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Tenuki

21 octobre 2003, 20:34, par Lirresponsable

Salut,

Tu as entièrement raison sur l’opposition entre modèle (explicatif) et analogie (équivalence de rapports), c’est pourquoi dans l’article, le go-ban est l’analogon, plus que le modèle au sens habituel précis (modélisation) ; il est question ici de modèle et d’image avec des relations de ressemblances.

Mais quelle serait cette coordination qui permettrait une analogie entre une somme d’actions entreprises par des acteurs disparates et la stratégie d’un joueur de go ?

C’est la finalité de l’article, le ce en vue de quoi il est écrit. La somme d’actions entreprises par des acteurs disparates est l’équivalent des différents groupes (de pions), qui occupent des portions de territoire. La différence réside bien sûr dans le fait, qu’au Go, les pions des groupes se soutenant sont de la même couleur, et qu’il n’y a que deux joueurs.

Enfin, comment considérer l’action d’acteurs n’appartenant ni au pouvoir ni au contrepouvoir ?

Les pions ne sont pas les joueurs ! ;)

Je comprends moins en revanche le triple niveau d’analyse introduit (ordinateur, information, surfeur). A quoi correspondent ces deux derniers dans le domaine du go ?

L’analogie se développe sur plusieurs niveaux, par exemple :
- réseaux d’ordinateurs - configuration matériel de l’espace avec découpage (go-ban de la partie à jouer)
- informations - contenus placés dans cet espace (pions, groupes)
- surfeur-joueur

Dans ce cas, la notion d’encerclement d’un groupe ne correspond pas à grand chose me semble-t-il.

Du point de vue matériel, si groupe = réseaux d’ordinateurs, alors on a une portion du territoire (intranet) puis l’ensemble des réseaux (go-ban inachevé), l’angle du contenu, si groupe = réseaux d’informations (syndication, liens, webring, annuaire), alors on a un groupe de pions qui forme un tout relativement autonome (unité de sens et d’action), enfin la dimension personnelle (groupe d’individus, de joueurs).

La notion d’encerclement d’un groupe, consiste à reduire les libertés des pions qui forment un groupe (une chaîne ennemie). Et de manière prospective : éroder, éviter des jonctions entre groupes et chasser les zones d’influences à partir d’un territoire occupé par un groupe (un mur).

Analogiquement, réduire la liberté c’est par exemple la page d’accueil du navigateur configurée par défaut par le FAI, qui envoie vers son propre réseau de partenaires (cloture informative). En restant avec les FAI, c’est le banissement de certains newsgroups, le filtrage de plages d’IP par des sites. A un autre niveau, c’est un choix particulier de logiciels (propriétaires) qui limite le format de traitement de l’information, par exemple lecteur (plugin gratuit) /éditeur (payant) flash, la protection anticopie (limite à la diffusion).

les coins du go-ban ont une valeur particulière. Est-ce qu’il existe des parties du réseau qui ont une valeur particulière ? Oui, sûrement. Mais lesquelles ? Ont-elles toutes la même valeur ? N’y en a t—il que quatre ?

Le Réseau est composé de réseaux, qui n’ont pas véritablement de coins. Cependant, il y a des points qui ont une valeur particulière : les noeuds, les backbones, les routeurs, les services de DNS, et donc of course L’ICANN qui a comme mission de « coordonner les différents éléments techniques de l’Internet de manière à préserver la connectivité universelle au Réseau des Réseaux ». Pour la liste des membres de la gouvernance, sur le même site, les organismes.

Pour le référencement des sites, l’accès à l’information, les moteurs de recherches sont plus ou moins importants (des points de passage). Les sites à forte fréquentation peuvent être eux-aussi vus comme points importants (hoshi)

Jusqu’à avoir vu une telle partie, je réfute ce concept, car je pense que l’on ne peut pas modéliser une situation concrète sur le go-ban.

Oui, à moins de considérer que les situations concrètes ne sont que des illustrations, des images du modèle abstrait. Elles gagnent des déterminations qui les identifient et les spécialisent (telle situtation particulière dans tel lieu dans telles circonstances) et perdent donc en généralité, de telle sorte qu’elles deviennent par nature inapplicables au modèle. C’est pourquoi ici le "modèle" ne peut pas coller directement à la situation, être une description superposable directement. Il est plutôt le moyen de comprendre la situation, l’arrière fond avec une isomorphie de structure à penser. Ce que relève Concept_Tribal dans son message.

La question est alors de savoir si le "modèle" est abstrait au sens de construit, tiré d’une généralisation des situations particulières seules existantes, ou bien s’il est au contraire le plus réel, la variété des applications n’étant alors saisissable qu’analogiquement puisque chaque situation est déterminée et donc particulière.

Le modèle comme modélisation, type composé d’éléments variables, ce serait par exemple un Visage = (yeux, front, sourcils, nez, lèvres, oreilles, etc.). Le découpage d’éléments est utile afin d’établir un moule composé de variables, en vue d’identifier quelqu’un, tracer un portait robot qui correspond au visage réel. Mais ici, on est bien d’accord, c’est un non-sens.

On retrouve ce problème avec les livres de stratégie : penser la Guerre en tant qu’art, analyser des batailles et livrer bataille. Il n’y a pas de plan a priori pour gagner à coup sûr telle bataille, mais une lecture stratégique de la situation qui anticipe l’événement en train de se produire et finalise le potentiel à son profit ; plus l’oeil est exercé, plus il perçoit en amont. (Sur la critique du pli théorie-pratique et du rôle du modèle en Occident, comparés à la tradition chinoise, cf. François Julien, Traité de l’efficacité, Grasset, 1996, ; biblio/essais, livre de poche 4292).)

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