12 mai 2002, 13:41, par Jacques-Francois Marchandise
Bonjour,
Je trouve le papier de Pascal Fortin très intéressant, factuel et éclairant. Quelques précisions rapides après la réaction de Rick et à la réponse de PF "Sans rire, j’adore les "fondations indépendantes" financées par les multinationales et officiellement soutenues par les pouvoirs publics. Si si, je vous assure ! ". Je trouve normal que la Fing aie à répondre de ses engagements et de l’utilisation des fonds publics, je m’y colle volontiers.
La Fing a l’air bien grande vue du dehors ; mais elle a le budget de la charcuterie du coin de la rue. De quoi payer normalement une équipe à temps partiel, qui produit du boulot pour la collectivité. La quête aux subventions n’est pas un sport très agréable, et ce n’est pas parce que Matignon décide de "soutenir" qu’il y a des sous ; à l’arrivée, elles pèsent environ 15% d’un budget qui est de l’ordre de 300 000 à 400 000 euros. Le reste de nos financements vient des adhésions des membres : pour moitié, des membres d’essence publique, collectivités territoriales, CNC, INRIA, Caisse des dépôts etc ; pour moitié, des entreprises ou organisations adhérentes, voire des individus. Les 120 membres actuels ont un droit de vote qui ne dépend pas du montant de leur cotisation, heureusement. Tous leurs collaborateurs peuvent participer à nos travaux, qui sont tous publiés. En réalité, le fonctionnement est plus ouvert, des chercheurs non-adhérents, par exemple, étant bienvenus parmi nous.
Les homologues de la Fing à l’étranger ont des budgets 20 à 100 fois plus gros. C’est parce qu’ils émanent directement d’entreprises, ou de structures publiques. Et aussi parce qu’en France on a du mal à comprendre l’idée d’un effort collectif. On reste dans le jeu de rôles, les gouvernants gouvernent, les entreprises s’occupent de pognon, les chercheurs de recherche, les contestataires de contestation et les donneurs de leçons de donner des leçons. Dans d’autres domaines, comme l’environnement, ce jeu de rôles a fait de sérieux dégâts.
C’est difficile de demander à des acteurs économiques (et à des acteurs de pouvoir) de se mettre autour de la table avec des préoccupations d’intérêt général. Certains diront que c’est impossible, puisque ces acteurs ne cherchent que le profit à court terme, et puisqu’on constate qu’ils sont principalement présents dans des lobbies. Il nous a paru nécessaire de tenter le coup, en s’appuyant sur les gens et pas sur les structures, et en favorisant un équilibre entre l’économique et le non-marchand, dans les membres comme dans les thèmes. En réalité, les acteurs les plus disposés à travailler ensemble sur les usages futurs de l’internet sont ceux qui s’intéressent aux usages non-marchands, santé, éducation, culture, ... : ceux du commerce et des services ont souvent l’impression de déjà tout savoir (enfin ils se calment un peu...). Par ailleurs, les acteurs territoriaux ont besoin d’essayer d’y voir clair à cinq ans.
Alors oui, nous avons des financements institutionnels et privés. La recherche en a. Les acteurs du monde du handicap en ont. L’art contemporain ou la littérature contemporaine ne vivent que comme ça, car le marché est inopérant sur tous les champs d’utilité publique, car nous ne sommes plus au temps des fortunes personnelles, et car le bénévolat a des limites. La seule question qui vaille est "quelle aliénation en résulte".
