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Sans dieu ni RAS ?

14 février 2002, 17:25, par ARNO*

Salut,

Je démarre la discussion, dont je ne doute pas qu’elle va être chargée...

D’accord avec la première partie du texte. En revanche, la seconde partie (le web contestataire) est une vue du Web indé par le prisme curieusement réducteur d’IRIS.

- Comme toujours, pour chipoter, je tique sur le terme « contestataire », puisqu’il signifie la contestation d’un ordre établi. Or, l’« ordre établi », sur l’internet, est celui d’une norme de comportement plutôt positive ; c’est au contraire l’internet « institutionnel » qui tente de modifier la norme. Sauf à être expliqué, ce terme risque donc d’induire l’idée que ce mouvement tente d’imposer une « nouvelle » norme (gauchiste, idéologique, pas pragmatique, irréalisable et tout le toutim), alors que cette norme (une relative liberté) préexiste. Les termes « contestataires » et « alternatifs » sont utilisés par nos adversaires comme arguments d’autorité (puisqu’ils défendraient un modèle déjà réalisé que nous contesterions, alors que c’est exactement le contraire).

- La présentation de « la mouvance de tendance anarchiste » est factuellement relativement bonne, en revanche le choix sémantique est particulièrement tordu. « Mouvance de tendance anarchiste », « nébuleuse de tendance libertaire », « "spontanéo-bougisme" vaguement libertaire », franchement, le factuel est perturbé par un jugement de valeur visiblement négatif. Certes, autant de termes qui pourraient plutôt témoigner de la difficulté à définir un mouvement uniforme et lisible (« nébuleuse », « vaguement », « tendance »... signifiant la difficulté d’une définition évidente), m’enfin plutôt qu’un aveu d’impuissance du locuteur à définir un objet de manière rapide, cela implique beaucoup plus un jugement négatif et réducteur.

- « Anarchiste » est évidemment très mal choisi, puisqu’il implique un choix politique clair, qui n’est pas du tout commun à tous ces acteurs (le texte le reconnaît même rapidement, en admettant que certains ne sont pas « non-marchands », et même « qui ne découlent pas nécessairement du partage d’une sensibilité politique commune »). « Libertaire » est meilleur, puisque son double sens met en avant le véritable point commun (la liberté d’expression) sans exclure l’option politique d’une partie des acteurs.

De fait, le choix de « anarchiste » pour immédiatement pointer sur ce qui n’est ni politique ni non-marchand dans ce mouvement induit la dénonciation d’une immaturité politique (puisque se désignant comme anarchiste sans en connaître le début de commencement de la théorie...). Là encore, la difficulté du locuteur à désigner la diversité d’un mouvement se transforme en dénonciation, via la contradiction des termes, de l’incohérence de ce mouvement (puisque ce sont des anarchistes sans sensibilité politique commune qui font du marchand !).

- Foutre une tendance « libertarian » dans la catégorie « anars » est tout de même gros comme une maison. Voir l’EFF dans uZine 1 (mars 97). La tendance libertarienne en France a été ultraminoritaire et particulièrement courte ; et systématiquement dénoncée par tous les autres. Puisque, de toute façon, toutes les méthodes et les préconisations des libertariennes sont celles des « institutionnels » (qui, pour certains, sont directement issus de ces libertarians). Sauf à croire que les libertarian sont des gauchistes néo-libéraux, ce qui est faux (ce ne sont pas trois surfeurs californiens un peu cons, loin de là, ce sont d’énormes think-tanks conservateurs qui ont inventé un nouveau marketing politique pour la droite américaine).

- Toujours traduit très maladroitement dans le choix des termes, énorme confusion entre agit-prop, pratique populaire (la praxis chère à Lirresponsable) et coup médiatique, fondus et réduits à « spontanéo-bougisme » carrément folklo.

- Du coup, la séparation selon cette classification entre des « anars faute de mieux » et IRIS/RAS est totalement artificielle. Puisqu’il y a d’un côté des « anars-anars », des « anars pas anars puisque pas politiques », des « anars pas anars parce que marchands », et de l’autre de cette séparation les « pas anars parce que pas anars ». Découpage par défaut, qui du coup déshabille sévèrement IRIS/RAS, puisque l’autopublication, les logiciels libres et les moyens techniques ne les concerneraient pas ! (je suppose que ça n’est pas le but).

Toujours dans le découpage qui induit des déshabillages regrettables : ce qui définirait IRIS/RAS (outre le fait de ne pas être anarchiste), ce serait « une double expertise complémentaire dans le domaine de l’internet : technique et juridico-politique ». Merci pour les autres, qui font donc de la promotion de l’autopublication, du logiciel libre, des moyens techniques, mais sans expertise technique ni juridique. La contradiction est évidente.

Au final, la distinction est clairement artificielle, et introduit des contradictions logiques énormes, qui déservent la pédagogie du texte. La seule impression qui reste, donc, c’est que d’un côté il y a des rigolos folkloriques, de l’autre une association chiante et hiérarchisée. Je doute que ce soit le but de l’article...

L’intérêt de la distinction n’existe que dans le cadre d’une présentation lors d’une rencontre IRIS/RAS, où il est peut-être intéressant pour IRIS/RAS de se « positionner » par rapport aux autres ; hors de ce cadre, c’est affreusement réducteur.

Amicalement