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Vive la mort du social !

9 décembre 2000, 13:21, par lefayot

Cher Antoine. Tu as parfaitement compris ce que je voulais dire. Croyant m’enfoncer, tu me fournis des arguments auxquels je n’avais pas pensé, et je t’en remercie. Essayons de rentrer un peu dans le détail ...

a) Que la technique ait des des effets nefastes, je n’en doute pas un seul instant. Mais c’est à vrai dire un autre problème. La technologie et sa surenchère permettent d’élargir le champs des compétences, et donc des moyens pour resister au Léviathan social. De plus, en derniere instance, c’est la validation par les individus des cretineries technoides qui assure leur perennité ...

b) C’est vrai que l’entreprise est une société ultra-codifiée, conservatrice et obligatoire . Mais ces qualificatifs sont ceux de toute société. En particulier de la société naturel le où nous avons été jetés à la naissance. Je me demande d’ailleurs si l’a-priori positif envers cette société ne provient pas de ce fantasme de naturalité. Mais revenons en à l’ultra-codification, à l’obligatoire et au conservateur de l’entreprise. Surtout au conservateur . J’en suis à me demander laquelle des deux sociétés est la plus conservatrice. L’entreprise, devant faire de l’argent (et le plus possible) par tous les moyens, a tendance à faire preuve d’imagination et de faculté d’adaptation tout azimuts, ce qui reduit tout de même son coté conservateur. Songeons qu’on est passé en un siècle et demain d’un modele ultra-patriarcal à un modele en réseau, certes aliénant et hypocrite, mais pas plus que celui de la société civile. Laquelle, elle, n’ayant d’autre but que sa propre survie est - par définition - ultra-conservatrice.
De surcroit, l’engagement qui est demandé dans l’entreprise n’engage que ceux qui veulent y croire. Une entreprise ne demande uniquement, au final, qu’on lui fournisse du travail, pas qu’on meure pour la patrie. Ca fait une grosse différence. L’entreprise, on la laisse le soir, la société jamais ; elle est toujours là. Et la culture d’entreprise, on s’assoie dessus, pour peu que les compétences techniques soient élévées, on peut même en public se gausser de son ridicule. Si ça, c’est pas de la liberté (ou au moins de l’autonomie) ! Essayez de faire la même chose dans la société civile, qui, elle, ne plaisante pas et n’aime surtout pas les franc-tireurs. Et enfin, on peut quitter une entreprise. Pas le monde super des autres humains. Il n’y a pas plus obligatoire que la société humaine. Quant à l’ultra-codification, tu vois tout de suite en faveur de qui est en réalité cet argument.

c) Effectivement, je dis bien qu’il peut être habile de remplacer un lien humain (c’est quoi, d’ailleurs ?) par un lien mercantile. D’abord parce qu’un lien mercantile n’engage personne. Et c’est très appréciable. Ensuite par ce qu’il est plus facilement monnayable. Oh le vilain mot ! Mais ce que j’ai écris l’a été dans l’optique de se procurer des choses à manger, un toit pour dormir, etc , en bref de l’argent. Je sais que c’est un peu vulgaire, mais j’avoue que ça me travaille souvent. Et pour trouver de l’argent (de la survie frappée pourrait-on dire), on peut soit utiliser ses compétences sociales, soit ces compétences techniques au sens large (soit les deux evidemment). Cela s’arrete là. Pas besoin de donner dans le pathos du mechant mercantile contre le gentil humain. Comme si le mercantile n’était pas spécifiquement humain (comme le fétichisme d’ailleurs) ! Pour être bien clair, les chomeurs en fin de droits, quel est leur déficit ? Celui des compétences ou celui de se guider au sein d’une société et d’en retrouver les règles ? A mon avis plutôt le second.

Il faut mettre fin à une escroquerie intellectuelle : Les capacités sociales ne sont pas les mêmes pour tous le monde (sinon, il n’y aurait pas de gourou, par exemple). Passé un certain âge, se creusent des écarts, qui ne peuvent être compensés que par un accroissement des autres capacités. D’où l’importance de la technique. Et soyons sérieux, il est bien plus facile d’acquérir une capacité technique (la biologie moléculaire, disons) que d’accroitre ses compétences pour gérer (ou être géré par) les autres.

d) Effectivement, c’est la loi de l’offre et de la demande. Mais la vie est aussi offre de loi et demande (même si l’objet de l’offre et demande est pluriel et mal défini dans ce cas). Je le regrette, mais ne je vois là qu’une injustice supplémentaire à ajouter à une montagne d’autres injustices contre personne ne semble pas souvent s’elever. Et comme je l’ai dit, il est à tout prendre relativement facile d’augmenter ses compétences. De plus, un accroissement de la technique tous azimuts, augmente de même le champs des compétences à saisir.

e) Il ne faut pas confondre relations sociales et relations inter-individuelles. Ces dernières apportent joie et plaisir, je suis à peu pret persuadé du contraire en ce qui concerne le social (si tant est qu’une telle chose existe, mais c’est un autre probleme). Et en ce qui concerne certaines personnes, les relations inter-individuelles sont pénibles et/ou inutiles. Elles préfèrent s’abimer dans le fétichisme de l’argent. Mais pourquoi un jugement de valeur, un jugement moralo-moraliste sur ce point ? Le fetichisme de l’argent vaut bien le fetichisme sexuel, pourquoi jouer les peres la vertu à l’encontre du premier ? Et puisque toi même identifie ce jugement de valeur, sur quoi se fonde-t’il ?

C’est tout de même le fondement de l’esprit conservateur (si ce n’est reactionnaire) : faire de ce qui est quelque chose qui doit être. Et qui est par conséquent absolument bon (et le reste mauvais). Le social existe, donc le social c’est le bien, et le reste c’est caca-beurk. On définit ainsi les perversions comme étant l’extra-social. En l’occurence le refus de se plier aux regles de la meute, et de préférer gérer sa vie aux moyens de compétences techniques. Je me répète, mais j’aimerais bien qu’on me dise ce que le social a de tellement merveilleux, en quoi il n’est pas une horreur aliénante, en quoi il n’empèche pas les individus de construire leur existence comme ils l’entendent, éventuellement dans leur coin sans emmerder personne.

Parce qu’un bonheur doit être partagé ? C’est quoi ce moralisme pour curaille ? Tu nous fait les Deux orphelines, là ? En plus, comme il a été dit plus haut, on partage avec des individus (choisis), pas avec une société ...

f) Enfin, comme tu l’aura maintenant compris, s’il y a obligation de compétences techniques pour survivre dans mon système, il y avait jusqu’à présent obligation de compétences sociales. Lesquelles sont tout, sauf également réparties. Et les compétences techniques (variées) permettent (enfin) de s’affranchir du Leviathan. Peut-être pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. C’est la mort du social, alors ? Mais oui, pas la peine de faire cette tête là ; c’est enfin l’entrée dans une autre ère. Meilleure que la précedente ? Différente en tout cas, mais faire de la prospective n’est pas le but de ce texte.