Par ailleurs le développement (ou la survie) du Limousin, par exemple, passe notamment par les acteurs institutionels et par les acteurs économiques, il ne seraiit pas très malin de ne pas les sensibiliser. Il passe aussi et surtout par les humains, leur lucidité, leur compétence, leur connaissance mutuelle et leurs engagements. La Fing est donc l’un des acteurs de "mise en réseau".
la vocation de la Fing est certainement d’armer les acteurs de la société pour qu’ils deviennent acteurs des évolutions liées aux technologies, au lieu de les subir purement et simplement. Sur différents sujets (les "cartables électroniques", la mobilité, ...) nous tentons de rassembler des acteurs hétérogènes et de sortir du simplisme "offre de produits et de services à des consommateurs", pour proposer une vision plus ouverte et plus active du réseau. Selon la façon dont on l’approche, l’éducation pose des questions de commerce ou d’échanges humains, pour le commerce personne n’a besoin de nous. En revanche pour réfléchir sur les approches éducatives et pédagogiques, pour recenser et analyser les expériences, on peut être utiles.
la Fing est davantage orientée vers la "R&D des usages" que vers le militantisme associatif, que nous pouvons avoir par ailleurs. C’est donc une structure qui n’a pas d’opinion, ça change des lobbies, et qui a un principe directeur, l’attachement aux standards ouverts de l’internet. On se rend facilement compte que cette notion n’est pas si consensuelle, et que l’internet de demain peut très bien être "à deux vitesses", les acteurs économiques dominants pouvant choisir de laisser tomber le web actuel et de privatiser intégralement un réseau haut de gamme. Quand AOL a payé sa cotisation (au prix le plus bas, sans doute pour voir), je me suis demandé de quel malentendu il s’agissait... Quand les hauts débits et les projets d’internet mobile voient les opérateurs tenter de prendre le contrôle du réseau, installer leurs kiosques, décider de la géographie du territoire, nous mettons de notre côté l’accent sur les dynamiques du "premier kilomètre", sur l’intérêt des réseaux sans opérateurs (avec ou sans fil) et des infrastructures neutres (à la suédoise).
J’arrête là. Mais à votre disposition pour répondre aux questions ou critiques. Pour bien faire, la Fing devrait s’ouvrir davantage et s’expliquer mieux. Il fallait commencer par exister.
Bonjour,
Je trouve le papier de Pascal Fortin très intéressant, factuel et éclairant. Quelques précisions rapides après la réaction de Rick et à la réponse de PF "Sans rire, j’adore les "fondations indépendantes" financées par les multinationales et officiellement soutenues par les pouvoirs publics. Si si, je vous assure ! ". Je trouve normal que la Fing aie à répondre de ses engagements et de l’utilisation des fonds publics, je m’y colle volontiers.
Les homologues de la Fing à l’étranger ont des budgets 20 à 100 fois plus gros. C’est parce qu’ils émanent directement d’entreprises, ou de structures publiques. Et aussi parce qu’en France on a du mal à comprendre l’idée d’un effort collectif. On reste dans le jeu de rôles, les gouvernants gouvernent, les entreprises s’occupent de pognon, les chercheurs de recherche, les contestataires de contestation et les donneurs de leçons de donner des leçons. Dans d’autres domaines, comme l’environnement, ce jeu de rôles a fait de sérieux dégâts.
Alors oui, nous avons des financements institutionnels et privés. La recherche en a. Les acteurs du monde du handicap en ont. L’art contemporain ou la littérature contemporaine ne vivent que comme ça, car le marché est inopérant sur tous les champs d’utilité publique, car nous ne sommes plus au temps des fortunes personnelles, et car le bénévolat a des limites. La seule question qui vaille est "quelle aliénation en résulte".
Par ailleurs le développement (ou la survie) du Limousin, par exemple, passe notamment par les acteurs institutionels et par les acteurs économiques, il ne seraiit pas très malin de ne pas les sensibiliser. Il passe aussi et surtout par les humains, leur lucidité, leur compétence, leur connaissance mutuelle et leurs engagements. La Fing est donc l’un des acteurs de "mise en réseau".
J’arrête là. Mais à votre disposition pour répondre aux questions ou critiques. Pour bien faire, la Fing devrait s’ouvrir davantage et s’expliquer mieux. Il fallait commencer par exister.
jfm