Notre texte a beaucoup circulé. Merci à ceux qui l’ont fait tourné, à
ceux qui nous ont envoyé des corrections (ah, les profs...). Merci à
tous ceux qui nous ont envoyé des petits mots gentils et émouvants.
Ci-dessous le texte définitif avec les corrections.
MODE D’EMPLOI :
* Pour ceux qui ont déjà signé, pas besoin de confirmer. Si vous
vouliez en revanche retirer votre signature, merci de le faire savoir.
* Pour ceux qui voudraient signer cette dernière version, merci
d’envoyer vos signatures, si possible avant mardi 23h, à
stephane@lavignotte.org
* Le texte est effectivement celui d’enfants de soixante huitards (ou
dont les parents étaient contemporains de la génération 68), mais
pour que la génération des parents puisse signer (certains ont
proposé et ça nous a fait plaisir) on a prévu une ligne "soutien".
* Le texte est envoyé à Libé ce jour. On espère une publication pour
la fin de semaine.
Signataires (génération des enfants) :
Véronique Dubarry, Stéphane Lavignotte, Erwan Lecoeur, Christine
Villard, Thomas Giry, Julien Lecaille, Arnaud Wasson-Simon, Bruno
Villalba, Emmanuelle Escal, Pierre-Emmanuel Weck, Anne-Gaëlle Yvinec,
Philippe Bezdikian, Loic GRIVEAU, PERRIN Evelyne, André Yaël, Alexis
Fritche, Jean-Christophe Helary, Nicolas Bacchus, Bernard
BAGES,Jean-Christophe Petit, Hervé LE COQ, Danielle Valero, Patrick
PORTEJOIE, Rani Ayadi, Emmanuelle Rivier, Lyne Rossi, Charles Wolfe,
Guy et Sylvie Ruiz, Joris Clerté, Hélène Tocny, Stéphen Kerckhove,
Claudy Aubert-Dassé, Alistair Connor, Aurélien Zolli, Eric Delion,
Anne Zélensky,
Soutien (génération des parents) :
Anne COPPEL, Serge Quadruppani, Bernard blanc, Emmanuel Videcoq,
Philippe Delvallée, Albano Cordeiro, Eric WOLF
Nous sommes les enfants de la révolution*
Nous sommes les enfants de la révolution sexuelle. Nous avons
aujourd’hui des enfants, ou nous espérons en avoir, ou nous en
cotoyons et nous disons merci à la génération de nos parents.
Nous entendons les médias clouer Cohn-Bendit au pilori en l’accusant
de pédophile. Nous entendons ce qu’il dit, nous entendons ce qu’il
décrit et dans ses mots nombre d’entre nous ont l’impression
d’entendre et de revoir leurs propres parents. Sommes-nous des
enfants de pédophiles ? Nombre d’entre nous ont eu des parents qui se
sont promenés nus devant eux, sans doute nous ont-ils laissé touché
leurs seins, leurs sexes. Ils ont été heureux quand nous sommes
tombés amoureux à la maternelle, quand nous avons embrassé d’autres
enfants sur la bouche. Ils nous ont laissé jouer à "touche-pipi".
Que dit Cohn-Bendit ? A-t-il évoqué le désir qu’il aurait pu éprouver
pour des enfants ? A-t-il eu l’intention de les pénétrer ? Leur
a-t-il demandé des fellations ? Non. Ce qu’il raconte, c’est ce que
nous ont laissé vivre nos parents - ou que nous aurions aimé que nos
parents nous laissent vivre ! - et c’est ce que nous voulons vivre
avec nos enfants. Des enfants qui ont une vie sexuelle - qui l’ignore
encore aujourd’hui ? - qui éprouvent des désirs, qui ont des
questions, des séductions. Bref, non pas des enfants-objets pour les
adultes, mais bien des enfants-sujets dans toutes leurs dimensions, y
compris celles qui excitent tant les esprits.
