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> Jean-Patrick m’a tuer

23 février 2001, 10:56, par Phynette

D’abord, merci, maintenant je sais ce qu’il y a derrière Jean-Patrick (Jean-Patrick roupillant sous sa couette à impressions hideuses, Jean-Patrick buvant à une canette sans marque, etc.).

Oh, ça m’a un peu plus surprise que si ç’avait été pour des crackers ou un abonnement mobile, mais pas tellement plus en vérité. On en a déjà eu, des campagnes, teasing ou non, à la gloire de la pub, je crois que ça avait commencé dans les années 60 ("Peut-on, en 1969, se permettre d’être un publiphobe") ("—Bien sûr, connard, pourquoi pas plus en 1969 qu’avant ?) Plus tard on avait eu la pétasse qui, gna gna gna j’enlève le haut, j’enlève le bas, et au dernier moment elle se retourne, superbe métaphore (l’audace pour bien vous enculer, mais faut pas pousser, juste l’élan nécessaire et pas davantage).

Toutefois je ne vois pas en quoi la pub nous prend davantage pour des cons quand elle se vante elle-même que quand elle nous vante des produits. Je ne perçois pas une variation d’intensité de la force sodomisatrice. Je me balance éperdument du fait que Jean-Patrick ait prêté sa face inexpressive à la louange de la sainte publicité, du saint téléphone portable ou du saint pot de confiture. C’est la même chose, la seule différence est qu’ici elle se mord la queue. Ce qui n’est pas notre problème.

Et si je ne crois pas que cette pub sera "inefficace" au sens de ses concepteurs et de ses commanditaires, je ne crois pas non plus qu’elle marquera pour eux une victoire qui fera date. Juste, à mon avis, l’occasion pour eux de ricaner un peu plus fort "Qu’est-ce qu’on a été malins, qu’est-ce qu’on la leur a mise bien profond cette fois", mais est-ce si vrai que ça ?

Je lance une idée, comme ça, qui me chiffonne, mais je ne suis peut-être qu’une absurde rêveuse : est-ce que les campagnes de pub de ce type ne sont pas surtout conçues pour une espèce d’usage interne (bien que placardées sur tout le territoire, paradoxe apparent), précisément pour que les membres de certains métiers continuent à se prendre pour des caïds et pour une race supérieure ?

La façon dont la pub fonctionne, dont elle impressionne réellement les gens, est une chose que je n’ai jamais bien comprise faute de me pencher sur le sujet. Et ceux qui se penchent sur le sujet en retirent-ils une image vraiment fidèle ? Il faut bien que la pub soit très efficace, dit-on, sinon on n’y dépenserait pas de telles fortunes. Est-ce si vrai que cela, ou est-ce que la prétendue efficacité de la pub n’est pas une quasi-légende entretenue par le monde de la pub lui-même ? Aussi loin que je m’en souvienne, la dernière fois que j’ai réagi positivement à une publicité, je devais avoir sept ou huit ans et j’ai tanné ma mère pour qu’elle achète un truc plutôt qu’un autre. Ca m’a vite passé. Depuis, je réagis positivement, par exemple, aux affiches de théâtre (tiens, y a ça au Théâtre de la Ville, faudrait y aller), parfois aux affiches de cinéma, parfois à d’autres affiches - mais jamais à leur contenu ; à des informations que j’ai déjà en moi et que ce contenu mobilise. Je n’achète jamais à cause de la pub mais en examinant d’abord mes besoins. A l’extrême limite, je réagis au contenu d’information que certaines pubs peuvent posséder, mais il faut dire qu’elles en contiennent rarement. Beaucoup de pubs, en revanche, m’incitent plutôt à m’éloigner du produit vanté. Je ferais partie d’une catégorie minoritaire, très minoritaire même ? Je n’en suis pas si certaine. Il faudrait qu’on m’en donne des preuves plus solides qu’une simple affirmation. Je connais l’argument : "Vous croyez que vous n’obéissez pas à la pub, mais vous lui obéissez sans le savoir, gniark gniark" - OK, si l’on veut, mais qui est-ce qui dit ça ? Les gens de pub eux-mêmes. Qui adorent se prendre pour les rois de la montagne. Et dont le métier est de mentir, n’oublions pas. Ah bon ! je ne suis donc pas obligée de les croire.

C’est vrai que le matraquage est douloureux. Ces affiches qui vous sautent à la gueule, que vous ne pouvez pas louper, qui sont partout, partout… Mais est-ce que nous sommes obligés de laisser la pub nous agresser ainsi ? N’est-il pas tout simplement possible de regarder ailleurs, et Dieu sait s’il s’en passe, des choses, ailleurs que sur les panneaux ? Jean-Patrick, oui d’accord, mais n’y a-t-il pas des moyens de ne pas se laisser phagocyter par Jean-Patrick ? Je pense que, s’il est trop facile de se laisser bouffer le champ de vision par la pub (c’est ce qu’elle recherche), nous ne devons pas négliger la seule résistance qui soit à notre portée en l’état actuel des choses, avant qu’on puisse (par exemple) pendre le dernier créatif avec les tripes du dernier dir-com : tout simplement l’exclure de notre champ de vision. Ou n’en faire qu’une sollicitation anodine et marginale. Oui, c’est un travail.

Difficile mais pas impossible. Certains disent que c’est impossible. Pourquoi ? C’est plus qu’une résistance, c’est un sevrage. En ce sens, ceux qui prétendent qu’il est impossible de se sevrer de l’image publicitaire (même subie) sont ceux qu’elle vampirise le plus, ceux qu’elle prive le plus de leur capacité de décision. Le travail leur incombe, personne ne le fera à leur place. Il consiste à trouver autour de soi des choses assez intéressantes, assez vivantes, pour remplacer le parasitage publicitaire.