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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus

29 décembre 2000, 00:24, par Ariel

Chers gentils,
Chers Arno, Yobs, Le Fayot and co,

Vous parlez de start up ? Mais de quoi parlez-vous ? Ce mot en novlangue a été porté par le cyber-crétinisme médiatique. Il ne signifie rien. Pas de sens. Pas d’imaginaire. Rions avec sérieux : les start up n’ont jamais existé que dans les fantasmes de journaleux à la courte vue, les obsessions d’investisseurs niais ou les rêves en dollars de jeunes chanteurs d’écoles de commerce. Il y en a des nazes, et beaucoup, de ces sociétés nées ces dernières années sur la vague des nouvelles technologies (car ce n’est que de ça qu’il s’agit). J’en ai vu, de ces choses menées par des petits paons à la cravate laisser faire laisser péter, ne pensant qu’à accumuler les tunes à force d’exploiter les cons et de breveter des concepts éculés. Et j’en ai aussi vu des respectables, de ces jeunes sociétés. N’est-ce pas plus risqué de choisir de mener sa propre aventure plutôt que de jouer au lèche-cul de gros requins ? Il existe même quelques rares jeunes sociétés qui tentent de créer un nouvel art de vivre autant qu’elles veulent assurer leur profit…

Attention : Amazon ou Yahoo ne correspondent déjà plus à la vague définition de la " start up ". Ce sont déjà des monstres, des petits Trance Félécom ou VidenVice.

Votre erreur vient par ailleurs d’un autre mot que vous employez à tort et à travers selon le dogme des caciques de bureau du Monde Diplo : libéralisme. Non, nous ne vivons pas dans un système libéral. Car j’associe le libéralisme à Tocqueville et à Montesquieu. À la culture et à la politique autant qu’à l’économie. Et à l’idée de contre-pouvoir. Mon adversaire, celui auquel je souhaite mettre un gros nez, ne s’appelle pas le libéralisme mais le tout économique qui dévore le monde de ses oukases. Le problème, c’est la tyrannie de l’économie et ceux qui incarnent cette tyrannie : les oligarques qui nous gouvernent, ces " Chiens de garde " justement, hommes de médias, hommes politiques ou nouveaux caïds de multinationales, que ne veulent voir que des rangs de consommateurs bêlants… Soyons provocateurs : ni Gates ni Messier, ni Madelin ni Ockrent ne sont des libéraux, ce sont des oligarques qui luttent pour préserver leur monopole.

Voilà pourquoi les démarches de Mandrake, de Red Hat ou de labels de zique indépendants tels Ninja Tune ou Naïve méritent salutation. L’important, qu’il s’agisse d’une start up ou d’un web indépendant, d’une association ou d’une petite boîte hors normes, sans horaires ni caporaux, tient selon moi à cette volonté de ne jamais mettre ses idéaux et ses rêves de changement dans sa poche. A toujours mettre le profit en second (sans forcément l’oublier). Question d’état d’esprit, de motivation et de cohérence. Savoir ce qu’on accepte. Savoir ce qu’on refuse.

Ariel