Tout d’abord je commencerais par un petit rappel. Si Flichy se propose une etude de l’imaginaire d’internet, c’est pour la même raison que Breton :
manque de budget pour une grande etude quantitative sur les usages et les representations d’internet (comme Breton l’a reconnu) . Seule
une etude de ce genre pourrait avoir un interet. Donc une fois qu’on sait ne pouvoir étudier le réel (réel dont fait partie ce qu’on appelle le virtuel, d’ailleurs),
on va etudier le fantasme. Et à vrai dire ses propres fantasmes.
Dire L’imaginaire est au centre de la conception et des usages d’Internet est une
profession de foi qui ne mange pas de pain, dont on attend qu’elle soit un tant soit peu démontré ; d’un autre coté elle
apparait comme un truisme, tout dépend ce qu’on entend par imaginaire. Et surtout de quel imaginaire parle-t-on et de celui de qui ?
En l’occurence, il s’agit de l’imaginaire en gros des différents courants de wired, c’est à dire d’une poignée de gens. Si effectivement l’imaginaire peut
déterminer des pratiques (et j’aimerais qu’on me montre comment), on pourrait penser qu’il s’agit de l’imaginaire de groupes sociaux suffisemment larges, du peuple, de la masse, une mythologie tellement pregnante qu’elle peut agir sur le réel et le futur par effet de masse. En fait ce n’est pas cela
du tout : il s’agit de l’imaginaire de 4 pelés, un tondu, l’imaginaire de quelques mediateurs et mediatisés, dont Flichy veut faire
croire qu’il s’agit de L’imaginaire d’internet. Est-ce que l’imaginaire d’internet grand public n’est pas simplement celle
d’une grosse télé ? Ou même peut-etre n’y a-t-il aucun imaginaire particulier associé à internet dans le grand public ? Après tout les
deux media qui ont marqué le XXeme siècle (entre autres) sont le téléphone et la télévision (2 télé) ; le téléphone à son invention n’a
suscité aucun fantasme ni parmi ses inventeurs, ni parmi le public ; il est pourtant devenu omniprésent et a probablement changé
la vie quotidienne (et donc le monde) à un point qui n’a jamais été bien étudié, je pense. Idem en gros pour la télé (les discours sur
les vertus de la télé sont venus bien après son adoption). En substance on peut se dire que les revolutions techno-societales peuvent
advenir sans imaginaire a priori et a contrario, on peut ajouter que prevoir une revolution à partir d’un echantillon discret devoile
plutot les fantasmes de l’auteur et de certains groupes (Etat, mediateurs, voire industriels).
Etudier l’imaginaire d’internet à partir de wired ou de fanatiques du truc reviendrait un peu à etudier les representations de
la democratie à la lecture de minute.
Ensuite Flichy travaille à partir de présuposés jamais interrogés. ex : pourquoi toute notre société est-elle en train de
basculer dans les technologies numériques de traitement et de transmission de l’information. Notre société est-elle en train de basculer dans les NTIC ? Comment ? On ne sait pas. Pur fantasme. Pourquoi le terme basculer qui sous entendrait une resistance initiale en train d’être vaincue suivant
un schéma inconscient de l’archaisme européen qui resiste au progrès ? Et pourquoi le pourquoi ? Où est le probleme et à vrai
dire quel est-il ?
Enfin, va-t-il seulement y avoir une revolution du fait des NTIC ? Après tout on est deja depuis un moment dans l’ère du virtuel
; depuis l’adoption des techniques de télé, depuis l’abandon de l’étalon-or et l’adoption rapide de la monnaie
plastique (carte de paiement). On peut se dire qu’internet n’est qu’une etape de plus dans cette voie, qui n’amenera pas grand chose de plus
(une perte seche pour la poste), et que bon nombre d’acteurs sont en train de fantasmer comme des fous (attitude assez normale
chez de vieilles nations attentives au moindre bruit). Le plus drole est que tout cela tient de la prophetie realisatrice : quelques
histrions surmediatisés annoncent la fin du politique à la papa, les politiques de plus en plus sur la touche pour d’autres raisons
prennent ça très au serieux, commandent des rapports qui evidemment les confortent dans leur fantasmes, des decisions sont ensuite prises
pour conforter le fantasme, et mediatisation aidant, les dits fantasmes finissent peu ou prou par se retrouver dans l’imaginaire
collectif (si ça existe, mais passons).
