante Che Guevara et vous explique que, non, ils n’ont pas changé, et que vos soupçons et votre mauvaise humeur sont infondés, si ce n’est blessants ? Ce sont bien ces gens là qui font que le monde est moche et d’un ennui à pleurer. Parce qu’ils ont bati toute leur carrière sur la mise au rencard et l’instrumentalisation des idéaux des autres, les bons cons qui les ont laissé parler à leur place. Et qu’ils vérouillent le monde. Et ses représentations.
Et puis, puisqu’on en parle, faudrait arréter de jouer les vierges effarouchées. On attend toujours qu’un journaliste (en dehors des poses de rigueur) nous expliquent en quoi Halimi, Bourdieu et d’autres racontent des conneries à leur sujet. Et pas des arguments limités à C’est un jaloux, c’est un vieux stal’. En fait, on peut se dire que du fait de sa fonction, le médiateur est incapable de remettre en cause le principe même de représentation. De là à dire qu’il est fondamentalement conservateur, il n’y a qu’un pas. Et tout cet article me conforte dans cette idée.
L’important ce serait de faire quelque chose, peut importe si quelqu’un obtient une Safrane au bout du compte. Mais faire quoi ? Là, on glisse. Ce sera evidemment un grand progrès social si des sites bénéficient du sticker bon pour le service du Ministère de la Solidarité et de la Bonne Conscience. Et qu’un rusé coquin soit dans les commissions qui valident l’attribution du label. Le propre du pouvoir médiatique (au sens très large), c’est la repression et la censure. C’est de créer des normes. De dire ça c’est bon pour le public, ça c’est franchement limite. Et on a besoin d’experts, de représentants autoproclamés de la société civile et de transfuges des réseaux associatifs pour avaliser et faire passer la pilule. La carotte pour les uns (peu nombreux), le bâton pour les autres.
Et le propre du bon récupéré, c’est de se présenter sous les meilleurs auspices. Comme Mouchkine. Tiens, bon exemple. Voilà quelqu’un qui fait dans le subventionné bien dans le Zeitgest (le mal, c’est pas bien et le racisme, ah là là !), pour flatter dans le sens du poil l’upper-middle class. Divertissement d’Etat ronronnant. Pourtant en 68, on a bien assez gueulé contre le mandarinat culturel. Pour en arriver à quoi ? A pas grand chose. Le discours de l’artiste officiel a changé ; on est passé de Vive l’Algérie Française à Defense des droits de l’homme (sauf pour les obscurantistes). On reste en adéquation avec les vagues idées molles d’un public selectionné (toujours le même, d’ailleurs). Tu parles d’un progrès ! Marre d’entendre les ex quelque chose venir nous gonfler avec la façon dont ils ont fait changer les choses. On n’a jamais eu besoin d’eux et de leurs prétendus états de service. On pourrait se dire par exemple que le droit à l’avortement provient d’une adaptation du néo capitalisme (ce qu’on appelle à tort le neo liberalisme et qui d’ailleurs est une des productions de mai 68) prenant acte l’insertion de plus en plus massive dans la vie sociale et professionnelle des femmes, laquelle, in fine, a été boostée par la guerre de 14-18 et ses suites. Entre le structurel et le contingent, il faudrait voir à diminuer ses prétentions à avoir rééellement changé le monde. Et arrêter de prendre les concepts diffus (l’humanité, la démocratie, le peuple, le bonheur, le progrès) comme alibis commodes pour excuser ses revirements.
Et dernier truc, exaspérant : il s’avererait plutôt agréable d’arrêter les accusations psychologisantes qui présentent les mecs se la jouant grand chef de meute, simple retournement des clichés misogynes. Comme si le fantasme d’Arno* et Marc était de poser en tenue camouflée, un AK47 à la main, sur les ruines du minirezo. Plus d’un siécle de féminisme pour en arriver à du Guitry à l’envers, c’est pitoyable. Sans compter que ça se retourne comme une crêpe, ce genre d’argument.
Résumons-nous. Que nous disent en substance nos deux défenseurs de la tolérance (avec l’aide de Benasayag présenté comme le redacteur d’un nouvel Evangile selon St Jean) ? Que l’utopie, c’est bien beau, c’est sympa comme tout, mais qu’il faut maintenant en revenir au principe de réalité. Antienne classique de la pensée la plus conservatrice qui soit. Ca évite de se poser la question de ce qu’est la réalité et de son instrumentalisation par les ceusses qui ont tiré les marrons du feu. Mais c’est pas grave tout ça : l’important, c’est que l’on avance dans le sens du progrès social. Peut importe les moyens, seule la fin compte. On connait la chanson. C’est exactement le discours de tous les July du monde.