Les années 70 ont fait des enfants - de nous - des sujets. La
révolution sexuelle - y compris dans le domaine de l’enfance - nous a
d’abord appris que notre corps nous appartenait. Que nous avions le
droit d’en faire ce que nous voulions, avec qui nous voulions. Que,
parce que devenus sujets - même, voir surtout, à l’âge de l’enfance -
nous avions le droit de dire « non » à ceux qui désiraient faire
autre chose de notre corps et de nos désirs que ce que nous, nous
voulions.
Accuser la révolution sexuelle - qui a fait de l’enfant un acteur, un
sujet de son corps - d’être à l’origine de la pédophilie est autant
un contresens que d’accuser la révolution ( y compris sexuelle) des
femmes d’être à l’origine des viols dont elles sont encore
aujourd’hui victimes. La révolution sexuelle a d’abord appris aux
enfants, aux adolescentes, aux femmes à dire « non ».
Nous remercions la génération de la révolution sexuelle d’avoir
déverrouillé la vieille famille où l’enfant et la femme étaient - et
restent encore trop souvent - des objets, y compris des violences
sexuelles de leur entourage. Parce que la famille qu’ils ont fait
éclore n’est plus celle des années 50, nous sommes heureux d’en créer
aujourd’hui ou nous pensons en créer demain.
Parce qu’ils ont considéré les enfants que nous étions comme des
sujets y compris dans nos désirs sexuels, nous pouvons être
aujourd’hui des parents qui en parlons ou en parlerons librement avec
nos enfants. Comme nos mères le disaient hier dans la lutte pour
l’avortement et la contraception, nous leur disons, nous leur dirons
que leur corps leur appartient. Nous espérons, et les plus âgés
d’entre eux le font déjà, que dans la cour de l’école ils
expliqueront à leurs petits camarades qu’on ne tombe pas enceinte
d’un baiser sur la bouche, que trouver répugnant deux hommes ou deux
femmes qui s’embrassent, c’est non seulement ringard mais aussi
condamnable que le racisme. Ils sauront ce que veulent dire
homophobie, cunilinngus et être amoureux. Nous nous promenons à poil
devant eux, il leur arrive de toucher le sexe de leur père ou de leur
mère, de tâter les seins de leur grand-mère et de demander pourquoi
ils sont plus gros que ceux de leur mère. Quand cela nous gêne, nous
le leur disons. Si un jour nous en venons à sentir que notre nudité
les gêne, nous en discuterons. Le respect des sentiments et de
l’intimité est forcément réciproque.
Voilà ce que nous a d’abord appris la génération de nos parents : que
rien n’est tabou - surtout pas une libido constituante de tout être
qu’il serait dangereux de nier - et que tout est sujet à discussion,
que tout mérite écoute.
Ecrits ou propos scandaleux, ceux de Cohn-Bendit ? Non, ceux d’une
nécessaire explosion de parole qui permettait de dire « je », de dire
« non ». C’est le contraire de la pédophilie, de la loi du silence.
Si aujourd’hui, de plus en plus, la parole se libère sur les horreurs
subies, ces curés qui abusent, ces parents qui violent, ces familles
qui étouffent, ne le doit-on pas à cette déflagration initiale ? Nous
nous inquiétons de cette société de paranoïa qui crie si vite à la
secte, au pédophile mais qui ne se donne jamais les moyens - en
paroles, en personnels, en structures, en changements de fond - qui
permettraient vraiment de lutter contre ces violences et leurs
origines. Qui se trouve des boucs émissaires pour éviter de se donner
les moyens d’agir.
Nous remercions nos parents de nous avoir donné l’envie de changer ce
monde. Nous les remercions d’avoir lancé cette révolution sexuelle et
nous pensons que si nous voulons qu’un jour les enfants et les femmes
ne soient plus violés, que chacun soit vraiment maître de son corps,
la révolution sexuelle devra recommencer, car elle a surtout eu le
tort de s’arrêter.
* Chanson de T-Rex « Children of the revolution », extrait de la BOF
du film « Billy Elliot ».
