> Nouvelles menaces contre la liberté d’expression
15 septembre 2000, 23:11, par Charles Champetier
Sur les nouvelles menaces à la liberté d’expression [Marc Laîné]
Entièrement d’accord avec l’analyse de Marc Laîné concernant les nouvelles censures marchandes fondées sur les droits patrimoniaux, la régulation commerciale et la lourde procédure qui les accompagne, dans une jungle internationale — législative et réglementaire — de plus en plus touffue.
*
Le marché mondial reproduit en fait un vieux principe de l’Etat national : nul n’est censé ignorer la loi / or, il faut aujourd’hui une batterie d’avocats pour ne plus ignorer la loi / donc, mieux vaut ne pas attaquer les puissants, sauf à vouloir se prendre une procédure ruineuse dans les dents.
*
Dans le cas de l’internet, nous sommes en présence d’un rapport de force pur : un espace de libre-expression est né / l’Etat est le premier à s’en offusquer (son précieux territoire fout le camp) / le marché approuve bruyamment, mais s’aperçoit à son tour que la libre-expression présente des dangers (ses précieux flux de marchandises et d’information préformatée sont entravés par des " bruits " gênants) / l’Etat et le marché (c’est-à-dire, concrètement, 1 ou 2 millions de types à travers le monde, qui représentent les intérêts d’appareils bureaucratiques publics ou privés) s’apprêtent à museler les centaines d’autres millions qui veulent créer un espace libre d’échanges et de débats.
*
Face à cela, quelle résistance ? En débat (je n’ai pas de compétence ici) :
— les formes " pirates " de lutte contre les monopoles et oligopoles ;
— les réseaux à responsabilité distribuée (chaque membre héberge la prose de tous les autres) ;
— la création de portails libertaires situés dans les " zones grises " (hors droit international).
— la multiplication des actions en justice citoyennes visant à faire reconnaître les droits fondamentaux par les instances supranationales et (théoriquement) supramarchandes : Cour européenne, ONU, etc.
*
Un désacord fondamental avec Laîné. Il écrit : " En matière de liberté d’expression cette régulation étatique s’exerce classiquement, au sein des sociétés démocratiques, en référence et par l’application des lois qui en déterminent les conditions d’exercice, et partant les limites : intérêts supérieurs de l’Etat, droit de la presse, de la communication, respect de la vie privée, protection de la jeunesse, du secret de l’instruction en matière judiciaire, lutte contre le racisme et l’antisémitisme (loi " Gayssot "), etc. "
Désolé, je ne lutte pas aujourd’hui contre le marché totalitaire pour avaler les couleuvres des Etats autoritaires. La liberté d’expression ne se divise pas, surtout pas au nom de " grands principes " qui reproduisent les vieilles censures bibliques. Je distingue ici la vie privée (que chacun doit pouvoir défendre, donc qui doit être protégée par des normes communes) des convictions ou idéologies présentées comme des " biens publics" ou des " valeurs communes " indiscutables. Au nom de ce consensus pateux, on interdira demain Sade, Nietzsche et Bataille sous prétexte qu’ils heurtent telle ou telle communauté ou telle ou telle sensibilité.
Si des gens sont misanthropes, racistes, antisémites, anti-arabes, antifrançais, antiblanc, antinoir, antifemme, antihomme, anti-intérêts-supérieurs-de-l’Etat, anti-protection-de-la-jeunesse, qu’ils s’expriment. Soit on croit à la nullité de leurs idées, et on ne s’inquiète pas de leur improbable contagion ; soit on croit à la nullité des hommes, et mieux vaut ne plus utiliser l’internet.
Sur les nouvelles menaces à la liberté d’expression [Marc Laîné]
Entièrement d’accord avec l’analyse de Marc Laîné concernant les nouvelles censures marchandes fondées sur les droits patrimoniaux, la régulation commerciale et la lourde procédure qui les accompagne, dans une jungle internationale — législative et réglementaire — de plus en plus touffue.
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Le marché mondial reproduit en fait un vieux principe de l’Etat national : nul n’est censé ignorer la loi / or, il faut aujourd’hui une batterie d’avocats pour ne plus ignorer la loi / donc, mieux vaut ne pas attaquer les puissants, sauf à vouloir se prendre une procédure ruineuse dans les dents.
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Dans le cas de l’internet, nous sommes en présence d’un rapport de force pur : un espace de libre-expression est né / l’Etat est le premier à s’en offusquer (son précieux territoire fout le camp) / le marché approuve bruyamment, mais s’aperçoit à son tour que la libre-expression présente des dangers (ses précieux flux de marchandises et d’information préformatée sont entravés par des " bruits " gênants) / l’Etat et le marché (c’est-à-dire, concrètement, 1 ou 2 millions de types à travers le monde, qui représentent les intérêts d’appareils bureaucratiques publics ou privés) s’apprêtent à museler les centaines d’autres millions qui veulent créer un espace libre d’échanges et de débats.
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Face à cela, quelle résistance ? En débat (je n’ai pas de compétence ici) :
— les formes " pirates " de lutte contre les monopoles et oligopoles ;
— les réseaux à responsabilité distribuée (chaque membre héberge la prose de tous les autres) ;
— la création de portails libertaires situés dans les " zones grises " (hors droit international).
— la multiplication des actions en justice citoyennes visant à faire reconnaître les droits fondamentaux par les instances supranationales et (théoriquement) supramarchandes : Cour européenne, ONU, etc.
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Un désacord fondamental avec Laîné. Il écrit : " En matière de liberté d’expression cette régulation étatique s’exerce classiquement, au sein des sociétés démocratiques, en référence et par l’application des lois qui en déterminent les conditions d’exercice, et partant les limites : intérêts supérieurs de l’Etat, droit de la presse, de la communication, respect de la vie privée, protection de la jeunesse, du secret de l’instruction en matière judiciaire, lutte contre le racisme et l’antisémitisme (loi " Gayssot "), etc. "
Désolé, je ne lutte pas aujourd’hui contre le marché totalitaire pour avaler les couleuvres des Etats autoritaires. La liberté d’expression ne se divise pas, surtout pas au nom de " grands principes " qui reproduisent les vieilles censures bibliques. Je distingue ici la vie privée (que chacun doit pouvoir défendre, donc qui doit être protégée par des normes communes) des convictions ou idéologies présentées comme des " biens publics" ou des " valeurs communes " indiscutables. Au nom de ce consensus pateux, on interdira demain Sade, Nietzsche et Bataille sous prétexte qu’ils heurtent telle ou telle communauté ou telle ou telle sensibilité.
Si des gens sont misanthropes, racistes, antisémites, anti-arabes, antifrançais, antiblanc, antinoir, antifemme, antihomme, anti-intérêts-supérieurs-de-l’Etat, anti-protection-de-la-jeunesse, qu’ils s’expriment. Soit on croit à la nullité de leurs idées, et on ne s’inquiète pas de leur improbable contagion ; soit on croit à la nullité des hommes, et mieux vaut ne plus utiliser l’internet.
Charles Champetier