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> Lettre ouverte à Philippe Val

15 février 2001, 15:20, par mict

Salut Jazou ! (et les autres)
Merci de penser à mon grand-père il sera content. Pour ce qui est de communiquer avec lui, c’est pas trop la peine, il est sourd à cause du bruit du canon dans sa jeunesse et il n’entend plus que les voix des demoiselles (ben tiens !) car elles sont plus haut perchées. Alors quand j’arrive à me faire comprendre j’essaye de parler de trucs plus importants que de le convaincre des utilités du net. Bon, pour revenir aux propos de mon interventions, je n’ai rien contre les yeuv’ (moi même j’ai quatre cheveux blancs et quand je danse à poil devant ma glace le matin, j’y crois plus) et avant de prendre le grand-père en exemple j’avais pris Schlegel, ce qui est nettement plus classe et instructif, surtout qu’il n’était pas si vieux quand il a commencé à renier ses idées. Ce que je disais donc c’est pas que l’on devient con avec l’age, mais qu’avec le temps qui passe il nous arrive de changer d’idées (pour le pire comme pour le meilleur). Mais je disais aussi que c’était pas grave, et tout le reste n’était que support à cette idée, car les textes restent alors que les hommes meurent.
Pour les auteurs, on a souvent l’impression que le mec/la meuf derrière un texte que l’on aime est forcément aussi immuablement aimable que son produit, d’où l’impression de perdre un maître à penser que certain lecteurs d’uZine semblent éprouver devant les récentes déclarations de P. Val. Ce qui fait la force d’un texte (une série de textes) que l’on aime, ce n’est jamais uniquement le contenu, ce qui nous appelle c’est aussi la forme, le ton enfin c’est un tout. Les choses dites autrement ne seraient pas les même choses, parce que un texte ne véhicule pas une vérité, mais un texte fait vérité. Un texte est une œuvre d’art en soi (et c’est pour cela qu’il est dur d’écrire et que les meilleures idées peuvent parfois apparaître comme les plus pures platitudes) et il se manifeste à nous entièrement. Le texte en tant qu’œuvre acquiert un autonomie par rapport à son auteur. Le phénomène de trahison du maître à penser naît de ce que le fan club confond le produit et le producteur, ou l’événement et ses conditions d’apparition. Dire d’un auteur qu’il est génial, au sens où il crée de beaux/vrais textes c’est ok, mais dire d’un auteur qu’il est génial au sens où il serait comme ses textes est une absurdité. L’auteur est humain et donc sujet à des changements, des revirements d’opinions, les texte est chose et donc immuable. Même si on aime l’œuvre on peut s’attendre au pire de la part de l’auteur et il ne faut pas s’illusionner.

En me relisant, (oui je triche j’écris sur word et je copie sur le forum, mais je suis sûr que je suis pas le seul) il me vient à l’idée que l’on pourrait mal interpréter mon propos et penser que je dis que l’on ne juge les gens que par ce qu’ils font et non ce qu’ils sont. Ben c’est pas ça. Les gens de notre quotidien (mon grand père encore) on les connaît pour ce qu’ils sont et donc on les apprécie pour ça. Le personnages publics, on les connaît que par ce qu’ils font et c’est pour cela qu’on les confond avec leurs œuvres.
(En deuxième relecture, je ne pense pas qu’un texte de P. Val, même ancien, soit une œuvre d’art, mais comme c’est une question de goût, cela n’engage que moi, et qu’il puisse avoir suffisamment de profondeur et de style pour acquérir une quelconque indépendance vis-à-vis de son auteur. L’originalité étant un facteur déterminant.)