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> Un Charles pas très net...

27 février 2001, 00:30, par R. Barthelemy

Je me souvenais de DCB avec sympathie pour deux choses. La première : il
avait inspiré la profession de foi "nous sommes tous des juifs
allemands"...juste inspiré, pas inventé, ce n’est pas la même chose mais ce
n’est déjà pas mal : tant de gens sont entrés dans l’Histoire pour moins que
ça... demandez-vous seulement à quoi ressemblerait, vingt-cinq ans après,
notre beau pays, si une génération ne s’y était pas majoritairement reconnue
dans cette phrase ? A une grosse Autriche surdimensionnée, avec des
frustrations surdimensionnées aussi, en proportion de ses ambitions déçues...

La deuxième : je l’avais vu chez Pivot le fameux soir, et j’avais apprécié la
verve avec laquelle il racontait ce qui aurait semblé à beaucoup de gens, au
mieux une traversée du désert, au pire une insupportable déchéance : être passé
du statut de personnalité médiatique de premier plan à celui d’éducateur dans
une crèche dans un trou perdu... qu’il arrive, en plus, à faire de la provoc’ en
en parlant m’avait semblé devoir être porté à son crédit.
Bref, le capital de sympathie que je lui conservais (tel un banquier suisse)
n’avait été qu’entamé quand je l’avais revu à la télé, bien plus tard, faisant cette
fois son petit Yves Montand... la vieillesse est un naufrage, aurait dit le
Général s’il avait pu voir ça...
Mais les petits enfants dans tout ça, me direz-vous ? Tu n’y pensais pas,
malheureux ? Ben si. Avec envie. Faut dire qu’en 1968 j’avais 14 ans, ce qui
veut dire, entre beaucoup d’autres choses, que j’ai appartenu à la dernière
génération de lycéens qui ont pu arriver à l’âge du bac sans avoir jamais
approché une fille de leur âge à moins de trois mètres... (bon, j’exagère un
peu, mais à peine). Est-il surprenant que, comme beaucoup de mes
contemporains, j’aie été intimement persuadé, pendant des années, que plus tôt
on débute dans la vie sexuelle et mieux on se porte ? Ca me semblait une
évidence qui ne se discutait même pas si on était de bonne foi. Force m’est de
constater aujourd’hui que la vie affective des gens qui ont vingt ans de moins
que moi, et qui ont toujours connu ce qui aurait semblé de mon temps (!) une
licence extravagante, est aussi catastrophique, dans un genre différent, que
celle de ceux qui en ont vingt de plus, mais ceci est une autre histoire...

A propos de Houellebecq, la haine panique que lui inspire la sexualité me fait
fortement penser à celle de Brasillach, lui aussi salué en son temps comme
"une voix nouvelle", car il s’élevait contre la permissivité des années front
popu... les mêmes causes produisent-elles les mêmes effets ?

R.B.