Notre texte a beaucoup circulé. Merci à ceux qui l’ont fait tourné, à
ceux qui nous ont envoyé des corrections (ah, les profs...). Merci à
tous ceux qui nous ont envoyé des petits mots gentils et émouvants.
Ci-dessous le texte définitif avec les corrections.
MODE D’EMPLOI :
* Pour ceux qui ont déjà signé, pas besoin de confirmer. Si vous
vouliez en revanche retirer votre signature, merci de le faire savoir.
* Pour ceux qui voudraient signer cette dernière version, merci
d’envoyer vos signatures, si possible avant mardi 23h, à
stephane@lavignotte.org
* Le texte est effectivement celui d’enfants de soixante huitards (ou
dont les parents étaient contemporains de la génération 68), mais
pour que la génération des parents puisse signer (certains ont
proposé et ça nous a fait plaisir) on a prévu une ligne "soutien".
* Le texte est envoyé à Libé ce jour. On espère une publication pour
la fin de semaine.
Signataires (génération des enfants) :
Véronique Dubarry, Stéphane Lavignotte, Erwan Lecoeur, Christine
Villard, Thomas Giry, Julien Lecaille, Arnaud Wasson-Simon, Bruno
Villalba, Emmanuelle Escal, Pierre-Emmanuel Weck, Anne-Gaëlle Yvinec,
Philippe Bezdikian, Loic GRIVEAU, PERRIN Evelyne, André Yaël, Alexis
Fritche, Jean-Christophe Helary, Nicolas Bacchus, Bernard
BAGES,Jean-Christophe Petit, Hervé LE COQ, Danielle Valero, Patrick
PORTEJOIE, Rani Ayadi, Emmanuelle Rivier, Lyne Rossi, Charles Wolfe,
Guy et Sylvie Ruiz, Joris Clerté, Hélène Tocny, Stéphen Kerckhove,
Claudy Aubert-Dassé, Alistair Connor, Aurélien Zolli, Eric Delion,
Anne Zélensky,
Soutien (génération des parents) :
Anne COPPEL, Serge Quadruppani, Bernard blanc, Emmanuel Videcoq,
Philippe Delvallée, Albano Cordeiro, Eric WOLF
Nous sommes les enfants de la révolution*
Nous sommes les enfants de la révolution sexuelle. Nous avons
aujourd’hui des enfants, ou nous espérons en avoir, ou nous en
cotoyons et nous disons merci à la génération de nos parents.
Nous entendons les médias clouer Cohn-Bendit au pilori en l’accusant
de pédophile. Nous entendons ce qu’il dit, nous entendons ce qu’il
décrit et dans ses mots nombre d’entre nous ont l’impression
d’entendre et de revoir leurs propres parents. Sommes-nous des
enfants de pédophiles ? Nombre d’entre nous ont eu des parents qui se
sont promenés nus devant eux, sans doute nous ont-ils laissé touché
leurs seins, leurs sexes. Ils ont été heureux quand nous sommes
tombés amoureux à la maternelle, quand nous avons embrassé d’autres
enfants sur la bouche. Ils nous ont laissé jouer à "touche-pipi".
Que dit Cohn-Bendit ? A-t-il évoqué le désir qu’il aurait pu éprouver
pour des enfants ? A-t-il eu l’intention de les pénétrer ? Leur
a-t-il demandé des fellations ? Non. Ce qu’il raconte, c’est ce que
nous ont laissé vivre nos parents - ou que nous aurions aimé que nos
parents nous laissent vivre ! - et c’est ce que nous voulons vivre
avec nos enfants. Des enfants qui ont une vie sexuelle - qui l’ignore
encore aujourd’hui ? - qui éprouvent des désirs, qui ont des
questions, des séductions. Bref, non pas des enfants-objets pour les
adultes, mais bien des enfants-sujets dans toutes leurs dimensions, y
compris celles qui excitent tant les esprits.
