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> Mai 68, révolution pédonazie ?

26 février 2001, 13:19, par Bernard Bacos

Permettez à un ancien soixante-huitard de s’immiscer dans la discussion. Mais attention ! rangez vos clichés au vestiaire, un soixante-huitard atypique, c’est-à-dire un vrai, dans le sens où ce qui s’est passé à ce moment-là était profondément ANTI-CONFORMISTE, et il ne s’agissait pas de quitter un conservatisme (le gaullisme de l’époque) pour tomber dans un autre, le dogmatisme gauchiste. Or, il faut bien le reconnaître, c’est ce qu’a fait une grande partie de la génération 68, particulièrement en France. Beaucoup de militants gauchistes ont été de nouveaux curés, doctrinaires, bardés de certitudes idéologiques et profondément conformistes et intolérants. Le problème, c’est qu’ils ont été un peu vite identifiés avec tout ce qui s’est passé à cette époque, c’est-à-dire aussi (et surtout) l’esprit libertaire tous azimuts qui a conduit beaucoup d’entre nous à toutes sortes d’expériences dont certains ne sont jamais revenus. Mais nous étions des défricheurs et c’était le prix à payer, " notre guerre ".

C’est pourquoi, de même que le mouvement de 68 a eu plusieurs visages, le " backlash " que l’on peut constater en ce moment aussi (ce n’est pas le premier, la même chose s’est déjà passée dans les années 80 avec Reagan et Thatcher) : d’un côté on a cette offensive contre DCB ou Joschka Fischer, teintée d’ordre moral, dans le style " voilà à quoi a conduit votre permissivité " (voir aussi l’extrêmement ambigu Michel Houellebecq), de l’autre il y a certains trentenaires qui, s’ennuyant et en manque de cause à défendre, font preuve de zèle dans la " pureté révolutionnaire ", et cherchent des poux dans la tête dégarnie des soixante-huitards : ils nous accusent pêle-mêle de reproduire les schémas de nos parents, d’avoir " trahi nos idéaux ", de jouer le jeu de l " ultra libéralisme ", ou bien d’être répressifs et " politiquement corrects" et de ne pas laisser s’exprimer la nouvelle génération. Le magazine " Technikart " y a consacré un dossier et je leur ai répondu à ce sujet ( http://www.technikart.com/une/une13nov/index.html ). Il faut dire que les inepties proférées par Philippe Val sur l’Internet ne doivent pas améliorer l’image des soixante-huitards qui n’ont " rien compris " !

Je ne suis pas contre le fait que la génération dont je fais partie rende des comptes, ce sera l’occasion de faire la part des choses. On ne peut pas nier que dans les années 70, beaucoup de conneries ont été dites et faites. Une certaine complaisance de la part de certains vis à vis de la pédophilie en est un exemple. Sous prétexte que tel ou tel mode de vie " choquait le bourgeois ", il ne pouvait être que légitime. Je crois qu’on en est revenus, et DCB a été le premier à le reconnaître. Il faut donc replacer les choses dans leur contexte, c’est-à-dire une période où toutes les utopies semblaient à portée de main, et où le monde était réinventé tous les jours. Bien sûr certains excès peuvent paraître aujourd’hui complètement délirants, par exemple la glorification des drogues dures ou bien le discours de certaines féministes qui avaient littéralement " déclaré la guerre aux mecs ", tout cela se retrouvait chaque jour dans le " Libé " effervescent des années 75-80.
Ceci dit, mon opinion est qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et je suis fier d’appartenir à une génération qui a essayé de " changer la vie ", même si le bilan paraît aujourd’hui mitigé. Je répéterais l’argument avancé ici ou là par certains : " comment serait notre monde aujourd’hui si tout cela ne s’était pas passé " ? (" meilleur !" dirait Philippe de Villiers) .
Pour terminer, je vous indique l’adresse du site que j’ai consacré au " Paris branché des années 70 " et dans lequel je reprends certains de ces thèmes : http://come.to/paris70

PS : J’avais rédigé cet article avant d’avoir vu la réponse de Phynette (que je salue au passage !). Assez d’accord avec elle sur de nombreux points. Mais nous n’avons pas tout à fait la même vision des choses : elle se situe résolument sur un plan " politique ". En effet, on replace souvent ce qui s’est passé en 68 dans la lignée des mouvements révolutionnaires du XIX ème siècle inspirés du marxisme : cette dimension ne peut pas être niée, mais elle est à mon avis incomplète : pour moi ces évènements vont bien au delà de l’action politique et du remplacement d’un système économique par un autre. La réponse à la question " si le capitalisme est le Mal absolu, par quoi faut-il le remplacer ? " n’a jamais été vraiment tranchée. Et je n’oublierai jamais qu’un grand nombre de militants " anti-capitalistes " se sont révélés aussi conservateurs, flics et répressifs que les gouvernements de l’époque. Et l’aveuglement dont ils ont fait preuve vis à vis de régimes dictatoriaux comme la Chine de Mao ou les Khmers Rouges en est la preuve.