uZine 3

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Mais non !

29 décembre 2000, 19:12

Chère Sylvie,

Je vais tâcher de vous répondre en bon ordre (et sans mauvais jargon :-)).

1. « Imaginer le moindre média indépendant, c’est imaginer que chacun, vraiment chacun, ait accès à la connaissance, à la bande passante, aux machines, aux logiciels ». Si tel était le cas, c’est-à-dire si l’indépendance supposait au préalable une connexion et une compréhension universelles, aucun site indépendant n’existera jamais. Et, rétroactivement, on pourrait dire qu’aucun média indépendant n’a jamais existé : à l’âge d’or des fanzines, il y avait encore moins de personnes qui maîtrisaient la presse offset ! Sur le fond, je ne vois aucun rapport nécessaire de cause à effet entre l’indépendance d’une part, la qualité et la quantité du public concerné d’autre part. On peut bien sûr souhaiter que le maximum de gens soient assez fortunés pour se connecter et assez éduqués pour comprendre des contenus plus exigeants que le divertissement de masse : il s’agit là d’un tout autre débat que le nôtre.

2. A ma connaissance (mais on peut me contredire), Uzine2 ne se prétend pas l’incarnation d’une "révolution médiatique", mais considère l’apparition et le développement de l’Internet comme une révolution médiatique, comparable dans sa portée historique à celle de l’imprimerie. Cela tient aux caractéristiques propres de ce nouveau média : universalité de la connexion, instantanéité de la communication, pluralité des opinions exprimées, facilité de l’accès et de la circulation, moindre coût de la production, numérisation permettant un effet cumulatif, synergie provoquant l’émergence d’intelligences collectives, etc. Dans la mesure où nous vivons les premiers balbutiements de ce média et dans la mesure où les conditions initiales d’un système conditionnent ses développements futurs, certains combats (pour la liberté, la gratuité, etc.) paraissent aujourd’hui plus cruciaux que d’autres.

3. Il me semble que les "contraintes de fond, de forme, de validation des articles" imposées par le minirézo restent remarquablement souples et ouvertes. Sur le style comme sur le contenu, il serait difficile de soutenir que ces contraintes aboutissent ici à des points de vue homogènes (en passant, le "jargon" universitaire dont j’abuse n’est heureusement pas majoritaire !). La principale contrainte concerne en fait l’objet du site — défense, illustration et compréhension de l’Internet comme média indépendant —, objet qui le différencie en effet d’un forum général de discussion où tout peut être abordé.

4. Sur l’utilisation de pseudonymes, je ne vois (de nouveau) aucun rapport avec le manque d’indépendance — sinon, au contraire, que certains d’entre nous sont probablement contraints de recourir à l’anonymat pour échapper à des contraintes sociales et économiques, et acquérir de la sorte une plus grande autonomie d’expression. Pour ma part, je le justifie d’un point de vue esthétique et pratique, dans l’esprit de ce que Jean Baudrillard nomme "marché noir de la pensée" : "L’ambiance libérale-démocratique, absorbant virtuellement toutes les divergences idéologiques ou laissant libre-cours à toutes les différences en trompe-l’oeil, équivaut à un état de prohibition avancée de la pensée, qui n’a d’autre choix que de passer à la clandestinité [...] Tout, ou l’essentiel, se passe déjà hors des circuits officiels. Et ceci a quelque chose de réjouissant".

Cordialement,

Cathexie