En résumé, Flichy conduit une etude sans la moindre methodologie, sans aucune valeur statistique, ne remet en cause aucun des
présupposés sur le sujet qu’il etudie, au final met en scene ses propres fantasmes (ou celui de ses commanditaires puisqu’il a
signé des rapports si je ne m’abuse), tout ça sous un vague vernis scientifique (puisqu’il est sociologue). Bref on dirait du
Maffessoli :-).
J’ajouterais que ce genre de texte, à mon avis, creux et presque malhonnete est catactéristique d’une derive de la pensée en France, qui
partie d’un scientisme un peu agaçant chez Durkheim et à un degré moindre chez Mauss, se retrouve à s’alimenter de pensée magique et à
descendre au niveau d’un talk-show. Au niveau de la forme, ça frise la novlangue avec une accumulation de signifiants vidés de leur
substance et de formules toutes faites (basculer dans les NTIC dont je ne me remets pas :-) !), ce qui est à mon avis un indice
significatif de l’appauvrissement de la pensée dont je parlais plus haut.
Voilà donc des ebauches de critiques que, par paresse, je n’ai pas développé (rien que la critique de la notion d’imaginaire me prendrait des pages et des pages). J’ajouterais que je n’ai rien en particulier contre Flichy, mais contre cette cohorte de demi-savants qui ne cesse de grossir actuellement et dont on peut se dire qu’ils ressemblent bougrement aux sophistes historiques. Et dont il est, via ce texte, representatif, bien malgré lui.
Tout d’abord je commencerais par un petit rappel. Si Flichy se propose une etude de l’imaginaire d’internet, c’est pour la même raison que Breton :
manque de budget pour une grande etude quantitative sur les usages et les representations d’internet (comme Breton l’a reconnu) . Seule
une etude de ce genre pourrait avoir un interet. Donc une fois qu’on sait ne pouvoir étudier le réel (réel dont fait partie ce qu’on appelle le virtuel, d’ailleurs),
on va etudier le fantasme. Et à vrai dire ses propres fantasmes.
Dire L’imaginaire est au centre de la conception et des usages d’Internet est une
profession de foi qui ne mange pas de pain, dont on attend qu’elle soit un tant soit peu démontré ; d’un autre coté elle
apparait comme un truisme, tout dépend ce qu’on entend par imaginaire. Et surtout de quel imaginaire parle-t-on et de celui de qui ?
En l’occurence, il s’agit de l’imaginaire en gros des différents courants de wired, c’est à dire d’une poignée de gens. Si effectivement l’imaginaire peut
déterminer des pratiques (et j’aimerais qu’on me montre comment), on pourrait penser qu’il s’agit de l’imaginaire de groupes sociaux suffisemment larges, du peuple, de la
masse, une mythologie tellement pregnante qu’elle peut agir sur le réel et le futur par effet de masse. En fait ce n’est pas cela
du tout : il s’agit de l’imaginaire de 4 pelés, un tondu, l’imaginaire de quelques mediateurs et mediatisés, dont Flichy veut faire
croire qu’il s’agit de L’imaginaire d’internet. Est-ce que l’imaginaire d’internet grand public n’est pas simplement celle
d’une grosse télé ? Ou même peut-etre n’y a-t-il aucun imaginaire particulier associé à internet dans le grand public ? Après tout les
deux media qui ont marqué le XXeme siècle (entre autres) sont le téléphone et la télévision (2 télé) ; le téléphone à son invention n’a
suscité aucun fantasme ni parmi ses inventeurs, ni parmi le public ; il est pourtant devenu omniprésent et a probablement changé
la vie quotidienne (et donc le monde) à un point qui n’a jamais été bien étudié, je pense. Idem en gros pour la télé (les discours sur
les vertus de la télé sont venus bien après son adoption). En substance on peut se dire que les revolutions techno-societales peuvent
advenir sans imaginaire a priori et a contrario, on peut ajouter que prevoir une revolution à partir d’un echantillon discret devoile
plutot les fantasmes de l’auteur et de certains groupes (Etat, mediateurs, voire industriels).