Les années 70 ont fait des enfants - de nous - des sujets. La
révolution sexuelle - y compris dans le domaine de l’enfance - nous a
d’abord appris que notre corps nous appartenait. Que nous avions le
droit d’en faire ce que nous voulions, avec qui nous voulions. Que,
parce que devenus sujets - même, voir surtout, à l’âge de l’enfance -
nous avions le droit de dire « non » à ceux qui désiraient faire
autre chose de notre corps et de nos désirs que ce que nous, nous
voulions.
Accuser la révolution sexuelle - qui a fait de l’enfant un acteur, un
sujet de son corps - d’être à l’origine de la pédophilie est autant
un contresens que d’accuser la révolution ( y compris sexuelle) des
femmes d’être à l’origine des viols dont elles sont encore
aujourd’hui victimes. La révolution sexuelle a d’abord appris aux
enfants, aux adolescentes, aux femmes à dire « non ».
Nous remercions la génération de la révolution sexuelle d’avoir
déverrouillé la vieille famille où l’enfant et la femme étaient - et
restent encore trop souvent - des objets, y compris des violences
sexuelles de leur entourage. Parce que la famille qu’ils ont fait
éclore n’est plus celle des années 50, nous sommes heureux d’en créer
aujourd’hui ou nous pensons en créer demain.
Parce qu’ils ont considéré les enfants que nous étions comme des
sujets y compris dans nos désirs sexuels, nous pouvons être
aujourd’hui des parents qui en parlons ou en parlerons librement avec
nos enfants. Comme nos mères le disaient hier dans la lutte pour
l’avortement et la contraception, nous leur disons, nous leur dirons
que leur corps leur appartient. Nous espérons, et les plus âgés
d’entre eux le font déjà, que dans la cour de l’école ils
expliqueront à leurs petits camarades qu’on ne tombe pas enceinte
d’un baiser sur la bouche, que trouver répugnant deux hommes ou deux
femmes qui s’embrassent, c’est non seulement ringard mais aussi
condamnable que le racisme. Ils sauront ce que veulent dire
homophobie, cunilinngus et être amoureux. Nous nous promenons à poil
devant eux, il leur arrive de toucher le sexe de leur père ou de leur
mère, de tâter les seins de leur grand-mère et de demander pourquoi
ils sont plus gros que ceux de leur mère. Quand cela nous gêne, nous
le leur disons. Si un jour nous en venons à sentir que notre nudité
les gêne, nous en discuterons. Le respect des sentiments et de
l’intimité est forcément réciproque.
Voilà ce que nous a d’abord appris la génération de nos parents : que
rien n’est tabou - surtout pas une libido constituante de tout être
qu’il serait dangereux de nier - et que tout est sujet à discussion,
que tout mérite écoute.
Ecrits ou propos scandaleux, ceux de Cohn-Bendit ? Non, ceux d’une
nécessaire explosion de parole qui permettait de dire « je », de dire
« non ». C’est le contraire de la pédophilie, de la loi du silence.
Si aujourd’hui, de plus en plus, la parole se libère sur les horreurs
subies, ces curés qui abusent, ces parents qui violent, ces familles
qui étouffent, ne le doit-on pas à cette déflagration initiale ? Nous
nous inquiétons de cette société de paranoïa qui crie si vite à la
secte, au pédophile mais qui ne se donne jamais les moyens - en
paroles, en personnels, en structures, en changements de fond - qui
permettraient vraiment de lutter contre ces violences et leurs
origines. Qui se trouve des boucs émissaires pour éviter de se donner
les moyens d’agir.
Nous remercions nos parents de nous avoir donné l’envie de changer ce
monde. Nous les remercions d’avoir lancé cette révolution sexuelle et
nous pensons que si nous voulons qu’un jour les enfants et les femmes
ne soient plus violés, que chacun soit vraiment maître de son corps,
la révolution sexuelle devra recommencer, car elle a surtout eu le
tort de s’arrêter.
* Chanson de T-Rex « Children of the revolution », extrait de la BOF
du film « Billy Elliot ».