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> Je vous prie de répondre Monsieur Bush

10 mars 2004, 15:45

Par Michael Moore
Dans cet extrait de son nouveau livre "Dude, Where’s My Country ?" (Qu’as-tu fait de mon pays, mec ?), il pose sept colles à son vieil ennemi.

J’ai sept questions pour vous, Monsieur Bush.
Je vous les pose de la part de ceux qui sont morts le 11 septembre 2001 et de la part du peuple américain. Nous ne cherchons pas à nous venger de vous. Nous voulons seulement savoir ce qui s’est passé et ce qu’il faut faire pour que les assassins soient jugés afin d’empêcher de nouvelles attaques contre nos citoyens.

1. Est-ce vrai que la famille Ben Laden fait des affaires avec vous et votre famille de temps à autre depuis 25 ans ?

La plupart des Américains seraient peut-être étonnés d’apprendre que vous et votre père connaissez les Ben Laden depuis très longtemps. Quelle est la nature réelle de cette relation, Monsieur Bush ? Êtes-vous de bons amis proches ou simplement des associés qui font des affaires de temps en temps ? Salem Ben Laden - le frère d’Oussama - est venu au Texas pour la première fois en 1973 ; il s’est acheté un terrain, s’est fait construire une maison et a créé la "Ben Laden Aviation" sur l’aérodrome de San Antonio.

Les Ben Laden sont une des familles les plus riches d’Arabie Saoudite. Leur entreprise de construction a quasiment bâtit le pays entier, à commencer par les routes, les centrales électriques, les gratte-ciels, et les bâtiments administratifs. C’est eux qui ont construit quelques unes des pistes d’atterrissage utilisées par les USA pendant la guerre de Golfe de votre père. Ils sont multi multi milliardaires et ils n’ont pas tardé pour investir dans d’autres aventures, y compris aux États-Unis. Ils ont des relations d’affaires très poussées avec Citigroup, General Electric, Merrill Lynch, Goldman Sachs, et le Fremont Group.

Selon la revue Le New Yorker, les Ben Laden seraient propriétaires d’une partie des groupes Microsoft et Boeing, géant de l’aéronautique et de la défense. Ils ont fait don de 2 millions de dollars à l’université Harvard, votre ancienne fac, et de dizaines de milliers de dollars au Middle East Policy Council, un think-tank (groupe de réflexion) présidé par Charles Freeman, ancien ambassadeur en Arabie Saoudite. En plus des propriétés qu’ils détiennent au Texas, ils possèdent de l’immobilier en Floride et au Massachusetts. Bref, ils se taillent une belle part de notre gâteau.

Comme vous le savez, Monsieur Bush, Salem Ben Laden, malheureusement, est mort dans un accident d’avion au Texas en 1988. Ses frères - ils sont une cinquantaine environ Oussama inclu - ont continué à gérer toutes les sociétés de la famille et leurs investissements.

À la fin de son mandat de Président, votre père est devenu consultant, pour un salaire élevé, dans une société appelée le Carlyle Group - un des plus gros fournisseurs d’armements du pays. Un des investisseurs du Groupe Carlyle - à hauteur d’au moins 2 millions de dollars - était, vous l’avez deviné, la famille Ben Laden. Jusqu’en 1994 vous avez présidé la société Caterair qui appartenait au Groupe Carlyle.

Après le 11 septembre, le Washington Post et le Wall Street Journal ont publié des articles à ce sujet. Votre première réponse, Monsieur Bush, a été de les ignorer. Puis votre armée d’experts s’est mise à manipuler l’information. Ils disaient : "Nous ne pouvons pas brosser le portrait de ces Ben Landen-là avec le même pinceau que nous utilisons pour Oussama. Ils ont désavoué Oussama. Ils n’ont rien à voir avec lui. Eux, ce sont les bons Ben Laden.

C’est alors que des séquences vidéo ont fait surface, montrant un certain nombre de ces "bons" Ben Laden - y compris la mère d’Oussama, une soeur et deux frères - avec lui au mariage de son fils six mois et demi seulement avant le 11 septembre. La CIA savait très bien qu’Oussama avait accès à la fortune familiale (on estime sa part à quelque 30 millions de dollars) et que les Ben Laden, ainsi que d’autres Saoudiens, ont apporté à lui et à son groupe Al-Quaïda, un large soutient.

Les médias vous ont laissé tranquille tout en sachant que tout ce que je viens d’écrire est vrai. On dirait qu’ils sont incapables ou qu’ils ont peur de vous poser une question toute simple, Monsieur Bush : Qu’est-ce qui se passe ici ?

Si vous ne saisissez pas à quel point le silence des médias en ce qui concerne la relation Bush-Ben Laden est étrange, permettez-moi de faire une analogie sur ce que ferait le Congrès ou les médias si c’était Clinton qui portait le chapeau. D’après vous, s’il s’était avéré que les Clinton avaient eu des relations d’affaires avec la famille Timothy McVeigh après l’attaque terroriste contre le bâtiment fédéral à Oklahoma City, comment votre parti républicain et les médias auraient-ils réagi ?

Ne pensez-vous pas qu’on aurait posé au moins deux questions, du genre : "Que signifie tout cela ?" Soyez honnête, vous connaissez la réponse. On aurait posé plus de deux questions. Ils auraient eu sa peau, à Clinton, avant de jeter sa carcasse dans la Baie de Guantanamo.

2. Quelle est "la relation privilégiée" entre les Bush et la famille royale saoudienne ?

Monsieur Bush, les Ben Laden ne sont pas les seuls saoudiens avec lesquels vous et votre famille entretenez des relations personnelles et proches. La famille royale entière vous semble redevable - ou est-ce le contraire ? Le premier fournisseur en pétrole des États-Unis est l’Arabie Saoudite qui possède les plus grosses réserves connues de pétrole dans le monde. Lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït en 1990, c’était en réalité les saoudiens voisins qui se sentaient menacés, et c’est votre père qui est venu à la rescousse. Les saoudiens ne l’ont jamais oublié. Haïfa la femme du prince Bandar, l’ambassadeur saoudien aux USA, dit de votre mère et de votre père : "ils sont comme ma mère et mon père. Je sais que si jamais j’avais besoin de quelque chose, je pourrais aller les voir."

Une grosse part de l’économie américaine repose sur de l’argent saoudien. Ils ont investi pour un trillion de dollars dans notre bourse et un trillion dans nos banques. S’ils décidaient de retirer cet argent, nos sociétés et nos institutions financières s’effondreraient provoquant une crise telle qu’on n’en a jamais vue. Ajouté à cela que les 1,5 millions de barils de pétrole, que nous consommons quotidiennement, pourraient disparaître au gré d’un caprice royal et on commence à voir que non seulement vous mais nous aussi, nous dépendons de la maison des Sauds. Est-ce bon pour notre sécurité nationale, George, pour la sécurité du pays ? C’est bon pour qui ? Pour vous ? Pour votre papa ?

Après votre rencontre avec le prince héritier saoudien en 2002, vous nous avez dit que "vous aviez créé des liens forts et intimes" et que "vous passiez beaucoup de temps ensemble". Vouliez-vous n