Etudier l’imaginaire d’internet à partir de wired ou de fanatiques du truc reviendrait un peu à etudier les representations de
la democratie à la lecture de minute.
Ensuite Flichy travaille à partir de présuposés jamais interrogés. ex : pourquoi toute notre société est-elle en train de
basculer dans les technologies numériques de traitement et de transmission de l’information. Notre société est-elle en train de
basculer dans les NTIC ? Comment ? On ne sait pas. Pur fantasme. Pourquoi le terme basculer qui sous entendrait une resistance initiale en train d’être vaincue suivant
un schéma inconscient de l’archaisme européen qui resiste au progrès ? Et pourquoi le pourquoi ? Où est le probleme et à vrai
dire quel est-il ?
Enfin, va-t-il seulement y avoir une revolution du fait des NTIC ? Après tout on est deja depuis un moment dans l’ère du virtuel
; depuis l’adoption des techniques de télé, depuis l’abandon de l’étalon-or et l’adoption rapide de la monnaie
plastique (carte de paiement). On peut se dire qu’internet n’est qu’une etape de plus dans cette voie, qui n’amenera pas grand chose de plus
(une perte seche pour la poste), et que bon nombre d’acteurs sont en train de fantasmer comme des fous (attitude assez normale
chez de vieilles nations attentives au moindre bruit). Le plus drole est que tout cela tient de la prophetie realisatrice : quelques
histrions surmediatisés annoncent la fin du politique à la papa, les politiques de plus en plus sur la touche pour d’autres raisons
prennent ça très au serieux, commandent des rapports qui evidemment les confortent dans leur fantasmes, des decisions sont ensuite prises
pour conforter le fantasme, et mediatisation aidant, les dits fantasmes finissent peu ou prou par se retrouver dans l’imaginaire
collectif (si ça existe, mais passons).
En résumé, Flichy conduit une etude sans la moindre methodologie, sans aucune valeur statistique, ne remet en cause aucun des
présupposés sur le sujet qu’il etudie, au final met en scene ses propres fantasmes (ou celui de ses commanditaires puisqu’il a
signé des rapports si je ne m’abuse), tout ça sous un vague vernis scientifique (puisqu’il est sociologue). Bref on dirait du
Maffessoli :-).
J’ajouterais que ce genre de texte, à mon avis, creux et presque malhonnete est catactéristique d’une derive de la pensée en France, qui
partie d’un scientisme un peu agaçant chez Durkheim et à un degré moindre chez Mauss, se retrouve à s’alimenter de pensée magique et à
descendre au niveau d’un talk-show. Au niveau de la forme, ça frise la novlangue avec une accumulation de signifiants vidés de leur
substance et de formules toutes faites (basculer dans les NTIC dont je ne me remets pas :-) !), ce qui est à mon avis un indice
significatif de l’appauvrissement de la pensée dont je parlais plus haut.
Voilà donc des ebauches de critiques que, par paresse, je n’ai pas développé (rien que la critique de la notion d’imaginaire me prendrait des pages et des pages). J’ajouterais que je n’ai rien en particulier contre Flichy, mais contre cette cohorte de demi-savants qui ne cesse de grossir actuellement et dont on peut se dire qu’ils ressemblent bougrement aux sophistes historiques. Et dont il est, via ce texte, representatif, bien malgré lui.