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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?

1er février 2001, 22:38

Bonjour,

Tonio écrit :

A un endroit, il est dit dans l’article : "faire un effort de formation initiale et continue afin d’actualiser
régulièrement leur compétence"(parlant des journalistes).

Y a t-il des propositions concrètes dans ce sens ou des idées lancées pour actualiser les
compétences ? Qu’est-ce que cela signifie exactement ?
Y a t-il des exemples d’une telle actualisation dans d’autres pays ?

Comme je le précise dans mon texte, cette proposition n’est pas de moi mais est formulée dans le
rapport sur la déontologie de Jean-Marie Charon, consultable en ligne à l’adresse indiquée dans mes
NBP.

Je te conseille de le consulter pour avoir plus de précision sur ce point. En fait, je crois que cette
proposition renvoie à la très faible proportion des journalistes actuellement en exercice formée par les
écoles de journalisme (je n’ai pas le chiffre exacte en tête). Or, si le journalisme regroupe un certain
nombre de métiers, il paraît a priori logique que ceux qui souhaitent l’exercer se forment afin
d’acquérir les compétences nécessaires à son exercice. Je crois que beaucoup de gens ne
comprennent pas bien le fait que, contrairement aux autres professions où il faut se former pour
pouvoir les exercer, une telle exigence n’existe pas au niveau du journalisme. Ce point de vue trouve
une certaine légitimité en raison de la responsabilité sociale des journalistes dont on est en droit
d’exiger un certain "professionnalisme". Mais dans le même temps, il ne faut pas oublier que l’exercice
de cette profession est étroitement lié au principe de la liberté d’expression défendu dans l’article 11
de la déclaration des droits de l’homme. A partir de là, est-ce bien raisonnable de vouloir limiter
l’accès de cette profession aux seuls personnes qui auraient été dûment formés pour cela ?

Concernant la formation continue, c’est à dire des formations qui interviennent en cours de carrière, le
CFPJ(cf leur site sur le Net), par exemple, en propose. Mais le problème tient une nouvelle fois au
très faible pourcentage de journalistes qui en bénéficient. C’est d’autant plus grave que les journalistes
évoluent dans un environnement très mouvant qui nécessite donc a priori des adaptations importantes
de la part de ces derniers au cours de leur carrière.

Je suis désolé de ne pas pouvoir te répondre plus précisément. D’autres, peut-être, pourront le faire.
Tu peux éventuellement poser la question sur les forums de Jliste ( http://www.jliste.net ) ou des
professionnels pourront te répondre sur le sujet. Je ne sais pas non plus ce qui se fait à l’étranger en
la matière.

Concernant les formations reconnues en journalisme en France, il leur est souvent reproché de
former des journalistes prêt à l’emploi mais qui ont peu de recul sur le journalisme et les médias en
général. En fait, on leur reproche de mettre l’accent sur la "débrouillardise" au détriment d’une
connaissance plus précise du cadre sociologique, économique, culturel et politique d’exercice du
journalisme en particulier et du fonctionnement des médias en général. Un recul que l’on pourrait
juger nécessaire dans l’optique de mieux armer les profesionnels de l’information pour la défense des
valeurs qui fondent leur métier et qui entrent souvent en contradiction avec les logiques de
fonctionnement du champ médiatique dans lequel ils évoluent.

On pourrait d’ailleurs souhaiter qu’une véritable réflexion se mette en place sur la pertinence des
valeurs qui sont aujourd’hui au fondement de ce que l’on désigne comme le professionnalisme des
journalistes, comme celle qui consiste à vouloir nécessairement être le "premier" à traiter un sujet.
Cette course effrénée au "scoop" n’est-elle pas bien souvent la cause de nombreux "dérapages" ? Ne
serait-il pas plutôt souhaitable de valoriser beaucoup plus nettement des notions comme celles de
l’analyse approfondie des dossiers à une époque où la complexité des sujets d’actualité n’a jamais
paru aussi importante ?

Bon j’arrête là pour aujourd’hui, parce que je ne crois pas que ce soit le lieu de reconsidérer les
fondements du métier de journaliste. Même si je pense que le débat mériterait d’être ouvert à une
époque où la défiance à l’encontre des journalistes ne se dément pas.

PS : je remercie Pascale L. (?) pour son message de sympathie qui m’a fait très plaisir.

Amicalement, Pascal.