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> Rêvons un peu

30 janvier 2001, 23:33, par Riki Leroquet

Ami Calz 2001,

Le problème de ton article est qu’il est trop juste. Trop cultivé. Trop intelligent. Et pas assez poétique.

Gamin, j’ai mouillé ma chemise dans l’aventure des radios libres. Après Radio Sidharta et avant Radio Ivres, j’ai participé à la création de Radio Le Temps des Cerises (sic) où j’ai animé une émission nulle dénommée Subjectif Nul. On y faisait du Minirezo joliment bavard et de l’underground musical. Puis ces radios à refaire le monde sont mortes de la course à la puissance d’émission, du pognon princier, de la rareté des fréquences et du coup de pouce vicelard de l’Etat et de son valet CSA.

Aujourd’hui, le Net a deux avantages majeurs par rapport à la bande FM :
- La place potentiellement infinie au contraire de l’extrême rareté des fréquences ;
- Les liens hypertexte, extension électronique du bouche-à-oreille qui permet à des sites sans le sou mais ouverts à tous vents d’exploser leur audience là où de gros machins fermés payent des millions en campagnes de pub pour un résultat parfois médiocre.

C’est pour cette raison qu’il est plaisant voire utile de s’aveugler quelque peu avec les zozos d’Uzine, de rêver avec eux et bien d’autres, de croire encore à l’impossible, à la chance de convaincre nos co-citoyens de prendre en main leur destin. Contre les politicards et les managers.

Uzine se trompe ? Et prend ses lubies télévisuelles pour ses lanternes net-autogestionnaires ? Et alors ? Si c’est pour qu’UNE lubie télévisuelle se transforme soudainement en lanterne net-autogestionnaire, ce n’est déjà pas si mal, non ? C’est en rêvant que nous transmettons à d’autres des graines de révolte ou de poésie. Et c’est aussi en riant violemment des crétins d’officine ("encartés !") que nous ouvrons d’autres voies. Par l’hypertexte, nous toucherons beaucoup de classes moyennes et supérieures, certes, et tant mieux. Mais il ne tient qu’à nous de porter ces paroles et d’agir aussi dans la rue, le lycée ou même l’entreprise, avec AC, ATTAC, mes voisins de palier et le bon vieux paysan de la Bretagne de ma compagne. Au pire, cela nous fera plaisir, gamins que nous sommes restés. Au mieux, nous ferons réfléchir UN quidam inattendu. Ou deux. Et ce sera déjà un changement majeur.