(Pas d’accents non plus pour cause de clavier Querty. Et je ne garantis pas la pertinence de mes propos un peu longuets.)
Je crains fort que le Net dans l’etat actuel des choses ne menace pas grand-chose ou grand-monde parmi les professionnels de la culture. Il y aura toujours des "structures de hierarchies", du filtrage, je pense que le cerveau humain est fait comme ca, il faut des etiquettes pour s’y retrouver, elles sont au moins aussi importantes que le contenu, on encense des etiquettes : auteurs qu’on a lu (ou pas), marques, personnages historiques qu’on connait vaguement... C’est tout simplement plus pratique que d’aller farfouiller laborieusement parmi un fatras de choses bonnes et moins bonnes, pour trouver la perle rare. (Cette seconde methode est enrichissante mais difficile, voire douloureuse.)
Je pense qu’en murissant (au cours des dix ou cent prochaines annees, si on n’invente pas encore quelque chose d’encore plus nouveau, revolutionnaire et cool) le Web deviendra un nouvel espace culturel hierarchise, avec sa noblesse et sa plebe, et cela meme s’il ne devient pas entierement commercial. Il est vraisemblable egalement que l’entree (la vraie, sur le Web visible) se fera par cooptation. Mais l’entree sur ce media, et meme la visibilite pour un large public, resteront peut-etre un peu moins couteuses et restrictives que dans les moyens traditionnels d’edition.
La "democratisation" mediatique representee par le Web me semble une illusion, en raison des problemes de visibilite. (Quelle affirmation risquee et originale ! Merci, merci, je suis en forme aujourd’hui.) Reste la possiblite de se faire un site Web "pour se faire plaisir", pour soi, tout seul dans son coin ou avec deux trois copains, en y mettant la nonchalance la plus crasse ou l’application la plus enragee, en revant d’une celebrite possible, de bouche a oreille, d’un billet gagnant a la loterie des moteurs de recherche... Je parle de moi, je suis la seule chose que je connaisse bien. Pour moi le Web est un espace libre, comme est libre le petit carnet dans lequel je griffonnais mes betises a l’age de dix ans (ca n’a pas beaucoup evolue depuis). Et le Web est noble, lorsque je passe trois jours a modifier trois balises et deux espaces pour obtenir l’effet desire, quelque chose qui peut etre tres moche mais qui est moi et personne d’autre ; sans me poser de questions sur sa noblesse ou non-noblesse, ou sur ma supposee liberte, ou sur mon talent de graphiste, sans me demander combien d’amis regarderont ma page, combien en ont deja marre... Oui, le Web est une machine, une curieuse invention technique, comme l’etait la premiere tablette d’argile gravee. Ca a des consequences, les machines.
Un instant j’ai cru que je pouvais penser, et en public en plus, au milieu de grandes personnes. Je reconnais que c’est trop fatigant pour moi. Veuillez m’en excuser. C’est cela aussi, le Net.
(Pas d’accents non plus pour cause de clavier Querty. Et je ne garantis pas la pertinence de mes propos un peu longuets.)
Je crains fort que le Net dans l’etat actuel des choses ne menace pas grand-chose ou grand-monde parmi les professionnels de la culture. Il y aura toujours des "structures de hierarchies", du filtrage, je pense que le cerveau humain est fait comme ca, il faut des etiquettes pour s’y retrouver, elles sont au moins aussi importantes que le contenu, on encense des etiquettes : auteurs qu’on a lu (ou pas), marques, personnages historiques qu’on connait vaguement... C’est tout simplement plus pratique que d’aller farfouiller laborieusement parmi un fatras de choses bonnes et moins bonnes, pour trouver la perle rare. (Cette seconde methode est enrichissante mais difficile, voire douloureuse.)
Je pense qu’en murissant (au cours des dix ou cent prochaines annees, si on n’invente pas encore quelque chose d’encore plus nouveau, revolutionnaire et cool) le Web deviendra un nouvel espace culturel hierarchise, avec sa noblesse et sa plebe, et cela meme s’il ne devient pas entierement commercial. Il est vraisemblable egalement que l’entree (la vraie, sur le Web visible) se fera par cooptation. Mais l’entree sur ce media, et meme la visibilite pour un large public, resteront peut-etre un peu moins couteuses et restrictives que dans les moyens traditionnels d’edition.
La "democratisation" mediatique representee par le Web me semble une illusion, en raison des problemes de visibilite. (Quelle affirmation risquee et originale ! Merci, merci, je suis en forme aujourd’hui.) Reste la possiblite de se faire un site Web "pour se faire plaisir", pour soi, tout seul dans son coin ou avec deux trois copains, en y mettant la nonchalance la plus crasse ou l’application la plus enragee, en revant d’une celebrite possible, de bouche a oreille, d’un billet gagnant a la loterie des moteurs de recherche... Je parle de moi, je suis la seule chose que je connaisse bien. Pour moi le Web est un espace libre, comme est libre le petit carnet dans lequel je griffonnais mes betises a l’age de dix ans (ca n’a pas beaucoup evolue depuis). Et le Web est noble, lorsque je passe trois jours a modifier trois balises et deux espaces pour obtenir l’effet desire, quelque chose qui peut etre tres moche mais qui est moi et personne d’autre ; sans me poser de questions sur sa noblesse ou non-noblesse, ou sur ma supposee liberte, ou sur mon talent de graphiste, sans me demander combien d’amis regarderont ma page, combien en ont deja marre... Oui, le Web est une machine, une curieuse invention technique, comme l’etait la premiere tablette d’argile gravee. Ca a des consequences, les machines.
Un instant j’ai cru que je pouvais penser, et en public en plus, au milieu de grandes personnes. Je reconnais que c’est trop fatigant pour moi. Veuillez m’en excuser. C’est cela aussi, le Net.