Comme d’habitude, on accuse les trublions des errements que l’on porte en soit. Ils se feraient en fait les portes-paroles d’une morale du désabusement. Mais où on va là ? Qui tient le discours responsable de L’utopie ça demande ça (geste avec les deux bras largement ouverts) et au final on a ça (geste avec deux doigts rapprochés). C’est la vie on y peut rien ? Qui se la joue on a tout compris ? Qui professe des accusations mensongeres ? Arno* et Lainé ont-ils à un seul moment parlé de monter des tribunaux d’exception avec le quizz comme auto-critique ? Non bien sur. Ils mettent les pieds dans le plat et expliquent qu’il serait un peu dommage que des petits malins tirent les bénéfices indus d’une action collective. Et racontent les modalités des retournements de veste. Le public a le droit de savoir non (ah ah ah !) ?
Mais dans quel monde vivez-vous donc ? Celui des journalistes ? Toujours l’éternel problème des lunettes. Vous ne les avez jamais rencontré ces quinquagénaires tout sourire assis sur leurs acquis, qui connaissent tout, qui se retranchent derrière la défense de la démocratie (c.a.d du statu quo), mais vous raconte mai 68 avec des larmes dans la voix, sortent la guitare pour jouer commandante Che Guevara et vous explique que, non, ils n’ont pas changé, et que vos soupçons et votre mauvaise humeur sont infondés, si ce n’est blessants ? Ce sont bien ces gens là qui font que le monde est moche et d’un ennui à pleurer. Parce qu’ils ont bati toute leur carrière sur la mise au rencard et l’instrumentalisation des idéaux des autres, les bons cons qui les ont laissé parler à leur place. Et qu’ils vérouillent le monde. Et ses représentations.
Et puis, puisqu’on en parle, faudrait arréter de jouer les vierges effarouchées. On attend toujours qu’un journaliste (en dehors des poses de rigueur) nous expliquent en quoi Halimi, Bourdieu et d’autres racontent des conneries à leur sujet. Et pas des arguments limités à C’est un jaloux, c’est un vieux stal’. En fait, on peut se dire que du fait de sa fonction, le médiateur est incapable de remettre en cause le principe même de représentation. De là à dire qu’il est fondamentalement conservateur, il n’y a qu’un pas. Et tout cet article me conforte dans cette idée.
L’important ce serait de faire quelque chose, peut importe si quelqu’un obtient une Safrane au bout du compte. Mais faire quoi ? Là, on glisse. Ce sera evidemment un grand progrès social si des sites bénéficient du sticker bon pour le service du Ministère de la Solidarité et de la Bonne Conscience. Et qu’un rusé coquin soit dans les commissions qui valident l’attribution du label. Le propre du pouvoir médiatique (au sens très large), c’est la repression et la censure. C’est de créer des normes. De dire ça c’est bon pour le public, ça c’est franchement limite. Et on a besoin d’experts, de représentants autoproclamés de la société civile et de transfuges des réseaux associatifs pour avaliser et faire passer la pilule. La carotte pour les uns (peu nombreux), le bâton pour les autres.
Et le propre du bon récupéré, c’est de se présenter sous les meilleurs auspices. Comme Mouchkine. Tiens, bon exemple. Voilà quelqu’un qui fait dans le subventionné bien dans le Zeitgest (le mal, c’est pas bien et le racisme, ah là là !), pour flatter dans le sens du poil l’upper-middle class. Divertissement d’Etat ronronnant. Pourtant en 68, on a bien assez gueulé contre le mandarinat culturel. Pour en arriver à quoi ? A pas grand chose. Le discours de l’artiste officiel a changé ; on est passé de Vive l’Algérie Française à Defense des droits de l’homme (sauf pour les obscurantistes). On reste en adéquation avec les vagues idées molles d’un public selectionné (toujours le même, d’ailleurs). Tu parles d’un progrès ! Marre d’entendre les ex quelque chose venir nous gonfler avec la façon dont ils ont fait changer les choses. On n’a jamais eu besoin d’eux et de leurs prétendus états de service. On pourrait se dire par exemple que le droit à l’avortement provient d’une adaptation du néo capitalisme (ce qu’on appelle à tort le neo liberalisme et qui d’ailleurs est une des productions de mai 68) prenant acte l’insertion de plus en plus massive dans la vie sociale et professionnelle des femmes, laquelle, in fine, a été boostée par la guerre de 14-18 et ses suites. Entre le structurel et le contingent, il faudrait voir à diminuer ses prétentions à avoir rééellement changé le monde. Et arrêter de prendre les concepts diffus (l’humanité, la démocratie, le peuple, le bonheur, le progrès) comme alibis commodes pour excuser ses revirements.
Et dernier truc, exaspérant : il s’avererait plutôt agréable d’arrêter les accusations psychologisantes qui présentent les mecs se la jouant grand chef de meute, simple retournement des clichés misogynes. Comme si le fantasme d’Arno* et Marc était de poser en tenue camouflée, un AK47 à la main, sur les ruines du minirezo. Plus d’un siécle de féminisme pour en arriver à du Guitry à l’envers, c’est pitoyable. Sans compter que ça se retourne comme une crêpe, ce genre d’argument.