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> Le bourrage des crânes au quotidien (2)

19 janvier 2001, 17:35, par Vandale

Moui... assez peu convaincu. A trop vouloir prouver...

Régime évoque un système politique, administratif, économique... En ce sens, on peut parler de régime dictatorial, de régime démocratique, de régime capitaliste, de régime communiste, etc.

Si les médias par facilité emploient l’expression régime de Milosevic ou régime de Mobutu, c’est qu’il s’agit dans ces cas-là de décrire des régimes autocratiques qui reposent bien souvent sur un homme et son clan. C’est sans doute assez caricatural (Milosévic était en effet loin d’être isolé) mais cela permet de traduire l’idée d’un régime dictatorial (au sens large du terme). D’ailleurs, le départ de Milosevic n’a-t-il pas signé la fin de son régime ? Vous auriez voulu qu’on dise quoi ? la République fédérale de Yougoslavie ? alors qu’elle n’avait de république que le nom, que la pseudo-fédération n’était qu’un moyen pour la Serbie de dominer le Montenegro et que la Yougoslavie dont elle reprenait le nom se réduisait à peu près à la seule Serbie ?

En sens inverse, on parlait peu du régime de Khroutchev, de régime de Brejnev ou de régime d’Andropov. Mais bien plutôt de régime communiste. Car le système communiste ne reposait pas sur la personne du dirigeant. D’ailleurs leur disparition n’empêchait pas la survie du régime.

Voilà pourquoi il est difficile en France de parler du régime de Chirac. Car le régime politique français ne tient pas à la personne Chirac. Si on est optimiste et qu’on s’en tient à la lecture des textes constitutionnels, le régime français est démocratique : il repose sur la souveraineté du peuple, et tout le tra la la : ce n’est donc pas le régime Chirac. Si on est un peu plus lucide et qu’on devine que notre République démocratique est de moins en moins une république et de plus en plus une oligarchie, ça n’autorise pas non plus à parler du régime Chirac. Car cette oligarchie dépasse de loin le clan Chirac : les oligarques se recrutent aussi au sein de la gauche officielle, des énarques, des grandes entreprises, des grands médias... Et cette oligarchie survivra à la défaite de Chirac à la prochaine présidentielle.

Il y a donc un peu d’abus à critiquer l’emploi du mot "régime" par les journalistes. Parler du régime Milosevic est certes simplificateur, discutable, mais reflète tout de même une certaine réalité. Réduire la France au régime Chirac, en revanche, c’est se leurrer lourdement : c’est soit croire que le départ de Chirac suffirait à instaurer en France une réelle démocratie laïque et sociale ; soit insinuer l’idée que tout se vaut et que la France d’aujourd’hui n’est qu’un régime de pouvoir personnel aussi condamnable que la Serbie de Milosévic. D’un côté, un angélisme comme on n’en trouve même plus rue de Solférino ; de l’autre une équation France = capitalisme = dictature du marché = dictature = Serbie, Nazisme, ...qui mène droit au relativisme. Dans les deux cas, on s’interdit de penser.

Ca n’exonère pas de critiquer les médias, leur conformisme, la novlangue qu’ils nous imposent : il est vrai par exemple que les médias sont plus prompts à dénoncer les défaillances de la démocratie et de la république ailleurs que chez nous. C’est vrai et il faut le dire. Simplement, je crois que l’exemple choisi (l’emploi du mot "régime") n’est peut-être pas pertinent. D’autres exemples auraient pu être choisis. En d’autres termes, dénoncer la langue de bois des médias est un combat urgent ; attention seulement à ne pas virer au pavlovisme anti-médias, ce qui décrédibilise le combat contre la pensée unique.

Je peux me tromper, bien sûr

Vandale