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> Ce que je reproche à Marc et Arno

8 mars 2001, 14:49

Je comprends pas bien là ou je rêve ... Pourquoi Jean Daniel (par
exemple) ne raconte-t’il pas par le menu ses innombrables
conpromissions ? Ca me semble évident ...

Moi aussi... Mais je ne pense pas que Jean Daniel se lance non plus dans de grandes
déclamations idéologiques avec exhortation à l’auto-critique à la clé - enfin,
là, je te laisse volontiers me corriger, vu que je ne lis pas ce genre de choses.
C’est pour ça que la posture de cet article est étrange, comme tu le soulignes
avec justesse : d’un côté on
fait partie du web indé et même de ses représentants les plus médiatisés
et valorisés (arno en particulier), d’un autre côté on chie sur tout ce qui
fait notre position dans le web indé. Sans toutefois aller jusqu’au bout.
Double contradiction ! Ou alors c’est juste pour se démarquer de la contradiction
simple et habituelle des "médiateurs" quand ils parlent de "déontologie" ?

Laissons tomber le quizz, ok. Mais la première partie ? J’en attends le
demontage, et pas les poses des vertus ulcérées.

Démontage ? Heu, voyons voir. Passons sur les citations
du début et le rappel des faits.

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"un capital très humain"

Il s’agit d’anticipations et de spéculations sur l’avenir possible du web indé.
Il me semble cependant qu’il y a une assertion assez optimiste : "Ce sont les webzines
qui font de l’audience, fidélisent des lecteurs
passionnés. Ce sont les réseaux de solidarités qui font émerger de
nouvelles dynamiques, bousculent les certitudes et les préjugés."
De quels webzines parle Marc Laimé ? De ceux qui bousculent les préjugés ?
Ceux-là ne font certainement pas une très grosse audience. Certes, faut pas
le dire, parce que vu dans le prisme déformant du microcosme parisien, on a
l’impression d’être les rois de la subversion...

Il me semble donc qu’on confond ici micro-prestige social et valeur marchande.
Même si l’un et l’autre sont parfois/souvent liés, je vois mal comment
un "spécialiste du web indé" (ce qui est quand même quelque chose
de très sectorisé) pourrait se recycler dans la médiation
professionnelle. Ou plus précisément, même si quelques-uns y arrivent,
je vois mal une telle translation s’opérer de façon massive ! Quel intérêt
médiatique/éditorial
pourrait justifier de mettre en branle l’absorption d’une telle masse
hétéroclite et plutôt difficile à récupérer dans le cadre d’une activité marchande ?

C’est qu’il risque d’en falloir, des stages de rééducation et des colloques au
Bahamas. Dans quel but exactement ? Michel Bon a-t-il vraiment besoin
du Web Indé, ou sont-ce juste quelques bonnes paroles d’un individu friand,
comme Messier,
des médias et de leur reconnaissance ? Certes, on peut penser à un scénario
type antiracisme et récupération des bons sentiments, transposé au Web.
Mais là j’extrapole
et si c’est ce que voulait dire Marc, il eût été bon qu’il le dise clairement.

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" Nous avons tous, plus ou moins, capitalisé sur notre connaissance,
pratique, maîtrise d’Internet, et cela à titre individuel. Qu’il s’agisse d’un
capital symbolique (pouvoir), d’un revenu (salaire, piges...), nous tirons
un bénéfice personnel de notre pratique du réseau."

Le "nous" serait intéressant à élucider. Les lecteurs ? Bof. Des ennemis
de Marc ? Peut-être, mais ils ne sont pas déclarés. Alors ? ....

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" Dans l’absolu, rien de mal, parce qu’inévitable. [...]"

Finalement, le seul mal serait de ne pas avouer qu’on fait la faute ?
C’est un peu fort de café, ou trop léger au contraire.
Auto-flagellation, idéologie du chatiment,
dénoncés sous des formes
diverses par une grande partie des intervenants de ce forum.
Au-delà de l’affection ou de la répulsion qu’on éprouve pour de telles
pratiques, on remarquera que cette repentance est en l’occurence
hypocrite puisqu’on continue quand même à faire le mal.
A quoi sert-elle alors ?

Je rejoins ce qui a été dit ailleurs : on dirait de l’auto-justification voilée.
Tirer soi-même sur les dérives présupposées du système, et brandir
l’étendard de la repentance, permettrait de désamorcer la bombe de
ses propres compromissions ; puisque, dans ce schéma, quand on a
avoué la "faute" (je ne statue même pas sur le fait de savoir si c’en
est une ou pas, vu que les allusions du texte sont trop peu précises
pour constituer un socle de discussion intéressant), on en est absous.

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Bon, je pense qu’on peut dégager deux travers dans cet article :

- une ambivalence dans la position idéologique, à la fois radicale parce
c’est ainsi que le veulent les auteurs, mais tout de même froussarde quand
il s’agit de réaliser l’idéologie, parce que ça irait à l’encontre de leurs
"intérêts".

- une trop grande prétention à la globalité et à la généralité, qui fait
qu’il n’y a aucune précision concrète sur la nature des "compromissions",
des "bénéfices", l’identité éventuelle des "traîtres", etc. Ce qui empêche
de juger des idées exposées car elles ne s’appliquent à aucune donnée
suffisamment concrète. (quand on propose un modèle d’explication,
ce modèle s’applique normalement à un domaine précis, pas un tout
indéfini).

Si l’on reprend ce dernier travers et qu’on essaie tout de même de
voir quel problème il escamote, on tombe sur la définition du
mot "intérêt" et sur le seuil à partir duquel un intérêt devient,
moralement (c’est évidemment une position uniquement morale -
quand on n’a aucun "intérêt" à faire quelque chose, on ne le fait pas),
répréhensible.

a+

Antoine.